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L'Agenais, éprouvé, ruiné plus
que tout autre pays par les guerres de religion du XVIe siècle, n'est pas
riche en monuments de la Renaissance. Pour construire de somptueuses
résidences, même pour bien décorer un modeste logis, les sculpteurs se
payant cher, il est bon d'avoir argent en poche et d'être assuré du
lendemain. Or, sous les règnes des trois derniers Valois, il manquait aux
Agenais tout à la fois l'argent et la sécurité. Nous devons étudier avec
d'autant plus de soin les quelques œuvres datant de cette époque qu'elles
sont plus rares. Le château de Perricard, de second ordre et d'apparence
bourgeoise plutôt que féodale, figure parmi les plus intéressantes. Lors
d'une première visite à Perricard, qui remonte à plus de vingt ans, l'un de
nous remarqua sur deux pierres de démolition fort effritées, qui se
raccordaient, l'inscription: Antoine de Raffin, sieur de Perricat, MDLXV
(1565). Depuis lors ces deux pierres ont disparu. Les documents nous
apprennent qu'Autoine de Raffin était bien seigneur de Perricard à la date
indiquée et cette date est évidemment celle de la construction. Chez nous, à
partir du milieu du XVe siècle, on a édifié bon nombre de châteaux sur un
plan rectangulaire, lorsque l'emplacement se prêtait à la symétrie. Le type
est fort simple: quatre corps de logis soudés à angle droit et cour
intérieure. Le château de Perricard, ainsi établi, reproduit en réduction ce
que l'on voyait en grand dans les demeures féodales des d'Albret à Nérac,
des barons de Duras et de Pujols dans les seigneuries de ce nom. Des tours
flanquent, selon l'usage, les angles du quadrilatère. Elles sont rondes et
fort saillantes, sauf à l'angle sud-est, où se voit une tour engagée dans
œuvre, sur plan carré. Nous donnerons la raison probable de cette disparate.
Le château est exactement orienté et sa façade regarde le sud. Les clôtures
intérieures du corps de logis au nord, la moitié du logis à l’ouest et la
tour d'angle au nord-ouest ont été démolies à des époques peu éloignées de
nous. Le logis à l'est, qui était voûté, a beaucoup souffert. Il ne reste de
bien conservé qu'à peine une moitié des bâtisses.
Ces constructions sont peu soignées au point de vue du choix et de la taille
des moëllons; toutefois le mortier, mélangé de cailloux, est assez
résistant. On a donné aux tours une grande épaisseur. Elles n'ont pas moins
de quatre où cinq étages de feux, y compris le rez-de-chaussée et le
couronnement. L'ébrasement des meurtrières dans le sens de la largeur répond
à l'emploi des armes à feu. Cet appareil défensif ne peut faire illusion. La
position n'est pas fort dépourvu de fossés, le château de Perricard est
accessible de tous côtés; enfin les plus courtes échelles permettaient
d'atteindre les nombreuses fenêtres largement ouvertes. Dans ce logis, on
était à l'abri des coups de main; on pouvait résister à des sommations
d'huissier ou braver une bande de pillards; il n'était pas possible de
soutenir un siège sérieux. La tour carrée de la façade, engagée dans la
construction, n'est pas exactement du même appareil que les corps de logis.
Une de ses fenêtres, ouverte à l'est, à cintre brisé, est munie d'un
remplage en style flamboyant. Une meurtrière dans l'étage supérieur a son
ébrasement dans le sens de la hauteur. Aucune de ses particularités ne se
retrouvant dans le reste du château, cette encoignure est, selon toute
apparence, antérieure à la construction exécutée par Antoine de Raffin, mais
de combien, de trente ans ou d'un siècle? C'est fort difficile à trancher.
Dans l'Agenais, les architectes ont été constamment en retard sur ceux des
provinces du nord et du centre pour tout ce qui touche à la décoration des
édifices. Sur les terres de Perricard, qui constituaient le fief des Raffin,
une tour s'élevait qui fut utilisée dans la construction du milieu du XVIe
siècle: voilà tout ce que l'on peut constater.
Une porte cochère s'ouvre au midi, à proximité de cette tour ancienne. Un
passage, voûté en deux compartiments de croisées d'ogives, aboutit à la cour
intérieure, assez étroite, dans une encoignure de laquelle se voit un large
puits. Il faut tourner à gauche pour se trouver en face d'une seconde porte
qui dessert le rez-de-chaussée et correspond à un escalier à vis, par lequel
on accède au premier étage. Cet escalier, de grandes dimensions, est logé à
peu de distance de la tour ronde de la façade. Il a son prolongement dans
une petite tourelle en porte à faux liée à la tour. Réduit à partir de ce
point aux dimensions qui suffisent pour le passage d'un homme, il aboutit à
la plateforme supérieure de la tour. Dans les corps de logis, les chambres
sont en enfilade; ce qui gène et complique la circulation. Il devait y avoir
un escalier secondaire dans les parties du château qui sont détruites. De
nos jours, on a tout simplifié en changeant la destination d'une fenêtre de
premier étage, dont on a fait la porte desservie par une montée extérieure.
De la sorte, deux propriétaires différents ont pu s'installer dans le
château avec des issues indépendantes. La cuisine, dans la partie qui se
voit entre l'escalier moderne et la tour ronde, est large et recouverte de
voûtes d'arète en deux compartiments. L'ampleur de sa cheminée fait rêver à
de grosses pièces de venaison rôtissant à des brasiers de troncs d'arbre. Il
serait inutile de dénombrer les pièces et d'en rechercher la destination,
d'autant plus que la plupart sont simplement des chambres à coucher.
Nous connaissons peu de choses sur les premiers seigneurs de Perricard. Ils
semblent provenir de la branche aînée des Raffin, originaires du Rouergue.
En tous cas ils portaient les mêmes armes: d'azur à la fasce d'argent,
surmontée de trois étoiles d'or. Pierre de Raffin, damoiseau, qualifié vers
1400 de seigneur de Perricard en Agenais, avait épousé en secondes noces
Catherine de Cuzorn, qui peut-être lui apporta la terre de Perricard, non
éloignée de celle de Cuzorn. Perricard, dont le nom s'écrivait primitivement
Pech-Ricard, Puy-Ricard, se trouve en effet sur un pech élevé de la rive
gauche du Lot, commune de Montayral, canton de Tournon, Lot-et-Garonne. De
son premier mariage avec Carlie de La Malterre, Pierre de Raffin eut
plusieurs enfants. Son fils aîné, Amanieu, seigneur de Perricard, épousa
Bernarde de Parazoles et en eut un fils Armand, qui, par son union avec
Jeanne de la Tour de Reyniès, dame de Puycalvary, devint seigneur de
Puycalvary et fut le chef de la branche des Raffin de ce nom. C'est d'elle
que sortirent, au XVIe siècle, les deux sénéchaux de Raffin, dont le rôle
fut considérable dans l’histoire du pays. Le fils aîné d'Armand fut en effet
cet Antoine de Raffin, plus connu sous le nom de Pothon, qui, le 15 décembre
1520, faisait dans la ville d'Agen, en qualité de sénéchal de l'Agenais et
escorté des principaux seigneurs de la contrée, une entrée des plus
brillantes. Le souvenir en a été conservé par un procès-verbal, déposé aux
Archives municipales, et dans lequel nous voyons qu'il lui est attribué une
somme de 2.000 livres. Son fils, François de Raffin, lui succéda et fut
investi de la même dignité dès 1553. Lui aussi entra solennellement dans
Agen, le 14 mai de cette année, et depuis cette époque, fut mêlé à toutes
les affaires des guerres de religion.
En 1561, à la requête des Consuls et de l'avis de Monluc, il arrête "qu'il
est défendu d'admettre aux charges du Consulat de la ville d'Agen et aux
assemblées de la Jurade des personnaiges nottés d'aulcungs vices ni de
relligion défférentes"; ce dont les Consuls prennent acte, conformément à la
coutume de la ville, "qu'est très saine, catholique et chrétienne, escripte
et confirmée par les feus Roys de France de bonne mémoire". Nous le voyons
remplir très scrupuleusement ses fonctions, et, à plusieurs reprises,
imposer pour de fortes sommes les habitants et la sénéchaussée d'Agen.
François de Raffin mourut en 1572, laissant de son mariage avec Nicole Le
Roy une fille Antoinette, qui épousa Guy de Lusignan de Saint-Gelais et
apporta dans cette dernière famille la terre de Puycalvary. Antoine et
François de Raffin, sénéchaux d'Agenais, ne possédèrent jamais la seigneurie
de Perricard. Elle resta l'apanage du second fils d'Armand de Raffin, Armand
II, lequel devint de ce fait le chef de la branche des Raffin de Perricard,
qui seule nous intéresse ici. Armand II de Raffin, seigneur de Perricard,
épousa l'héritière de La Salle de Pilles, dans les premières années du XVIe
siècle. Il en eut, entre autres enfants, un fils Antoine, à qui revint la
terre de Perricard. C'est cet Antoine de Raffin, dont le nom est resté
mentionné, à la date de 1565, sur une pierre du château. C'est donc lui qui
dût, sinon bâtir à neuf, du moins restaurer le vieux manoir de ses ancêtres,
l'agrandir considérablement et décorer ses portes, ses fenêtres, son
escalier, ses cheminées de ces fines et délicates moulures, dans le style si
pur de la Renaissance, qui en font encore l'ornement et le principal
attrait. Antoine de Raffin épousa l'héritière d’Ossel, dame de Lafontade,
dont il eu Philippe qui suit; 2° Pothon, chevalier, seigneur de Lafontade;
3° Raymonde, épouse de Pierre de Faudoas, seigneur de Cabanac.
Le rôle joué par Philippe de Raffin dans les évènements qui vont suivre,
relatifs aux vicissitudes qu'eut à subir le château de Perricard, est trop
important pour que nous ne rapportions pas tous les faits connus de son
existence mouvementée. Philippe de Raffin, seigneur de Perricard, épousa le
24 juin 1570 Quitterie de Grossolles de Flammarens, dont il eut quatre
enfants dont Jean; 2° Guy, sieur de Garrigues; 3° Marguerite, mariée le 16
octobre 1594 à Antoine de Rozet, seigneur de La Garde, qui reçut en dot
5,000 écus d'or, plus deux robes, l'une de velours cramoisi violet, l'autre
de damas noir; 4° François, seigneur de Meure. Très intéressé, d'un
caractère difficile, Philippe de Raffin est engagé de bonne heure dans de
nombreux procès. En 1596, le Présidial d'Agen le condamne à payer seize écus
qu'il doit à Jean Ségurel, marchand de Puy-l'Evèque. Par contre, la même
année, il obtient du même tribunal le paiement des cens, rentes et droits
seigneuriaux que lui doivent quatre de ses tenanciers. En 1601, le seigneur
de Perricard est condamné à rembourser aux sieurs Dambier et Vilars la
valeur des pailles de la dîme de la cure de Montayral. Puis, ce sont des
menaces de saisie par deux de ses voisins, Antoine de Montalembert, seigneur
de Monbeau et Jean de la Poyronie. Enfin, il n'est pas de fait, pour aussi
minime qu'il soit, qui ne donne lieu à quelque revendication de sa part;
témoin le procès qu'il intente en 1603 au sieur Tartary et par lequel il
l'assigne "en condempnation de la valeur légitime de certain oyseau de
proie", etc. On comprend que la vie quotidienne n'était guère facile avec un
personnage de cette trempe. C'est le sentiment qu'éprouva sa belle fille,
Anne de Bezolles, lorsqu'elle fut devenue veuve et qui la poussa à entamer
contre lui ce long et si curieux procès, sur lequel nous croyons devoir
revenir.
Si nous le rappelons ici et nous nous permettons de le résumer aussi
sommairement que possible, c'est que nous croyons ne pouvoir laisser nos
lecteurs dans l'ignorance de faits intéressant à un si haut degré l'histoire
du château de Perricard. Le fils aîné de Philippe de Raffin, Jean, épousa le
4 juillet 1597, Anne de Bezolles, fille de Jean de Bezolles, seigneur de
Bezolles, Beaumont, Cauderoue, etc, l'un des personnages les plus en vue du
Condomois, et de Paule de Narbonne. Le contrat fut signé au château de
Beaumont, Philippe de Raffin donnait à son fils la seigneurie et place de
Meure, des rentes sur la terre de Puy-l'Evèque et le tiers de tous ses
biens. Sa mère, Quitterie de Grossolles lui faisait don également "de la
tierce partie de tous ses; biens et droits auxquels elle pouvait prétendre
sur la maison et le château de Perricard", etc. La future apportait, de son
côté, 5,000 écus de dot. Un an s'était à peine écoulé que Jean de Raffin
mourait tragiquement, tué en duel, le 2 octobre 1598, par Louis de Brunet,
seigneur de l'Estelle et baron de Pujols. Il laissait un fils Paul-Philippe,
qui de ce fait, héritait de son père. Mais cet enfant étant mort à son tour
huit mois après, toute la fortune passa sur la tête de la jeune veuve, Anne,
qui se mit en devoir de la revendiquer à ses beaux-parents. Ceux-ci firent
la sourde oreille et un procès fut intenté contre eux. Anne de Bezolles
demandait à Philippe de Raffin et à sa femme "le paiement de ses cinq mille
écus de dot, de deux mille écus représentant le gain de survie, de la moitié
de la pension de deux cent cinquante écus sol qu'ils devaient faire au jeune
ménage depuis le mariage jusqu'à la mort de Jean, la paisible possession et
usufruit de la place de Meure et les rentes de Puy-l'Evêque. De plus, elle
réclamait la moitié des chevaux, armes, habits et équipages, appartenant à
son mari au moment de son décès ou sa légitime valeur". La Cour Présidiale
d'Agen lui donna raison, et pour obtenir satisfaction immédiate, Anne fi
saisir la terre de Perricard. A cet effet, le 2 juin 1600, le sergent royal
afficha les armes et panonceaux royaux "tant à la porte dudit château qu'aux
autres endroits plus apparents desdits lieux".
On devait s'y attendre, Philippe de Raffin protesta énergiquement. Il argua
que l'argent réclamé, c'est-à-dire la dot, servait actuellement à poursuivre
le meurtrier de son fils et que l'affaire était pendante. Le même Présidial
ne l'entendit pas ainsi, et le 20 novembre 1600, il prononçait en faveur
d'Anne de Bezolles l'adjudication de la place de Perricard. Une enchère
ayant été mise, cette dernière s’en rendit de nouveau adjudicataire pour la
somme de 40,000 livres, et le 22 janvier 1603, le Parlement de Bordeaux la
mit en pleine possession de cette propriété. Mais ici commencèrent les
difficultés. Devant la résistance toujours croissante des châtelains de
Perricard, le Parlement commit le sieur Géraud Sarran, conseiller du Roi en
la Cour de la Sénéchaussée de Gascogne, au siège de Condom, afin qu'il fit
exécuter la sentence rendue. Arrivés devant la porte, Dupleix donne lecture
de l'arrêt d'adjudication et requiert son exécution. Mais la porte reste
barricadée, et personne ne répond aux injonctions réitérées faites par les
gens du dehors. Acte est alors dressé et Anne de Bezolles proclamée
châtelaine de Perricard. Il en fallait davantage pour que Philippe de Raffin
se soumit à sa belle-fille. Cette dernière, ne pouvant venir à bout de son
entêtement, obtint, en janvier 1605, un nouvel arrêt du Parlement de
Bordeaux qui lui permettait "de faire briser et rompre les portes dudit
château". Elle revint à Perricard avec le vice-sénéchal Nadau, suivie cette
fois d'archers. Mais elle ne fut pas plus heureuse, "à cause des rebellion
et forteresse de ladite maison noble et chasteau de Perricard, estant les
portes d'ycelle maison garnies de grilhes de fer". Loin de se décourager, la
jeune châtelaine supplie de nouveau la Cour, à la date du 13 mai 1605. Comme
toujours, ce dernier n'en tint aucun compte et persista dans sa rébellion.
Il ne restait plus à Anne de Bezolles qu'à s'adresser au gouverneur de la
province, qui était alors le maréchal d'Ornano. Le maréchal délégua à cet
effet Michel Lepotier, seigneur de Beauboys, prévôt général de maréchaussée
de France, qui, le 7 août 1605, arriva escorté de six archers devant la
grande porte du château de Perricard. Ils investirent subitement le château
et se mirent en devoir de démolir le grand portail. Voyant que toute
ressource était épuisée, Philippe de Raffin se décida alors à comparaître en
personne. Il donne l'ordre d'ouvrir toutes les portes et présenta les clefs
à M. de Beauboys. Ce dernier prit solennellement possession de Perricard au
nom de la dame de Bezolles; il y séjourna huit jours avec ses archers; et,
quand sa cliente se présenta, le 23 août 1606, suivie d'une nombreuse
escorte, il lui remit officiellement les clefs du château. Victorieuse sur
toute la ligne, l'opiniâtre Gasconne comprit qu'il était peu prudent de
séjourner à Perricard sans protecteur attitré, ses ennemis, les Raffin,
s'étant retirés au lieu de Nicques, près de Montayral. Aussi
s'empressa-t-elle de convoler en secondes noces et d'épouser noble Nicolas
de Chayrieix, écuyer, seigneur de Boisse. Bien lui en prit. Car moins de
trois ans après, durant une de ses absences, Philippe de Raffin et ses deux
fils Guy et François se présentèrent tout à coup, le 27 juin 1609, armés
juequ'aux dents, devant Perricard. Ils s'emparèrent du château "et
grandement battirent et offensèrent les serviteurs de la maison, les
chassèrent et menacèrent d'homicide tous ceulx qui s'y présenteraient pour
prendre les fruicts, voire même le blé que l'on coupe journellement". Ce fut
l'objet d'une nouvelle instance, au cours de laquelle Anne de Bezolles
requit le Parlement. Les sieurs de Raffin furent violemment expulsés, les
fils poursuivis et punis, et Anne de Bezolles définitivement réintégrée avec
son mari dans le susdit château. Ce dernier incident se passa vers la fin de
juillet 1609.
Maîtresse absolue de sa nouvelle demeure, Anne de Bezolles y effectua
d'assez nombreuses réparations et elle l'aménagea dans le goût du temps.
Elle tint à signer, de son propre nom, la création d'une chapelle dans
l'intérieur du château. Devenue veuve une seconde fois, Anne de Bezolles
épousa en troisièmes noces Jean du Lac, seigneur de La Pérède, qui, ainsi
que nous le trouvons qualifié dans une sentence rendue le 3 août 1611 par le
Présidial d'Agen contre Michel Contenson, marchand, et Guy de Raffin,
seigneur de Guarrigues, devint par ce fait seigneur de Boisse et de
Perricard. Ils eurent un fils, Mathieu Paul du Lac de La Pérède, qui, à la
mort de son père, hérita de Perricard. Nous le voyons, avec le titre de
baron de ce lieu, assister comme témoin au mariage de sa sœur Paule du Lac
avec Brandelys de Cugnac. La cérémonie se fit, le 12 septembre 1630, au
château même de Perricard. Lui-même épousa peu après Suzanne du Maine. De ce
dernier mariage naquit une fille Anne du Lac de La Pérède, qui épousa fort
jeune, le 16 mars 1646, au château de Perricard et assistée de son aïeule
Anne de Bezolles, ses père et mère étant morts à cette époque, Messire Pons
François de Salignac-Fénelon, fils de Pons de Salignac, comte de Fénelon et
d'Isabeau d’Esparbès de Lussan. Anne de Bezolles testa cette même année 1647
au château de Perricard. Elle fondait trois messes par mois dans sa chapelle
privée et laissait toute sa fortune à sa petite-fille, Anne du Lac. C'est
ainsi que cette dernière apporta Perricard à la famille des comtes de
Fénelon. Mais cette terre ne fit que passer entre leurs mains, François de
Salignac, d'accord avec sa femme, l'ayant vendue peu après à la famille de
Bosredon. Ce fut vers 1667 que François de Bosredon, seigneur de Bajon,
acquit du comte de Salignac-Fénelon le château de Perricard. D'une ancienne
famille originaire d'Auvergne, le nouveau propriétaire paraît appartenir à
la branche des Bosredon de Bessannes. Il semble être le troisième fils
d'Henri de Bosredon, seigneur de Bessannes et de La Garenne et de Madeleine
de Fumel. La proximité des deux châteaux de Fumel et de Perricard pourrait
expliquer cette acquisition.
François de Bosredon avait épousé Catherine de Bonnafous. De ce mariage
était née une fille Anne-Marguerite, qui se maria à Messire François de la
Goutte et qui, devenue héritière de son père, apporta à son mari la
seigneurie de Perricard. En moins de cent ans, cette terre avait donc
appartenu aux Raffin, aux Bezolles, aux du Lac de La Pérède, aux
Salignac-Fénelon, aux Bosredon, enfin aux La Goutte de La Pujade. Poètes et
guerriers, les La Goutte de La Pujade ou La Poujade, seigneurs du Buscon en
Bruilhois, de Cours, d'Anthé, de la Duguie en Agen de Prats, de Gironde, de
Castanède, de Monclara en Périgord et en Quercy, étaient depuis longtemps
célèbres dans le pays, lorsque à la fin du XVIIe siècle, ils devinrent
propriétaires de Perricard. Leur principale résidence était le château de La
Poujade sur la rive gauche du Lot, paroisse de Saint-Vite-de-Dor. À peine en
possession de sa nouvelle seigneurie, François de la Goutte, chevalier,
seigneur de La Poujade, du Buscon, de la Duguie, second fils de Jean de la
Goutte, et de Paule de Bezolles, fit ériger Perricard en marquisat. Ses
armes, que nous trouvons accolées à celles des Raffin sur le manteau d'une
des plus belles cheminées du château et qu'il fit enregistrer le 21 février
1698, étaient écartelé aux 1 et 4 d'azur, au chevron d'or accompagné de
trois étoiles de même; aux 2 et 3, de gueules à la tour crénelée d'argent.
Par la mort de son frère aîné Jean, survenue avant le 2 octobre 1695,
François de la Goutte devint marquis de La Poujade, de la Roque-Bernard,
vicomte de Cours, etc, réunissent sur sa tête tous les titres de ses
ancêtres. Les deux époux vivaient encore en 1720, partageant leur temps
entre leur maison d'Agen, leur petit château du Buscon près d'Estillac, ou
plus encore leurs résidences d'été de La Poujade et de Perricard. De son
mariage avec Anne-Marguerite, François laissa trois enfants dont Henri, qui
suit; 2° Jean-Armand, chevalier de Saint-Louis à la date du 9 mai 1743; 3°
Françoise, mariée à Antoine de Pontajon, sieur de la Chapelle-Trenteils.
Henri de la Goutte, seigneur de La Poujade, devint à la mort de son père
marquis de Perricard. Il épousa sa cousine, haute et puissante dame Paule de
la Goutte, fille unique de François de la Goutte et de Louise de Baratet. Il
était déjà mort en 1753, date où sa femme Paule, dans son Lestament fait à
Bordeaux au couvent des dames Minimettes le 22 novembre de cette année, se
dit veuve et institue pour héritière universelle sa fille Louise, mariée au
comte de Montalembert. Héritière de tous les biens des La Goutte, la fille
du dernier seigneur de La Poujade, marquis de Perricard, Louise, épousa, par
contrat du 13 juin 1739, haut et puissant seigneur Charles Gratien de
Montalembert, seigneur comte de Montalembert, Monbeau, le Terrail et autres
lieux, fils de Jean de Montalembert et de dame Jeanne Blanche de Pierre
Bufière, marquise de Lostanges. Capitaine, comme son père, au régiment de
Normandie, Charles Gratien de Montalembert testa le 18 décembre 1748. Il
instituait héritière sa femme Louise de La Goutte et mourait, pou de temps
après, laissant d'elle quatre enfants dont Henri-Ignace; 2° Charles,
lieutenant-colonel, mort sans postérité; 3° Jeanne; 4° Marguerite.
Henri-lgnace, comte de Montalembert, marquis do Monbeau, continua la race.
Il épousa en première noces une demoiselle de Raffin, dont la fille,
Marie-Thérèse, s’allia au marquis de Campels; puis, en secondes noces,
Mademoiselle de Marbotin, qui le rendit père de Frédéric de Montalembert,
époux de Mademoiselle de Lamure, de Maximilien, mort célibataire, et d'une
fille Marie-Florentine, religieuse hospitalière. Il garda la terre de
Monbeau, tandis que son frère Charles prenait en partage de famille le
domaine de Perricard. Mais il ne le conserva pas longtemps.
Suivant acte du 27 novembre 1779, au rapport de Maître Paganel, notaire à
Villeneuve-sur-Lot, Charles de Montalembert, seigneur de Perricard, vendit
en effet cette seigneurie, à cette même date, à Messire François de la
Fabrie de la Sylvestrie, pour le prix de 121,000 livres. Originaire,
croyons-nous, des environs de Prayssas en Agenais, la famille de La Fabrie
acquit, vers le milieu du XVIIe siècle, la terre de la Sylvestrie près de
Villeneuve, et s'y installant en prit le nom. Dans la liste des membres de
la noblesse aux cahiers de 1789 on trouve François de La Fabrie, seigneur de
La Sylvestrie et autres lieux. C'était le nouveau propriétaire du château de
Perricard. Détenteur de ce domaine au moment de la Révolution, il le
transmit à sa mort à son fils Jean-François de la Fabrie, cité également
dans le même cahier de 1789, puis fait chevalier de Saint-Louis, finalement
élu député du Lot-et-Garonne sous la Restauration, du 14 novembre 1820 au
1er octobre 1821. Mort sans héritier direct, M. de la Sylvestrie laissa
toute sa fortune à son neveu, M. de Neymet. Ce dernier devint donc à son
tour détenteur de Perricard. Louis-Jean-Marie-Henri de Neymet, né en 1798,
épousa Mademoiselle Roussel de Goderville, dont il eut deux fils jumeaux,
tous deux brillants officiers dans l'armée du second empire, promus
capitaines, le même jour de 1864, pour leur belle conduite au Mexique, et
dont l'un, Henri, trouva une mort glorieuse à Gravelotte, le 16 août 1870.
Depuis longtemps Perricard ne leur appartenait plus. Le 7 avril 1837,
c'est-à-dire peu de temps après en avoir hérité de M. de La Sylvestrie, M.
Henri de Neymet avait aliéné ce domaine à Monsieur François Laffargue, qui
se partagea le château avec son fils. Il garda pour lui la partie
occidentale, c'est-à-dire la grosse tour et quelques salles avoisinantes,
portion qu'il a cédée à son gendre Monsieur Carles; tandis qu'il abandonnait
à son fils la partie orientale, comprenant une des grandes salles du premier
étage, la cour intérieure, le portail principal, les écuries, en un mot, le
côté le plus ancien du château. Ce dernier conserva sa part jusqu'en 1866.
Par acte du 1er janvier 1868 il la vendit définitivement à M. Louis Moussac,
lequel, avec sa famille, la détenait et l'habitait encore à la fin du XIXe
siècle. En moins de 300 ans, Perricard a donc appartenu à douze familles
différentes. (1)
Éléments protégés MH : le château de Perricard : inscription par arrêté du
22 février 1927. (2)
château de Perricard 47500
Montayral, propriété privée, ne se visite pas.
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dans ce département. |
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