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Château de la Chesnée à Rauville-la-Bigot
 
 

 Au sommet du coteau qui domine le village de Rauville-la-Bigot, on voit un très beau manoir, qui, malgré les injures qu'il a subies du temps et des hommes, présente encore des parties fort intéressantes. Ce château fut construit au XVe siècle par un Simon, sieur de la Chesnée, dont la famille avait une origine très ancienne. Un de ses ancêtres, en effet, avait rapporté de l'une des croisades, à laquelle il avait pris part, une magnifique bannière que l'on voit encore aujourd'hui. Cet étendard est en soie, de forme presque carrée, et mesure environ deux mètres de côté. Quoique les couleurs en soient altérées, on constate aisément qu'il était écartelé de blanc et de bleu, "d'argent et d'azur", avec une large croix jaune, séparant les quartiers. Mais il reste un souvenir plus précieux encore de la guerre sainte: le château a possédé jusqu'à la Révolution une relique insigne de la vraie Croix, renfermée dans un superbe reliquaire. Lorsqu'une troupe de forcenés allait envahir la noble demeure pour la saccager, une fermière put y pénétrer secrètement et soustraire la précieuse relique à la fureur des bandits. Quand la paix religieuse fut rétablie, cette pieuse femme déposa son trésor à l'église paroissiale qui le possède encore. La sainte relique mesure deux centimètres de long et près d'un centimètre de large. Le reliquaire, en vermeil, nous semble dater au moins du XIVe siècle. Il a la forme d'une croix, d'un pied de hauteur environ; la tige présente un prisme à six côtés, dont les pans antérieurs sont semés de fleurs de lys très finement ciselées; la tête et les bras sont terminés par un ornement semblable, fait de lamelles d'or recourbées en volute; le pied, qui est plus simple, a dû être ajouté à la fin du XIXe siècle.
Le château de la Chesnée, très vaste autrefois, entourait sur trois côtés une cour carrée, dont il est facile de fixer les limites. En effet, des quatre tours qui s'élevaient aux angles, trois sont encore debout, à peu près intactes. L'une d'elles présente une particularité remarquable: chacune de ses meurtrières est fermée par une pierre demi-cylindrique, qui tourne sur un pivot vertical. Une grande partie du château ayant été détruite, il ne présente plus que la forme d'une équerre à bras inégaux. Ce qui subsiste a même subi des mutilations regrettables. Les "croisées" avaient perdu leurs meneaux, d'un effet si caractéristique; la plupart ont été rétablis depuis quelques années. La tour qui s'élève à l'angle extérieur du manoir, a été restaurée et couronnée d'un toit conique. L'angle intérieur est dissimulé par une construction hexagonale qui forme maintenant l'entrée principale de l'habitation. L'une des pièces du château renferme une très belle cheminée de la Renaissance, qui porte, entre autres ornements, les armoiries de trois des anciens seigneurs de la Chesnée: les Simon, au milieu; les Mouton du Manoir et les Maupeou d'Ableiges, aux deux côtés. Ces armoiries, mutilées à l'époque de la Révolution, ont été rétablies lors des travaux de restauration dont la Chesnée fut l'objet, il y a quelques années.
Le domaine de la Chesnée a eu l'heureuse fortune de demeurer dans la même famille, depuis le XVe siècle au moins, puisque aucune trace de vente ne peut être relevée depuis cette date. Si donc nous trouvons des noms différents parmi ses seigneurs, c'est qu'il est passé d'une branche de la famille à une autre, par succession ou par alliance. C'est ainsi que la famille le Marchand qui l'occupait au début du XXe siècle, en est devenue propriétaire, M. le Marchand ayant épousé, vers 1820, Mademoiselle de Couville, à qui le château appartenait alors. La seigneurie de la Chesnée, qui dépendait de la baronnie de la Luthumière à Brix, fut érigée en fief par Louis XIII. M. le Marchand possède le parchemin contenant l'acte de cette érection, signé du roi. Le sceau royal, quoique rompu, est encore aisément reconnaissable. (1)

château de la Chesnée 50260 Rauville-la-Bigot, implanté dans un vaste parc boisé qui domine au sud le bourg, propriété privée, ne se visite pas excepté au journées du patrimoine.


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(1)
   source: La Normandie Monumentale et Pittoresque, (Manche) Lemale & Cie. Imprimeurs, Éduteurs, achevé d'imprimer le 25 septembre 1897.

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