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Château de Roullière à Ambierle
 
 

    Le château de Roullière dont il reste encore une haute tour circulaire flanquant deux corps de bâtiments qui se rejoignent à angle droit, et quelques belles ouvertures, était autrefois bien plus considérable. Il se composait de trois corps de bâtiments reliés par des tours; il avait une vaste cour avec murs et portail armorié, et le tout entoure de fossés profonds que remplissait l'eau courante du ruisseau. Dans le mur, face au midi, on voit un blason sculpté, ce sont les armes de Charles de Boucé, prieur d’Ambierle. Dans la chapelle du château on remarque une clef de voûte aux armes des Chabannes: de gueules au lion d’hermines. Dépendance du prieuré, le château de Roullière servit de résidence â la plupart des prieurs. Le prieur Antoine de Chabannes, nommé ensuite évêque du Puy, fut l’ami du connétable de Bourbon. Il ne le suivit pas dans sa rébellion contre le Roi, mais il garda fidèlement son souvenir, et en 1328, il fit exécuter le portrait du duc, avec ceux d'Arthus Gouffier, seigneur de Boisy, et de quelques autres personnages illustres de son siècle, et en orna le château de Roullière. Son successeur, Charles de Boucé, était le frère de François de Boucé, le fameux capitaine Poncenat. Il prit possession du prieuré d’Ambierle, le samedi 8 juin 1538. Il eût été un prieur ordinaire, si sa faiblesse de caractère ne l'avait entraîné du côté de son frère. Dès l’apparition de la réforme en Forez, Poncenat l’embrassa avec ardeur et devant bientôt le plus actif lieutenant du baron des Adrets. Après avoir pris Peurs, il rejoignit des Adrets devant Montbrison et participa, ainsi qu’au château de Montrond, aux horreurs qui y furent commises. Quant à Charles de Boucé, il avait ruiné les autels de son église, chassé ses moines, profané le Saint-Sacrement, fait cesser la messe et le service divin, détruit les reliquaires et les calices, et depuis deux ans avait fait prêcher, baptiser les enfants, enterrer les morts, par un certain Guillaume Durieu, ministre et prédicant, à la mode de Genève.

Un arrêt fut rendu en 1562 contre les coupables, mais ils glissèrent entre les mains de la justice. Le i 2 mars i 363, un édit de pacification, dû à l’odieuse politique de Catherine de Médicis qui accordait tous les avantages possibles aux protestants cependant vaincus, permit à Poncenat de se retirer à Changy. Le 9 décembre 1563, il faisait l’acquisition de la maison forte et château de Roullière et du pré de Cousture, du grand étang de Poissie avec tous les servis, en toute justice, haute, moyenne et basse, moyennant 5.300 livres. Par testament, il légua la terre et seigneurie de Roullière, ayant 350 livres de rente ou revenu annuel à "noble seigneur Charles de Boucé, son frère". Le 6 mai 1570, Geoffroy du Mayne, le nouveau prieur d’Ambierle, passa une transaction avec sa sœur Françoise du Mayne, veuve de Poncenat depuis janvier 1568. Par cet acte, ladite dame, agissant comme tutrice de son fils, Jacques de Boucé, renonce au bénéfice de l’acquisition faite par son mari, moyennant la restitution par le prieur du prix intégral de la vente, à savoir 5.300 livres. Philippe Huault de Bussy, qui succéda comme prieur à Jean-François de Damas, en 1656, habitait ordinairement le château de Roullière, se déchargeant de la direction du couvent sur dom Théolier, prieur claustral, Claude-Joseph Grassin, prieur de 1727 à 1746, habitait Paris, mais il venait fréquemment à Ambierle et résidait au château de Roullière. L’un de ses frères, Pierre-François, capitaine au Régiment de Picardie, réformé en 1737 vint également y habiter à cette époque. Le 27 juin 1752, Isaac-Ignace-Germain de Saint-Pau étant prieur, nous voyons que "les religieux jouiront de la serve et pêcherie de Roullière et des pâturages attenants; ils pourront mettre leurs coffres à poissons dans le canal du jardin du château de Roullière et dans les fossés dudit château".

Son successeur au prieuré d’Ambierle, Jean-Baptiste-François de la Rochefoucauld de Magnac, élut domicile, comme ses prédécesseurs, à Roullière. Il s’y plaisait beaucoup et y résidait habituellement. En 1785, le procureur fiscal dut requérir contre des particuliers, qui avaient lâché l’étang de Roullière et volé au moins 200 carpes de 2 livres, avec plusieurs brochets et une carpe d’environ 16 livres. Mais la révolution arrivait; volé une première fois aux moines, et estimé avec la maison du Prieur et quelques domaines 42.593 livres 10 sols, Roullière fut racheté, le 17 mai 1791 par l’abbé de la Rochefoucauld et bientôt volé une seconde fois. Le 21 juillet 1793, les officiers municipaux d’Ambierle et les citoyens officiers de la garde nationale, escortés de 50 soldats, se transportèrent au château de Roullière. Le portail qui donnait sur le chemin tendant de Saint-Haon à Changy étant ouvert, ils traversèrent la cour du château et entrèrent dans la cuisine, que leur ouvrit "une fille domestique" Claudine Soufférand. Sur leur demande, elle leur fit connaître qu’il n'y avait au château que cinq personnes: la demoiselle Guyot, Catherine Odin, la nommée Tardivon et le petit Joseph, tous au service de "Jean-Baptiste-François Larochefoucauld, cy-devant prieur d’Ambierle et acquéreur dudit château, lequel elle a déclaré ne pas avoir vu depuis longtemps". Ils lui déclarèrent alors être venus "dans le dessein de faire une perquisition exacte de tous les appartements dudit château" et la sommèrent de leur remettre toutes les clefs des appartements, chambres, greniers, caves, ainsi que celles de tous les meubles, enfoncements, cabinets, cachettes, etc. Après avoir tout perquisitionné, ils certifièrent n’avoir pas fait d’autre rencontre de personne que celles que la domestique leur avait indiquées. L’abbé de la Rochefoucauld, qui avait habité Roullière sans interruption pendant 20 ans, fut arrêté, condamné à la déportation et emmené à la Guyane où il resta jusqu’en 1796. Ses biens étaient mis en vente, et Roullière et la maison conventuelle, furent acquis par les sieurs Garel, Sarnèse et Chartier. En 1856, le château appartenait à M. de Linière-Bouquet Deschaud. (1)

château de Roullière 42820 Ambierle, propriété privée, ne se visite pas.


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(1)
    Les Châteaux historiques du Forez par Emile Salomon, Vol. II, Imprimerie de Normand, Hennebont, Morbihan (1916-1926)

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