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Planté au sein des bois
qui portent son nom, sur le causse aride de Gramat, l’imposant château de La
Pannonie déploie ses ailes avec la majesté toute aristocratique qui sied à
son ampleur. Étonnante demeure au milieu du paysage âpre et dépouillé, comme
surgie d’un coup de baguette magique d’une page de conte de fées. Nous
sommes là sur les terres d’une ancienne grange cistercienne de l’abbaye d’Obazine,
que cette dernière inféode au XVe siècle à un marchand de Rocamadour, Pierre
Lagrange. De la présence religieuse dans les lieux depuis le XIIIe siècle,
il ne subsiste rien. L’aile la plus ancienne de la demeure est le vestige du
repaire construit par Pierre Lagrange dans la deuxième moitié du XVe siècle.
En 1546, Michel Lagrange, son descendant, obtient de l’abbé d’Obazine
l’autorisation d’ajouter des éléments défensifs sur l’édifice: tours
canonnières et créneaux. Un siècle plus tard encore, Jean Magdelon de
Lagrange, qui avait épousé Charlotte de Gozon-Valon, fait construire une
petite église à côté du château, que l’on peut toujours admirer. Mais la
fortune de la famille décline fortement et son fils est amené à vendre le
domaine à un conseiller du roi, contrôleur des décimes du diocèse de Cahors,
Pierre-Antoine Vidal de La Pize, qui débourse pour ce faire 30315 livres 10
sols 5 deniers. Cette nouvelle famille sera anoblie en 1731, lorsque Jean
Vidal de La Pize est nommé garde des Sceaux à la Chancellerie du parlement
de Toulouse. Elle portera "D'or à la bande de gueules et à la bordure de
sable chargée de sept étoiles d’or". En 1723, interviennent d’importants
travaux, ainsi l'aile méridionale est restaurée et devient la façade
principale sur le parc. En 1765, l’aile occidentale est construite sur le
padouan. L'intérieur du château va bénéficier d’une décoration soignée,
voire luxueuse. Des peintures sont mises en place, provenant du château
ruiné de Saint-Sulpice et un décor de gypserie va orner différentes pièces
du rez-de-chaussée.
À la veille de la Révolution, La Pannonie est ainsi devenu, par la grâce et
l’aisance de ses propriétaires, un des plus somptueux châteaux de la
province, mais peu de temps ! La vindicte révolutionnaire malmène la beauté
harmonieuse des lieux: les tours sont arasées, les toitures, les rampes
d’escalier et les balcons sont arrachés. L'importance des dégradations
entraînera la démolition de l'aile septentrionale. Le maître de maison ayant
émigré, le château et les terres sont confisqués. L’obstination de deux
filles du seigneur, appelées les "tantes de La Pannonie", auront raison de
la fureur populaire. En vendant tous leurs autres biens, elles réussiront à
racheter le château pour la somme de 205015 Francs. Leur plus jeune frère,
Louis-Antoine, caché par des paysans durant toutes les années de la
tourmente, pourra ainsi recouvrer sa maison. Son fils sera à l’origine de la
seconde vague de restauration des murs, entreprise dans la deuxième moitié
du XIXe siècle: la toiture, l’aménagement intérieur de l’aile méridionale
notamment. Mais surtout, Jean Vidal de La Pize va créer le parc, tel qu’il
existe encore de nos jours, et l’agrémenter d’eau qu’il fera venir par des
canalisations en terre cuite du plateau voisin de la Méjancerie. Le château
passera ensuite, faute d’héritier mâle, à l’une des filles de la famille qui
a épousé le baron de Saint-Vincent, dont les descendants occupent toujours
la propriété, avec bonheur et courage.
L'édifice épouse un plan en U. Le corps de bâtiment principal possède côté
cour une façade liée aux ailes en retour d’équerre par des arrondis et, côté
jardin, une belle façade régulière. Elle est munie en son milieu d’un
avant-corps en saillie surmonté d’un fronton triangulaire. Une toiture
d’ardoise à la Mansart, ponctuée de lucarnes dans le brisis, chapeaute
l’ensemble du bâtiment. Le corps de logis le plus ancien, constitué par
l’aile nord du château, présente un arrachement, au nord-ouest, semblant
indiquer la présence d’une quatrième aile qui fermait la cour. D’autres
arrachements, présents sur son angle nord-est, sont vraisemblablement les
témoins d’une tour canonnière du XVIe siècle. Le logis repose sur une cave
voûtée en anse de panier d’une hauteur de 3,40 mètres. Le rez-de-chaussée
présente la même voûte. Il contient une cheminée monumentale aux piétements
à colonnettes. La grande salle du premier étage est éclairée par des
croisées à moulurations soignées, et présente dans l’épaisseur de ses murs
des meurtrières rondes pour couleuvrines. On accède à la cour, ou padouan,
par une haute porte ouverte dans l’aile ouest, comportant les armoiries des
Vidal La Pize et des familles alliées surmontées d’une couronne de comte
avec le devise des lieux: "Tout à Dieu, Tout à mon roi". (1)
Éléments protégés MH : le château, y compris les terrasses, les murs de
soutènement et le sol de la cour d'honneur : classement par arrêté du 20
juillet 1992. La dépendance : écurie, grange, serre et faisanderie, ainsi
que le parc, avec ses bassins : inscription par arrêté du 27 décembre 2012.
château de la Pannonie 46500 Couzou. Conservé par la même famille depuis
1680, il est ouvert au public de la mi juin à fin septembre, fermé le mardi.
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