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Jean Hurault fait
l’acquisition en 1392 d’une "maison, pressoir et vigne", sise sur la terre
de Cheverny, qui restera le fief familial pendant quasiment sept siècles.
Les Hurault, anoblis par le roi Philippe VI de Valois (1293-1350), sont
originaires du Blésois, où ils possèdent par ailleurs la terre de
Saint-Denis. Leur ascension accompagne celle des ducs d’Orléans, qui, après
leur accession au trône de France en la personne de Louis XII, font de Blois
la capitale du royaume. Jacques Hurault (1437-1519), intendant de Louis XII,
et son fils Raoul (mort en 1528 au siège de Naples), contrôleur des finances
sous François 1er, marié à la fille de Jacques de Beaune de Semblançay,
augmentent le domaine de Cheverny de la seigneurie voisine de La Grange et
font construire le château fortifié aux multiples tours à mâchicoulis et
toits en poivrières que l’on connaît par le dessin d’Étienne Martellange
daté vers 1624 conservé à la bibliothèque nationale de France. L’appétence
des Hurault pour l’art de bâtir se manifeste à la même époque en Berry aux
châteaux de Veuil et de Valençay (reconstruit dans les années 1520 par
Marie, sœur de Raoul, et son mari Louis d’Étampes). La commande du château
actuel revient à Henri Hurault, lieutenant général au gouvernement
d'Orléans, gouverneur et bailli de Blois, et à sa seconde épouse, Marguerite
Gaillard, dont le père possède le manoir de La Morinière. Les travaux
débutent à la fin des années 1620 et le gros œuvre est achevé en 1634, comme
l’indique un cartouche millésimé portant les initiales "F. L", qui sont
probablement celles du sculpteur des ornements maniéristes du magnifique
escalier d’honneur placé au centre du château.
Si l’on suit le témoignage d’André Félibien dans ses Mémoires pour servir à
l’histoire des maisons royales publiés en 1681, "un nommé Boyer de Blois en
fut l’architecte", c’est-à-dire Jacques Bougier, maître maçon qui travailla
par ailleurs au château de Blois sous la direction de Salomon de Brosse.
Ainsi, quelques années avant que ne soit lancé le chantier de François
Mansart pour Gaston d'Orléans, le château de Cheverny, avec ses hautes
toitures couvertes d’ardoises et sa composition en pavillons; un corps
central à trois étages magnifiant l’escalier rampe sur rampe, cantonné de
deux ailes de réception à deux étages carrés et un grand comble, aboutissant
à deux gros pavillons carrés couverts à l’impériale abritant les
appartements privés, renouvelle le genre de la demeure aristocratique en Val
de Loire en adoptant une formule qui marque la transition entre la
Renaissance tardive et l’âge classique. Une description datée de 1724 nous
indique que le château était situé sur un terre-plein fossoyé et que la
façade antérieure du logis était à l’origine encadrée par deux ailes basses
partant en retour d’équerre depuis le centre des pavillons carrés.
Aujourd’hui disparues, celle située à l’ouest consistait en une galerie
menant à la chapelle, et celle située à l’est était un simple mur-écran à
décor de fausses baies à frontons, de vases et de bustes sur les trumeaux,
qui faisaient échos à la façade du logis et que l’on peut rapprocher de
celui qui sépare la cour d’honneur de la cour des communs au château de
Selles-sur-Cher. Si la façade postérieure, côté jardins, présente une
écriture habituelle pour l’époque de murs de moellons enduits rythmés par
les chaînes harpées en pierre de taille aux angles des façades et autour des
baies, les lignes de refends continus unifiant la façade antérieure
surprennent par leur modernité.
Un dessin du recueil de Félibien montre que ces lignes existaient dès
l’origine, mais qu’elles étaient interrompues au niveau des allèges des
baies. Leur systématisation remonte au XVIIIe siècle. À l’étage noble, des
niches à riche encadrement de cuirs découpés accueillent une collection de
bustes d’après l’antique, qui ne vont pas sans évoquer le décor du château
de Richelieu. À l’intérieur, la grande salle et la chambre du Roi au premier
étage, à l’ouest de l’escalier, présentent l’un des ensembles décoratifs
d'époque Louis XTII les plus complets et les plus authentiques conservés de
nos jours, auquel on peut ajouter les panneaux de la salle à manger au
rez-de-chaussée, très remaniés cependant aux XVIIIe et XIXe siècles. Sous la
direction de Jean Mosnier (1600-1656), peintre blésois pensionné par Marie
de Médicis, formé en Italie, et rompu au grand décor sur le chantier du
Luxembourg à Paris en 1625-1628 aux côtés de Philippe de Champaigne et de
Simon Vouet, les lambris, les cheminées et les plafonds, à solive ou à
caissons, se parent d’emblèmes et d’allégories tirés des traités de Van Veen
ou de Ripa, de fleurs prises chez Rabel ou Robert, et racontent, aux côtés
des tapisseries historiées, les Métamorphoses d’Ovide, les Éthiopiques
d’Héliodore ou les aventures des héros des romans à la mode, comme l’Asfrée
d’Honoré d’Urfé ou le Don Quichotte de Cervantès. La seigneurie de Cheverny
est achetée en 1764 par Jean-Nicolas Dufort (1731-1802), introducteur des
ambassadeurs qui en prend le nom. Il entreprend d’importants travaux, dont
"le déblaiement de la cour d’honneur" et l’aménagement d’une salle de
spectacle dans la grande salle du rez-de-chaussée qui sert aujourd’hui de
salle à manger. En 1825, Anne-Denis, marquis de Vibraye, descendant du
quatrième fils de Raoul Hurault. rachète le domaine qui n’aura quitté la
famille que 70 ans. Un très beau et vaste parc qui occupe 100 hectares
entoure le château. Le jardin à la française a été reconstitué. L'allée
principale qui fait face à la demeure est longue de six kilomètres. Le
château de Cheverny est célèbre pour avoir servi de modèle à Hergé (Tintin),
si vous effacez les ailes latérales de la demeure, vous serez transporté des
bords de Loire jusqu'à Moulinsart, le château du Capitaine Haddock. (1)
Éléments protégés MH : le château et ses communs (restes de l'ancien
château), à l'exception des parties classées : inscription par arrêté du 13
février 1926. Le parc avec ses murs de clôture, le canal, les jardins, le
pigeonnier, le chenil, les façades et les toitures de l'orangerie, de la
régie, de tous les bâtiments autour de la cour des communs, le portail
d'entrée du XIXe siècle, les sols des cours, des jardins et du parc :
inscription par arrêté du 5 décembre 2008. Le château en totalité, ainsi que
les façades et les toitures de l'orangerie et la perspective nord-sud du
parc : classement par arrêté du 30 juin 2010.
château de Cheverny 41700 Cheverny, tél: 02 54 79 96 29, fax: 02 54 79 25
38, ouvert au public du 1er janvier au 31 mars et du 1er novembre au 31
décembre de 9h45 à 17h, du 1er avril au 30 juin de 9h15 à 18h15, du 1er
juillet au 31 août de 9h15 à 18h45, du 1er septembre au 30 septembre. Un
bâtiment, jouxtant le chenil, abrite une exposition permanente sur l'œuvre
de Hergé...
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