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Contrairement aux seigneuries voisines, Thégra ne
relevait pas des seigneurs de Gramat, mais appartenait aux vicomtes de
Turenne avant de passer par alliance au début du XIIe siècle aux Gasc, qui
deviennent bientôt les protecteurs de Rocamadour qui voit alors l'essor de
son pèlerinage. Au milieu du XIIIe siècle, la seigneurie est partagée entre
les enfants de Raymond de Gasc, mort avant 1266, à savoir Raymond, Guillaume
et Hugues de Gasc et leur beau-frère Guillaume Robert de Cavagnac. Bien que
Thégra ait appartenu aux Turenne, la suzeraineté en était revendiquée par
les seigneurs de Cazillac, différent que les seigneurs de Thégra utilisèrent
pour échapper à leur tutelle et se déclarer vassaux directs du comte de
Toulouse puis du roi de France. Les quatre coseigneurs, Raymond, Guillaume
et Hugues de Gasc et leur neveu Guillaume Rigal de Cavagnac alors mineur,
octroient une charte de coutumes aux habitants de Thégra en 1266. Il est
institué quatre prud’hommes qui prêtent serment lors de leur installation et
dont les prérogatives sont limitées, et un baile qui exerce la justice au
nom des coseigneurs. Devenu coseigneur dominant de Thégra par l’achat de la
part de Raymond de Gasc, Raymond de Cornil, évêque de Cahors, confirme la
charte de coutume en 1281. En 1284, il transmet sa part de seigneurie à son
neveu devenu majeur Géraud de Cornil tandis que Guillaume de Valon et Arnaud
Stephani ont remplacé Guillaume et Hugues de Gasc, par héritage. Les
contestations survenues entre les coseigneurs aboutissent en 1285 et 1287 à
un accord qui reconnaît Géraud de Cornil comme seigneur dominant et en même
temps des droits égaux à tous les coseigneurs. Le mariage, vers 1315, de
Galaubie de Valon avec une fille de Géraud de Cornil le rend maître des
trois-quarts de la seigneurie. En 1369, la place de Thégra est occupée par
les Anglais qui la fortifient en y construisant un "réduit", ensuite appelé
"le fort ", qui englobe le château, l’église et la partie supérieure du
bourg, ce qui semble indiquer que le bourg était dépourvu d’enceinte. Guérin
de Valon retrouve son château en 1373, mais en est à nouveau chassé l’année
suivante.
Thégra change fréquemment de mains jusque vers 1440, ce qui n’empêche pas
les héritiers de Guérin de mettre fin à l’indivision, faisant de Jean de
Valon le seul seigneur de Thégra en 1409. Le document connu pour être un
acte d’accensement collectif de 1441 est en fait un faux fabriqué au XVIIIe
siècle. Adhémar de Valon confirme les coutumes en 1443, sans grandes
modifications si ce n’est l’obligation faite aux habitants d’assurer le guet
jour et nuit dans la forteresse de Thégra en temps de guerre. L’absence de
traces dans la documentation laisse néanmoins penser qu’il ne restait alors
plus rien de l’ancien château. Un accord passé en 1481 entre les habitants
et Antoine de Valon donne un rôle plus important à la communauté puisque
désormais les consuls participeront conjointement avec le seigneur à
l’administration de la ville et au règlement des affaires publiques. En
1527, le contrat de mariage de Catherine de Valon est passé au château de
Thégra, reconstruit sur le même emplacement probablement par Antoine de
Valon. Le testament de 1553 de Gilles de Valon attribue à son épouse la
jouissance d’une maison neuve attenante au château; son héritière, devenue
seigneuresse de Thégra en 1560, est mariée la même année à Antoine de Gozon,
sous la réserve qu’eux et leurs héritiers portent les noms de Gozon et de
Valon et les armes écartelées de Valon. Les guerres de Religion n’épargnent
pas la famille, et Thégra est tenu alternativement par les catholiques et
les protestants, sans destruction significative cependant. Les vestiges
d’une seule maison antérieure à 1400 ont été identifiés lors du recensement
de l’architecture civile médiévale réalisé en 2007, dont la datation est
cependant trop vague pour être utile à la compréhension du développement du
bourg. La silhouette imposante du château, à demi masquée par une
fâcheuse construction communale, domine la place du village au côté de
l’église. Au XIIe siècle, la seigneurie en toutes justices, après avoir
appartenu aux vicomtes de Turenne, était passée, par alliance, à la famille
de Gasc. C’est vraisemblablement elle qui accorde la charte
d’affranchissement comportant une clause rare pour l’époque. En effet, un
article précisait que "le seigneur et les bayles rendent la justice et que
la partie qui se voit lésée a le droit de faire appel dans les dix jours".
Au XIIIe siècle, le fief passe à la famille de Valon-Stéphani, déjà établie
non loin de là, à Lavergne. Pendant la guerre de Cent Ans, Guérin de Valon
fait fortifier son château, qui n’est pas la demeure actuelle, mais un
précédent édifice détruit pendant ce conflit, après avoir été à multiples
reprises occupé par les armées anglaises ou les troupes des grandes
compagnies. En 1448, quand les Anglais quittent le Quercy, le château n’est
plus, le village et ceux des alentours sont désertés par leurs habitants,
les Valon ont trouvé refuge depuis des décennies à Rocamadour. Il faut donc
tout reconstruire, et amener sur les lieux de nouveaux occupants à qui
Adhémar de Valon renouvelle la charte de 1266. C’est, pour le Quercy, la
grande période de nouveaux accensements et d’activité économique. Le
seigneur des lieux entreprend alors la reconstruction de sa demeure au même
emplacement que la précédente, mais avec un plan légèrement différent. Les
tours carrées sont remplacées par des tours circulaires en forte saillie sur
la façade orientale. Le corps de bâtiment de forme rectangulaire est aussi
flanqué à son angle ouest d’une tour ronde engagée, logeant un escalier en
vis, munie d’une tourelle en encorbellement. L’ensemble de l’édifice était
alors couronné de mâchicoulis. Deux enceintes protégeaient le bourg. En
1542, Gilles de Valon, seigneur du lieu, contracte une belle alliance en
épousant une fille de la haute noblesse quercynienne, une demoiselle de
Gourdon-Génouillac-Vaillac. C’est l’occasion d’embellir les appartements
intérieurs. Mais on conserve l’aspect défensif extérieur. Il servira,
quelques années plus tard, pendant les guerres de Religion.
Celles-ci vont faire irruption à Thégra avec une violence particulière.
Jeanne de Valon, qui avait hérité de son père la seigneurie, perd son mari,
Antoine de Gozon, tué par les protestants en 1574. Ceux-ci envahissent le
château, et leur chef, Antoine de Malleville contraint la jeune femme à
l’épouser. Quelques années plus tard, après la mort de ce dernier, tué dans
une embuscade, son remplaçant à la tête des troupes calvinistes, Pierre de
Lagrange, l’épouse également de force. Devenue veuve en 1582, Jeanne de
Valon choisira enfin librement de s’unir à un catholique, Henri des Ondes.
Transformé, par la force des armes, pendant sept années, en bastion
protestant, Thégra, par ce mariage, reviendra dans le giron catholique et
abritera les tenants de la Ligue. En 1608, Jeanne de Valon meurt, à
trente-huit ans, sans enfant de son dernier mari. Thégra passe alors aux
enfants Gozon, issus du premier lit. Plus tard, la maison de Gauléjac, puis
celle des Clermont-Touchebœuf, hériteront du fief, par alliance. Le château
est alors délaissé. Il est vendu, en 1699, à René de Lagarde, puis, vers
1731, il est acquis par un marchand de Saint-Céré, François Niocel. C’est ce
dernier qui va entreprendre une profonde restauration du corps de logis
principal afin de l’aménager de façon plus spacieuse, en un mot, de le
rendre habitable, délabré qu'il était par des décennies d’abandon. La façade
nord est pourvue d’une terrasse avec escalier de pierre. Ses ouvertures sont
agrandies et agrémentées de balcons demi-cireulaires en fer forgé. La
toiture est mansardée. La hauteur des tours est abaissée d’un étage. Cette
restauration, avec la suppression des mâchicoulis, fera perdre à l’édifice
son caractère médiéval. Mais le château, de par ses proportions
harmonieuses, a le charme indéniable des heures de jadis. Les Niocel
possèdent encore la demeure durant la Révolution. De 1800 à nos jours, elle
sera transmise par héritage à différents descendants de M. de Lavaur, son
acquéreur. On peut admirer dans le cimetière du village le singulier tombeau
des Valon, classé depuis 1923. (1)
Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château de Thégra :
inscription par arrêté du 29 juin 1960.
château de
Thégra 46500 Thégra, propriété privée, ne se visite pas, visible de la rue.
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