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Située au nord-est du
département du Lot, la petite ville de Cazals avait, au Moyen Âge, une
importance stratégique. Elle était implantée à l’intersection de la voie
antique Cahors-Villefranche-de-Rouergue, de la basse vallée de la Masse, et
de la route menant à Gourdon, siège des puissants seigneurs de ce nom. Ce
fut la construction du château fortifié qui fixa alentour une population qui
vécut de l’exploitation domaniale et agricole. L'existence du "castrum" de
Cazals est attestée en 1196, lors du conflit opposant le roi de France à
celui d’Angleterre. Richard Cœur-de-Lion, après s’être emparé d’une partie
du Quercy, avec Cahors et différents châteaux, fera insérer dans le traité
de Gaillon mettant fin à la guerre: "à l’égard de Fortanier de Gourdon, il
demeurera arrêté que si nous pouvons prouver par le serment de vingt ou
trente prud’hommes que nous avons gardé pendant un an et un jour et plus les
châteaux de Pevyrilles et de Cazals et que nous les ayons donnés au susdit
Fortanier, s’il nous plait de les avoir, notre seigneur le Roi de France ne
s’y opposera". Au début du XIIIe siècle, la seigneurie de Cazals était tenue
par trois familles : les Cazals, les Guerre et les Bonafos, qui prennent le
parti du comte de Toulouse pendant la croisade des Albigeois et voient leurs
biens confisqués en 1214 tandis que Simon de Montfort s'approprie la
forteresse de Cazals : Cazals est de ce fait exclu des territoires
temporairement inféodés au comte-évêque de Cahors, et Bertrand de Gourdon
fait hommage à Simon de Monfort pour la châtellenie de Cazals en 1218. Puis
Cazals revient à Alphonse de Poitiers qui reçoit en 1259 les hommages de ses
vassaux de la baylie comtale de Cazals, notamment ceux de Guillaume de
Guerre, fils d'Amalvin de Pestilhac et baron de la seigneurie de Mechmont,
de Matfred de Cazals pour tout ce qu'il possède dans les châteaux de Cazals
et de Pestilhac. La part des Bonafos est une nouvelle fois saisie et, en
1270, la tour et la salle qui ont appartenu à Amalvin de Pestilhac, dit
Bonafos sont occupés par les La Roque, auxquels succèdent les Fumel puis les
Salas. La part des Guerre semble avoir été récupérée par les Vielcastel qui
possédaient au XVIIe siècle, une douzaine de maisons réparties dans le fort,
la ville et les barris, ainsi que le château de Cazals, établi sur les
vestiges de la maison de Guerre.
A côté des Guerre et des Bonafos, seigneurs des castra de Mechmont et de
Domme, mais en position subalterne à Cazals où le roi possédait l'entière
justice sur leurs domaines, les Cazals, maîtres de la juridiction de leur
propre domaine, tenaient une place privilégiée. Toutefois, leur part du
castrum avait été elle même saisie dès 1286, puis de nouveau en 1350 par le
roi de France devenu dès-lors le seul seigneur véritable du castrum.
Théoriquement du moins, car entre 1287 et 1327 l'administration anglaise
s'était temporairement substituée aux prérogatives du roi de France. Il
semble que l'héritage des Cazals ait été récupéré au lendemain de la guerre
de Cent ans par les Gourdon-Thémines puis par les Salignac et les
Gontaud-Saint-Geniès lesquels possédaient au XVe siècle, en plus de leur
tour, la chapelle castrale ainsi que tout un quartier du castrum connu sous
le nom de barri Saint-Geniès. Au-dessous des principales maisons
seigneuriales du castrum, un certain nombre de lignages de donzels et de
chevaliers résidaient soit dans le castrum, comme les Laroque ou les Ranciel,
soit dans l'honneur comme les Corves qui possédaient la motte dite de
Pérusse, les Marcosen, établis au repaire de Lacoste et à Campagnac, et les
Vielcastel établis à Marminiac. A distance du castrum, l'église paroissiale
Notre-Dame de Ginolhac est établie sur une butte conique assimilable à une
motte. Enfin, en 1319, l'administration anglaise avait établi entre Ginolhac
et la ville de Cazals une ville neuve planifiée, comparable à une bastide,
qui prit le nom de Montolza, du nom son fondateur, le sénéchal Guillaume de
Tolza.
L'emprise actuelle de ce qui est appelé "le château" correspond à la partie
sommitale du castrum. Les vestiges de la maison des Guerre, sont nettement
décelables dans les soubassements du pavillon dominant le château actuel. Il
s'agit d'une construction rectangulaire dans laquelle des traces de reprises
et des changements de matériaux conduisent à distinguer deux états
successifs antérieurs à la reconstruction de l'ensemble au XVIe siècle.
L'édifice primitif est caractérisé par ses maçonneries de moellons équarris
appareillés en assises régulières retournées en besace sur l'angle, sans
chaînage. Les murs sont relativement minces. Dans le prolongement de la
façade nord, les maçonneries se poursuivent vers l'est et amorcent sur moins
d'un mètre la base d'un logis accolé tardivement au bâtiment initial, sans
doute au XVIe ou au XVIIe siècle. Les maçonneries de la face ouest étaient
solidaires d'un mur de clôture, que l'on suit sur quatre mètres environ à la
base du logis actuel. L'édifice initial comprenait un niveau unique, ne
dépassait pas 4,30 m d'élévation au-dessus du niveau de sol, lui-même
surélevé de 1,20 m à 3 m par rapport au niveau des talus extérieurs. Une
porte en arc faiblement brisé, dont les claveaux sont réalisés en calcaire
blanc, donnait accès de plain-pied depuis la cour au rez-de-chaussée de
l'édifice. Sur la face opposée, une poterne en plein-cintre, étroite et
basse ouvrait vers l'extérieur sur un perron de charpente dont subsistent
les deux trous d'encastrement. Cette poterne établie 1 m au-dessus du sol
intérieur de la salle ouvrait à 2,50 m environ du talus extérieur. Porte et
poterne offraient en commun la particularité de disposer d'une butée qui
interdisait le dégondage des vantaux. En dehors de ces deux portes, la salle
unique de l'édifice était aérée par une fente d'éclairage, courte et sans
chanfrein, couverte par un cintre monolithe.
Une première transformation de l'édifice initial a consisté notamment à le
surélever en le dotant d'un premier étage. Cette opération à conduit à
abaisser la hauteur sous plancher du rez-de-chaussée, et de ce fait à
condamner la fente d'éclairage. Le nouvel étage fut doté alors d'une large
fenêtre géminée à arcatures en plein cintre, actuellement condamnée,
caractérisée par l'emploi d'un calcaire ocre. L'emploi de ce matériau
nouveau caractérise semble-t-il les nouveaux aménagements. On est conduit de
ce fait à leur attribuer le portail en arc faiblement brisé aménagé contre
la base de l'édifice, lequel ouvrait sur un passage pouvant appartenir à
l'ostal ou encore correspondre à une rue. Il serait alors possible
d'identifier cette porte large d'1,45 m environ avec l'ancienne porte de
Guerre, mentionnée au XVe siècle. La reprise de l'angle du bâtiment par un
chaînage remplaçant l'appareillage initial en besace est également réalisé
en calcaire ocre, ainsi que la porte en arc brisé, apparemment très
remaniée, qui ouvre sur le logis actuel et qui appartiendrait à une
extension vers le sud de la construction initiale. De fait, la relative
minceur des maçonneries, les modestes dimensions de l'ouvrage ainsi que la
présence d'une fenêtre au premier étage et d'une porte basse dissuadent de
considérer l'édifice comme une tour seigneuriale mais conduisent à y voir un
simple ostal. Une troisième modification, réalisée à la fin du XVe ou au
début du XVIe siècle, consista à surélever une seconde fois le volume de cet
ostal en lui donnant les proportions d'une véritable tour ou d'un pavillon
et à l'étoffer d'un escalier en vis, logé dans une tour hors-oeuvre.
Éléments protégés MH : l'ensemble défensif et les sols : inscription par
arrêté du 16 juin 1994.
château de Cazals, chemin
du Castrum, 46250 Cazals, propriété privée, visite des extérieurs
uniquement.
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