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Château de Nérac (Lot et Garonne)
 
 

         Certains historiens notent que, vers 1020, Raymond Arnaud avait doté les Bénédictins de son "château de Nérac". Mais on ne trouve aucun document, aucun vestige qui révèle que là ait existé un château à cette époque. Même la "maison particulière" d’Arsinus d’Obion, que ce dernier donna, en même temps que sa seigneurie, aux religieux de l'Abbaye de Condom, n’a pu être située. Il est à supposer qu'il s'agissait là d'une demeure pouvant se distinguer des autres par sa forme, ses dimensions ou son confort intérieur, mais que rien ne pouvait lui donner l'apparence d’un "château", puisque le donateur ne la désignait que sous le nom de maison. Tout porte donc à croire que le soi-disant château de Nérac, objet de la libéralité de Raymond Arnaud, était la primitive construction, sorte de fortin sans doute, qui par des transformations successives, devait devenir le château de Nérac, et dont il ne reste plus que l'aile septentrionale. Sa position, du reste, sur un point élevé de la rive gauche justifiait sa dénomination. On sait que, plus tard, un Amanieu d’Albret se reconnut vassal des Bénédictins pour le château de Nérac lorsque, en 1286, il rendit hommage au roi d'Angleterre. Mais c’est d'Amanieu VI qu'il s’agit là. Il ne peut donc y avoir aucun doute, c'est bien l'embryon du futur château des rois de Navarre que les Bénédictins reçurent de Raymond Arnaud, au XIe siècle, château qu'ils mirent aux mains des sires d’Albret moyennant un cens annuel, et dans lequel s'installa le premier en date des Amanieu. Voici donc un sire d’Albret, petit seigneur originaire de Lapret ou Labret, aujourd’hui Labrit, commune du département des Landes, installé dans le château dont les Bénédictins avaient été dotés. Son premier soin fut d'y marquer son empreinte et d’en faire le berceau de sa puissance. Le geste des religieux, abandonnant le cens qui devait leur être servi, eut comme conséquence l'autorisation pour eux de fonder un second prieuré sur la rive gauche, et c’est sur les vestiges de ce monastère que, plus tard, furent édifiées les tanneries encore existantes.

La première aile fut l'aile occidentale, celle qui ornait l'entrée principale avec pont-levis, précédée d'une petite place. Peu à peu, des constructions s’édifièrent autour du prieuré, gagnant la partie haute de la ville, comme si elles voulaient se rapprocher du château qui les protégeait. De ces constructions il ne reste que de rares vestiges, simples soubassements sur lesquels, au furet à mesure que le château s’agrandissait, d’autres maisons se sont posées; mais celles-ci, venues bien plus tard, attestent, par les restes encore debout, le XVe, le XVIe et le XVIIe siècle. Le bâtiment septentrional du château, celui qui existe, fut construit assez longtemps après l'aile occidentale puisque les clefs de voûte portaient l’écusson d’Albret écartelé de France. La partie orientale, qui faisait face à la Baïse, vint ensuite, affichant des progrès dans la sculpture et dans l'architecture. Et enfin, le bâtiment sud, dans lequel Henri IV enfant eut son lit, fut l’œuvre d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret. Telles furent les quatre étapes successives que parcourut le château de Nérac au cours de sa construction. Avant de rappeler les quelques particularités qui se rattachent à chacune d’elles, disons qu’à partir du moment où Amanieu d’Albret bâtit le corps de logis occidental, la vie et le développement de Nérac se divisent en deux périodes: la première limitait la ville entre les Petites-Allées et la rivière; la seconde reculait les remparts jusqu'aux portes de Fontindelle de Marcadieu et de Condom. Or donc, le bâtiment sud n'existant pas encore au temps du premier des sires d’Albret, et le château se trouvant défendu à l’est par la Baise, au midi par un fossé et à l'ouest par un autre fossé sur lequel était jeté le pont-levis de l'entrée principale, la ville fut circonscrite dans des murs qui s’amorçaient à la tour nord de l'aile occidentale, suivaient la ligne des maisons qui forment aujourd'hui un des côtés du cours Romas, descendaient les Petites-Allées, la rue Cujon, (aujourd’hui prolongement du Cours Victor Hugo), et se terminaient à la Baise.

Ainsi le château de Nérac s'agrandissait et subissait d'importantes transformations. Pour en suivre la marche, nous n'avons maintenant qu’à descendre la généalogie des d’Albret. Nous avons vu que l'aile occidentale du château fut construite la première par Amanieu d’Albret, dont le chiffre (double AA) ornait les clés de voûte des appartements. Le bâtiment qui vint ensuite fut le bâtiment nord; c'est celui qui existe. Sa construction vint longtemps après celle du bâtiment occidental; elle paraît devoir être attribuée à Charles II d’Albret, fils de Charles 1er qui fut tué à Azincourt en 1415, mais qui déjà, depuis 1389, avait obtenu le droit, par un privilège que lui avait accordé le roi de France Charles VI, d’écarteler des armes de France son écusson. En outre, certaines parties de l'édifice auraient, au dire de quelques auteurs, porté le chiffre de Charles II (deux CC entrelacés). Il serait difficile d'en retrouver la trace. Les armoiries sculptées sur les clefs de voûte ou sur les portes d'appartements, et qui servent de guide dans l’étude des transformations successives du château, pourraient prêter à confusion si l’on ne savait que les sires d’Albret, dans leur rapide ascension furent comtes, connétables, chevaliers de Saint-Michel, rois de Navarre; si l’on ne savait qu'à chaque dignité nouvelle ils en ajoutaient la marque à leurs écussons; si l’on ne savait, enfin, qu'au fur et à mesure de l'attribution qui leur était faite d'une province par mariage, ils ajoutaient à leurs armes celles de leurs femmes. C’est ainsi qu’il n’était pas rare de trouver dans le même corps de logis les armoiries ou chiffres particuliers à plusieurs générations. Dans l'aile septentrionale qui subsiste, un exemple en est frappant. En effet, dans une vaste pièce du rez-de-chaussée très bien conservée, on remarque au centre du plafond construit sur arcs de pierre en ogive quatre grands écussons disposés en carré, et sculptés en fort relief. Deux de ces écussons portent le double AA d'Amanieu, en témoignage assurément de la fondation de la première aile du château; les deux autres portent un A barré au sommet: c’est le chiffre d'Alain d’Albret, qui fut étranger à la construction de ce corps de logis, pour la bonne raison que deux générations le séparaient de Charles II, mais à qui est attribuée la galerie en saillie construite postérieurement.

A défaut donc de documents plus précis, puisque les archives de Nérac disparurent dans l’incendie qui consuma l'Hôtel de Vilie le 7 janvier 1641, toute vraisemblance peut être accordée à l’assertion que nous donnons, par laquelle il apparaît que des armes ou chiffres successifs ont pu s’accoler ou se juxtaposer sur les écussons à mesure que la généalogie des d’Albret se poursuivait par succession ou par mariage. Car, ici, une controverse se pose. Un auteur très érudit, à la science archéologique de qui nous rendons hommage, a cru devoir attribuer à Antoine de Bourbon le chiffre des double AA entrelacés. Il à fait erreur; Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, étranger à la lignée, n’a surgi dans la maison de Navarre que lorsqu'il épousa à Moulins, le 20 octobre 1548, Jeanne d’Albret qui fut la mère de Henri IV, par conséquent près de 80 ans après Alain, qui avait épousé en 1470 Françoise de Bretagne. C’est bien à Antoine de Bourbon et à Jeanne d’Albret qu’on doit attribuer la construction de l'aile méridionale disparue pendant la tourmente révolutionnaire, laquelle fut bâtie avec les pierres des églises et monastères démolis en 1560, mais aucun document n'indique par quel chiffre le "mari de la reine" avait marqué son empreinte sur ce corps de logis qui était son œuvre. Pour lui attribuer le double AA qui rayonne dans des ors bien conservés à la clef de voûte de la salle dont nous parlons, il faudrait admettre une réfection de cette salle bien postérieure à sa construction; mais alors, comment y trouverait-on l'A simple, barré au sommet, d'Alain d’Albret? Culte du souvenir rendu par Antoine de Bourbon à ses prédécesseurs? Nous ne le pensons pas. Nous persistons donc à croire qu’il est plus logique d’admettre la succession des armoiries dans l’ordre généalogique des d'Albret, les armes nouvelles s'ajoutant aux armes précédentes pour conserver au château, œuvre d’une même famille, la marque d’origine.

Et cette succession, nous la relatons à nouveau très brièvement comme suit: la partie occidentale, bâtie par Amanieu d’Albret, dont l’écusson ne portait pas de pièces d’armoiries. La partie septentrionale, bâtie par Charles II, dont l’écusson était écartelé de France. Charles II mourut en 1474. La partie orientale, bâtie par Alain d’Albret, dont l’écusson, écartelé de France, s’entourait du collier de l’ordre de Saint-Michel. Alain fut en effet chevalier de Saint-Michel. La partie méridionale, bâtie, comme nous venons de le dire, par Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret. Dans la salle sise au rez-de-chaussée de l'aile nord existante, et que la tradition populaire a toujours dénommée "Salle des Gardes", des Sociétés locales y tenaient récemment encore leurs répétitions de chant et de musique. C’est à croire que le corps de logis avait conservé, à travers les âges, sa prédestination. C'est dans ce bâtiment nord, en effet, que la Cour de Navarre avait rayonné de tout son éclat, au temps de sa splendeur. Pendant que l'aile orientale, campée au-dessus de la Baïse comme une sentinelle vigilante, semblait chargée de dominer la vallée et d'interroger l'horizon, l'aile septentrionale ouvrait ses portes aux tournois littéraires, recevait les beaux esprits qui venaient s’enflammer dans l'air que respirait la première des Marguerites, et servait d'asile aux apôtres de la Réforme. La galerie saillante en demi-voûte, aux colonnes torses du pur style renaissance, cette galerie historique qui vit défiler dans la pénombre de ses arceaux les intrigues des grands et les complots d'amour, cette galerie enfin qui vit des couples royaux jeter inconsidérément leurs démêlés conjugaux en pâture aux épigrammes, va voir rajeunir son architecture. En effet, il a été dit que cette galerie, construite postérieurement au corps de bâtiment contre lequel elle se trouve appliquée, était l’œuvre d'Alain d’Albret, qu'on surnomma Alain le Grand, le même qui fit bâtir l'aile orientale qui faisait face à la Baise.

Cet Alain, qui fut sire d’Albret de 1471 à 1522, avait épousé en 1470 Françoise de Bretagne. Sur certaines colonnes, les chapiteaux s’ornaient des hermines de Bretagne, mais sur les sculptures de l'une d’elles il est une particularité digne d’être remarquée: on y voit un moine, environné de lapins, qui présente un papier déroulé à un dogue qui le menace, et qu’il cherche à apaiser. La tête du moine a disparu, mais le corps penché sur l'animal est nettement dessiné. Si nous décomposons l'analyse du motif, nous y voyons une allusion à l’humble soumission des Bénédictins devant un sire d’Albret dont l'autorité pesait sur eux. Ce motif se trouve sur la troisième colonne en partant de la tour saillante contiguë à la nouvelle salle des Fêtes. C'est à la même époque qu'Alain entreprit la construction de l'aile orientale qui se distingua des autres par plus de finesse dans les sculptures, par des détails d'architecture plus épris d'art. Elle comportait deux étages, le deuxième étant mansardé, et chacun de ces étages avait cinq fenêtres sur la façade intérieure, celle qui donnait sur la Cour. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient carrées et à meneaux; celles du premier étage étaient très hautes et à double meneau; enfin, celles du second n'étaient qu'à un seul meneau, mais plus hautes que celles du rez-de-chaussée et surmontées de sculptures de grand style. Partout, les armoiries d’Alain y figuraient, entourées du collier de l’ordre de Saint-Michel. Au centre de cette façade, et faisant saillie sur la cour, il existait une petite tour carrée, dont la porte d'entrée permettait l'accès d’un vestibule communiquant avec la façade extérieure, celle qui regardait la Baïse. Là, un escalier adossé au mur, en forme de perron, permettait de descendre jusqu’au terre-plein sur lequel se trouvait la tour ronde servant de cavalier pour défendre l'entrée du château. Dans l'intérieur de cette tour était l'escalier qui descendait jusqu’au pont-levis, après lequel un pont jeté sur la Baïse facilitait la sortie sur la campagne.

Cet état de lieux a duré jusqu’à la période révolutionnaire, mais l'aile méridionale n'existait pas encore, puisqu’elle ne fut bâtie par Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret qu'après la démolition, en 1560, des édifices consacrés au culte catholique. Le château n'avait donc que trois corps de bâtiment, après qu'Alain le Grand eût construit l’aile orientale. Il conserva cette disposition sous Jean Second, à qui Catherine de Foix apporta en dot le comté de Foix, la souveraineté de Béarn et le royaume de Navarre, et sous Henri 1er, qui épousa la sœur du Roi de France. Du côté sud, des terrasses s’étageaient, descendant jusqu’à des murs dont les contreforts prenaient pied au bord de la rivière. Marguerite d'Angoulême s'éteignit au château d’Odos, près de Tarbes, et Henri 1er rendit son âme en 1555, laissant pour héritière sa fille Jeanne d'Albret. Mais déjà en 1548, un an avant la mort de Marguerite, Jeanne avait épousé Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. Trois mois après le décès d'Henri 1er, soit le 18 août 1555, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, dans une cérémonie qui eut lieu au château de Pau, prêtèrent serment comme souverains de Béarn, et le même jour ils furent couronnés rois de Navarre. Cinq ans plus tard, emportée à son tour vers les idées de la Réforme, Jeanne d'Albret proscrivit le culte catholique, et fit démolir les églises et les monastères. Ce fut avec les pierres de ces monuments que le roi et la reine firent édifier la quatrième aile du château, l'aile méridionale dont le fossé donna lieu, après la Révolution, à des travaux de déblai pour permettre d'aboutir au pont sur la Baïse. C'est dans la partie méridionale du château que fut établie la salle des Gardes du corps. Cette salle, très spacieuse, occupait presque entièrement toute cette partie sud du monument, à l’exception d’une pièce aménagée à son extrémité orientale, prenant jour par trois côtés, sur la cour, sur le fossé et sur la Baïse. C'était là l'appartement d'Antoine de Bourbon, et plus tard la chambre d'Henri IV enfant. C'est également dans cette pièce que fut placée plus tard la "Chambre des Comptes" de Nérac, ainsi que la "Chambre de l’Edit de Guienne" établie par Henri IV à Nérac en 1598. Mais l’accès n’en était facile ni pour les Juges ni pour le public. Pour remédier à cet inconvénient, un large escalier de pierre fut établi extérieurement prenant sa base sur la terrasse qui faisait face à la rivière. Au haut de cet escalier fut gravé le millésime 1600.

Couronnés donc en 1555 rois de Navarre, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret se préoccupèrent aussitôt d’embellir et d'agrandir la ville. Le premier soin du roi se porta tout d’abord sur le parc du château. Pour se clôturer chez lui, en même temps que pour enclore ses sujets chez eux,  Antoine s’empressa de rétablir le mur d’enceinte, qui subsista jusqu'en 162, date à laquelle Louis XII fit démanteler la ville. De leur mariage Antoine et Jeanne eurent un premier enfant, un garçon, né au château de Coucy, avec pour prénom Henri, pour titre duc de Beaumont et pour parrain le Roi de France. Élevé dans un appartement constamment surchauffé, l'enfant languit vite et mourut à vingt-trois mois. Le couple royal ne fut pas plus heureux avec un second fils né au château de Guillen, en Normandie. Par la maladresse de la nourrice qui s'amusait près d’une fenêtre, l'enfant tomba; il mourut trois jours après. Enfin, pour la troisième fois, Jeanne mit au monde, à Pau où le 14 décembre 1553, un gros garçon qui fut Henri IV. Nous ne croyons pas nécessaire de suivre dans son évolution l'enfance de ce prince, vrai petit diable, à qui les ardeurs de son tempérament firent donner le nom de Vert-Galant. Nerac se transformait, mais le règne du roi de Navarre touchait à sa fin. Blessé au siège de Rouen, Antoine de Bourbon mourut le 17 novembre 1562, âgé de 44 ans, laissant deux enfants: Henri, qui allait devenir roi de Navarre après la mort de sa mère, et une fille, Catherine de Bourbon, née à Paris le 7 février 1559. Catherine de Bourbon fut régente de la Navarre et de l'Albret à l’avènement de son frère Henri IV au trône de France. Elle mourut cinq ans après, à l'âge de quarante-cing ans. Jeanne d’Albret, après la mort d'Antoine, fut l'éducatrice de ses deux enfants. Quand le jeune prince Henri eut atteint sa dix-neuvième année, il fallut songer à le marier, et c’est dans ce but qu’un voyage à Paris fut décidé au commencement de 1572 pour y traiter le mariage avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Par quelle cause, Jeanne y mourut-elle le 10 Juin? L'opinion prétendit qu’elle y avait été empoisonnée, nous ne pouvons l'affirmer.

Henri, roi de Navarre avait épousé Marguerite de Valois le 18 août 1572. Nous passerons sur les événements politiques et les luttes religieuses, la Ligue, les Etats Généraux de Blois, les hostilités sans cesse suspendues et reprises. Tout cela est du domaine de l'Histoire Générale. Reprenons tout simplement Henri IV cinq ans après son mariage, et constatons que déjà il était brouillé avec sa femme, et que Catherine de Médicis avait le désir de réconcilier les deux époux, mais sans succès. Après une séparation définitive, Marguerite de Valois quitta Nérac pour aller s'installer à Agen où elle donna la mesure de ses goûts débridés. Nous ne la suivrons pas à travers ses aventures qui finirent par la faire enfermer au château d’Usson où sa captivité dura près de vingt années. Pendant ce temps, Henri continuait à mener de front les affaires d'Etat et ses affaires d'amour, sous l'œil amusé de ses compagnons et de Sully. Henri IV assassiné en 1621 eu pour successeur au trône de France son fils le Dauphin, né le 27 septembre 1601 au château de Fontainebleau, devenu ensuite Louis XIII. Après avoir succombé devant les forces de Mayenne, la cité de Nérac avait été puni pour avoir pris les armes contre les troupes royales, avait perdu, de ce chef, la Chambre de l'Edit de Guienne qu’Henri IV avait établie dans la ville en 1598. Cette Chambre de l'Edit fut transportée à Agen, et c’est le 3 Juin 1624 que le duc de Rohan, au nom du roi Louis XIII, chassa de Nérac les conseillers catholiques de ladite Chambre. Le 20 mars 1651 Louis XIV cédait au seigneur Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, le duché d’Albret avec Nérac, la baronnie de Durance, les Justices haute, moyenne et basse de Nogaro, Barcelone, Riscle, Aignan et Plaisance. Et dix ans plus tard, au profit du même duc de Bouillon, en 1661, l’Albret était érigé en duché-pairie.

Nérac n’échappa point aux troubles qui menacèrent la tranquillité publique en 1791. Le marteau de la Révolution abattit trois côtés de l'important Monument. L’aile nord montre les traces de successives transformations, mais elle possède encore dans ses principales dispositions intérieures des vestiges très précieux de sa construction primitive. Il faut dire que le château, longtemps avant sa destruction, se trouvait dans un état assez complet de délabrement. Déjà, lorsque le duc de Bouillon en fit faire le constat, l'officier ministériel chargé de ce soin, le sieur Dannanges, greffier, constata partout des vitres cassées, des portes endommagées, des pans de maçonnerie effritée, des boiseries dont les panneaux avaient sérieusement souffert. Une copie du procès-verbal de ce constat, ne contient pas moins de vingt pages manuscrites d'une écriture assez errée et sans alinéas. Et maintenant, en se plaçant en face de cette aile nord, nous voyons tout d’abord, à gauche, dans le toit une large section, comme si le château avait été coupé en deux, laissant une brèche de sept mètres environ. Dans ce vide énorme, une construction ne remontant pas à une date très reculée s'est enchâssée et a servi d'habitation à divers particuliers. Au-dessous du toit, la galerie en bois que l’on aperçoit entre deux colonnes limitait un étage également habité; au-dessous encore, l'étage avait ses locataires; enfin, au rez-de-chaussée, une famille y à gardé pendant plus de trente ans son domicile. De sorte que si nous prenons le monument au pied, nous voyons qu'à cet endroit la façade est restée intacte jusqu'aux cariatides des colonnes, mais que l’intérieur du château s'est trouvé évidé. Fort heureusement les colonnes sont restées debout avec leurs arceaux. Dans la brèche en question, de modestes logements furent établis au cours des temps ils formaient donc trois étages, outre le rez-de-chaussée; là quatre ménages ouvriers y ont vécu. Au centre de la façade du château, une petite porte s'offre au visiteur; cette porte ouvre sur un couloir. A droite, en entrant, un escalier descend dans un souterrain dirigé vers la droite, et qui est muré à dix mètres plus loin; ce souterrain tournait à droite sous l'aile orientale et allait desservir la "tour cavalier" en cas d'alerte; la tour, à son tour, par son colimaçon intérieur, approvisionnait les berges de la Baïse de troupes suffisantes pour la défense.

À gauche du couloir, en entrant, est un arceau muré; c'était l’entrée du souterrain qui allait rejoindre l'aile occidentale et aider à la défense de l'entrée principale du ehâteau. Au reste, les souterrains avaient des entrées et des sorties nombreuses, parfois dissimulées et servies par des escaliers très étroits; ces souterrains aboutissaient tous, par ramifications, à un rond-point central situé au milieu du sous-sol de la cour; de là, ils partaient dans plusieurs directions, dont trois principales: une ligne allait vers le portail de Condom, une autre vers le portail de Marcadien, la troisième vers le portail de Fontindelle. Entre ces lignes, d’autres moins importantes s’embranchaient pour former l'éventail et concouraient ainsi à une défense rapide des murs de fortifications. Enfin, au fond du couloir, une porte à droite fait accéder à une grande chambre dont la voûte en ogive est sur nervures de pierres; deux pièces plus petites y sont accolées, voûtées également sur nervures, éclairées par des jours étroits, épousant le demi cintre de la galerie, et donnant sur la cour. À chaque angle de ces pièces est une cariatide supportant la nervure, tantôt usée par le temps et impossible à déchiffrer, tantôt très bien conservée. Ce qui frappe le visiteur qui observe ces cariatides, c’est leur diversité; toutes ont leur signification, et chacune d’elles rappelle un âge différend dans la généalogie des anciens maîtres du lieu. A gauche du Monument et contigu au Théâtre, est un avant-corps empiétant sur la cour et ayant l'entrée latérale; lorsqu'on franchit cette entrée, qui est très basse, on se trouve dans un réduit, sorte de couloir très étroit fermé en face de soi par un mur, ouvert à droite par une porte donnant accès dans une pièce vaste et superbe, dont la voûte repose sur douze nervures rejoignant des écussons en relief, au chiffre d’Amanieu, et offrant un grand style de construction. Une large et haute cheminée de pierre tient presque tout le côté gauche de la pièce. Auprès de cette cheminée est la porte qui communiquait avec le passage couvert.

Cette pièce, une des plus belles du rez-de-chaussée par l’ensemble de ses nervures, n’avait d'autre entrée que la porte que nous venons de signaler au fond de ce petit couloir qui s'offre à droite quand on franchit le seuil latéral de l'avant-corps; mais le mur que l’on a devant soi, n’existait pas à l’origine; ce mur cache aujourd’hui l'emplacement où se trouvait un escalier de pierre accédant à la galerie; cet escalier n’est plus; sur ses vestiges s’est établi, au cours du temps, un escalier en bois en partie détruit par l'humidité. De la galerie, un autre escalier de pierre, en colimaçon et moins large, conduisait aux combles. La porte extérieure que l’on remarque du côté du théâtre, vint, par la suite, ouvrir sur la grande pièce aux douze nervures dont nous parlons plus haut; elle date seulement de la construction de la galerie; quand on l’examine du dedans, on voit que pour pratiquer cette entrée on dut sectionner la belle moulure de pierre qui court, sur les quatre côtés, à la base de la voûte. Ici, comme dans les autres chambres, les cariatides supportant les nervures sont diverses. Une autre porte extérieure faisant pendant à celle de gauche, se trouvait à droite, près de la tour existante: mais celle-ci a disparu, et à sa place se voit une large ouverture servant d'entrée pour une pièce qui a longtemps tenu lieu de dépôt de marchandises ou de matériaux. Enfin, tout près de la petite porte située au centre de la façade est l'entrée de la chambre dont il a été parlé, et à la voûte de laquelle se voient les chiffres d’Amanieu et d'Alain d’Albret. Tel est l’état actuel de l'aile nord. Ce sont ces vestiges restaurés que Nérac offrira à la visite des touristes. Il reste de l'ancienne demeure royale une galerie, dira-t-on. C'est vrai, mais une galerie qui forme, à elle seule, tout un côté du beau Monument qui vit resplendir une Cour des plus brillantes. Quelque infime que soit le vestige qui rappelle une gloire, le Présent se doit à lui-même de le disputer aux morsures du Temps et de le transmettre aux générations qui suivent. Nérac conservera un coin de son château. Et quel coin ! Celui qui abrita le mouvement littéraire de la Renaissance. (1)

Éléments protégés MH: le château de Henri IV en totalité : classement par liste de 1862. (2)

château Henry IV, rue Henry IV, 47600 Nérac, en 1867 y est installé l'hôtel de ville: Eugène Viollet-le-Duc dessine un projet avec construction d'un nouveau corps de bâtiment derrière l'aile existante, projet non réalisé faute de financements. En 1924, expropriation des occupants, démolition du bâti dans la cour, restauration de la charpente, de la couverture, de la façade et de l'intérieur sous la direction de l'architecte Poutaraud; restaurations plus ponctuelles sous la direction de Mastorakis, architecte en chef des monuments historiques, en 1968. Tel 05 53 65 21 11, musée ouvert au public, dates et horaires voir le site du château https://chateau-nerac.fr/

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 Château musée a Nérac Château Henry IV a Nérac  
 
 
 


(1)     Nérac et le Château Henri IV, depuis l'origine jusqu'à nos jours par Marcel Durey. Éditeur: Tonneins (1926)
(2)   
   source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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