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Château de Perricard à Montayral
 
 

     L'Agenais, éprouvé, ruiné plus que tout autre pays par les guerres de religion du XVIe siècle, n'est pas riche en monuments de la Renaissance. Pour construire de somptueuses résidences, même pour bien décorer un modeste logis, les sculpteurs se payant cher, il est bon d'avoir argent en poche et d'être assuré du lendemain. Or, sous les règnes des trois derniers Valois, il manquait aux Agenais tout à la fois l'argent et la sécurité. Nous devons étudier avec d'autant plus de soin les quelques œuvres datant de cette époque qu'elles sont plus rares. Le château de Perricard, de second ordre et d'apparence bourgeoise plutôt que féodale, figure parmi les plus intéressantes. Lors d'une première visite à Perricard, qui remonte à plus de vingt ans, l'un de nous remarqua sur deux pierres de démolition fort effritées, qui se raccordaient, l'inscription: Antoine de Raffin, sieur de Perricat, MDLXV (1565). Depuis lors ces deux pierres ont disparu. Les documents nous apprennent qu'Autoine de Raffin était bien seigneur de Perricard à la date indiquée et cette date est évidemment celle de la construction. Chez nous, à partir du milieu du XVe siècle, on a édifié bon nombre de châteaux sur un plan rectangulaire, lorsque l'emplacement se prêtait à la symétrie. Le type est fort simple: quatre corps de logis soudés à angle droit et cour intérieure. Le château de Perricard, ainsi établi, reproduit en réduction ce que l'on voyait en grand dans les demeures féodales des d'Albret à Nérac, des barons de Duras et de Pujols dans les seigneuries de ce nom. Des tours flanquent, selon l'usage, les angles du quadrilatère. Elles sont rondes et fort saillantes, sauf à l'angle sud-est, où se voit une tour engagée dans œuvre, sur plan carré. Nous donnerons la raison probable de cette disparate. Le château est exactement orienté et sa façade regarde le sud. Les clôtures intérieures du corps de logis au nord, la moitié du logis à l’ouest et la tour d'angle au nord-ouest ont été démolies à des époques peu éloignées de nous. Le logis à l'est, qui était voûté, a beaucoup souffert. Il ne reste de bien conservé qu'à peine une moitié des bâtisses.

Ces constructions sont peu soignées au point de vue du choix et de la taille des moëllons; toutefois le mortier, mélangé de cailloux, est assez résistant. On a donné aux tours une grande épaisseur. Elles n'ont pas moins de quatre où cinq étages de feux, y compris le rez-de-chaussée et le couronnement. L'ébrasement des meurtrières dans le sens de la largeur répond à l'emploi des armes à feu. Cet appareil défensif ne peut faire illusion. La position n'est pas fort dépourvu de fossés, le château de Perricard est accessible de tous côtés; enfin les plus courtes échelles permettaient d'atteindre les nombreuses fenêtres largement ouvertes. Dans ce logis, on était à l'abri des coups de main; on pouvait résister à des sommations d'huissier ou braver une bande de pillards; il n'était pas possible de soutenir un siège sérieux. La tour carrée de la façade, engagée dans la construction, n'est pas exactement du même appareil que les corps de logis. Une de ses fenêtres, ouverte à l'est, à cintre brisé, est munie d'un remplage en style flamboyant. Une meurtrière dans l'étage supérieur a son ébrasement dans le sens de la hauteur. Aucune de ses particularités ne se retrouvant dans le reste du château, cette encoignure est, selon toute apparence, antérieure à la construction exécutée par Antoine de Raffin, mais de combien, de trente ans ou d'un siècle? C'est fort difficile à trancher. Dans l'Agenais, les architectes ont été constamment en retard sur ceux des provinces du nord et du centre pour tout ce qui touche à la décoration des édifices. Sur les terres de Perricard, qui constituaient le fief des Raffin, une tour s'élevait qui fut utilisée dans la construction du milieu du XVIe siècle: voilà tout ce que l'on peut constater.

Une porte cochère s'ouvre au midi, à proximité de cette tour ancienne. Un passage, voûté en deux compartiments de croisées d'ogives, aboutit à la cour intérieure, assez étroite, dans une encoignure de laquelle se voit un large puits. Il faut tourner à gauche pour se trouver en face d'une seconde porte qui dessert le rez-de-chaussée et correspond à un escalier à vis, par lequel on accède au premier étage. Cet escalier, de grandes dimensions, est logé à peu de distance de la tour ronde de la façade. Il a son prolongement dans une petite tourelle en porte à faux liée à la tour. Réduit à partir de ce point aux dimensions qui suffisent pour le passage d'un homme, il aboutit à la plateforme supérieure de la tour. Dans les corps de logis, les chambres sont en enfilade; ce qui gène et complique la circulation. Il devait y avoir un escalier secondaire dans les parties du château qui sont détruites. De nos jours, on a tout simplifié en changeant la destination d'une fenêtre de premier étage, dont on a fait la porte desservie par une montée extérieure. De la sorte, deux propriétaires différents ont pu s'installer dans le château avec des issues indépendantes. La cuisine, dans la partie qui se voit entre l'escalier moderne et la tour ronde, est large et recouverte de voûtes d'arète en deux compartiments. L'ampleur de sa cheminée fait rêver à de grosses pièces de venaison rôtissant à des brasiers de troncs d'arbre. Il serait inutile de dénombrer les pièces et d'en rechercher la destination, d'autant plus que la plupart sont simplement des chambres à coucher.

Nous connaissons peu de choses sur les premiers seigneurs de Perricard. Ils semblent provenir de la branche aînée des Raffin, originaires du Rouergue. En tous cas ils portaient les mêmes armes: d'azur à la fasce d'argent, surmontée de trois étoiles d'or. Pierre de Raffin, damoiseau, qualifié vers 1400 de seigneur de Perricard en Agenais, avait épousé en secondes noces Catherine de Cuzorn, qui peut-être lui apporta la terre de Perricard, non éloignée de celle de Cuzorn. Perricard, dont le nom s'écrivait primitivement Pech-Ricard, Puy-Ricard, se trouve en effet sur un pech élevé de la rive gauche du Lot, commune de Montayral, canton de Tournon, Lot-et-Garonne. De son premier mariage avec Carlie de La Malterre, Pierre de Raffin eut plusieurs enfants. Son fils aîné, Amanieu, seigneur de Perricard, épousa Bernarde de Parazoles et en eut un fils Armand, qui, par son union avec Jeanne de la Tour de Reyniès, dame de Puycalvary, devint seigneur de Puycalvary et fut le chef de la branche des Raffin de ce nom. C'est d'elle que sortirent, au XVIe siècle, les deux sénéchaux de Raffin, dont le rôle fut considérable dans l’histoire du pays. Le fils aîné d'Armand fut en effet cet Antoine de Raffin, plus connu sous le nom de Pothon, qui, le 15 décembre 1520, faisait dans la ville d'Agen, en qualité de sénéchal de l'Agenais et escorté des principaux seigneurs de la contrée, une entrée des plus brillantes. Le souvenir en a été conservé par un procès-verbal, déposé aux Archives municipales, et dans lequel nous voyons qu'il lui est attribué une somme de 2.000 livres. Son fils, François de Raffin, lui succéda et fut investi de la même dignité dès 1553. Lui aussi entra solennellement dans Agen, le 14 mai de cette année, et depuis cette époque, fut mêlé à toutes les affaires des guerres de religion.

En 1561, à la requête des Consuls et de l'avis de Monluc, il arrête "qu'il est défendu d'admettre aux charges du Consulat de la ville d'Agen et aux assemblées de la Jurade des personnaiges nottés d'aulcungs vices ni de relligion défférentes"; ce dont les Consuls prennent acte, conformément à la coutume de la ville, "qu'est très saine, catholique et chrétienne, escripte et confirmée par les feus Roys de France de bonne mémoire". Nous le voyons remplir très scrupuleusement ses fonctions, et, à plusieurs reprises, imposer pour de fortes sommes les habitants et la sénéchaussée d'Agen. François de Raffin mourut en 1572, laissant de son mariage avec Nicole Le Roy une fille Antoinette, qui épousa Guy de Lusignan de Saint-Gelais et apporta dans cette dernière famille la terre de Puycalvary. Antoine et François de Raffin, sénéchaux d'Agenais, ne possédèrent jamais la seigneurie de Perricard. Elle resta l'apanage du second fils d'Armand de Raffin, Armand II, lequel devint de ce fait le chef de la branche des Raffin de Perricard, qui seule nous intéresse ici. Armand II de Raffin, seigneur de Perricard, épousa l'héritière de La Salle de Pilles, dans les premières années du XVIe siècle. Il en eut, entre autres enfants, un fils Antoine, à qui revint la terre de Perricard. C'est cet Antoine de Raffin, dont le nom est resté mentionné, à la date de 1565, sur une pierre du château. C'est donc lui qui dût, sinon bâtir à neuf, du moins restaurer le vieux manoir de ses ancêtres, l'agrandir considérablement et décorer ses portes, ses fenêtres, son escalier, ses cheminées de ces fines et délicates moulures, dans le style si pur de la Renaissance, qui en font encore l'ornement et le principal attrait. Antoine de Raffin épousa l'héritière d’Ossel, dame de Lafontade, dont il eu Philippe qui suit; 2° Pothon, chevalier, seigneur de Lafontade; 3° Raymonde, épouse de Pierre de Faudoas, seigneur de Cabanac.

Le rôle joué par Philippe de Raffin dans les évènements qui vont suivre, relatifs aux vicissitudes qu'eut à subir le château de Perricard, est trop important pour que nous ne rapportions pas tous les faits connus de son existence mouvementée. Philippe de Raffin, seigneur de Perricard, épousa le 24 juin 1570 Quitterie de Grossolles de Flammarens, dont il eut quatre enfants dont Jean; 2° Guy, sieur de Garrigues; 3° Marguerite, mariée le 16 octobre 1594 à Antoine de Rozet, seigneur de La Garde, qui reçut en dot 5,000 écus d'or, plus deux robes, l'une de velours cramoisi violet, l'autre de damas noir; 4° François, seigneur de Meure. Très intéressé, d'un caractère difficile, Philippe de Raffin est engagé de bonne heure dans de nombreux procès. En 1596, le Présidial d'Agen le condamne à payer seize écus qu'il doit à Jean Ségurel, marchand de Puy-l'Evèque. Par contre, la même année, il obtient du même tribunal le paiement des cens, rentes et droits seigneuriaux que lui doivent quatre de ses tenanciers. En 1601, le seigneur de Perricard est condamné à rembourser aux sieurs Dambier et Vilars la valeur des pailles de la dîme de la cure de Montayral. Puis, ce sont des menaces de saisie par deux de ses voisins, Antoine de Montalembert, seigneur de Monbeau et Jean de la Poyronie. Enfin, il n'est pas de fait, pour aussi minime qu'il soit, qui ne donne lieu à quelque revendication de sa part; témoin le procès qu'il intente en 1603 au sieur Tartary et par lequel il l'assigne "en condempnation de la valeur légitime de certain oyseau de proie", etc. On comprend que la vie quotidienne n'était guère facile avec un personnage de cette trempe. C'est le sentiment qu'éprouva sa belle fille, Anne de Bezolles, lorsqu'elle fut devenue veuve et qui la poussa à entamer contre lui ce long et si curieux procès, sur lequel nous croyons devoir revenir.

Si nous le rappelons ici et nous nous permettons de le résumer aussi sommairement que possible, c'est que nous croyons ne pouvoir laisser nos lecteurs dans l'ignorance de faits intéressant à un si haut degré l'histoire du château de Perricard. Le fils aîné de Philippe de Raffin, Jean, épousa le 4 juillet 1597, Anne de Bezolles, fille de Jean de Bezolles, seigneur de Bezolles, Beaumont, Cauderoue, etc, l'un des personnages les plus en vue du Condomois, et de Paule de Narbonne. Le contrat fut signé au château de Beaumont, Philippe de Raffin donnait à son fils la seigneurie et place de Meure, des rentes sur la terre de Puy-l'Evèque et le tiers de tous ses biens. Sa mère, Quitterie de Grossolles lui faisait don également "de la tierce partie de tous ses; biens et droits auxquels elle pouvait prétendre sur la maison et le château de Perricard", etc. La future apportait, de son côté, 5,000 écus de dot. Un an s'était à peine écoulé que Jean de Raffin mourait tragiquement, tué en duel, le 2 octobre 1598, par Louis de Brunet, seigneur de l'Estelle et baron de Pujols. Il laissait un fils Paul-Philippe, qui de ce fait, héritait de son père. Mais cet enfant étant mort à son tour huit mois après, toute la fortune passa sur la tête de la jeune veuve, Anne, qui se mit en devoir de la revendiquer à ses beaux-parents. Ceux-ci firent la sourde oreille et un procès fut intenté contre eux. Anne de Bezolles demandait à Philippe de Raffin et à sa femme "le paiement de ses cinq mille écus de dot, de deux mille écus représentant le gain de survie, de la moitié de la pension de deux cent cinquante écus sol qu'ils devaient faire au jeune ménage depuis le mariage jusqu'à la mort de Jean, la paisible possession et usufruit de la place de Meure et les rentes de Puy-l'Evêque. De plus, elle réclamait la moitié des chevaux, armes, habits et équipages, appartenant à son mari au moment de son décès ou sa légitime valeur". La Cour Présidiale d'Agen lui donna raison, et pour obtenir satisfaction immédiate, Anne fi saisir la terre de Perricard. A cet effet, le 2 juin 1600, le sergent royal afficha les armes et panonceaux royaux "tant à la porte dudit château qu'aux autres endroits plus apparents desdits lieux".

On devait s'y attendre, Philippe de Raffin protesta énergiquement. Il argua que l'argent réclamé, c'est-à-dire la dot, servait actuellement à poursuivre le meurtrier de son fils et que l'affaire était pendante. Le même Présidial ne l'entendit pas ainsi, et le 20 novembre 1600, il prononçait en faveur d'Anne de Bezolles l'adjudication de la place de Perricard. Une enchère ayant été mise, cette dernière s’en rendit de nouveau adjudicataire pour la somme de 40,000 livres, et le 22 janvier 1603, le Parlement de Bordeaux la mit en pleine possession de cette propriété. Mais ici commencèrent les difficultés. Devant la résistance toujours croissante des châtelains de Perricard, le Parlement commit le sieur Géraud Sarran, conseiller du Roi en la Cour de la Sénéchaussée de Gascogne, au siège de Condom, afin qu'il fit exécuter la sentence rendue. Arrivés devant la porte, Dupleix donne lecture de l'arrêt d'adjudication et requiert son exécution. Mais la porte reste barricadée, et personne ne répond aux injonctions réitérées faites par les gens du dehors. Acte est alors dressé et Anne de Bezolles proclamée châtelaine de Perricard. Il en fallait davantage pour que Philippe de Raffin se soumit à sa belle-fille. Cette dernière, ne pouvant venir à bout de son entêtement, obtint, en janvier 1605, un nouvel arrêt du Parlement de Bordeaux qui lui permettait "de faire briser et rompre les portes dudit château". Elle revint à Perricard avec le vice-sénéchal Nadau, suivie cette fois d'archers. Mais elle ne fut pas plus heureuse, "à cause des rebellion et forteresse de ladite maison noble et chasteau de Perricard, estant les portes d'ycelle maison garnies de grilhes de fer". Loin de se décourager, la jeune châtelaine supplie de nouveau la Cour, à la date du 13 mai 1605. Comme toujours, ce dernier n'en tint aucun compte et persista dans sa rébellion.

Il ne restait plus à Anne de Bezolles qu'à s'adresser au gouverneur de la province, qui était alors le maréchal d'Ornano. Le maréchal délégua à cet effet Michel Lepotier, seigneur de Beauboys, prévôt général de maréchaussée de France, qui, le 7 août 1605, arriva escorté de six archers devant la grande porte du château de Perricard. Ils investirent subitement le château et se mirent en devoir de démolir le grand portail. Voyant que toute ressource était épuisée, Philippe de Raffin se décida alors à comparaître en personne. Il donne l'ordre d'ouvrir toutes les portes et présenta les clefs à M. de Beauboys. Ce dernier prit solennellement possession de Perricard au nom de la dame de Bezolles; il y séjourna huit jours avec ses archers; et, quand sa cliente se présenta, le 23 août 1606, suivie d'une nombreuse escorte, il lui remit officiellement les clefs du château. Victorieuse sur toute la ligne, l'opiniâtre Gasconne comprit qu'il était peu prudent de séjourner à Perricard sans protecteur attitré, ses ennemis, les Raffin, s'étant retirés au lieu de Nicques, près de Montayral. Aussi s'empressa-t-elle de convoler en secondes noces et d'épouser noble Nicolas de Chayrieix, écuyer, seigneur de Boisse. Bien lui en prit. Car moins de trois ans après, durant une de ses absences, Philippe de Raffin et ses deux fils Guy et François se présentèrent tout à coup, le 27 juin 1609, armés juequ'aux dents, devant Perricard. Ils s'emparèrent du château "et grandement battirent et offensèrent les serviteurs de la maison, les chassèrent et menacèrent d'homicide tous ceulx qui s'y présenteraient pour prendre les fruicts, voire même le blé que l'on coupe journellement". Ce fut l'objet d'une nouvelle instance, au cours de laquelle Anne de Bezolles requit le Parlement. Les sieurs de Raffin furent violemment expulsés, les fils poursuivis et punis, et Anne de Bezolles définitivement réintégrée avec son mari dans le susdit château. Ce dernier incident se passa vers la fin de juillet 1609.

Maîtresse absolue de sa nouvelle demeure, Anne de Bezolles y effectua d'assez nombreuses réparations et elle l'aménagea dans le goût du temps. Elle tint à signer, de son propre nom, la création d'une chapelle dans l'intérieur du château. Devenue veuve une seconde fois, Anne de Bezolles épousa en troisièmes noces Jean du Lac, seigneur de La Pérède, qui, ainsi que nous le trouvons qualifié dans une sentence rendue le 3 août 1611 par le Présidial d'Agen contre Michel Contenson, marchand, et Guy de Raffin, seigneur de Guarrigues, devint par ce fait seigneur de Boisse et de Perricard. Ils eurent un fils, Mathieu Paul du Lac de La Pérède, qui, à la mort de son père, hérita de Perricard. Nous le voyons, avec le titre de baron de ce lieu, assister comme témoin au mariage de sa sœur Paule du Lac avec Brandelys de Cugnac. La cérémonie se fit, le 12 septembre 1630, au château même de Perricard. Lui-même épousa peu après Suzanne du Maine. De ce dernier mariage naquit une fille Anne du Lac de La Pérède, qui épousa fort jeune, le 16 mars 1646, au château de Perricard et assistée de son aïeule Anne de Bezolles, ses père et mère étant morts à cette époque, Messire Pons François de Salignac-Fénelon, fils de Pons de Salignac, comte de Fénelon et d'Isabeau d’Esparbès de Lussan. Anne de Bezolles testa cette même année 1647 au château de Perricard. Elle fondait trois messes par mois dans sa chapelle privée et laissait toute sa fortune à sa petite-fille, Anne du Lac. C'est ainsi que cette dernière apporta Perricard à la famille des comtes de Fénelon. Mais cette terre ne fit que passer entre leurs mains, François de Salignac, d'accord avec sa femme, l'ayant vendue peu après à la famille de Bosredon. Ce fut vers 1667 que François de Bosredon, seigneur de Bajon, acquit du comte de Salignac-Fénelon le château de Perricard. D'une ancienne famille originaire d'Auvergne, le nouveau propriétaire paraît appartenir à la branche des Bosredon de Bessannes. Il semble être le troisième fils d'Henri de Bosredon, seigneur de Bessannes et de La Garenne et de Madeleine de Fumel. La proximité des deux châteaux de Fumel et de Perricard pourrait expliquer cette acquisition.

François de Bosredon avait épousé Catherine de Bonnafous. De ce mariage était née une fille Anne-Marguerite, qui se maria à Messire François de la Goutte et qui, devenue héritière de son père, apporta à son mari la seigneurie de Perricard. En moins de cent ans, cette terre avait donc appartenu aux Raffin, aux Bezolles, aux du Lac de La Pérède, aux Salignac-Fénelon, aux Bosredon, enfin aux La Goutte de La Pujade. Poètes et guerriers, les La Goutte de La Pujade ou La Poujade, seigneurs du Buscon en Bruilhois, de Cours, d'Anthé, de la Duguie en Agen de Prats, de Gironde, de Castanède, de Monclara en Périgord et en Quercy, étaient depuis longtemps célèbres dans le pays, lorsque à la fin du XVIIe siècle, ils devinrent propriétaires de Perricard. Leur principale résidence était le château de La Poujade sur la rive gauche du Lot, paroisse de Saint-Vite-de-Dor. À peine en possession de sa nouvelle seigneurie, François de la Goutte, chevalier, seigneur de La Poujade, du Buscon, de la Duguie, second fils de Jean de la Goutte, et de Paule de Bezolles, fit ériger Perricard en marquisat. Ses armes, que nous trouvons accolées à celles des Raffin sur le manteau d'une des plus belles cheminées du château et qu'il fit enregistrer le 21 février 1698, étaient écartelé aux 1 et 4 d'azur, au chevron d'or accompagné de trois étoiles de même; aux 2 et 3, de gueules à la tour crénelée d'argent. Par la mort de son frère aîné Jean, survenue avant le 2 octobre 1695, François de la Goutte devint marquis de La Poujade, de la Roque-Bernard, vicomte de Cours, etc, réunissent sur sa tête tous les titres de ses ancêtres. Les deux époux vivaient encore en 1720, partageant leur temps entre leur maison d'Agen, leur petit château du Buscon près d'Estillac, ou plus encore leurs résidences d'été de La Poujade et de Perricard. De son mariage avec Anne-Marguerite, François laissa trois enfants dont Henri, qui suit; 2° Jean-Armand, chevalier de Saint-Louis à la date du 9 mai 1743; 3° Françoise, mariée à Antoine de Pontajon, sieur de la Chapelle-Trenteils.

Henri de la Goutte, seigneur de La Poujade, devint à la mort de son père marquis de Perricard. Il épousa sa cousine, haute et puissante dame Paule de la Goutte, fille unique de François de la Goutte et de Louise de Baratet. Il était déjà mort en 1753, date où sa femme Paule, dans son Lestament fait à Bordeaux au couvent des dames Minimettes le 22 novembre de cette année, se dit veuve et institue pour héritière universelle sa fille Louise, mariée au comte de Montalembert. Héritière de tous les biens des La Goutte, la fille du dernier seigneur de La Poujade, marquis de Perricard, Louise, épousa, par contrat du 13 juin 1739, haut et puissant seigneur Charles Gratien de Montalembert, seigneur comte de Montalembert, Monbeau, le Terrail et autres lieux, fils de Jean de Montalembert et de dame Jeanne Blanche de Pierre Bufière, marquise de Lostanges. Capitaine, comme son père, au régiment de Normandie, Charles Gratien de Montalembert testa le 18 décembre 1748. Il instituait héritière sa femme Louise de La Goutte et mourait, pou de temps après, laissant d'elle quatre enfants dont Henri-Ignace; 2° Charles, lieutenant-colonel, mort sans postérité; 3° Jeanne; 4° Marguerite. Henri-lgnace, comte de Montalembert, marquis do Monbeau, continua la race. Il épousa en première noces une demoiselle de Raffin, dont la fille, Marie-Thérèse, s’allia au marquis de Campels; puis, en secondes noces, Mademoiselle de Marbotin, qui le rendit père de Frédéric de Montalembert, époux de Mademoiselle de Lamure, de Maximilien, mort célibataire, et d'une fille Marie-Florentine, religieuse hospitalière. Il garda la terre de Monbeau, tandis que son frère Charles prenait en partage de famille le domaine de Perricard. Mais il ne le conserva pas longtemps.

Suivant acte du 27 novembre 1779, au rapport de Maître Paganel, notaire à Villeneuve-sur-Lot, Charles de Montalembert, seigneur de Perricard, vendit en effet cette seigneurie, à cette même date, à Messire François de la Fabrie de la Sylvestrie, pour le prix de 121,000 livres. Originaire, croyons-nous, des environs de Prayssas en Agenais, la famille de La Fabrie acquit, vers le milieu du XVIIe siècle, la terre de la Sylvestrie près de Villeneuve, et s'y installant en prit le nom. Dans la liste des membres de la noblesse aux cahiers de 1789 on trouve François de La Fabrie, seigneur de La Sylvestrie et autres lieux. C'était le nouveau propriétaire du château de Perricard. Détenteur de ce domaine au moment de la Révolution, il le transmit à sa mort à son fils Jean-François de la Fabrie, cité également dans le même cahier de 1789, puis fait chevalier de Saint-Louis, finalement élu député du Lot-et-Garonne sous la Restauration, du 14 novembre 1820 au 1er octobre 1821. Mort sans héritier direct, M. de la Sylvestrie laissa toute sa fortune à son neveu, M. de Neymet. Ce dernier devint donc à son tour détenteur de Perricard. Louis-Jean-Marie-Henri de Neymet, né en 1798, épousa Mademoiselle Roussel de Goderville, dont il eut deux fils jumeaux, tous deux brillants officiers dans l'armée du second empire, promus capitaines, le même jour de 1864, pour leur belle conduite au Mexique, et dont l'un, Henri, trouva une mort glorieuse à Gravelotte, le 16 août 1870. Depuis longtemps Perricard ne leur appartenait plus. Le 7 avril 1837, c'est-à-dire peu de temps après en avoir hérité de M. de La Sylvestrie, M. Henri de Neymet avait aliéné ce domaine à Monsieur François Laffargue, qui se partagea le château avec son fils. Il garda pour lui la partie occidentale, c'est-à-dire la grosse tour et quelques salles avoisinantes, portion qu'il a cédée à son gendre Monsieur Carles; tandis qu'il abandonnait à son fils la partie orientale, comprenant une des grandes salles du premier étage, la cour intérieure, le portail principal, les écuries, en un mot, le côté le plus ancien du château. Ce dernier conserva sa part jusqu'en 1866. Par acte du 1er janvier 1868 il la vendit définitivement à M. Louis Moussac, lequel, avec sa famille, la détenait et l'habitait encore à la fin du XIXe siècle. En moins de 300 ans, Perricard a donc appartenu à douze familles différentes. (1)

Éléments protégés MH : le château de Perricard : inscription par arrêté du 22 février 1927. (2)

château de Perricard 47500 Montayral, propriété privée, ne se visite pas.

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 château de Perricard à Montayral  château de Perricard à Montayral
 
 
 


(1)    Le Château de Perricard en Agenais, par Georges Tholin et Philippe Lauzun. Imprimerie et Lithographie Agenaise à Agen (1898)
(2)   
 source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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