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Château de Lalière à Saint-Martin-d'Estreaux
 
 

   Il est difficile d'imaginer un site plus austère que celui de notre vieux château. Situé à l'extrémité de la commune de Saint-Martin-d'Estreaux, loin de toute grande voie, entouré de rochers, de buissons et de maigres pâturages, on y arrive en traversant des collines couvertes de bruyères. Cependant ce lieu, qui paraît d'abord désolé, ne manque pas de grandeur et même de charme; à ses pieds, du côté du nord et du levant, s'étend une plaine assez riante; et quand on a contemplé, de la terrasse du château, cet immense horizon qui commence aux montagnes du Lyonnais et finit au Morvan, on trouve moins étrange l'idée des premiers seigneurs de Lalière de s'être installés dans cette solitude. A quelle époque eut lieu cet établissement? Il serait téméraire même de le conjecturer. Il y eut là, sans doute, dans ces temps lointains du moyen-âge que nous connaissons si peu, un premier manoir, dont il ne reste tout au plus que des substructions et quelques débris. Une partie importante de Lalière, qui subsistait à la fin du dernier siècle, appartenait peut-être à ce château primitif; ce n'étaient déjà plus que des ruines inhabitables, mais assez entières encore pour qu'on ait pu en relever le plan. Nous mettons sous les yeux du lecteur ce dessin, seul témoin à notre connaissance, de ce que fut le château des seigneurs de Lalièro au moment de leur plus grande puissance. Depuis, ces débris ont été utilisés pour des constructions plus récentes, ou achevant de s'émietter, ont roulé sur les pentes voisines, à l'exception d'un morceau de muraille suspendu aux flancs de la montagne, et d'une tour découronnée et informe, isolée dans la cour.
Ce qui reste aujourd'hui de Lalière est probablement plus moderne. C'est un simple carré allongé, flanqué au sud-ouest d'une grosse tour d'angle. Autant qu'on peut en juger par une architecture qui a peu de caractère, cette construction doit dater du XVe siècle, du temps d'André de Vitri ou de son père Philippe de Vitri. Mais il y eut quelques remaniements à l'époque de la Renaissance, et on élargit au moins les fenêtres pour donner plus de lumière au château. D'ailleurs aucune moulure élégante, aucune sculpture; on ne voit même nulle part les armes de la maison de Vitri-Lalière, qui ne sont connues que par des témoignages écrits. En somme, cette lourde bâtisse, vue du dehors, offrirait peu d'intérêt, sans cette splendide tapisserie de lierre, une des plus belles qu'il y ait en France, qui couvre entièrement le château au couchant et au midi. L'intérieur, au contraire, est fort curieux. Non pas qu'il faille y chercher aucun échantillon de l'art de nos pères; tout est simple et presque pauvre, et d'anciens procès-verbaux de visites, rédigés en 1772 et 1778, ne signalent rien non plus qui mérite attention, à l'exception peut-être d'une salle antique appelée l'arsenal. Mais la construction du château, assis sur le bord d'un versant très rapide, a obligé l'architecte à racheter cette pente par deux étages superposés de caves, qu'on appelle vulgairement les "souterrains de Lalière. Cette disposition ne manque jamais d'étonner le visiteur, et quand il arrive au second escalier, il lui semble qu'il va s'enfoncer dans les profondeurs de la terre. A vrai dire cependant, le second étage des souterrains est plutôt le rez-de-chaussée de l'habitation, un rez-de-chaussée au-dessous de la cour; et ce qui le prouve, c'est qu'une de ces salles basses est encore pourvue d'une immense cheminée. A l'autre extrémité, est une belle pièce, voûtée avec soin, et revêtue d'un plâtrage très fin, mais d'ailleurs sans autre ornement. Une tradition appelle cette salle "la chapelle de Lalière". A l'étage inférieur rien à signaler que des meurtrières qui, au dehors affleurent presque le sol, et un couloir secret qui a dut servir à la défense.
Si on pénètre dans les souterrains de Lalière, non par la porte principale du château, mais par une autre entrée voisine du fossé, précédée d'une sorte de perron, on s'enfonce par un couloir obscur, encombré d'éboulis, et on arrive dans la grosse tour d'angle. Là s'ouvre un trou carré, béant: ce sont les oubliettes, la grande curiosité de Lalière. Il est d'ailleurs aisé, sans même avoir autour du coeur un triple airain, de descendre avec une échelle dans cet abîme assez raisonnable. On se trouve alors dans une chambre ronde, voûtée grossièrement, et très faiblement éclairée par deux meurtrières, dont l'une donne sur le fossé, et l'autre sur la campagne. Pour achever la visite de Lalière, nous n'avons plus qu'à jeter un coup d'oeil sur ses défenses extérieures. A quelque distance, on voit encore deux petites tours ou barbacanes en ruine, dont la plus éloignée commandait le chemin de Saint-Martin-d'Estreaux à Dianière, l'autre, le chemin de Saint-Martin à Lalière. Le château, bâti à l'extrémité d'une montagne qui s'abaisse partout, excepté au midi, par des pentes très rapides, avait surtout besoin d'être protégé du seul côté où il fût facilement accessible. Ici le plateau a été coupé par un fossé profond, à parois verticales, d'une conservation presque parfaite, et qu'on franchit maintenant sur un pont fixe, substitué depuis longtemps à l'ancien pont-levis. La porte était en outre défendue par des meurtrières, qui sont précédées de chambres de service laissées dans l'énorme épaisseur du mur, et par deux échauguettes, dont il ne reste que les encorbellements. Tout cela est curieux et pittoresque.
On ignore si les travaux de défense ont servi à quelque chose. L'histoire ne dit rien du rôle militaire de Lalière et se contente d'enregistrer les pilleries en 1632 des bandes de Gaston d'Orléans, établies à Lalière. On dit bien que des paysans ont déterré, dans les champs d'alentour, des petits boulets de fer; mais les renseignements recueillis sont trop confus pour qu'on puisse rien en conclure de certain sur un siège du château. La maison forte de Lalière, avec son double corps de logis, ses neuf tours ou barbacanes, ses échauguettes et son fossé, était d'une importance fort supérieure à celle de la plupart des petits châteaux du Roannais. Cela surprend d'autant plus que le rang féodal des seigneurs de Lalière ainsi que leurs droits de justice étaient assez médiocres. Tandis que de modestes fiefs du voisinage, comme ceux de Dianière et de Butavant, qui consistaient tout au plus en quelques arpents de terre et en chétives redevances, possédaient pleine et entière justice, Lalière n'avait que la basse et peut-être la moyenne justice, la haute appartenant, même dans le châtel et sur les gens du châtel, au baron de Ghâteaumorand; ce point était reconnu dès l'année 1287. Mais il y eut des contestations; inévitables entre seigneurs fort jaloux de leurs prérogatives. Une enquête faite en 1406, par devant Papon, châtelain de Dianière, Jacques de Puyclamand, lieutenant du châtelain de Châteaumorand, et Mathieu Gacon, châtelain de Lalière, établit que le ruisseau de Francol, limite des héritages et des justices de ces trois seigneuries, s'était détourné de son cours, "d'environ un demi sillon" au préjudice de Philippe de Vitri.
Les seigneurs de Lalière refusaient quelquefois à ceux de Châteaumorand de reconnaître et avouer leur droit de haute justice. Le 24 novembre 1468 en présence de Jean dé Vitri, prieur de Saint-Germain-des-Fossés, et frère d'André de Vitri, Philibert de Saint-Didier, Vassaut de Rollat, sire de Châtel-Montagne, et Antoine Blein, seigneur des Miniers et châtelain de Châteaumorand, intervint une transaction entre, Brémond de Lévis et André de Lalière. Celui-ci, en échange de quelques avantages, "reconnaissait la haute justice appartenir au dit Brémond, seigneur de Châteaumorand, dans le lieu, châtel et terre de Lalière, et à lui seulement la basse justice jusqu'à soixante sols et un denier tournois, et cela tout le tour de sa maison, à la distance du moulin à vent". Cet acte solennel fit longtemps autorité, et fut la véritable charte des droits et des devoirs de la seigneurie de Lalière en matière de justice. Si de nouvelles difficultés s'élevèrent plus tard, au commencement du XVIIe siècle, elles ne tenaient qu'à la haine conçue par Godefroy de la Guiche, seigneur de Chitain et de Lalière, contre la maison de Châteaumorand; on verra comment cette hostilité violente aboutit à un événement tragique. Les droits restreints de juridiction de Lalière prouvent que cette seigneurie eut d'abord une petite importance; elle ne grandit plus tard, au XVe siècle, que par les services de la famille de Vitri, et par la faveur des ducs de Bourbon. Cela est d'ailleurs confirmé par la médiocrité de sa condition féodale.
Un grand nombre de fiefs obscurs de nos provinces, étaient mouvants du duc de Bourbonnais et du comte de Forez, quelques-uns même du roi. Celui de Lalière n'avait pas cet avantage assez commun. La seigneurie de Lalière devait la foi et hommage, pour la plupart de ses héritages, cens, dîmes, corvées et redevances féodales, aux baronnies de Châteaumorand et de Châtelus. Le château lui-même qui était tenu en justice de Châteaumorand, était tenu en fief, jusqu'à ses murs, défenses et fossés, du sire de Chatelperron; preuve entre mille autres que fief et juridiction étaient choses bien distinctes, bien qu'on les ait trop souvent confondues. Mais dans la suite les choses s'embrouillèrent, quand ces devoirs de vassalité devinrent un peu surannés; aussi voyons-nous en 1541, Suzanne de Vitri donner procuration pour faire hommage au roi de ce qui pouvait lui revenir dans la terre de Lalière, et, au XVIIIe siècle, les comtes de La Palisse revendiquer la suzeraineté de cette seigneurie. Les possessions et les revenus des de Vitri, d'abord réduits à la seule terre de Lalière, avec quelques fonds des censives voisines, furent longtemps modestes, et ne leur permirent guère de sortir de la petitesse de leur condition. Ils étendirent lentement leurs domaines. Au milieu du XVe siècle, Pierre de Chantelot donna la terre d'Ande à André de Vitri son neveu; vers le même temps, le Pré et le Verger entrèrent dans la maison de Lalière. Au commencement du siècle suivant, Brémond de Vitri acquit du seigneur de la Bazolle le petit fief de Larochecheflaux; en 1506, il acheta un héritage à Saint-Pierre-Laval, d'Antoine Morelot et de Claude de Châtelmorand. Sa veuve, Catherine de Talaru, grâce aux dons et aux pensions de la duchesse de Bourbon, continua les acquisitions de son mari; même en 1525, après la grande crise, elle achetait encore de Jean Reure, prêtre, une maison au bourg de Saint-Martin-d'Estreaux. Mais il erait fastidieux d'énumérer une longue série d'actes qui ne peuvent avoir, tout au plus, qu'un intérêt local.
A la fin du XVIIIe siècle, les revenus de Lalière étaient estimés à 6,000 livres environ, dans cette somme étaient comprises des dîmes inféodées considérables, entre autres une dîme charnage, cédée par Brémond de Lévis à André de Lalière, et la dîme de Saint-Rigaud, qui se levait dans la paroisse de Saint-Pierre-Laval. Cette dîme, sur laquelle le curé de Laval prélevait une partie de sa portion congrue avait été donnée aux moines de l'abbaye de Saint-Rigaud. Elle fut aliénée par Antoine d'Amanzé à Jacqueline de Chaugy, dame de Lalière dans ces temps déplorables de la commende, où les abbés disposaient presque sans contrôle de la fortune de leurs monastères. Telle est, fidèlement résumée dans ses traits généraux, l'histoire du fief de Lalière. La famille de Vitri s'est élevée beaucoup plus haut que son état féodal; avec les qualités d'intelligence, d'habileté et d'énergie que nous remarquerons dans cette race, il est probable qu'elle eût grandi jusqu'aux premiers rangs de la noblesse française. Mais sa prospérité fut brusquement interrompue par les grands événements qui suivirent la défection de Charles de Bourbon. Les deux derniers de Vitri, après avoir suivi la fortune aventureuse du connétable, succombèrent avec lui, et la seigneurie de Lalière tombée dans la maison des La Guiche, puis dans celle des Lévis-Châteaumorand, ne fut plus considérée par eux que comme une annexe de leurs vastes domaines.

La Maison de Vitri-Lalière: D'azur, au lion d'argent, armé lampassé et couronné de gueules:

La maison de Vitri-Lalièro est probablement originaire de Vitri-sur-Loire, et peut-être a-t-elle quelque parenté avec celle des Bourbon-Vitri, seigneurs de Bourbon-Lancy. Quoi qu'il en soit, nous ne savons à peu près rien du rôle militaire et politique des seigneurs de Lalière pendant un siècle et demi, et leur nom même n'a été sauvé de l'oubli, ou est ensevelie l'histoire de tant d'autres anciennes familles que par des actes privés. Modestes gentilshommes, assurément, car un seul est qualifié chevalier dans un temps où ce titre était devenu assez commun, ils ont dû partager leur vie entre les hasards de la guerre, et la chétive existence de leur châtel, où ils revenaient après avoir combattu sous la bannière du baron de La Palisse ou de Châteaumorand, défricher leurs bruyères, administrer et arrondir peu à peu leur patrimoine, et dépenser leurs maigres revenus. La meilleure manière d'exposer le peu que nous savons des premiers seigneurs de Lalière, jusqu'à André de Vitri, écuyer de la duchesse Agnès de Bourgogne, est de donner simplement la série chronologique des actes où ils interviennent. Ce ne sera, nous en convenons, qu'un inventaire aride; mais à quoi bon dissimuler par des artifices de style des actes d'aveu et des titres de vente? I°: N. de Vitri, seigneur de Lalière, mort au plus tard en 1287, eut deux fils dont Pierre de Vitri, qui suit; et André de Vitri. II°: Pierre 1er de Vitri; un acte de 1287 constate que, cette année-là, Guichard de Châtelus, seigneur de Châteaumorand, rendit hommage pour la haute justice qu'il avait sur les terres que tenaient de lui Pierre de Vitri, chevalier, et André son frère, dans les paroisses de Saint-Martin-d'Estreaux et de Droiturier. Pierre paraît être mort jeune et sans enfants, et avoir en son frère pour héritier. III°: André 1er de Vitri, frère de Pierre de Vitri; le 20 décembre 1309, fête de saint Thomas, André de Vitri, damoiseau, seigneur de Lalière, fit l'acquisition de cens et rentes à Lenax.
IV°: André II de Vitri, à la veille de la fête de Sainte-Croix en 1335, fit hommage à Guy de Bourbon pour la terre de Lalière. Le 26 mai 1344, par un acte reçu et signé Jean Cherpin, notaire à Crozet, André de Vitri fit hommage pour un pré à Hugues de Châteaumorand. André de Lalière fut nommé en 1340 sergent général du comté de Forez. Ces fonctions étaient remplies d'ordinaire par des bourgeois, très rarement par des nobles, preuve nouvelle que les commencements de la maison de Vitri-Lalière ont été fort médiocres. V°: Pierre II de Vitri, fils du précédent, est un seigneur de Lalière qui nous est connu par les titres les plus nombreux. En 1383, noble Pierre de Lalière, damoiseau, acquiert de Jean Cheffaut, pour la somme de vingt livres tournois, un pré au territoire de Buisson-Rond, ou Bosrond, de la censive de Tachon de Gléné à qui sont dus deux deniers par an de redevance. En 1386, il reçoit le dénombrement des hommes de la terre de Lalièe. En 1389, Pierre de Vitri, damoiseau, seigneur de Lalière, pour exécuter les dernières volontés de son père André de Vitri, damoiseau, autrefois soigrieur de Lalière, et en présence de son fils Philippe de Vitri, fonde une messe annuelle dans l'église de Saint-Martin-d'Estreaux, entre les mains de Pierre de la Périsse, curé de cette paroisse. En 1390, Etienne Belin, paroissien de Saint Pierre Laval, reconnaît qu'il doit à noble Pierre de Lalière, seigneur dudit lieu, trois sols, six deniers et une obole, à raison d'une vente de seigle. Le 16 avril 1393, Tachon de Gléné, bailli de Bourbonnais, mande au châtelain de Billy, et à tous autres justiciers et officiers du duc, que, vu l'absence de celui-ci, il met Pierre de Lalière, écuyer, sous la sauvegarde de monseigneur le duc, pour le maintenir dans la paisible possession d'une terre récemment acquise par lui dans la paroisse de Saint-Pierre-Laval. La même année, le dimanche avant noël, Pierre de Vitri, seigneur de Lalière, donne un domaine à cens à Jean Méplain, de Sail, moyennant vingt-cinq sols, cinq bichets de seigle et cinq bichets dd'avoine, et trois gelines de rente annuelle.
Pierre II eut au moins deux enfants dont Philippe de Vitri, qui suit; et Marguerite de Vitri, mariée à Pierre des Borbes, écuyer, paroissien de Lubié, près La Palisse. VI°: Philippe de Vitri, fils du précédent, c'est peut-être ce Philippe de Laulères, qui, dès l'année 1386, est mentionné, avec beaucoup d'autres gentilshommes, dans une montre d'armes de Hugues de Châteaumorand. Pour nous en tenir à ce qui est certain le 24 mai 1404, noble homme Philippe de Lalière, seigneur dudit lieu, en présence de Hugues de la Périsse, clerc et d'autres paroissiens de Saint-Martin-d'Estreaux, achète de Jean de Puyclamand, de Crozet, divers fonds de la censive de Châteaumorand. Le 30 juillet 1408, il révoque tout procureur nommé par lui pour la gestion de ses affaires. Au mois de février 1442, Philippe de Lalière, écuyer, donne à cens perpétuel divers héritages. Le16 mars de la même année, Jacques de Chàbannes, maréchal et sénéchal de Bourbonnais, délivre un debilis à Philippe de Lalière et ordonne d'apposer les brandons ou panonceaux de monseigneur le duc de Bourbonnais sur les biens de ses débiteurs récalcitrants. Philippe de Vitri avait épousé Luques de Chantellot, soeur de Pierre Duc, dit de Chantollot, seigneur de la Chaize; il eut au moins trois enfants de ce mariage dont André de Vitri qui suit; 2° Jean de Vitri, prieur de Ris en Auvergne et de Saint-Germain-des-Fossés en Bourbonnais; 3° Catherine de Vitri, religieuse à l'abbaye de Cusset. Il fit son testament le 6 mars 1447. Par cet acte, il réglait l'ordre à suivre pour sa sépulture et sa quarantaine, fondait une prébonde dans l'église de Saint-Martin-d'Estreaux, sous la charge d'une messe tous les samedis, faisait un legs à sa fille Catherine, instituait pour héritier universel son fils André, et désignait, pour ses exécuteurs testamentaires, Jean de Vitri, son autre fils, et Pierre des Borbes, son beau-frère.
Philippe de Vitri est quelquefois mentionné dans les comptes de Châteaumorand comme un des familiers du château. Si son fils André est sorti de l'obscurité où la maison de Vitri avait vécu jusque-là, peut-être faut-il attribuer cette fortune nouvelle à la haute influence de Jean de Châteaumorand. Quand celui-ci, dont le crédit était tout puissant à la cour de Bourbonnais, faisait entrer au conseil ducal Jean de Chaugy, son neveu, et Odart Clépier, de Crozet, il ne serait pas étonnant qu'il eut protégé les débuts d'André, fils de son ami et voisin Philippe de Lalière. VII° André III de Vitri, seigneur de Lalière et en partie de Saint Marcel d'Urfé; nous sortons enfin de l'obscurité des origines avec lui. Dès l'année 1437, certainement jeune encore, André ou Andrieu de Lalière était attaché en qualité d'écuyer tranchant, au service de Philippe de Bourbon, second fils de Charles 1er, duc de Bourbonnais, et d'Agnès de Bourgogne. Le prince n'était âgé que de huit ans; mais il avait déjà sa maison particulière à la cour de son oncle Philippe le Bon, duc de Bourgogne, auprès duquel il était élevé. Il est probable qu'André de Vitri fut nommé peu après écuyer d'écurie de madame la duchesse de Bourbon; titre fort envié qu'il conserva longtemps, et dont il jouissait encore en 1469. Le duc dc Bourbon créa, lc 5 janvier 1455, la charge de capitaine du Châtelard en Bresse, et la donna le même jour à André de Lalière, aux gages de trente livres par an, dont la moitié devait être payée par le trésorier du duc, et l'autre moitié par les habitants de la châtellenie. André occupa ce poste très peu de temps. Quelques mois plus tard, le 25 mai 1455, il fut nommé aux fonctions de capitaine et châtelain de Châtelneuf-en-Forez, vacantes par la mort d'Auber du Chavalar, et en prit possession le 9 juin, après avoir prêté le serment d'usage. Selon toutes les apparences, André continua régulièrement sa carrière administrative; car il était en 1463 gouverneur ou lieutenant général de la baronnie de Roannais pour le duc Jean II. Il conserva cet emploi jusqu'à sa mort, et fut remplacé par Guillaume de la Queilhe.
André de Vitri avait épousé, vers 1458, Isabeau de Saint-Marcel, de la maison de Galles ou de Raybe, et soeur de Claude de Saint-Marcel, doyen de Notre-Dame de Montbrison; elle apporta à la maison de Lalière ses droits sur la seigneurie de Saint-Marcel-d'Urfé. De cette union André eut quatre enfants dont Brémond de Vitri, seigneur de Lalière, qui suit; 2° Jacques de Vitri, chancelier de Bourbonnais; 3° Anne de Vitri, probablement religieuse; 4° Catherine de Vitri, mariée à Jean de la Palud, seigneur de Jarnosse, mère de Hugues de la Palud, chanoine-comte de Lyon. André de Vitri est mort avant le 21 septembre 1472. Le 14 mai 1482, un ajournement à comparaître devant la cour des aides fut signifié à Maître Jean de la Goute, à Moulins, en vertu do lettres de commission présentées par Isabeau de Saint-Marcel, veuve d'André de Lalière, tutrice de Jacques, Anne et Catherine de Lalière, ses enfants mineurs, et par Philibert de Saint-Didier, curateur de Brémond de Lalière, aussi fils d'André et d'Isabeau. VIlI° Brémond de Vitri, seigneur de Lalière, du Bois-d'Oingt, et en partie de Saint-Marcel, est né vers l'an 1460. Il marque l'apogée de la maison de Lalière, qui compta un instant, au début du XVIe siècle, parmi les premières du Forez. Bréniond parait s'être partagé entre le service du roi et celui des ducs de Bourbon; mais il est difficile d'ailleurs de suivre exactement sa carrière politique. Il dut entrer fort jeune dans l'administration; car en 1493, après avoir rempli sans doute d'autres emplois subalternes, il était déjà conseiller du roi, capitaine de la tour du pont d'Avignon, et maître des ports et passages dans la sénéchaussée de Beaucaire. Il fut nommé, le 8 juin 1505, garde pour le roi des Ponts-de-Cè en Anjou, charge fiscale, à ce qu'il semble, mais d'une assez grande importance, les Ponts-dc-Cé étant un des principaux passages du royaume.
Cependant cet office n'obligeait pas à résidence personnelle, puisque le 27 septembre de la même année, Jacques de Vitri, chancelier de Bourbonnais, agissant au nom de son frère Brémond, passait à Angers une convention avec Jean Bretault, et lui déléguait pour trois ans la chargé de "lieutenant et commis à l'exercice dudict office de garde audict lieu de Pont-de-Sèe, pour icelui office régir, exercer et gouverner au nom dudict seigneur de Larière, comme son commis et en ensuyvant les ordonnances sur ce faictes par le roy en son grand conseil" avec l'obligation pour Bretault de porter ses comptes une fois arrêtés, clos, signés et approuves par la Chambre des Comptes de Paris, "jusques en la ville de Moulins en Bourbonnoys audict seigneur de Larière en son logeys". C'est tout ce que nous avons pu découvrir des fonctions remplies par Brémond de Vitri dans l'administration royale. Son rôle à la cour du Bourbonnais et dans le gouvernement des vastes domaines de la maison de Bourbon a été bien autrement considérable, et tout semble prouver qu'il fut l'homme de confiance et le conseiller écouté de Pierre II et de sa veuve, la duchesse Anne de France. Il était déjà fort estimé du duc en 1495, quand celui-ci, lieutenant général du royaume, lui fit délivrer, sur le trésor des guerres, une somme de 350 livres pour accompagner en Italie le prince d'Orange, qui allait secourir le duc d'Orléans enfermé dans Asti. Pendant que Charles VIII, après avoir poursuivi jusqu'à Naples sa marche triomphale, se préparait au retour, la Ligue de Venise se formait derrière lui, et le duc d'Orléans, resté à portée de la frontière pour conserver les communications avec la France, compromettait la retraite par une attaque imprudente contre Ludovic Sforza, et se laissait envelopper dans Asti. De là, il écrivit lettics sur lettres au lieutenant général, qui se décida à lui envoyer des troupes. Jean de Chalon, prince d'Orange, et le seigneur de Lalière faisaient partie d'une de ces expéditions de secours organisées à la hâte. Charles VIII, par la victoire de Fornoue, brisa la barrière de fer qui lui fermait le passage, et dégagea le duc d'Orléans; le 7 novembre 1495, il entrait à Lyon.
Il est probable que Brémond de Vitri fut admis peu après au conseil ducal. Le 21 mars 1501, il assista aux fiançailles de Charles d'Alençon et de Suzanne de Bourbon, fille de Pierre II et d'Anne de France. Le roi Louis XII vint à Moulins tout exprès pour ce projet de mariage, qui d'ailleurs ne devait jamais recevoir son exécution, et il y donna ses lettres patentes, où sont nommés, à la suite des grands personnages qui furent présents à cette cérémonie, les principaux officiers de la cour de Bourbonnais, entre autres Brémond, écuyer, seigneur de Lalière. Le 27 mai 1503, le duc de Bourbon, en prévision peut-être de sa fin prochaine, voulant laisser à Brémond un témoignage particulier de son affection, donna le mandement suivant; c'est un des derniers actes qu'il ait signés de sa main: "Pierre, duc de Bourbonnois et d'Auvergne, comte de la Marche, de Clermont, de Forest, etc. A nostre ami et féal conseiller et trésorier général de noz finances maistre Philippe Billon, salut et dilection. Savoir vous faisons que, pour considération des bons et recommandables services que nostre ami et féal conseiller et chambellan Brémont de Larière, seigneur dudict lieu, nous a faiz et fait faire... A iceluy, pour ces causes et antres à ce nous mouvans, avons donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes tous les blez, tant froment, seigle, avoyne, poix, febves que autres grains quelconques, ensemble les poullailles, corvées et charrois pour la conduite d'iceulx blez, que nous avons et nous sont deuz en nostro seigneurie et chastellenie de Chaveroche. Donné à Lyon, le XXVIIe jour de may, l'an mil cinq cens et troys. Signé Pierre". Cet acte ne mentionne pas la charge de capitaine des archers de la garde ducale que Blémond de Vitri avait quelques mois plus tard.
Pierre II mourut à Moulins le 10 octobre 1503, désignant pour ses exécuteurs testamentaires Charles de Bourbon, évoque de Clermont, Mathieu, bâtard de Bourbon, gouverneur de Guyenne, et les seigneurs d'Ëscars et de Lalière. Ses funérailles furent réglées avec un soin minutieux, et il fut décidé que Brémond de Lalière, conseiller et chambellan du feu duc, et capitaine des archers de sa garde, y remplirait l'office de maître des cérémonies. Brémond conserva tout son crédit auprès d'Anne de France, veuve de Pierre II. Par lettres signées de sa main, du 27 octobre 1507, elle lui continua pour cinq ans, à cause des services qu'il avait rendus à son mari, la jouissance des revenus de Chaveroche, à compter de l'expiration des lettres semblables accordées précédemment par le duc. Elle garda Brémond de Vitri dans son conseil, et l'employa dans les hautes charges du gouvernement ducat. Le seigneur de Lalière fut en effet nommé, en 1504 au plus tard, capitaine de Beaujeu et bailli de Beaujolais. Il mourut sans laisser de testament, avant le mois de novembre 1509, à un age où il aurait pu rendre encore bien des services. Brémond de Vitri a contribué, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, à la fortune croissante de sa maison, soit par les affaires dont il fut chargé et les fonctions qu'il occupa, soit par le constant agrandissement de ses domaines. Des actes nombreux prouvent que les libéralités de la duchesse de Bourbon furent employées en partie à des acquisitions qui augmentèrent le patrimoine, longtemps si modeste, de la famille de Lalière. C'est Brémond, sans aucun doute, qui a bâti la chapelle de Lalière dans l'église de Saint-Martin-d'Estreaux. En 1447, son aïeul Philippe de Vitri demandait, par son testament, à être inhumé au tombeau de ses ancêtres, "dans le cimetière de Saint-Martin". Les seigneurs de Lalière n'avaient donc pas encore de sépulture à eux dans leur église paroissiale.
Brémond avait épousé, à une date que nous ne pouvons déterminer, Catherine de Talaru. Cette alliance avec une des plus illustres maisons du Forez fait voir à quel point de prospérité était alors arrivée la maison de Vitri. Catherine de Talaru, après la mort de Brémond, continua d'agrandir les domaines de Lalière, grâce surtout à de nouvelles libéralités de la duchesse Anne de France. Celle-ci lui donna une rente annuelle de trois cents livres, à toucher pendant six années consécutives, soi disant pour payer les dettes du défunt; pure formule de chancellerie, sans doute, car un homme qui achetait presque chaque année quelque terre nouvelle ne devait pas, il semble, laisser une succession embarrassée. Catherine de Talaru survécut longtemps à Brémond de Vitri. Le 20 mai 1522, elle reçut de frère Guillaume, prieur de la chartreuse de Notre Dame de Vauvert, près de Paris, pour des bienfaits qui ne sont pas spécifiés, une charte de participation aux prières et bonnes oeuvres de l'ordre des Chartreux. Elle mourut entre 1528 et 1531. Brémond de Vitri et Catherine de Talaru avaient eu au moins neuf enfants de leur mariage dont X de Vitri, seigneur du Bois-d'Oingt. La terre du Bois-d'Oingt, en vertu du testament d'Isabelle d'Harcourt, veuve d'Hubert de Thoire-Villars, du 20 novembro 1441, avait passé dans les mains des ducs de Bourbon. Jean II la donna en 1475 à son fils naturel Pierre de Bourbon. Après sa mort elle fut cédée à Mathieu, le grand bâtard de Bourbon, qui la garda jusqu'à sa mort le 19 mars 1505. La seigneurie du Bois-d'Oingt rentra de nouveau dans les domaines de la maison de Bourbon. La duchesse Anne de France en disposa en faveur du premier fils né ou à naître du mariage de Brémond de Vitri et de Catherine de Talaru, avec cette clause que, s'il décédait sans postérité légitime avant ses parents, ceux-ci en jouiraient leur vie durant, et qu'ensuite elle appartiendrait à leurs autres enfants. Ce fils mourut on effet do bonne heure, et la terre du Bois-d'Oingt échut à la maison de Saint-Marcel.
2° Jean de Vitri, seigneur de Lalière, qui suit; 3° Louis de Vitri, dont la vie et les aventures sont étroitement associées à celles de son frère; 4° Jacques de Vitri qui fut mêlé au procès des complices du connétable, sans que nous puissions dire quelle part il prit à la conjuration. Il mourut probablement en 1555. 5° Suzanne de Vitri, épousa par contrat du 17 novembre 1513, Jean de Champ-Ropin, chevalier, seigneur de Chambort. Suzanne eut une partie, ou peut-être la totalité de la seigneurie du Bois-d'Oingt, qu'elle laissa à sa nièce Marguerite de Saint-Marcel, avec des legs à Suzanne de Chaugy et à Jacqueline de Chaugy, dame de Lalière, toutes deux filles de sa soeur Jacqueline de Vitri. Elle avait épousé en secondes noces Gilbert d'Audricourt seigneur de Mortillon. Suzanne n'eut aucun enfant de ses deux mariages; 6° Françoise de Vitri, religieuse de l'ordre de Saint-Benoit, peut-être à l'abbaye de Cusset; 7° Charlotte de Vitri aussi religieuse du môme ordre; 8° Anne de Vitri, mariée à Claude de Galles de Saint-Marcel, fils de Hugues de Galles, seigneur en partie de Saint-Marcel-d'Urfé. 9° Jacqueline de Vitri. IX° Jean de Vitri, seigneur de Lalière. La conspiration du connétable Charles Bourbon est un des faits les plus importants de notre histoire. On sait comment des injures imméritées, la haine de Louise de Savoie, mère de François 1er, et la menace d'une spoliation poussèrent un prince de la maison royale à sortir en fugitif de la France, et à faire alliance avec les ennemis de son pays. Nous savons tout ce qu'on peut dire pour excuser la défection du duc de Bourbon; cependant on oublie peut-être qu'il ne s'agit plus ici d'un vassal défendant son droit contre son suzerain, chose ordinaire sous le régime féodal, mais d'un homme qui, pour venger ses ressentiments privés, veut, comme le dit Martin du Bellay, "faire la guerre dans les entrailles de la France", introduire l'Anglais et l'Espagnol dans nos provinces, et se partager avec eux le sol de la patrie. Notre intention n'est pas de raconter en détail la fuite du connétable; il nous suffira de mettre en lumière le rôle que joua Jean de Vitri dans ces événements.
Par arrêt du 16 janvier 1524, il était ordonné que Jean de Vitri, seigneur de Lalière, et les autres contumaces fussent appréhendés partout ou on les rencontrerait, et mené dans les prisons de la Conciergerie; ils avaient trois jours pour se présenter, sous peine de bannissement et de confiscation. Le 9 mars 1524, le Parlement fit prendre possession de tous les biens appartenant aux complices du connétable. Enfin, l'arrêt du 13 août 1524, prononcé contre les contumaces, condamnait, comme criminels de lèse-majesté, traîtres et rebelles envers le roi et son royaume, Jean de Vitri, écuyer, seigneur de Lalière, Louis de Vitri, René de Bretagne, Pompérant, Jean de l'Hospital, Hugues de Nagu, seigneur de Varennes, etc., à être décapités au pilori de la ville de Paris, leurs têtes mises au bout d'une lance, et leurs corps pendus au gibet de Montfaucon. Le même arrêt déclarait les biens meubles et immeubles des condamnés acquis au roi, et incorporés à son domaine. François 1er disposa des domaines confisqués sur les adhérents du connétable en faveur des gentilshommes de son entourage, ou de ceux dont il avait éprouvé la fidélité. Ainsi en septembre 1524, le roi donnait à Jean de Lévis, baron et seigneur de Châteaumorand, la seigneurie de Lalière. Nous savons que François 1er aurait fait commencer la démolition de Lalière, et ce serait sans doute à cette époque qu'aurait été ruinée la partie du château qui n'existe plus aujourd'hui. Par un autre acte du mois d'août 1524, le roi avait donné la terre du Bois-d'Oingt, ayant appartenu audit Jehan de Vitri, dit Lalière, à Jeanne d'Arces, soeur de feu le chevalier Blant, pour les services qu'il avait rendus à la couronne. La seigneurie de Lalière et du Bois-d'Oingt ne restèrent pas longtemps aux mains de leurs nouveaux possesseurs.

Les maisons de Chaugy, d'Isserpens, de La Guiche et de Châteaumorand:

Le traité de Cambrai (1529), stipula que "au regard des amis, alliés et serviteurs qui avaient suivi le parti du seigneur de Bourbon, à présent vivants, et des héritiers de ceux qui sont allés de vie à trépassent, ils seront entièrement restitués en leurs biens, déclarant nulles toutes les procédures, sentences, donations, incorporations et autres actes qui contre eux ou leurs héritiers pourraient avoir été faits, à cause d'avoir tenu le parti du dit seigneur de Bourbon". Pour la terre de Lalière, cette restitution forcée ne fut peut-être pas nécessaire, ou du moins il semble qu'elle fut précédée d'un arrêt de mainlevée provisoire en faveur de Catherine de Talaru et de ses filles, Anne et Jacqueline de Vitri, dont les droits partiels sur cette seigneurie avaient été méconnus. Brémond de Vitri et Catherine deTalaru avaient eu quatre fils de leur mariage. Mais l'aîné était mort en bas âge; Jean et Louis de Vitri avaient été tués au service du connétable de Bourbon, ou bien ils s'étaient exilés sans retour; Jacques de Vitri était religieux. La seigneurie de Lalière tomba donc entre les mains d'une fille; elle échut, dans le partage des biens de la famille, à Jacqueline de Vitri. Jacqueline épousa Pierre de Chaugy, seigneur de Chenay-le-Châtel, Cossat et Saint-Félix, petit neveu de Michel de Chaugy dit le Brave, premier mitre d'hôtel de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Le contrat de mariage fut passé à Roanne, le 7 décembre 1531, Pierre de Chaugy étant autorisé par son frère Georges de Chaugy, protonotaire apostolique et chanoine-comte de Lyon, et Jacqueline par dom Jacques de Vitri, prieur conventuel des prieurés de Ris, Noalliat, les Salles et Saint-Germain-des-Fossés. Le 6 mars 1539, ils donnèrent au greffe de la sénéchaussée de Montbrison le dénombrement de leurs terres de Chenay, Lalière, le Pré et le Verger. Il y a des raisons de croire que Pierre de Chaugy, après la mort de Jacqueline de Vitri, aurait été remarié à Maximiliane de Murol, qui est qualifiée de dame douairière de Chenay dans un acte du 2 juillet 1564.
Quoiqu'il en soit Pierre de Chaugy et Jacqueline de Vitri eurent deux filles: Jacqueline de Chaugy, dame de Lalière; et Suzanne de Chaugy, mariée le 21 août 1554, à Gilbert de Chauvigny de Blot, chevalier de l'ordre du roi, et baron du Vivier. Nous savons que la maison de Chauvigny est une des plus anciennes du centre de la France. L'alliance de Jacqueline do Chaugy ne fut pas moins illustre. Elle épousa en 1550 François d'Isserpens ou des Serpents, seigneur de Chitain, fils de Gilbert d'Isserpens, grand maréchal des logis de la maison du roi, et d'Aimé de Coligni. Du reste, leur mariage dura quelques années à peine, et ils n'en eurent qu'une fille, Suzanne d'Isserpens, qui porta la seigneurie de Lalière dans la maison de La Guiche. Jacqueline de Chaugy résidait souvent au château de Lalière qu'elle releva un peu de son abandon et où elle fit quelques travaux de restauration. C'est là très probablement qu'elle mourut, vers la fin du mois de septembre 1613. Suzanne d'Issorpens, dame de Chitain, épousa Claude de La Guiche, seigneur de Saint-Geran, par contrat du 3 avril 1566. De leurs nombreux enfants, il y en a trois qui sont mêlés à l'histoire de Lalière dont Jean-François de La Guiche, comte de Saint-Geran et de La Palisse, gouverneur du Bourbonnais, maréchal de France en 1610, mort le 2 décembre 1632; 2° Antoine de La Guiche, mort très jeune, le mercredi 8 mai 1577, et enterré dans l'église de Saint-Martin-d'Estreaux. Cotte circonstance semble prouver que la famille de La Guiche Saint Geran habitait quelquefois le château de Lalière, ou que l'enfant y était élevé auprès de sa grand-mère Jacqueline de Chaugy; 3° Godefroy de La Guiche, seigneur de Chitain et de Lalière, tué en duel par le marquis de Châteaumorand. Lalière resta jusqu'en 1669 dans la maison de La Guiche; nous n'avons pas assez de documents précis pour suivre exactement son histoire.
En 1628, la seigneurie de Lalière appartenait, au moins en partie, au maréchal de Saint-Geran. Une sentence arbitrale du 10 octobre 1617 la mit aux mains de Claude-Maximilien de La Guiche, comte de Saint-Geran et de La Palisse, mort en 1659. Elle passa ensuite à son fils Bernard de La Guiche, après que sa filiation eût été reconnue par arrêts du parlement. Il mourut subitement en 1690; mais il y avait longtemps que la terre de Lalière n'était plus à lui; il l'avait cédée à sa tante Marie de La Guiche, duchesse de Lévis-Ventadour. En effet, le 20 octobre 1669, Maître Jean de Bonnet, lieutenant du sénéchal de Ventadour, et fondé de procuration de Madame Marie de La Guiche, duchesse de Ventadour, marquise d'Annonay et de Chitain, comtesse de Saint Geran, dame de Lalière, Sainte-Marie-du-Moht, Saint Félix, Bagnonet, Durbize, Cheneay et Avrilly, vendit au nom de ladite dame la seigneurie de Lalièro et ses dépendances à Messire Henri de Lévis, marquis de Châteaumorand, de Valromoy etc., pour le prix de 93.500 livres et 1.500 livres d'épingles par devant Heullard et Michel, notaires royaux à Moulins. A partir de ce moment, Lalière n'a plus d'histoire, à moins qu'on n'appelle histoire Une longue succession de baux à ferme, de reconnaissances, de dénombrements, de rénovations de terrier, actes que je passerai sous silence, à cause de leur intérêt purement local. La chapelle domestique est abandonnée, interdite; le château, livré à des fermiers insouciants, est dans un délabrement pitoyable, mal entretenu, presque ouvert à tous les vents; ce n'est plus un château, ni même une halte de campagne, ce n'est plus qu'un domaine auquel sont attachés de beaux droits de cens et de dîmes. Il faut cependant dire que la seigneurie de Lalière conserve, même dans ce délaissement, son unité morale, et que les petits fiefs de Dianière, Butavant, etc., sont toujours regardés comme de simples annexes du fief principal.
Lalièro perdit même son très modeste tribunal, avec le droit de juger jusqu'à soixante sols et un denier tournois. Des lettres patentes de Louis XIV, données à Versailles au mois d'octobre 1672 réunirent les justices hautes, moyennes et basses de Châtelus, le Breuil, Lalière, Dianière, Bost, Butavant, le Pré du Verger, Mauvernay et Chaugy à celle de Châteaumorand qui s'exerçait au bourg de Saint-Martin-d'Estreaux, à la charge que, "si ladite terre de Châsteaumorand venoit à passer ès mains de personne de la religion prétendue réformée, il n'y pourra estre estably aucun presche, n'y fait aucun exercice de ladite religion"". Cette union fut un grand bienfait pour les sujets de Châteaumorand, qui trouvèrent dans une justice relativement importante et sérieusement organisée, les garanties de célérité, d'ordre, d'économie, d'équité, que n'offraient pas ces minuscules juridictions, où des officiers incapables apparaissaient de loin en loin. Le greffe de Lalière, regardé comme une propriété vénale acquise au titulaire de la charge, ne fut cependant racheté par le marquis de Châteaumorand que beaucoup plus tard, en 1767. Rien d'autre mérite la peine d'être noté dans le cours du XVIIIe siècle, si ce n'est la résistance des vassaux à payer la taille et à faire la corvée, qui annonce la fermentation des esprits et la fin d'un régime suranné; durant ce siècle, les Donniol, qui ont joué un rôle assez considérable dans le pays, furent très longtemps fermiers de Lalière. Ils en devinrent enfin propriétaires, et en firent l'acquisition vers les premières années du XIXe siècle, sur les héritiers du comte de Lévis-Mirepoix, ancien député aux Etats Généraux, exécuté en 1794. Enfin le domaine de Lalière fut vendu par Maître Emile Donniol, le 19 juillet 1812 à MM. Gilbert et Jean-Marie Maridet. Madame veuve Maridet et Sigisbert Maridet, son fils, ont fait au château des réparations qui l'ont du moins rendu habitable. (1)

château de Lalière 42620 Saint-Martin-d'Estreaux, lieu-dit La Lière, propriété privée, ne se visite pas, vestiges.


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A, corps de logis — B, partie du château dont il ne reste plus rien — C, tour à demi ruinée — D, fossé
E, pont — F, cour extérieure — G, grange — H, tour carrée en ruine.
 
 


(1)
   Histoire du château et des seigneurs de Lalière: études foréziennes par l'abbé Claude-Odon Reure (1848-1923). Éditeur: grande imprimerie forézienne (Roanne) 1893

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