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La compréhension de
l'histoire de la Marie souffre de la difficulté d'accorder des sources
contradictoires: les dates fournies par l'abbé Angot, les matrices
cadastrales et les autres documents ne s'accordent pas. Une étude
dendrochronologique pourrait sans doute permettre de mieux comprendre
l'évolution progressive du bâtiment vers sa forme actuelle. Les archives
sont muettes sur les origines de la seigneurie et du manoir de la Marie.
D'après la bibliographie, Jean de Brée, seigneur du Fouilloux, est le
premier détenteur connu du fief de la Marie, au début du XVe siècle. La
seigneurie est signalée sur la carte du Maine de Jaillot de 1706, avec sa
chapelle sur la carte de Cassini. Le plan cadastral napoléonien de 1820
montre un fossé en forme de L, transformé en étang au XIXe siècle dans
l'esprit du réaménagement du jardin à l'anglaise. L'hypothèse d'une ancienne
plateforme quadrangulaire sur laquelle auraient pris place les bâtiments du
manoir mérite d'être formulée. Une partie des communs, qui figure sur ce
plan, pourrait en être un vestige totalement remanié au XIXe siècle. En
1730, la terre de la Marie est adjugée, sur la succession de Pierre de
Troisvarlets, à Jacques Gougeon de Launay, conseiller du roi et juge en
l'élection de Laval; une plaque de cheminée aux armoiries de cette famille
est d'ailleurs conservée. Sa fille Renée épouse en 1748 Camille
Duplessis-d'Argentré. A la Révolution, "le logis et retenue de la Marie"
ainsi que le domaine sont saisis par l'administration et baillés à des
fermiers, mais non vendus. L'acte de succession de Camille Duplessis
d'Argentré, en 1803, cite "la maison principale et le petit domaine de la
Marie composé de plusieurs bâtiments, cours, avenue, bois taillis, petite
futaie, terre et prés", alors exploité par la veuve Joseph Michault. Sur la
paroisse d'Alexain, les métairies et closeries de la Marie, de Créan, de
Radiveau, de Vaumartin, d'Hambers, de Lardière, ainsi que le moulin d'Hambers
relevaient du domaine de la Marie.
Hormis peut-être une portion des communs, il ne reste rien des constructions
antérieures à la Révolution. On relève dans l'état de section du cadastre
dressé en 1820, une "maison neuve" à l'emplacement du corps central du
château actuel, probablement commanditée par Alexis Duplessis-d'Argentré,
fils de Camille. En 1824, il procède au partage des domaines familiaux entre
ses quatre enfants: la Marie et son domaine sont alors attribués à Virginie
Duplessis d'Argentré et son époux Balthazar de Robien. L'abbé Angot signale
un incendie "vers 1825": l'ampleur du sinistre et des travaux qui
s'ensuivirent n'est pas connue. Le registre des matrices cadastrales
mentionne, pour l'année 1847, la démolition et la reconstruction du château
pour Virginie Duplessis-d'Argentré et Balthazar de Robien (travaux achevés
en 1844). L'abbé Angot de son côté n'en souffle mot. Un dessin faussement
daté de 1810 pourrait représenter la nouvelle demeure, qui correspond dans
les grandes lignes au bâtiment actuel: un corps central à cinq travées avec
porche, à deux étages et semble-t-il un étage attique, flanqué de deux
pavillons en retrait à un seul étage. Les principales différences résident
dans le traitement des toitures: le corps central est coiffé d'un toit à
longs pans et à croupes couronné d'un clocheton, tandis que les pavillons
sont couverts en terrasses. Le maître d'œuvre de la demeure n'est pas connu:
on ne peut affirmer que Pierre-Félix Delarue, qui deviendra l'architecte de
la famille de Robien, soit l'auteur des plans, bien que son intervention
soit attestée sur un agrandissement postérieur.
Virginie Duplessis-d'Argentré et Balthazar de Robien décèdent tous les deux
prématurément en 1844, alors que les travaux sont à peine achevés. Un
partage des biens est réalisé entre leurs six enfants, alors que les cinq
fils résident encore tous à la Marie. L'acte de succession indique que le
domaine est dévolu par tirage au sort à leur fils Ernest de Robien
(1812-1874). Ce document fournit une description très précise des lieux qui
semble correspondre au dessin "1810", notamment par la mention du clocheton
sur le toit et l'absence de comble sur les pavillons. On y relève que le
"grand salon de compagnie" demeure inachevé: "les croisées et les boiseries
ne sont ni finis ni placés, le plafond non plus n’est point terminé".
Néanmoins, les armoiries portées sur la lucarne centrale du château sont
celles, presque identiques, des Duplessis-d'Argentré et des Robien (dix
billettes d'or sur fond de gueules/d'azur): or, le surhaussement du comble,
la construction des lucarnes et la disparition du clocheton ne paraissent
pouvoir être datés logiquement qu'après 1844. L'explication la plus
plausible est que Ernest de Robien, qui semble ne s'être jamais marié, ait
choisi de faire figurer les armes de ses deux parents lorsqu'il décide de
surélever la maison. Par la suite, l'abbé Angot indique un agrandissement du
château en 1866; une nouvelle fois, cette date ne coïncide pas avec les
matrices cadastrales qui font état d'une augmentation en 1876 (sans doute
achevée en 1873). Toutefois, ces deux informations ne se contredisent pas
nécessairement, puisque la surélévation du corps central fut probablement
réalisée avant celle des pavillons: la forme des lucarnes et certains
ornements en zinc diffèrent de même que les essences utilisées pour les
charpentes.
On peut formuler l'hypothèse que vers 1866, Ernest de Robien surélève le
corps central: en 1863, il obtient d'ailleurs de l'administration des
Ponts-et-Chaussées l'autorisation d'aménager un port entre l'écluse et le
vieux moulin de Bas Hambers, prévoyant peut-être le convoiement de matériaux
par la Mayenne. Pour ce chantier intervient Pierre-Félix Delarue, qui
propose une lucarne centrale presque identique à celle qu'il réalise à
Montgiroux pour le frère d'Ernest, Frédéric de Robien, en 1864. Vers 1873,
les pavillons sont surélevés à leur tour, probablement par le même
architecte qui décède la même année. En toute logique, seule cette deuxième
intervention figure au registre des matrices cadastrales puisqu'elle crée de
nouveaux espaces habitables, contrairement à la première qui ne fait
qu'exhausser un espace existant. Au décès d'Ernest de Robien, La Marie passe
à la famille de son frère Emile: son fils Thibault, colonel de cavalerie
résidant à Paris, et sa veuve Marie-Berthe de Cossé-Brissac. Celle-ci fait
établir un jardin d'hiver contre le pavillon est et une nouvelle chapelle
néo-gothique dans son prolongement: leur construction est signalée comme
achevée en 1888 et imposable dès 1891 dans le registre des matrices
cadastrales. D'après l'abbé Angot, l'architecte serait Darcy, mais il ne
précise pas s'il s'agit du père (Denis) ou du fils (Georges). Le jardin
d'hiver, connu par plusieurs cartes postales du début du XXe siècle, a été
supprimé au cours du XXe siècle, mais son emprise au sol et son carrelage
demeurent visibles. Le parc est également réaménagé dans la deuxième moitié
du XIXe siècle, sans davantage de précision possible; le portail à piliers,
initialement devant la maison comme le montre le dessin "1810", est alors
reporté à l'extrémité de l'allée au bord de la route.
Le château de la Marie, inscrit dans un écrin boisé, où le parc se confond
avec les champs cultivés, est accessible par une longue allée bordée
d'arbres succédant à un portail à piliers. Une partie de cette allée, qui se
prolongeait en direction de la Mayenne jusqu'au niveau de la ferme d'Hambers,
a aujourd'hui disparu. Orienté au sud-ouest, le château présente une
élévation ordonnancée, avec un corps principal central à cinq travées,
flanqué de deux pavillons à deux travées chacun placés en léger retrait. Il
est construit en moellons couverts d'un enduit simulant la pierre de taille.
Le porche et les décors d'architecture (solin, bandeau, encadrements de
baies et pilastres d'angles à bossages) sont traités en granite jusqu'au
niveau des linteaux des fenêtres du premier étage. Les décors de la partie
supérieure, notamment la corniche, les balustrades et les lucarnes sont en
pierre calcaire. L'ensemble est couvert de hauts toits à longs pans et à
croupes brisés, ornés pour la partie centrale d'épis et d'une crête de
faîtage en zinc. Les hautes souches de cheminées sont en briques et en
pierres calcaire. Le corps central, double en profondeur, présente quatre
niveaux d'élévation en plus du sous-sol. La façade principale compte cinq
travées, la façade postérieure seulement quatre. La travée axiale est mise
en valeur par plusieurs éléments : un porche sur piliers carrés, surmonté
d'un balcon à balustrade, un décor de pilastres, un fronton cintré
couronnant la porte-fenêtre de l'étage. Les autres travées présentent pour
tout décor des consoles moulurées supportant les larmiers des fenêtres du
deuxième étage. La toiture, bordée d'une balustrade, est ajourée de cinq
lucarnes. La lucarne centrale est percée de baies cintrées géminées,
encadrée d'ailerons à volutes et de pilastres ioniques, et coiffée d'un
fronton interrompu à volutes portant les armoiries de Robien et Duplessis
d'Argentré placées entre un lion et une chouette. Les autres lucarnes, plus
simples, possèdent également des ailerons, des encadrements à crossettes,
des agrafes saillantes et des frontons cintrés.
Les pavillons latéraux, en retrait du corps principal côté sud et en avant
côté nord, présentent une élévation identique mais ne comptent que trois
niveaux en plus du sous-sol. Ils sont également couronnés de balustrades.
Les lucarnes sont en revanche ici dépourvues d'agrafes et coiffées de
frontons triangulaires. Il ne reste que le soubassement et le carrelage de
l'ancien jardin d'hiver, placé dans le prolongement du pavillon est. A sa
suite se trouve la chapelle néogothique, de plan cruciforme centré. Elle est
construite en pierre de taille de granite, couverte d'ardoise et coiffée
d'une flèche octogonale en bois couvert de zinc. Les quatre pignons
découverts sont coiffés de fleurons et retombent sur des pinacles hérissés
de gargouilles. Le fronton sud présente un bas-relief représentant la
légende de la statue de la Vierge d'Alexain, qui occupait le tronc d'un
arbre où fut construite l'église paroissiale. La porte est surmontée des
armoiries de Robien et de Cossé-Brissac. Un jour zénithal aménagé au-dessus
de la petite sacristie éclaire l'autel. Les communs sont placés à l'ouest du
château. Un premier corps de bâtiment en L correspond aux anciennes écuries
et remises, avec un logement pour le personnel placé en retour. Le second
bâtiment sur l'arrière abrite quatre hangars. Ils sont construits en
moellons non enduits, avec de la pierre de taille de granite pour les
encadrements et les chaînages d'angles. La plupart des ouvertures sont en
arc segmentaire ou cintrées, de nombreux oculi éclairent les greniers.
Placée à proximité, la serre présente un toit à un pan en verre entre deux
murs-pignons à redents. On trouve également les vestiges d'un chenil et un
probable séchoir pour le gibier, édicule hexagonal en bois sur socle de
pierre. Le parc inclut un étang artificiel aménagé à partir d'un ancien
fossé, dans lequel se mire la façade du château. Un bosquet situé à
proximité abrite une reproduction de la grotte de Lourde. (1)
château de la Marie 53240 Alexain, propriété privée, ne se visite pas.
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source des photos :
https://inventaire.patrimoine.paysdelaloire.fr
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