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Château de Laborie à Laval de Cère
 
 

         Le beau château de Laborie domine, du haut de son éperon rocheux, la rive gauche de la Cère. Il faisait partie autrefois de la châtellenie de Gagnac. La seigneurie est l’apanage, du XIIIe à la moitié du XVIIIe siècle, d’une famille originaire d’Auvergne, les Grenier. En 1304, le testament de Guillem de Grenier, nous apprend que ce dernier part au service de Philippe de Bourgogne. Son fils Raymond hommage en 1334 au vicomte de Turenne. Leur descendant, Jean, accompagnera son suzerain, le vicomte de Turenne, dans différentes expéditions au service de Charles VIII. Lors du dénombrement du ban et de l’arrière-ban de 1504, le seigneur de Laborie déclarera détenir de ses terres: "soixante journaux de vignes, cinquante charges de froment, vingt-sept d’avoines, seize livres, seize sous, six deniers en argent, cinquante-trois journées de corvées valant cinquante-trois sous, trente-quatre paires de gélines, soixante-quatre œufs et quatre livres de cire valant vingt sous". Pendant les guerres de Religion, François de Grenier portera haut et fort la bannière catholique. Il n’hésitera pas "accompagné ordinairement de six gentilshommes qui portaient comme lui une casaque d’escarlatte en broderie et de quelque autre suite", à mener militairement le combat contre les troupes protestantes. S’alliant avec Gilles de Montal, il organise des expéditions sanglantes contre les réformés de Beaulieu, d’Argentat et de Saint-Céré.
Les protestants auront raison de sa fougue guerrière, en l’assassinant, lors d’une embuscade tendue contre lui, non loin de sa demeure, le 14 novembre 1574. Sa femme, Marguerite de Pleaux, et leur fils Louis, un bébé alors âgé de huit mois, seront obligés de fuir les représailles huguenotes, et trouveront refuge en Auvergne. Pendant ce temps, leur château de Laborie sera livré aux pillards qui incendieront la demeure maternelle de Pleaux. Devenu adulte, Louis de Grenier sera le digne fils de son père, poursuivant inlassablement les protestants dans toute l’Auvergne. Entré à quinze ans au service du marquis de Thémines, marié à Françoise de Saint-Sulpice, il mourra sur ses terres de Pleaux en 1644. Au siècle suivant, le fief et le château de Laborie passent, par héritage, aux Lagrange-Gourdon-Floirac, qui vendent le domaine, en 1772, à trois acquéreurs: Jean d’ Arquy, son frère Jean-Jacques, curé, et un bourgeois de Laval, Jean Labroue. Une série de procès va bientôt dresser les nouveaux seigneurs contre les tenanciers des lieux. La Révolution arrivera avant que les litiges soient éteints. Laborie est alors confisqué et vendu comme bien national à plusieurs personnes. À la fin du XIXe siècle, le château, endommagé, est acquis par M. Matre qui, avec l’aide de son fils, va s’employer à le restaurer. Mais la Première Guerre mondiale survient, qui entraîne la mort de l’héritier. La vieille demeure est alors vendue à une usine hydroélectrique qui transforme l’édifice en logement pour son directeur. En 1974, après avoir connu plusieurs hôtes au gré des mutations industrielles, le château de Laborie est acheté par ses propriétaires actuels qui, avec amour et discernement, ont su lui redonner son allure d’antan.
Datant de la fin du XVIe siècle, l’édifice comporte un corps de bâtiment rectangulaire et une tour polygonale en forte saillie sur la façade principale, avec une tourelle en encorbellement située à l’arrière de la tour. Une petite échauguette d’angle flanque le corps de logis. La façade arrière est cantonnée par deux tours circulaires, l’une plus grosse que l’autre. Le bâtiment repose sur des caves voûtées. Un chemin de ronde sur mâchicoulis ceinture le haut de la tour polygonale. Celle-ci possède des fenêtres et une porte d’entrée surmontées d’un fronton triangulaire du XVIIe siècle. Au-dessus de la porte, la date 1600 est sculptée, en dessous d’un H, initiale d'Henri. La tour polygonale abrite aussi un large escalier en vis qui dessert les étages du corps de bâtiment. Il se poursuit de façon plus étroite à l’intérieur de la tourelle. L'architecte a ignoré les inventions et le style de la Renaissance. L'aspect quasi militaire de la construction, anachronique à son époque, mais encore en vigueur dans maintes demeures du Quercy, traduit à la fois l’ignorance esthétique de ses seigneurs issus de la chevalerie, et le souci de se protéger dans un pays à peine sorti des affres causées par les guerres de Religion. Une analyse serait nécessaire pour déterminer l'ampleur de la restauration de la fin du XIXe siècle. Le logis est précédé d'une cour qui était peut-être protégée par une enceinte armée de tours aux angles, dont une pourrait être encore représentée sur le plan cadastral de 1819. (1)

château de Laborie 46130 Laval de Cère, propriété privée, ne se visite pas, visible de l'extérieur.

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(1) 
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