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Château de Rocamadour (Lot)
 
 

      Lieu célèbre s’il en est, Rocamadour étonne encore et toujours le voyageur par la beauté sauvage et profonde de son site à nul autre pareil. Le village, haut lieu de pèlerinage voué à la Vierge depuis le XIe siècle, arc-bouté au flanc de la colline rocheuse, étage ses maisons et ses édifices religieux jusqu'aux rives des eaux claires de l’Alzou qui serpente en contrebas. Tout, ici, est contraste, beauté, rudesse et mystère, même si, parfois, l’afflux de touristes perturbe outre mesure la sérénité de lieux un peu trop envahis par la bimbeloterie des marchands du temple. Si la tradition attribue le nom de Rocamadour à un saint ermite, qui serait même, pour d’aucuns, Zachée en personne, dont le corps, selon le Livre des Miracles, aurait été découvert au XIIe siècle sur le rocher qui domine le bourg, il faut se rendre à l’évidence, c’est une légende, introduite au XVe siècle seulement, donc trois cents ans après la rédaction du Livre des Miracles qui, en réalité, n’y fait pas même allusion. Reprise en 1633 dans un ouvrage pieux, l’histoire ne sera développée dans la littérature populaire catholique qu’à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Mais les légendes ont la vie dure, c’est la victoire des mythes sur la sécheresse des faits. Après avoir appartenu à l’abbaye de Marcilhac, le fief de Rocamadour est détenu par l’abbaye bénédictine de Tulle dont les abbés seront, pendant plusieurs siècles, les cadets des seigneurs de Castelnau. En 1211, Philippe Auguste annexe Rocamadour au royaume. Le XIIIe siècle verra l’apogée du lieu. Saint Louis, en 1244, accomplit le pèlerinage en compagnie de sa mère, Blanche de Castille, et de ses trois frères.
Pendant la guerre de Cent Ans, Rocamadour sera le seul exemple en Quercy de "ville ouverte". Depuis le début du XIIIe siècle, le lieu fait partie des pèlerinages imposés par l’église catholique à l'encontre des hommes coupables de fautes religieuses comme l’hérésie. Il en résulte un extraordinaire développement du site qui va se couvrir d’importants édifices religieux, comme l’abbatiale. Mais la guerre de Cent Ans, puis, au siècle suivant, les conflits répétés des guerres de Religion, vont détruire une grande partie de ces édifices. Petit à petit, les temps changeant, les pèlerinages vont diminuer. À la veille de la Révolution, J. Richeprey note dans son journal de voyage en Guyenne: "Cette communauté est célèbre par la ferveur des dévots. Il n’y a pas un prodige qu’on en raconte: des aveugles y recouvrent la vue, les boyteux y laissent leurs béquilles, les vieillards y retrouvent la santé et les femmes y deviennent fécondes. On y accourt de l’Auvergne, du Périgord, du Quercy, du Rouergue. Ces miracles sont la seule ressource du pays qui est aride, calcaire et mauvais". La loi révolutionnaire supprime le pèlerinage et fait vendre "la vieille masure de château située sur le rocher de Rocamadour ayant appartenu au cy-devant abbé de Tulle". Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que le sanctuaire connaît un renouveau d’affluence, sous l’égide des évêques de Cahors. L'abbé Caillau, maître des lieux à cette époque, fera entreprendre la reconstruction du château, dans le plus pur style néo-gothique cher à Eugène Viollet-le-Duc, tel qu’on peut le voir de nos jours. (1)
Le château de Rocamadour fait partie des places occupées par les Anglais en 1385, mais l'appellation pourrait s'appliquer à l'ensemble de la cité. Il semble donc que nous ne disposions d'aucune information historique sur le château lui-même, si ce n'est la mention tardive, au XVIIe siècle, du "vieux château, désert pour le présent et sans habitation" bâti "au sommet de tous ces rocs". Jean Rochacher a proposé de dater du XIIIe siècle le mur d'enceinte qui subsiste. La "vieille masure" du château, ayant appartenu au ci-devant abbé de Tulle, est vendue comme Bien national en 1796 à la commune puis revendue en 1836 à l'abbé Cailleau qui projette d'y construire une résidence pour accueillir les prêtres de la Miséricorde. Le premier bâtiment construit par l'entrepreneur Sicardie est achevé vers 1841. La congrégation n'obtient pas la garde des sanctuaires et en 1842, le bâtiment est loué par l'évêque de Cahors qui finit par l'acheter en 1850. D'autres bâtiments sont ajoutés contre l'enceinte sous l'épiscopat de Mgr Grimardias (1866-1896) ; un beffroi est ajouté sur la tour d'entrée en 1895.
La courte aile nord est en fait un premier corps de bâtiment de plan presque carré contre lequel est venu s'appuyer le corps principal, un long bâtiment disposé nord-sud. La pierre de taille des élévations extérieures ne distingue pas vraiment les deux corps de bâtiment, mais leur chronologie relative est bien établie par la chaîne d'angle nord-est de l'aile nord. Celle-ci conserve dans son élévation nord, au premier niveau, deux petites fenêtres, aujourd'hui murées, couvertes de linteaux échancrés en plein-cintre de tradition romane. Dans l’élévation nord du corps principal, voisine, apparaît au-dessus d’une fenêtre moderne, le sommet d’une archère qui devait être à double ou triple croisillon. Son élévation orientale ne conserve, au premier niveau à la limite des deux parcelles actuelles, qu’une seule baie médiévale : un long jour étroit à large ébrasement extérieur, qui pourrait être une archère. Jean Rocacher en 1979 a tenté une analyse à peu près complète de l’édifice, descriptions et photographies signalant de nombreux vestiges intérieurs, mais difficile à suivre en ne disposant que d'un plan du rez-de-chaussée et d'une coupe longitudinale schématiques. On en retiendra principalement que le corps principal résulterait de deux ou trois phases de construction, ce que pourrait confirmer des formes différentes des archères ; les voûtes auraient été ajoutées aux XVe et XVIIe siècles, entraînant la suppression des colonnes portant les planchers. (2)

château de Rocamadour 46500 Rocamadour, propriété privée, visite des extérieurs.

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(1)       Extrait de Châteaux, Manoirs et Logis : le Lot, en vente sur http://patrimoines-et-medias.pagesperso-orange.fr
(2)  
  source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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