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Château des Champs à La Murette
 
 

          Le château des Champs est bâti en dehors du village, à plus de 700 mètres à l'est de l'église Saint-Martin, dans une position dominant la route qui de Voiron rejoint la vallée de la Fure pour aller au lac de Paladru. Il est implanté sur le flanc sud du coteau qui porte le bois de Bavonne, dans une bonne exposition. Une terrasse portée par un haut mur de soutènement a été aménagée côté sud. L'édifice se compose de deux ailes disposées en équerre, résultat d'une évolution qui a vu disparaître un quart du bâtiment d'origine, tandis qu'une partie de la cour était occupée par une nouvelle salle et une tour contenant l'escalier en vis. La salle, où sont placées les peintures, appartient au premier état de la construction qui se composait d'une enceinte quadrangulaire, peut-être cantonnée de tours d'angle circulaires, ouvrant côté sud sur une cour centrale desservant deux corps de logis parallèles, appuyés sur les murs Est et Ouest de l'enceinte. La présence au second étage, dans l'angle sud-ouest des pièces surmontant la salle, d'une porte aujourd'hui obturée, dont les claveaux de tuf sont très soigneusement appareillés, et qui débouchait autrefois sur la crête du mur, suggère l'existence d'un chemin de ronde ou un accès à une bretèche protégeant l'entrée. Placée au rez-de-chaussée, la salle peinte est accessible par une porte d'entrée à linteau plat doté d'un chanfrein, côté cour (aujourd'hui partiellement obturée); deux fenêtres à simple traverse et large ébrasement interne abritant des coussièges (mur ouest) l'éclairent, tandis que côté sud, deux fenêtrons séparés par un meneau, placés en hauteur, sont encore visibles de l'extérieur. Enfin, au mur nord est adossée une grande cheminée à droite de laquelle s'ouvrait une porte, surmontée d'un jour carré, tous deux obturés. Le plafond est constitué de six poutres supportant de petites solives et reposant sur des corbeaux de pierre dont l'arête est abattue d'un étroit chanfrein. L'un des corbeaux proche de l'embrasure de la fenêtre nord, a été taillé différemment des autres, afin d'éviter de briser l'arc de l'embrasure. Il s'agit d'un ensemble soigné, dont l'aménagement possède un caractère monumental, ce que confirme l'existence des peintures.
Telles qu'elles peuvent être observées aujourd'hui, les peintures murales consistent en de larges bandes verticales (largeur moyenne du lé: 45 cm) de tons assez atones, organisées selon une succession répétitive : gris, blanc, ocre, blanc. En partie haute, ces lés de couleur sont traités à la manière d'une fausse draperie accrochée à une tringle par des anneaux; aucun effet de dégradé dans le rendu des drapés, mais de simples traits noirs assez naïfs. Sur le manteau de la cheminée, les bandes de couleur sont disposées selon un schéma un peu différent: moindre largeur (30 cm de moyenne), absence des bandes blanches séparant les deux couleurs. Sous le plafond, une frise d'une trentaine de centimètres devait porter un motif différent (illisible). Il est probable qu'une plinthe existait en partie basse, qu'il n'a pas été possible de distinguer. A une certaine époque, un lambris assez haut recouvrait cette partie. L'intérêt de ces peintures, bien représentatives d'une mode décorative dans l'habitat noble du Moyen Âge, tient surtout au fait qu'elles sont conservées sur l'ensemble de la pièce, y compris dans les ébrasements des fenêtres et sur la hotte de la cheminée. Des peintures comparables récemment restaurées (lés de couleur reprenant les teintes des émaux de Philippe Pot, chambellan du duc de Bourgogne et sénéchal du roi Louis XI) ont été datées du XVe siècle dans la chapelle du château de Châteauneuf en Auxois (Côte d'Or). Un second ensemble très comparable aux peintures de La Murette, dans son organisation comme dans les tons employés, vient d'être étudié au château de Chevrières, toujours dans le département de l'Isère: le plafond de la salle a pu être daté par dendrochronologie de 1450, mais les peintures pourraient correspondre à des aménagements postérieurs.
La famille de Gumin, que les textes signalent déjà au XIVe siècle, n'est peut-être pas originaire de La Murette. Jacques de Gumin est présent à la bataille de Varey en 1326 et sa veuve, Philippe de Buenc, rend hommage au dauphin avec d'autres nobles des environs de Bourgoin en 1334. Un autre Jacques de Gumin, chevalier, représente les intérêts du dauphin dans une transaction avec la Savoie en 1357. Au commencement du XVe siècle, Jean de Gumin est châtelain de Dolomieu; il marie sa fille Françoise de Gumin de Sassenage, avec un gentilhomme du Bugey, Pierre de la Touvière, en 1405. C'est seulement en 1460 que la présence de la famille de Gumin à La Murette est attestée: noble Jean de Gumin est alors prieur de La Murette, tout comme Aymar de Gumin en 1475. La maison forte n'apparaît pas clairement dans les textes, même si Pierre de Gumin est dit "seigneur de La Murette" en 1579, peut-être par aliénation du domaine. Blason: d'argent, au lion d'azur armé et lampassé de gueules, couronné d'or. La maison, restée dans cette famille jusqu’en 1615, fut alors vendue à Pierre de Fillon, conseiller au Parlement de Grenoble. L’acheteur de la maison en 1661 était noble François de Vachon qui était déjà Seigneur de l’Hostel de La Murette et Conseiller au Parlement de Grenoble. La famille de Vachon restera propriétaire de la maison de 1661 jusqu’à la Révolution. Louis François ayant émigré, la maison sera vendue comme bien national en 1794. C’est durant cette période que la famille de Vachon embellit la maison, ouvrant des fenêtres plus larges, habillant les pièces de boiseries avec moulures style Louis XIV, installant des cheminées dans la chambre dite du Seigneur et le salon de compagnie.
L'édifice présente des caractères d'ancienneté dans son organisation: enceinte quadrangulaire peut-être cantonnée de tours, fossé, chemin de ronde. Cependant, aucune ouverture antérieure aux fenêtres à meneau et traverse n'a été repérée ; ces ouvertures à encadrement de calcaire blanc, présentes en plusieurs points du bâtiment, ne semblent pas avoir été insérées postérieurement à la construction. Le plan quadrangulaire cantonné de tours apparaît dans la région au tournant du XVe siècle (Château-Bayard à Pontcharra, Boutières à Môretel-de-Mailles, Bon Repos à Jarrie); c'est donc à cette période que nous proposons de fixer la construction du château de La Murette, doté d'éléments défensifs archaïques. Les peintures de la grande salle sont probablement à rapporter à cette même période (fin du XVe siècle). Pour les transformations du deuxième état, on serait assez tenté de les dater par le blason placé au-dessus de la porte d'entrée dans l'escalier, vers 1680 (1).

Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château, la bibliothèque avec ses peintures murales et sa cheminée de pierre au premier étage, la salle avec sa cheminée et son plafond au rez-de-chaussée de l'aile ouest : inscription par arrêté du 25 mars 1982.

château des Champs, Montée de l'Enclos du château, 38140 La Murette, propriété privée, ne se visite pas, visible de la rue.


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Château des Champs à La Murette  Château des Champs à La Murette
 
 
 


(1)
    source du texte: Annick Ménard- Clavier

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique
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