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Au premier aspect, le
château de Saint-Marcel a l’air d’une construction du XVIIe siècle, bâtie
d’un seul jet sur un plan régulier, avec plus de souci de la commodité que
du luxe. Il se compose d’un corps de logis n’ayant qu’un étage et de deux
pavillons en retour plus élevés, entre lesquels règne, à l’aspect du midi,
une haute terrasse pavée établie en partie sur des pièces voûtées, en partie
sur de grandes arcades. Cette disposition est du meilleur effet et donne
beaucoup de caractère à des fabriques d’ailleurs assez banales. De cette
terrasse on a sur le paysage avoisinant une vue des plus agréables. Au pied,
s’étend une vaste cour entourée de bâtiments d’exploitation d’apparence
moderne. Au nord, une autre cour, jadis entourée aussi de bâtiments, est de
plain pied avec la terrasse. Des jardins plantés d’arbres séculaires forment
en arrière et sur les côtés un opulent rideau de verdure. Mais cette
symétrie extérieure cache des bâtisses d’âge et de plan très dissemblables,
que l’architecte du XVIIe siècle et ses successeurs, malgré toute leur
adresse, n’ont pas réussi à rendre complètement homogène, comme on s’en
aperçoit bien vite aux changements continuels de niveau des planchers et à
la distribution compliquée et parfois peu heureuse de l’intérieur. La partie
la plus ancienne paraît être celle qui forme aujourd’hui le pavillon Est du
château. Les murs en ont plus de deux mètres d’épaisseur à la base; les
angles du côté de la cour de service, sont arrondis, et ce détail trahit une
très vieille tour carrée, du type de celles de l’Espinasse, Contenson, etc.
Les ouvertures ont été refaites et l’appareil est recouvert par un
crépissage mais néanmoins on peut dater cette tour du XIe siècle. Ce fut
peut-être l’origine du château, à laquelle on ajouta, aux XIVet XVe siècles,
d’autres ouvrages de défense qui lui donnèrent la forme de polygone anglé de
tours.
Le château fut réparé en 1379, ainsi que l’apprend un inventaire de 1613.
Une transaction du i3 juin 1453, entre Antoine et Jean Raybe, cousins
germains et coseigneurs de Saint-Marcel, indique que le donjon avec ses
tours, ses fossés et son entrée par la porte du Colombier appartiendra à
Jean Raybe; et que la grosse tour ronde existant dans le vingtain, au nord
du donjon, appartiendra à Antoine qui pourra, en outre, construire à quelque
distance une autre maison forte. Cette grosse tour se retrouve, adjacente à
une portion encore debout du mur d’enceinte, dans une tour cylindrique à
demi cachée par les arbres, qui s’élève au Nord de la cour intérieure. Son
diamètre est de neuf mètres; elle est dans un état de ruine avancé et toute
lézardée, ce qui doit être attribué à la mauvaise qualité des mortiers, car
ses murs ont deux mètres quarante d’épaisseur au rez-de-chaussée. Elle
comportait plusieurs étages de pièces voûtées en calotte. On remarque à
l’intérieur des espèces de niches étroites, voûtées en berceau, qui
s’enfoncent dans la muraille et dont, faute de moyens d’accès, il est
difficile de reconnaître la destination; il n’y a pas de trace de cheminées.
A 7 ou 8 mètres en matin, une autre tour d’un moindre diamètre contient un
escalier à vis dont le noyau et les marches sont en chêne massif; il dessert
un petit corps de logis intercalé entre les deux tours. De 1575 à 1613,
Claude Raybe paraît avoir entrepris une refonte totale du château, dans le
but d’en faire une habitation plus commode; les d'Albon achevèrent la
restauration et donnèrent au château sa forme actuelle. Le vieux donjon
devint un pavillon d’angle; un pavillon semblable fut élevé en regard; on
les unit par les robustes substructions de la terrasse, sur laquelle fut
assis un grand corps de logis pour lequel on mit sans doute à profit les
fondations des bâtisses préexistantes. De ces constructions, le pavillon en
soir et la terrasse, avec les pièces en sous-sol qu’elle recouvre, peuvent
seuls être attribués à Claude Raybe. Par la forme de ses ouvertures, le
corps de logis central ne peut remonter plus haut que le XVIIIe siècle, bien
que dans le fronton surmontant la porte principale soient sculptées et
peintes les armes de Claude Raybe: de sable semé de billettes d’argent au
lion du même, surmonté d'un casque de profil, ouvert, avec lambrequins, et
marqué d’une croix sur la joue; et de chaque côté celles de Marie Papillon
du Ryau, sa femme: parti au 1 de Raybe, au 2: de gueules à la fasce
d’argent, accompagnée de trois roses du même.
Dans le grand pignon qui occupe le milieu de la façade, on retrouve,
au-dessus du fronton déjà décrit, le blason d’autre Claude Raybe et d'Anne
de Bron La Liègue, sa deuxième femme: d’or à la fasce ondée de gueules; au
lion de sable issant en chef. Claude Raybe fit aussi réparer la vieille
tour, où des fenêtres de pierre style Renaissance portent sculptées, à 40
pieds du sol, ses armes et celles de sa femme, mais par une particularité
due sans doute à un caprice du sculpteur, le blason des Raybe ne vient
qu'après celui des Papillon du Ryau. A l'intérieur du château, on remarque
dans la tour, une fresque représentant entre autres peintures abîmées un écu
écartelé aux 1 et 4 de Viennois, aux 2 et 3 d'Albon. Un panneau de cheminée
porte un beau trophée, avec l'écu écartelé cette fois aux 1 et 4 d'Albon,
aux 2 et 3 de Viennois, le tout surmonté de la singulière couronne à
l'antique des princes d’Yvetot. Une pierre de deux pieds carrés porte ces
armes accolées à l’olivier des Olivier de Sénozan, et surmonté de la même
couronne mais à sept pointes seulement. L'ancienne cuisine est établie sous
la terrasse pavée, on y accède, de la cour de service, par un double perron.
Elle est voûtée d’arêtes qui se croisent sur un pilier central coiffé de
quelques moulures. D’autres piliers carrés supportent les angles de la
cheminée, dont le manteau est formé d’un arc en anse de panier sur la façade
principale, et d’un linteau droit sur les côtés en retour. On doit aux d’Albon,
la construction de la chapelle, encore ornée à la clef de voûte de leurs
armes: de sable à la croix d’or et située dans le jardin. C’est un petit
bâtiment carré, surmonté d'un toit aigu à quatre pentes et d’un clocheton;
elle témoigne de la longue persistance du style gothique, appliqué aux
édifices religieux. La porte, en arc brisé, est encadrée par une triple
moulure avec bases prismatiques, simulant, mais presque sans profondeur, les
ébrasements à multiples voussures qu’on observe aux portails des églises de
la région. On peut dater cette chapelle de 1615 environ.
On croit que la seigneurie de Saint-Marcel est un démembrement de celle
d’Urfé. D’après la Mure, Arnulphe Raybe, seigneur d’Urfé, qui vivait dans la
seconde moitié du XIIIe siècle, partagea ses biens entre ses deux fils:
l’aîné, Arnulphe, eut Urfé, le second, Guy, reçut Saint-Marcel. Révérend du
Mesnil, dans une longue étude sur les Raybe, contredit cette opinion. Il
fait remonter la généalogie des Raybe à Arnulfe Rabi, échevin de Mâcon en
879-887, père d’Arnulfe, marié à Aleldi, d’où Arnulphe, père d’autre Arnulfe,
d’où Arnulfe IV, père d’Archimbaud, Étienne, Hugues et Arnulfe V, marié à
Constance de Montrond, d’où Durand, 2° Bernard ; 3° Arnulfe VI Raybe,
seigneur d’Urfé, père d’Allon, vivant en 1140 et de Arnulfe VII Raÿbi,
seigneur d’Urfé, marié, croit-on, à Aimée d’Albon, dont Arnulfe VIII,
seigneur d’Urfé, marié à Béatrix, dont Arnulfe, seigneur d’Urfé; 2° Itier
Raybe, épousa Alaysie de la Tour-Charette, qui lui apporta la Tour; il
rendit hommage de Saint-Marcel, en juillet 1287 et testa le mercredi avant
la Noël 1287. Le 26 avril 1300 il déclare tenir le château de Saint-Marcel
du comte Jean 1er, qui avait dû le faire construire pour l’opposer à Urfé.
Il eut Falconnet Raybe, épousa Agnès de la Palice, fille de Hugues, dont
Hugonin Raybe, chevalier, seigneur de Saint-Marcel en 1301, à la mort de son
grand-père, en rendit hommage le 14 juillet 1334. Il épousa Marguerite
Palatyne, dont Itier Ravbe reçut en 1329 une reconnaissance de cens et
servis pour Saint-Marcel, dont hommage le 26 avril 1347. Il épousa
Marguerite de Saint-Gérand, dont Itier III Raybe, seigneur de Saint-Marcel
dont hommage en 1366, marié à Agnès d’Alègre, fille d’Eustache et de Sybille
de la Roue, dont Itier, qui suit; 2° Jocerand, tué par son frère Itier, pour
une question d’intérêt; 3° Jean.
Itier IV Raybe, seigneur de Saint-Marcel, dont les biens furent confisqués,
pour le meurtre de son frère, le 11 mai 1398, mais il s’en tira avec 1.000
livres d'amende; père de Perceval Raybe, seigneur de Saint-Marcel, dont
hommage en 1399, et dénombrement le 20 avril 1414; marié en 1393, à Jeanne
de Seissac,. Il testa en 1426, et sa femme en 1427, lui ayant donné
Guillaume, seigneur de Saint-Marcel dès 1433, marié le 3 mai 1417, à Isabeau
de Verney, fille de Jacques et remariée à Joseph des Serpens; 2° Eustache
Raybe, d’abord chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, puis relevé de ses
vœux, seigneur de Saint-Marcel, dont hommage en 1441; marié à Marguerite de
Thinière en 1434, dont Jean, coseigneur de Saint-Marcel en 1466, fait
prisonnier à Montlhéry en 1465, marié à Antoine de Mohet, dont Claude,
coseigneur de Saint-Marcel, de 1475 à 1514, prieur de l’Hôpital en 1497, 2°
Antoine-Raybe, coseigneur de Saint-Marcel qu'il reconstruisit, car un acte
du 2 mars 1478 est passé "en la maison neuve du seigneur de Saint-Marcel".
Il fonda, en 1480, une prébende et chapelle dans l’église de Saint-Marcel,
testa en 1480, ayant épousé en 1432, Marguerite d’Urfé, dont Hugues Raybe,
coseigneur de Saint-Marcel, dont hommage en 1508, testa le 4 mars 1524;
marié à Yolande d’Ollette, dont Claude Raybe, maître d'hôtel du Dauphin, par
lettres du 7 août 1555, seigneur de Saint-Marcel, dont hommage en 1557;
marié en 1540, à Anne de Bron-la-Liègue, dont Claude Raybe, seigneur de
Saint-Marcel, marié en 1570 à Marie Papillon du Ryau. Il mourut le 11 mai
1613, ayant légué ses biens à son neveu Claude d’Albon. Les armes des Raybe,
qui figurent à la voûte de la Diana, sont de sable au lion d’argent, les
billettes ne sont qu’une brisure adoptée par Jean Raybe, lors de son
arrangement avec son cousin Antoine.
Claude d’Albon, seigneur de Saint-Marcel, épousa le 2 mars 1607, Bénigne de
Damas, dont Jean-Pierre d’Albon, seigneur de Saint-Marcel, dont hommage en
1636, épousa Charlotte Namy de la Forest, dont Thomas d’Albon de Galles,
marié le 21 août 1684, à Marie-Diane d’Espinchal. Il fit un aveu et
dénombrement pour Saint-Marcel, le 7 mai 1671, et fut nommé en 1674
capitaine d’une Cie de chevau-légers. Il eut Claude d’Albon, comte de
Saint-Marcel, dont hommage le 3o juin 1722, prince d’Yvetot, marquis de
Saint-Forgeux, lieutenant du Roi, en Forez, Lyonnais et Beaujolais, marié en
1711 à Julie-Claude-Hilaire d’Albon, princesse d’Yvetot, dont Camille d’Albon
qui se titrait prince d’Yvetot, marquis de Saint-Forgeux, comte de
Saint-Marcel et de Talaru, vicomte de Varennes, baron d’Avauges. Il était
capitaine de cavalerie et épousa, le 21 août 1751, Anne-Marie-Jacqueline
Ollivier qui fut mère de André-Suzanne d’Albon de Galles, marquis d’Albon,
marié le 17 mars 1803, à Marie-Thérèse-Alexandrine-Emilie de Viennois. Le
marquis André-Suzanne d’Albon vendit le château de Saint-Marcel, le 22
décembre 1805, avec sa terre de 200 hectares couvrant deux collines qui se
baignent dans l’Aix, au baron Ravel de Montagny, qui le donna en dot à sa
fille, Nicole-Hortense, épouse de Jean- Baptiste-Joseph de Courtin de
Neufbourg. Saint-Marcel passa ensuite à leur fille, Françoise-Orpha, qui y
est morte, presque centenaire, en septembre 1916. Mademoiselle de Neufbourg
a disposé de Saint-Marcel en faveur de son petit neveu, Jean-Philippe-Artus
de Courtin de Neufbourg, lieutenant de chasseurs à pied, décoré de la croix
de guerre. (1).
château de Saint Marcel d’Urfé 42430 Saint Marcel d’Urfé, tel. 06 66 39 07
04, gîte de groupe, salles de réception.
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