|
Du vieux château n’a subi aucune mutilation, il
subsiste tel qu’il fut reconstruit, entre 1582 et 1587, par Jean de
Talaru-Chalmazel, époux de Jeanne de Mars. Le couronnement de la tour du
sud-est fut effectué seulement en 1604, mais c’est là une modification de
peu d’importance. En 1606, Anne d’Urfé, dit que le château était "fort
beau". C’est une construction carrée, flanquée à trois de ses angles de
fortes tours cylindriques, et entouré de profonds fossés, un pont en pierre
a remplacé l’ancien pont-levis. L’entrée est précédée d’arbres séculaires et
la porte, ouverte dans une tour carrée, et défendue jadis par un moucharaby
dont on voit encore les consoles, a conservé son ventail en chêne, orné de
têtes de clous et portant gravée la date de 1687. Cette porte, à plein
cintre, ménagée dans un revêtement en bossage et flanquée de deux pilastres,
est surmontée, au premier étage d’une élégante fenêtre à croisillon, ornée
de pilastres cannelés que couronnent des chapiteaux d’ordre ionique. Une
galerie couverte, supportée par d’élégantes colonnes reliées par des arceaux
au cintre surbaissé, entoure la cour de trois côtés. On retrouve là, et
surtout dans les consoles sculptées de la corniche du premier étage et dans
la façade, l'influence de l’art italien. On admire dans le salon un portrait
en pied de Turenne, attribué à Mignard, et un ameublement style Louis XIV,
garni d'une superbe étoffe de brocart, qui provient de l’ancienne maison de
Talaru. Un autre tableau peint sur bois, décore le trumeau de la cheminée de
la salle des archives et représente le jugement de Pàris; il appartient à
l’école du Primatice. On remarque encore dans le salon le portrait du
général baron Piston, puis ceux de Madame de Maintenon, de la princesse
Marie-Louise de France, de M. Thomé de Saint-Cyr, de Claude de Talaru et de
plusieurs autres membres de la maison de Chalmazel, de la reine Marie
Leczinska à laquelle l’avant-dernier des Talaru fut attaché comme maître
d’hôtel, puis enfin un buste en terre cuite du général baron Piston, oeuvre
de Chinard. A côté du salon sont deux boudoirs, dans l’un on remarque le
portrait du maréchal de Luxembourg, et, dans l’autre ceux de quatre grandes
dames de la cour de Louis XIV, parmi lesquelles on croit reconnaître
Mademoiselle de la Vallière et Madame de Montespan.
La salle à manger est décorée d’une belle boiserie ancienne. Dans la pièce
du rez-de-chaussée de la tour, voisine de cette salle figure un ancien
portrait de Jeanne d’Arc, semblable à celui, daté de 1581, que possède le
musée d’Orléans. L'intérieur de ces diverses pièces est entièrement peint.
Tous les panneaux non remplis de figures, sont ornés de fleurs, de paysages
et de rinceaux qui recouvrent jusqu’aux volets des fenêtres. Sur le manteau
d’une cheminée du premier étage est peint un hibou assailli par des oiseaux.
A l’extrémité nord-est du parc qui entoure le château, se trouve une
ancienne chapelle, dédiée à saint Roch et convertie en chapelle funéraire
par la famille Piston. Au devant de cet oratoire, un bel ormeau protège de
son ombrage séculaire, une croix de pierre datée de 1601, ornée de
statuettes et de deux écussons, sur lesquels se lisent les armes de Jean de
Talaru- Chalmazel, écartelées de celles de Jeanne de Mars, son épouse. La
seigneurie de Saint-Marcel ne s’étendait pas au-delà des limites de la
paroisse et ne comprenait que la basse justice, mais de 1639 à 1696, les
Talaru devinrent seigneurs engagistes de Néronde, et, à ce titre, exercèrent
les droits de fief et de justice à tous les degrés sur les paroisses de
Néronde, Balbigny, Saint-Marcel, Neulise, Saint-Jodard, Piney et une
parcelle de Vendranges, dite de Plagny. Au XVIIIe siècle, la même seigneurie
de Saint-Marcel comprenait seulement les droits de basse justice dans
l’étendue de la paroisse, une rente noble consistant en redevances de sommes
et de denrées de diverse nature, les fours banaux, les droits de leyde et de
charnage à Néronde, le port de Piney, deux moulins et écluses sur la Loire,
et enfin le fief de Félines, consistant en maison, domaine, prés, terres et
bois.
Les premiers seigneurs de Saint-Marcel en portaient le nom. Gaston et Albert
de Saint-Marcel figurent, comme témoins, dans un acte de donation d’un fief
au prieuré de Saint-Sauveur, consentie en 1095, par Ponce Pellus, chevalier
d’Argental. Plus tard, Arnaud de Saint-Marcel possédait sur le territoire de
Ste-Colombe, un fief dont Guichard, sire de Beaujeu, se réserva la
suzeraineté, dans le traité que ce prince passa, le 8 mai 1222, avec Guy
comte de Forez, pour fixer les limites respectives du Forez et du
Beaujolais. Bonpar de Saint-Marcel de Félines, chevalier, et Maurice son
fils, consentirent, le 21 mars 1227, sous la caution de Guy IV, comte de
Forez, un acte de vente de quelques fonds de terre à l’abbaye de la
Bénissons-Dieu. Pierre de Saint-Marcel rend en 1378, foi et hommage au comte
de Forez, pour un cellier et autres héritages situés à Saint-Marcellin. La
branche aînée s’était éteinte, au milieu du XIIIe siècle, en la personne de
Guy de Saint-Marcel, seigneur dudit lieu, qui avait épousé Anne d’Urfé,
fondatrice de la chapelle d’Urfé dans l’église de Saint-Marcel et dont la
fille Héliote épousa Etienne Guerric, fils de Foulques, chevalier et
chambellan de Guy IV, comte de Forez et de Nivernais. Foulques Guerric
était, en 1240, bailli de Forez et lieutenant du comte. De Blanche d’Ecotay
il eut Etienne, qui suit; 2° Guillemette, mariée à Jean de Marcilly et morte
en 1283, inhumée aux Cordeliers de Montbrison ; 3° Nicole, épouse de Girin
de Saint-Symphorien, seigneur de Chamousset. Etienne Guerric, chevalier,
seigneur de Saint-Marcel par son mariage avec Héliote de Saint-Marcel, fut
père de Pierre, qui suit; 2° Foulques, marié à Clémence de Tarare; 3°
Héliote, religieuse bénédictine à la Bruyère, en Bresse; 4° Thomas, qui eut
la dîme de Chenevoux; 5° Humbert, religieux; 6° Elisabeth, mariée à Thomas
de Génetines, seigneur de Grezolles; 7° Guy, possesseur de la dîme de Besse
qu’il vendit à son frère Pierre en 1272; 8° et 9° Blanche et Thomas.
Pierre Guerric, seigneur de Saint-Marcel, par testament de sa mère rend
hommage au comte en 1298 et fut bailli de Forez. Il épousa d’abord
Guillemette Mitte, fille d’Ogier Mitte, puis Claude de Bance et eut du
premier lit Denis, qui suit; 2° Héliote; 3° Antoine, religieux à
Saint-Pierre de Vienne. Denis Guerric, seigneur de Saint-Marcel en 1298,
mourut en 1320 et fut père de Hugonin, seigneur de Saint-Marcel, mort sans
postérité; 2° Jean, qui vit en 1302; 3° Pierre Guerric, seigneur de
Saint-Marcel, rend hommage le 30 novembre 1341 pour ses possessions de
Saint-Marcellin. Il épousa, en 1353, Marguerite de Châtelus, et mourut, le
23 octobre 1396, ne laissant qu’une fille, Marguerite, mariée avant 1378, à
Hugues de Tholigny, bailli de Forez. Ce dernier appartenait à une famille
qui changea au XVe siècle son nom primitif de Tholigny en celui de Thorigny,
par suite, sans doute, de la possession du château de Thorigny, à Bibost, en
Lyonnais, et dont les armes sont Parti d’or et d’azur, à la bande engrèlée
de gueules brochante. Hugues était fils de Guy, alias Hugues de Tholigny et
d’Agnès de Lavieu ; il testa en 1380 et mourut en 1384, laissant Philippe,
qui rend hommage pour Saint-Marcel, à Louis II, duc de Bourbon, et comte de
Forez, en 1393, et fut tué en 1395, par les soldats des grandes compagnies,
qui s’emparèrent à cette date du château de Saint-Marcel; 2° Jacques de
Tholigny, seigneur de Saint-Marcel et Montrotier, épousa Alix de Chalancon
morte en 1407 et inhumée à Sainte-Claire de Montbrison, dont un fils
Philippe de Tholigny.
Philippe de Tholigny, seigneur de Saint-Marcel et Montrotier, rendit hommage
pour Saint-Marcel en 1421, et épousa Marguerite de Bouthéon. Il mourut en
1445 laissant Jacques de Tholigny, damoiseau, seigneur de Saint-Marcel, fut
chambellan du Roy Louis XI et, en 1479, capitaine-châtelain de Sury-le-Bois.
Il épousa en 1445, Catherine de Veauche, fille de Briand. Il testa en 1480,
ayant eu Philippe de Thorigny, seigneur de Saint-Marcel, fut chambellan de
Louis XI et gouverneur du Quesnoy, il fut fait prisonnier de guerre en
Flandre et mourut en 1509. Il épousa Jacqueline de Semur, dont Jacques III
de Thorigny, né le 15 janvier 1487, fut seigneur de Saint-Marcel, Veauchette,
Montrotier et la Mothe des Prés. Il mourut le 30 avril 1536 et sa femme en
février 1566, ne laissant qu’une fille Jeanne de Thorigny, qui épousa Claude
de Mars de Luxembourg, d’une vieille famille du Beaujolais, dont les armes
sont Pallé d’or et de gueules au franc canton d’azur. Claude de Mars,
seigneur de Saint-Marcel, fut successivement guidon de Bayard, puis du
marquis de Saluces, enfin du maréchal de Saint-André. Il mourut en 1565,
laissant une fille, Jeanne de Mars qui épousa d’abord Jean de Seneret,
seigneur de la Bastisse et de la Grange, puis, le 18 juillet 1578, Jean de
Talaru, fils de Louis, seigneur de Chalmazel. Ce dernier hérita de la terre
de Saint-Marcel et la transmit à ses héritiers. Claude de Talaru en prêta
hommage le 30 mars 1674 et François-Hubert de Talaru, le 12 juin 1722, il
reçut ainsi que son épouse, Marie-Anne d’Ornaison de Chamarande, la
sépulture dans l’église de Saint-Marcel. Leur petit fils, César-Marie de
Talaru, comte de Chamarande et marquis de Chalmazel, rendit hommage de
Saint-Marcel, le 18 mars 1774. Par son testament du 7 mars 1839, le marquis
Louis-Justin de Talaru, dernier du nom, légua la terre de Saint-Marcel, à
Charles-Marie-Philippe de Courtivron, et réserva l'usufruit au profit du
marquis de Courtivron, son père.
Les Le Compasseur de Courtivron, originaires de Bourgogne, portent d’azur à
trois compas ouverts en chevron, d'or. Ils ne possédèrent Saint-Marcel que
pendant quinze ans seulement, car le marquis de Talaru mourut le 22 mai
1850, et après la mort de Charles-Marie-Philippe de Courtivron le 26 juillet
1865, cette terre fut vendue au baron Georges-Albin Piston, fils de Joseph
Piston, nommé par Napoléon, général de division sur le champ de bataille
d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, puis baron de l’Empire le 17 mars 1808. Né
à Lyon, le 30 septembre 1754, le général baron Piston mourut dans cette
ville le 21 mars 1831 et fut inhumé au cimetière de Loyasse où son tombeau
existe encore. Il avait épousé une fille de Jean-Antoine Thomé de Saint-Cyr,
lieutenant-colonel exempt des Cent Suisses de la Garde Royale, chevalier de
Saint-Louis, dont Georges-Albin, l’acquéreur de Saint-Marcel, confirmé dans
son droit héréditaire de baron, par décret du 14 mai 1862; 2° Frédéric,
avocat du barreau de Lyon, mort à 27 ans, le 20 mars 1846; 3° une fille,
morte le 3 juin 1856, après avoir été mariée au docteur Ducoux, député de
Loir-et-Cher à l’Assemblée nationale de 1871. Le baron Georges-Albin Piston
est mort à Saint-Marcel, le 8 avril 1891, laissant un fils, le baron
Frédéric Piston, capitaine au 36e régiment d’infanterie, et une fille,
mariée au baron du Tremblay, ancien attaché d’ambassade. Les armes des
Piston sont de gueules, coupé au milieu de Vécu par une ligne d’azur
surmontée de 3 étoiles d’argent, 1 et 2, soutenue de deux chevrons d’or
enlacés, l’un d’eux renversé; au quartier des barons sortis de l’armée. (1)
Éléments protégés MH : le château, y compris les décors intérieurs:
classement par arrêté du 17 octobre 1961. Les communs est et ouest (y
compris la galerie forézienne); les deux pavillons d'angle; le parc:
inscription par arrêté du 16 janvier 199 (2)
château de Saint Marcel de Félines 42122 Saint-Marcel-de-Félines, tel. 04
77 63 54 98, ouvert au public, visite de Pâques au dernier week-end
d'octobre, les dimanches et jours fériés et les lundis du mois d'août, pour
les groupes tous les jours sur réservation.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions chaleureusement M.
Claude Moritel pour les photos qu'il nous a adressées
afin d'illustrer cet historique.
A voir sur cette page "châteaux
de la Loire" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|