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Les seigneurs d'Autièges (en latin de Altigiis, en roman de Auteias ) sont
les premiers seigneurs d'Estillac connus. Ils sont mentionnés avec ce titre
à la fin du XIIIe siècle. Dans un curieux procès, engagé le 11 avril 1601,
entre Suzanne de Monluc, une des dernières héritières de la descendance du
maréchal, et François de Lapoujade, seigneur du Buscon, on produisit par
devant le sénéchal d'Armagnac des pièces, desquelles il ressort qu'à cette
lointaine époque il y avait trois co-seigneurs d'Estillac: Raymond et Pierre
d'Estillac et Arnaud-Guillem d'Autièges, (et non d'Antégeac). Le château d'Estillac,
avec les terres qui en dépendaient, resta au seigneur d'Autièges, tandis que
les frères d'Estillac eurent le domaine du Buscon. On s'explique ainsi un
antagonisme persistant entre les propriétaires de ces deux seigneuries
contiguës, qui, à propos notamment du droit de préséance dans l'unique
église d'Estillac, devait aboutir au procès en question. Faut-il voir dans
ces personnages des membres d'une même famille, ou bien des co-seigneurs
sans parenté? Nous l'ignorons. Quoiqu'il en soit, dès l'année 1292, au mois
de décembre, ce même seigneur d'Autièges, "Arnaud d'Auteihas, donzel, senhor
del Castel d'Estilhac, passe seul, par devant maître Hélie Négrier, notaire,
une transaction en forme de coutume avec les habitants dudit lieu d'Estillac".
D'une famille nombreuse et déjà puissante dans la vicomté de Bruilhois, les
d'Autièges rendent plusieurs fois hommage à cette époque au roi
d'Angleterre. Ce sont Géraud et Pierre, pour la quatrième partie du château
de Fieux; Angelier, pour une autre partie du même château; Pierre, pour des
terres à Calignac, etc. Enfin, au commencement du XIVe siècle, un Arnaud d'Autièges,
qualifié seigneur d'Estillac, vend des terres dans la paroisse de Saint-Jean
d'Estillac, passe divers compromis en 1302, 1326, et paraît une dernière
fois sous le nom de Guillaume-Arnaud d'Autièges, avec le titre de seigneur
d'Estillac, dans un acte du 20 novembre 1335.
Une enquête du 31 mars 1311 signale les usurpations commises en 1294 par les
seigneurs de l'Agenais, le vicomte de Bruilhois et les seigneurs de
Sainte-Colombe et d'Estillac. Mais cet acte ne mentionne pas les noms de ces
derniers. En 1353, le 26 avril, Jean d'Armagnac, vicomte de Bruilhois et
neveu de Raymond, comte de Comminges, rend hommage à Pierre de Galard,
évêque de Condom. Parmi les personnes présentes à cette cérémonie dans
l'église Saint-Barthélemy de Laplume figure un Doat d'Estilhac, damoiseau.
Le château d'Estillac passa-t-il au XIVe siècle de la famille d'Autièges
dans celle des Galard, comme l'affirme M. de Laffore, sans indiquer la
source où il a puisé ce renseignement? Nous savons d'autre part que Marquize
d'Estillac épousa, le 24 février 1410, Arnaud de Galard. Ce contrat
expliquerait-il cette mutation de propriété? D'après M. de Laffore, un
seigneur de Galard, propriétaire du château d'Estillac, l'aurait donné
d'abord en dot à son fils Odet ou Odon, puis vendu en 1447 à noble Garcie de
Mondenard. Cette anomalie donna lieu à un procès porté au Parlement de
Toulouse, qui, par un arrêt du23 février 1492, déclara la vente valable et
maintint Garcie de Mondenard en la possession de ladite seigneurie. La
Chesnaye des Bois fournit une version différente. D'après lui, à cette même
époque, la terre d'Estillac passa dans cette même famille par Miramonde
d'Albret, "dame d'Estillac, de Roquelaure, de Sainte-Colombe, de Moncaut en
partie, etc", qui épousa Garcie de Mondenard. Dans ce cas, Estillac aurait
appartenu quelque temps à la famille déjà puissante des d'Albret. Il semble,
en effet, que ce soit à la suite de ce mariage que la famille de Mondenard,
originaire du Quercy, s'implanta dans le Bruilhois, et que depuis cette
époque ses membres prirent le titre de seigneurs d'Estillac, Moncaut,
Sainte-Colombe, et autres terres avoisinantes.
Voilà bien des contradictions. Nous sommes du moins certain de ce fait, sur
lequel tous les auteurs s'accordent: avant le milieu du XVe siècle, les
Mondenard possédaient Estillac. Garcie de Mondenard vécut dans ce château.
Il dut mourir fort âgé. Ses dernières dispositions sont du 7 avril 1487. Il
voulut, comme sa femme (dans son testament du 8 juillet 1473), être enterré
près du grand autel de l'église des Frères prêcheurs d'Agen, auxquels il
légua, ainsi qu'aux autres communautés de cette ville, des sommes
importantes. De son mariage avec Miramonde d'Albret, Garcie de Mondenard
laissa plusieurs enfants. L'aîné fut Jean, baron de Moncaut, époux de
Bertrande de Durfort, dont le fils unique François n'eut que deux filles.
Puis vint un autre Jean qui seul nous intéresse ici. A lui en effet échut en
partage la terre d'Estillac. Il épousa Marguerite de Galard de Brassac et en
eut quatre enfants: deux fils, Garcies ou plus communément Gaixiot, et
François, qui moururent sans postérité et furent les oncles de Blaise de
Monluc; puis deux filles: Françoise, qui épousa François de Lasseran de
Massencôme et devint la mère du futur maréchal, enfin Catherine, épouse d'un
Verduzan. Nous ignorons la date de la mort de Jean de Mondenard, seigneur d'Estillac,
à quelle époque par suite le château passa sur la tête de ses deux fils
Gaixiot et François. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que lorsque Blaise
de Monluc arriva pour la première fois en Italie, en 1521, il y trouva ses
deux oncles, sur le compte desquels il s'exprime ainsi: "Je prins mon chemin
droict à Lyon, et de là passay le mont Ginèbre et m'en allai à Milan,
n'excédant encore l'âge de dix-sept ans; où je trouvés deux de mes oncles,
frères de ma mère, nommés les Estillac,, bien estimés et en bonne réputation
en ce cartier-là, l'un desquels estait à M. de Lescut, frère de M. de
Lautrec".
Françoise de Mondenard épousa François de Lasseran-Massencôme, d'une des
plus anciennes familles de la Gascogne, qui formait un rameau détaché de la
grande famille de Montesquiou, et qui était seigneur de Monluc, de Puch de
Gontaud, du Sempuy, etc. Elle n'entra en possession de la seigneurie d'Estillac
qu'à la mort de ses deux frères, décédés sans postérité, mais dont l'un,
Gaixiot, vivait encore en 1544, année où il eut un procès avec le syndic du
chapitre de Saint-Caprais d'Agen. Le 14 janvier 1530, noble François de
Massencôme, étant au lieu de Puch de Gontaud, diocèse de Condom, fît son
testament, par lequel il institua pour son héritier universel son fils aîné
Blaise, sous réserve que "noble Françoise d'Estillac, dame d'Estillac, sa
femme et compagne, serait dame maîtresse usufructuaire de tous ses biens et
choses, demeurant viduellement et chastement". Cette dernière dut mourir
vers l'année 1544. C'est en effet à dater de cette époque que son fils
Blaise, également son héritier universel, commença à revendiquer ses droits
sur la seigneurie d'Estillac et qu'il acheta peu à peu à ses frères et à ses
sœurs les parts leur revenant sur ladite propriété. Françoise de Mondenard
laissait onze enfants. La date exacte de la naissance de Blaise de Monluc
n'est pas encore définitivement fixée. Si l'on consulte à cet égard les
Commentaires, on se heurte à des contradictions insurmontables, si bien que
tous les auteurs qui se sont occupés de la question proposent chacun une
date différente. Il résulte cependant de l'ensemble des témoignages que
c'est l'année 1502 qui semble devoir être le plus raisonnablement adoptée.
IIe Jean , évêque de Valence et de Die, si célèbre par ses ambassades en
Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, etc, mort à Toulouse en
1579 et enterré dans l'église cathédrale de cette ville; IIIe Joachim,
seigneur de Longueville et de Lious, prince de Chabanais, lieutenant du roi
en Piémont, mort en 1567; IVe Julienne, femme de François de Pellegrue; Ve
Anne, femme de François de Gélas de Léberon; VIe Barbe, religieuse; VIIe
Isabeau, dame de Gouaube; VIIIe Jeanne-Louise, mariée au vicomte de
Corneillan. Enfin trois fils morts en bas-âge et dont l'existence ne nous
est connue que par un passage des Commentaires.
Nous ignorons si ces enfants naquirent au château d'Estillac, habité, on le
sait, pendant toute la première moitié du XVIe siècle, par les frères de
Mondenard. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que l'aîné, Blaise de Monluc,
naquit au château du Sempuy, dans le comté de Gaure, apanage et résidence
fréquente de son père François de Lasseran, et que ce n'est que longtemps
après 1544 qu'il est fait mention d'Estillac dans ses Lettres et ses
Commentaires. Le 14 mars de cette année 1544, il passe avec sa sœur Anne une
transaction en vertu de laquelle celle-ci lui abandonne tous ses droits sur
Estillac. L'année suivante 1545, le 18 décembre, nouvelle transaction entre
Blaise et Joachim "pour tous les droicts que ce dernier a sur la terre d'Estillac
et aultres droicts nouvels qu'il cède et transporte à son frère Blaise, ez
biens de Gaixiot, François et Pierre de Mondenard ". Le même jour, "Jean de
Verduzan transige avec messire Blaise de Massencôme, relativement aux droits
dudit seigneur sur la seigneurie d'Estillac, lesquels appartiennent à ce
dernier par le décès de Gaixiot et de Pierre de Mondenard, ce dernier son
cousin germain". Le 25 avril 1562, Blaise de Monluc reçoit de Louis Fonfrède,
d'Agen, un domaine dans la juridiction d'Estillac. Enfin, le 10 août 1563,
Blaise de Monluc achète des terres, prés et vignes à Estillac au même Jean
Fonfrède, qui les avait précédemment acquises de Jean Marcon de Ponsset. Ce
fut au château du Sempuy que, le 20 octobre 1526, Blaise de Monluc épousa sa
première femme Antoinette Ysalguier. Du reste, pendant les séjours assez
courts que, dans l intervalle de ses premières campagnes, il fit en
Gascogne, Monluc semble n'avoir jamais résidé au château d'Estillac avant la
mort de sa mère, et ce n'est qu'à partir de l'année 1561, que, dans ses
Commentaires ou ses Lettres, il parle couramment de son nouveau domaine.
"Et m'en revenant d'une maison mienne à celle d'Estillac, écrit-il au début
du livre V, je trouvai la ville de la Plume assiégée, etc. Dès les premiers
mois de 1562, on le voit encore à Estillac: "A peine eus-je demeuré quatre
ou cinq jours en ma maison d'Estillac, qu'un ministre nommé La Barelle, etc".
Il y revient, après chaque expédition de cette année terrible de 1562, où la
Guienne était en feu et où le vieux capitaine ne cessait de se prodiguer,
ternissant malheureusement sa gloire par de trop nombreux méfaits. C'est
toujours en son château d'Estillac qu'il vient prendre quelques jours de
repos, après la prise de Monségur, du château de Caumont et son expédition
de Bordeaux, et qu'il y perdit, au mois d'août, sa première femme. "Et me
retiray à Estillac pour donner quelque ordre à ma maison, ayant sceu la mort
de ma femme". C'est du château d'Estillac que partirent, pendant plus de
douze ans, la plupart des lettres, ordonnances, commissions, remontrances,
qu'il adressait aussi bien au Roi et à la Reine-Mère qu'à ses égaux et à ses
inférieurs. Leurs dates prouvent que le vieux capitaine y séjournait de
préférence pendant la belle saison, rentrant l'hiver à Agen dans son hôtel
de la rue des Juifs. Il avait d'ailleurs à y surveiller les réparations et
agrandissements considérables qu'il s'était plu à faire au vieux manoir
maternel, aussitôt qu'il en fut devenu le maître. "Certifiant que le bois de
charpente acheté à Toulouse par Jehan Chambres, charpentier, est destiné à
la construction du château et de l'église d'Estillac, avec la demande de
laisser passer, adressée aux Capitouls de Toulouse, d'une nouvelle quantité
de bois de charpente". Il s'agissait de l'achèvement des travaux, entrepris
depuis quelques années, comme le prouve la lettre suivante, publiée déjà par
M. Ph. Tamisey de Larroque, mais que nous n'hésitons pas à reproduire, se
rapportant directement à l'histoire du château. Elle est écrite par la
seconde femme de Monluc, Isabeau de Beauville, et adressée à son cousin
Robert de Gontaud, alors évêque de Condom.
"Mon cher cousin, arsoyr bien tard, Boëry arriva en ceste ville, portant
lettres de créances de Monsieur de Monluc, pour vous dire qu'y me gardera de
vous en fère plus long discours. Au reste mon dict seigneur de Monluc me
mande que je luy face avancer le bastimentd'Estillac, ce que je ne puys fere
sans vos treayde. A ceste cause vous prie me vouloir envoyer ce maistre
masson que vous scavez pour fere marché et divyser le pourtal dudict
Estilhac, et vous reprye encore une foiyz le fere venir le plus taust que
vous sera possible. Je m'en pars aujourd'hui d'icy pour m'en aller à Stillac
et en envoyé les grands chevaulx de mon dict seigneur de Monluc à Bayonne,
et me manderez quand esse que vous en viendrez à ce cartyer. Je n'é poinct
heu nouveles despuys de Mademoiselle de Sainthorens. Le pourteur me gardera
de vous fere plus long discours, qui sera fin de ma lettre, après m'estre
recommandée bien humblement à vostre bonne grâce, prye Dieu, Monsieur mon
cousin, en santé vous donner très heureuse et longue vye. D'agen, ce XXIXe
d'avril 1563". Enfin c'est au château d'Estillac qu'à partir de l'année 1575
Monluc commença à écrire, ou plutôt à dicter ses fameux Commentaires. Blaise
de Monluc est-il mort au château d'Estillac, comme tant d'auteurs, Mézeray,
de Thou, etc, l'ont écrit. Nous ne le pensons pas. Nul document sérieux ne
vient appuyer cette opinion, basée uniquement sur la présence de ce tombeau
en marbre, qui se trouve actuellement au pied de la tour crénelée de la
façade nord-est, et sous lequel ses restes n'ont jamais reposé. Il est hors
de doute que le célèbre maréchal mourut en 1577, au mois d'août. Ce mois-là,
il quitta Estillac pour se rendre à Condom, où son fils Jean était titulaire
de l'évêché et où son neveu, Antoine de Gélas de Léberon, possédait un
superbe hôtel. C'est de cette ville qu'il écrivit, le 18 août, son
codicille, dernier acte que nous connaissions de lui.
Dupleix, originaire de Condom, qui alors avait sept ans et dont tous les
parents furent des amis de Monluc, écrit dans son histoire d'Henri III:
"L'année 1577 fut remarquable par le trespas d'aucuns illustres personnages,
et entre autres de Blaise de Monluc, mareschal de France, qui mourut à
Condom, et fut enterré dans le chœur de l'Église cathédrale". Devant une
assertion aussi formelle et jusqu'à preuve du contraire, nous croyons qu'il
faut s'incliner. Le document suivant, entièrement inédit, s'il ne tranche
pas absolument la question de savoir en quel lieu mourut Blaise de Monluc,
ni si, conformément au désir exprimé par lui dans son testament, il fut
enseveli au lieu de Sainct-Puy en Gaure", vient à l'appui de l'opinion de
Dupleix, et nous donne même incidemment le jour exact de sa mort, qui fut le
26 août 1577. Contrat passé par le chapitre métropolitain de l'église
Saint-André de Bordeaux avec M. de Monluc, évêque de Condom en août 1579:
"Messieurs Guarray de Montrigauld, archidiacre de Cernés, et Joseph Benoist,
chanoine en ladite église (St-André de Bordeaux), sont commis et députez et
les commet et déppute ledit chapitre pour passer tel contrat, ainsi que de
raison et en la meilleure forme, avec Messire Jehan de Monluc, chevalier de
l'ordre Saint-Jehan de Jerusalem, conseiller du Roy en son privé conseilh et
evesque de Condom; Sur ce qu'a l'instante prière et supplication dudit sieur
eveque de Condom, ledit chapitre luy aurait promis et accordé de faire
inhumer et sépulturer en ladite église, au devant le pillier du milieu des
troys qui soutiennent les grandz orgues, au fond de la nef d'icelle église,
le corps de feu hault et puissant seigneur Messire Blaise de Monluc, en son
vivant chevallier de l'ordre du Roy, capitaine de cent hommes d'armes,
maréchal de France et lieutenant général pour Sa Majesté és pays et duché de
Guienne, père dudit sieur evesque de Condom, et sur ladite sepulture faire
drapper le tombeau de longueur et largeur de neuf à dix pieds un quart
seullement et de la haulteur qu'il plairoyt audit sieur evesque de Condom,
et de fere mettre aux murailles de ladite nef, viz à viz dudit tombeau, d'un
cousté et d'aultre les armes dudit feu, comme cotte d'armes, heaulme,
guidon, masse, espée, ganteletz etc".
Blaise avait eu quatre fils de son premier mariage. Trois étaient mort avant
lui, les armes à la main: Marc-Antoine, l'aîné, tué en Italie devant le port
d'Ostie en 1557, le cadet, surnommé par son père le Capitaine Peyrot , marié
le 6 juillet 1563 à Marguerite de Caupène, et tué en 1566 à Madère; Fabien,
le quatrième, tué au siège de Nogaro, en Armagnac, en 1573. Seul vivait son
troisième fils, Jean; il était d'église, et au moment du décès de son père,
titulaire de l'évêché de Condom. Aussi, dans son testament, daté d'Agen du
22 juillet 1576, le maréchal institua pour son héritier universel son
petit-fils, Blaise de Monluc, fils aîné du capitaine Peyrot. C'est à lui que
revint après sa mort la seigneurie d'Estillac. Mais l'acte contenait une
clause d'après laquelle sa veuve Isabeau en aurait, avec ses filles,
l'entier usufruit, qui cependant cesserait au cas "où elle viendrait à
secondes noces". Isabeau de Beauville ne porta pas longtemps le deuil de son
mari. Elle se remaria, le 23 novembre 1579, avec François de Pérusse, comte
des Cars; ce qui lui faisait perdre ses droits sur Estillac. Aussi
voyons-nous, quinze jours après, le 6 décembre, sa belle-fille Marguerite de
Caupène , veuve du capitaine Peyrot, prendre solennellement possession de
ladite seigneurie, "au nom et comme administreresse des biens de Jean-Blaise
de Monluc, son fils, héritier universel de M. de Monluc, maréchal de France,
acte où la coutume d'Estillac est comprise". Un désaccord existe entre les
généalogistes au sujet du nouveau seigneur d'Estillac. Tandis que certains
lui font épouser la dame de Balaguier-Monsalès, de qui il aurait eu Suzanne,
d'autres, notamment La Chesnaye des Bois, prétendent qu'il mourut sans
alliance. Cette dernière version paraît la plus vraisemblable. Il y a eu
confusion de la part de quelques auteurs. Ce fut en effet son frère cadet
Charles de Monluc qui épousa, le 19 août 1589, Marguerite de Balaguier, dame
de Monsalès, veuve de Bertrand d'Ebrard, seigneur de Saint Sulpice. Leur
fille unique, Suzanne, devint après lui héritière de tous les biens de ses
ancêtres, sa mère, la dame de Monsalès, s'étant mariée une troisième fois
avec Bertrand de la Hire, marquis de Vignoles.
Charles de Monluc habita longtemps le château d'Estillac. Il joua un rôle
considérable en Guienne pendant les années les plus orageuses de la Ligue.
Chevalier de l'ordre du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses
ordonnances, il devint un des principaux chefs de la Sainte-Union dans notre
pays. Mayenne l'avait en haute estime et en fît un de ses principaux
lieutenants. Charles de Monluc fit sa soumission au Roi en 1594. Il reçut de
lui en échange, "provision de l'office de sénéchal et de la charge de
gouverneur d'Agenais et de Condomois", et se montra dès lors un de ses plus
dévoués serviteurs. Il mourut deux ans après, le 19 mai 1596, en même temps
que son frère aîné, sous les murs d'Ardres en Picardie, qu'assiégeaient les
Espagnols. On lui fit de superbes funérailles, d'abord à Bordeaux, puis au
couvent des Cordeliers d'Agen où il fut inhumé. La mort inopinée de Charles
de Monluc fit passer sa fortune sur la tête de son unique enfant Suzanne.
Elle épousa, le 21 décembre 1606, Antoine de Lauzières, marquis de Thémines,
qui aussitôt après son mariage prit possession de la seigneurie d'Estiilac
et vint de temps à autre résider au château. Il s'y trouvait encore en 1616,
quand les consuls "envoient un messager au marquis de Thémines en son
château d'Estiilac, pour l'avertir que les ennemis se préparent à envahir la
Juridiction". La succession de Suzanne de Monluc passa, par défaut de
descendants directs, sur la tête de sa cousine Jeanne, fille d'Adrien de
Monluc et de Jeanne de Foix-Carmain, petite-fille par conséquent de Fabien
de Monluc, quatrième fils du maréchal. Ellese trouva dans la première moitié
du XVIIe siècle, devenir héritière de toute la fortune des Monluc. Qualifiée
dame d'Estillac à la mort de Suzanne, elle apporta par son mariage cette
terre, dont les revenus annuels étaient évalués à 3,000 livres environ, dans
la famille des d'Escoubleau de Sourdis.
Jeanne de Monluc et de Foix, comtesse de Carmain, princesse de Chabanais,
dame de Montesquiou et de Saint-Félix, épousa en effet Charles d'Escoubleau,
marquis de Sourdis, d'Alluyes, chevalier des ordres du Roi et frère du
célèbre archevêque de Bordeaux. Charles d'Escoubleau de Sourdis mourut à
Paris le 21 décembre 1666, âgé de 78 ans, dix ans après sa femme, décédée
également à Paris, le 2 mai 1657. En elle s'éteignirent définitivement le
nom et la descendance directe de Blaise de Monluc. Résidant la majeure
partie du temps à Paris, les d'Escoubleau de Sourdis n'habitèrent pas le
château d'Estillac. Du mariage de Jeanne de Monluc et de Charles d'Escoubleau
naquirent sept enfants. Le quatrième, François, qualifié marquis de Sourdis,
seigneur de Gaujac, lieutenant-général des armées du roi, gouverneur de
Bordeaux et commandant pour le roi en Guienne, devint, à la mort de son
père, ses trois frères aînés n'ayant pas eu d'enfants, propriétaire et
seigneur d'Estillac (1666-1707). Il mourut à Gaujac en Guienne, le 21
septembre 1707, laissant de son mariage avec Charlotte de Beziade d'Avaray
une fille unique Angélique, mariée le 24 mars 1702 à François-Gilbert de
Colbert, marquis de Saint-Pouange et de Chabanais, maréchal de camp des
armées du roi et fils unique de Gilbert de Colbert, grand trésorier des
ordres du roi. Devenue veuve Angélique d'Escoubleau, dame d'Estillac, vendit
le 23 février 1728, la seigneurie et le château d'Estillac, avec les six
métairies qui en dépendaient, à messire Josephde Marans, chevalier, seigneur
de Pressigny, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes
ordinaires de son hôtel et conseiller en la grand'chambre du Parlement de
Bordeaux; demeurant à Paris où il menait le plus grand train, le nouveau
seigneur d'Estillac ne garda pas longtemps cette propriété. Criblé de dettes
et ayant emprunté plus de 150,000 livres à un riche armateur de Nantes, M.
de Montaudouin, il dut, pour se libérer envers ce dernier, lui abandonner en
entier la terre d'Estillac.
Messire René de Montaudouin, écuyer, seigneur des vicomtés et châtellenies
de la Rabastelière, Jaris et Raslière, en Vendée, devint le 22 décembre
1753, seigneur d'Estillac. "A cette occasion, écrit M. de Laffore, fut fait
un état des titres et pièces concernant ladite seigneurie et baronnie d'Estillac".
Elle resta entre ses mains jusqu'en l'année 1787. A cette époque, le 23
décembre, M. de Montaudouin étant mort, le château et la terre d'Estillac
avec haute, moyenne et basse justice, furent achetés par le comte de
Brondeau d' Urtieres, qui dut payer la somme de 175,000 livres à messieurs
de Thémines et d'Espivent de La Villeboisnet, héritiers de M. de Montaudouin.
D'abord aide de camp du duc de Brissac, lieutenant de la garde de M. le
comte d'Artois le 10 juin 1787, le comte Francois-Louis de Brondeau d'Urtières,
qui avait pris part à la guerre de l'Indépendance, se retira de bonne heure
de la vie militaire, et, aussitôt après son acquisition, fit du château d'Estillac
sa principale résidence. La Révolution lui créa des difficultés. Nous n'en
voulons pour preuve que la pièce suivante, inédite, qui, on va le voir, se
rapporte à l'histoire même du château. C'est le procès-verbal, extrait des
registres de la commune d'Estillac, pour la démolition de la partie la plus
dangereuse dudit château, à la date du 16 frimaire, an II (6 décembre 1793):
"Nous, Boue, droguiste d'Agen et Dupouy, d'Estaffort, administrateurs du
district d'Agen, commissaires nommés par arrêté du Conseil du Lot-et-Garonne
du 5 frimaire, à l'effet de vérifier si dans les municipalités du district
d'Agen, l'arrêté du 23 du premier mois de l'an, relatif à la démolition des
châteaux-forts, tours, tourrasses, etc, a été mis à exécution; Nous,
commissaires susdits, nous sommes transportés, ce jourd'hui 16 frimaire,
dans la municipalité d'Estillac, et nous sommes aperçus qu'il existait près
dudit lieu un château très fort appartenant au citoyen Brondeau; nous étant
rendus audit château, et, après l'avoir examiné, nous avons reconnu qu'il
existait aux deux encoignures à la face d'entrée deux bastions très forts,
où il existe plusieurs embrasures meurtrières, que dans la tour dudit
château il existe des avancemens en forme de tour, etc. Nous, commissaires
susdits, requérons la municipalité d'Estillac, d'annexer le présent à ses
registres... d'avoir à faire démolir de fond en comble les bastions et tours
garnies d'embrasures meurtrières et magicoulis, le corps du logis demeurant
réservé; et pour y parvenir de mettre au plus tôt tous les ouvriers et
autres personnes capables de démolir en état de réquisition; que ces
opérations s'effectuent aux dépens du propriétaire, et les matériaux en
provenant être distribués aux plus indigents de la municipalité, etc".
Forcé d'obtempérer aux ordres du district, qui heureusement ne furent
exécutés qu'en partie, M. de Brondeau dut livrer aux démolisseurs un des
bastions avancés de l'aile droite du château. Nommé maréchal de camp en
1816, il mourut à Estillac, laissant de sa femme Anne Bouais, quatre
enfants. A la suite du partage de famille, le château et la terre d'Estillac
restèrent quelques temps indivis entre son second fils, Jean-François-Ernest
de Brondeau, et sa fille, Suzanne-Fanny, mariée à Charles de la Roche,
laquelle, après transaction, en demeura seule propriétaire. Depuis lors, le
château d'Estillac est resté dans les mains de la famille de La Roche. Il
appartenait encore au commencement du XXe siècle à M. Charles de La Roche et
à sa mère, née de Villeneuve, que nous prions d'agréer ici l'expression de
nos plus sincères remerciements pour la bonne grâce avec laquelle elle nous
a permis de visiter et d'étudier dans ses moindres détails la vieille
demeure historique de Blaise de Monluc.
Description du château d'Estillac:
Le château d'Estillac est assis sur une butte naturelle, à soixante pas en
arrière d'un vieux chemin qui fut peut-être une voie romaine secondaire.
Cette route vient d'Agen tout droit, du nord au sud, traversant la haute
plaine, jusques aux ruines d'une pile antique dite Peyrelongue (six
kilomètres); puis elle gagne le coteau entre Roquefort et Estillac et en
suit l'arête supérieure pour obliquer au sud-est vers Aubiac. Sur ce trajet,
la butte d'Estillac occupe un point culminant, d'où la vue est fort étendue,
mais elle n'offre pas de forts escarpements; elle est accessible de tous
côtés. On pourrait être surpris qu'élevé dans ces conditions, le château
n'ait été muni d'aucun ouvrage extérieur, pas même de fossés. Cette
particularité est commune à nombre de châteaux gascons. Un document cité par
M. le baron de Ruble nous apprend qu'en l'année 1567, Monluc faisait venir
par Toulouse le bois de charpente destiné à la construction de l'église et
du château d'Estillac. Ce texte, précieux en ce qu'il fournit une date, ne
doit pas toutefois être interprété dans ce sens que Monluc aurait édifié
tout le château. L'étude des vieux documents, aussi bien que celle de
l'édifice lui-même, prouve le contraire. Il paraît évident, pour ceux qui
tiennent compte, comme il le faut, des deux éléments d'information, que
Monluc a fortement remanié des constructions antérieures formant à peu près
la moitié de l'ensemble encore existant, et construit en totalité l'autre
moitié. Il existait, à la fin du XIIIe siècle, un château à Estillac, ainsi
que le prouve un acte de l'année 1292. Mais si les parties qui datent du
XIIIe siècle et celles qui s'achevèrent en 1567 peuvent être assez bien
déterminées, il n'en est pas de même de certaines constructions, dont
quelques-unes paraissent être de quelque peu antérieures au milieu du XVIe
siècle, et d'autres plus anciennes encore.
L'intelligence de la description qui va suivre sera facilitée par des
références au croquis d'un plan (ci-dessous) dont l'exactitude, nous devons
le dire, est seulement approximative. La courtine en façade, où est l'entrée
(A), orientée sud-est, est parallèle au vieux chemin dont nous avons parlé.
La cour intérieure affecte la forme d'un triangle rectangle à la pointe
émoussée. En arrière d'un puits large et profond (B), on voit saillir (C)
l'angle d'une construction rectangulaire parfaitement caractérisée. Ses
revêtements sont en moyen appareil, plutôt petit, fort soigné. A hauteur
d'homme, à l'extérieur, trois archères (aaa) au nord-est, une (b) au
sud-ouest valent une date. La construction barlongue (DDD) est, de toute
évidence, le Castrum du XIIIe siècle. Mais, à cette époque, il n'y avait pas
de château sans tour. La tour est saillante et de forme carrée (F). On y a
logé plus tard l'escalier, en la remaniant pour la rendre circulaire à
l'intérieur, en refaisant des parements, en y ouvrant une porte (E). Dans
ses vieux murs, on voit encore une archère condamnée (b), qui donne dans une
annexe de la cuisine. Il est possible qu'une seconde tourelle s'élevât à la
place de la tour G, refaite au commencement du XVIe siècle et couronnée de
mâchicoulis, ou même à l'angle G, où l'on a rebâti un contrefort en applique
sur des arrachements. Il y avait peut-être une enceinte et des dépendances
au nord-ouest. La tour L doit dater du moyen-âge. Elle était carrée et c'est
en voulant la renforcer qu'on lui a donné, au XVIe siècle, une forme aussi
singulière à l'extérieur, une courbe en colimaçon. Ceci n'a aucune raison
d'être et ne se verrait pas dans un ouvrage exécuté d'un seul jet. Près du
bastion N, en c, on remarque des soubassements dont l'appareil rappelle
celui du corps du château du XIIIe siècle. Nous avons fait ressortir ces
particularités sur le plan.
On peut se demander aussi si le logis K M n'a pas été refait dans sa forme
grossière en appareil irrégulier sur des fondations anciennes. Son sous-sol
est voûté en berceau, forme rarement usitée après le XIIIe siècle. La
croisée d'ogives, aux XIVe et XVe siècles, la voûte d'arête, au XVIe siècle,
furent appliquées de préférence aux sous-sols et aux rez-de-chaussée des
châteaux de l'Agenais. Tels sont les petits problèmes les plus difficiles à
résoudre dans une étude de dissection du château d'Estillac. Il est assez
vraisemblable que, de la fin du XIIIe au XVIe siècle, des additions furent
faites au fort primitif. Nous en jugerons par ces indices. Nous avons dit
que le logis K M était d'un appareil négligé. On n'y voit qu'un seul motif
d'ornementation. Sur le meneau d'une fenêtre, à l'extérieur (en d) ce sont
des rosaces et un bandeau enlacé dans le style de la première Renaissance.
Les revêtements des tours L et H sont au contraire en bel appareil moyen,
plutôt grand. Le bastion N est en applique sur la clôture du logis 0 P. Ce
mur de clôture est donc, au moins en partie, antérieur au bastion, et, comme
l'ensemble du château que nous venons de délimiter ne pouvait rester ouvert
au sud-est, il est probable qu'environ du point P au point C, une courtine
achevait de clore une cour intérieure de C à E. Nous en avons fini avec le
quadrilatère ancien. Le puits B, qui reste en dehors, appartient à la série
des dernières constructions. Nous savons par Monluc lui-même qu'il y avait
deux puits au château d'Estillac.
Le quadrilatère qui reste à décrire PRSV, en y comprenant le bastion N, a
été évidemment édifié le dernier et d'un seul jet. C'est l'œuvre de Monluc,
la grande construction achevée jusques aux charpentes, en 1567. Il est du
même appareil relativement grand et très soigné. Ses murs sont talutés et
par conséquent renforcés à la base. Un cordon, composé d'un gros tore
circule uniformément à la hauteur du premier étage sur toute la superficie
du quadrilatère, y compris le bastion N. Nous avons là un des plus anciens
exemples connus en France d'enceinte bastionnée et celle-ci est l'œuvre d'un
maître. Le bastion N, à quatre pans, est du type classique; les bastions R S
appartiennent à la variété dite lunette. La configuration des abords du
château a permis à Monluc de ne pas établir de meurtrières dans le
rez-de-chaussée, à hauteur d'homme, comme on en voit dans le château du
XIIIe siècle et dans la tour G. Ces baies affaiblissent les murs juste au
point où on les bat en brèche. Il pouvait s'en passer, d'autant plus que la
portée utile dans un tir horizontal se trouvait très limitée par les pentes.
Un assaillant posté à cent mètres, et même sur quelques points à trente
mètres, restait invisible. C'est le tir plongeant de premier et de second
étage qui, en réalité, était rasant dans les pentes sur la zone dangereuse
la plus étendue. Les expressions que nous employons ici de feux de premier
et de second étage ne s'appliquent pas à des divisions anciennes de
planchers intérieurs ni à des niveaux constants. Les arquebusiers devaient
circuler sur des échafaudages appropriés à l'intérieur. L'emplacement des
meurtrières, ou plus bas ou plus haut, était donc habilement calculé suivant
le but à atteindre, la surface à protéger. Ceci pourrait être rendu sensible
dans une monographie ou l'on reproduirait des coupes du château et de ses
abords.
Les embrasures, dont un certain nombre sont d'ailleurs bouchées, d'autres
agrandies en baies de fenêtre, sont ainsi ou dénaturées ou trop petites pour
paraître toutes dans les photographies de vues extérieures. Pour indiquer
les meurtrières et les fenêtres sur le croquis du plan, il a fallu recourir
à des signes conventionnels. Mais, ce qui subsiste dans le plein des murs,
ce qui est indiqué donne une faible idée de l'ensemble des moyens de
défense. En effet, tous les couronnements du château d'Estillac ont disparu.
Les merlons ont été détruits, les toitures abaissées. C'est en somme à cet
étage supérieur que l'on pouvait poster le plus grand nombre d'arquebusiers;
c'est de là que l'on découvrait le mieux tous les abords et que l'on pouvait
le mieux croiser les feux. L'accès de la courtine en façade, dans laquelle
se trouve la porte A, devait être défendu surtout par les feux de l'étage
supérieur des lunettes R S ou par des ouvrages avancés qui n'existent plus.
Dans l'état actuel ce serait un point bien faible. La position la meilleure
pour attaquer le château est peut-être un petit plateau près de la route
faisant face à l'éperon de la lunette R. Cet éperon est fort bien combiné
pour amortir le choc des boulets, qui eussent frappé obliquement les
murailles. L'étage supérieur de cette tour est légèrement en encorbellement.
Il en devait être de même de la lunette pareille S, qui a été aux trois
quarts détruite à l'époque révolutionnaire. Les canons étaient rares au XVIe
siècle. Monluc, qui n'en possédait point, n'avait approprié aucune embrasure
à l'usage de la grosse artillerie. Tout au plus de très petites pièces,
telles que des couleuvrines et des mousquets de rempart d'un type usité à
Agen, pouvaient être appliquées à la défense du château. Dans un siège à
soutenir les arquebusiers auraient joué le principal rôle. Au cas où le
quadrilatère ajouté par Monluc eût été emporté, on pouvait encore se
réfugier et se défendre dans le château vieux, dont l'ensemble est assez
complet.
Nous n'avons décrit aucune disposition intérieure; il n'en est pas
d'intéressante, car presque tout a été remanié. Dans la partie du château la
plus ancienne se trouvent les caves et magasins dans le sous-sol, les logis
au rez-de-chaussée et au premier étage. Dans le quadrilatère ajouté par
Monluc devaient se trouver, de 0 à X, de T à V, les écuries et les granges à
fourrage. Deux salles T et X, précédant les lunettes S R, étaient voûtées en
croisées d'ogives, comme l'indiquent (en b é) des culs-de-lampe et des
sommiers d'arcs rompus. La première T passe pour avoir été une chapelle.
Dans l'angle de la cour proche de la porte E de l'ancien château (en Z), à
quelques mètres au-dessus du sol, un petit balcon semi-circulaire repose sur
un cul de-lampe. On dirait une chaire à prêcher. Le tombeau de marbre, où
Monluc est figuré gisant, mais qui paraît n'avoir jamais recouvert ses
ossements, était autrefois dans la chapelle T. On l'a relégué à l'extérieur,
sur un petit tertre (g ), en face du château du XIIIe siècle. Il a souffert
du temps, de la rouille des lychens plus que de la main des hommes. Les
croisées de la lunette K ont de belles proportions, mais un minimum de
moulures; les angles de leurs montants sont simplement rabattus en quart de
rond. Les deux fenêtres de la tour G, que nous attribuons au commencement du
XVIe siècle, sont au contraire assez bien décorées de moulures prismatiques.
Des murs de refend et des briquetages dans les salles KM, les ailes 0 à X, V
à T sont modernes. On n'a pas tenu compte dans le plan de toutes ces
divisions factices. On peut dire d'Estillac que c'est le dernier
château-fort construit dans l'Agenais. Les plus beaux châteaux élevés à
partir du règne de Henri IV, tels que ceux de Lasserre, de Lafox, de
Calonges, etc, ne sont plus appropriés à la défense. Ce sont de riches
résidences seigneuriales aux portes ouvertes, aux grandes salles inondées de
lumière. (1)
Éléments protégés MH: le cénotaphe, situé dans le parc : inscription
par arrêté du 11 avril 1947. Le château : classement par arrêté du 5 mars
1958. (2)
château de Montluc 47310 Estillac, propriété privée, ne se visite pas.
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