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L’emplacement de l’actuel
château de Louiseval est, sur le plan cadastral napoléonien de 1836, occupé
par la métairie du Haut-Beauchêne, comprenant deux corps de bâtiments placés
sur deux côtés d’une cour. Les matrices cadastrales signalent, en 1843 et en
1847, la démolition successive des deux bâtiments de la métairie par les
époux Julien Michel et Louise Dugué, résidant à Mayenne. Julien Michel y est
vérificateur de l'enregistrement puis conservateur aux hypothèques. En 1838,
leur fille Louise Michel, héritière des domaines familiaux, épouse
Félix-Jean Pollet, également fonctionnaire de l’enregistrement et des
domaines puis maire de Cigné (1871-1894). Deux constructions de maisons sont
ensuite données par les matrices cadastrales pour 1849 et 1853, au nom de
Julien Michel puis de sa veuve: la première correspond vraisemblablement à
la partie centrale de la demeure actuelle, d'inspiration néo-classique,
l'autre pourrait être la maison du jardinier visible sur un plan du parc et
aujourd'hui disparue (démolition signalée en 1880). La construction du
pavillon du gardien, à l'entrée de la propriété, est inscrite au registre du
cadastre en 1862. Le domaine prend ensuite le nom plus poétique de
Louise-Val, puis Louiseval, en l’honneur de Louise Michel. La demeure prend
son aspect actuel dans le quatrième quart du XIXe siècle: la toiture est
rehaussée et deux pavillons latéraux sont construits, sur des plans signés
par Anthony Leclerc, architecte à Mayenne, en 1878. Dans le registre des
matrices cadastrales, les travaux, achevés en 1881 et déclarés imposables en
1884, sont portés au nom de Marie-Louis-Alfred Pollet, fils de Louise Michel
et de Félix-Jean Pollet, chevalier de la Légion d’honneur, capitaine de
cavalerie et maire de Cigné à la suite de son père.
Si le respect du parti architectural initial garantit l'homogénéité de
l'ensemble, quelques petites différences de traitement des ouvertures et des
décors sont perceptibles en façade. Les lucarnes, dont la forme s’accorde
peu avec la travée centrale néoclassique, sont ajoutées lors de la seconde
campagne. A l'intérieur, la reprise de la charpente et la juxtaposition des
maçonneries entre les différentes parties témoignent de cette seconde
campagne de travaux. La distribution a également été bouleversée, avec
probablement un repositionnement de l'escalier, un déplacement de la cuisine
et la recomposition de certains espaces comme le vestibule. Pour être
complet, les matrices cadastrales signalent également l’achèvement de la
ferme du domaine en 1879, devenue imposable en 1882. Dans la 1ère moitié du
XXe siècle, selon les recensements et un témoignage oral, vivent à Louiseval,
en plus des Pollet, huit personnes attachées à leur service, institutrice,
bonne d'enfants, cocher, valet, femmes de chambre, cuisinière et jardinier,
ainsi que les fermiers du domaine. La demeure reste par la suite dans la
famille Pollet, avec Louis Pollet, à son tour maire de Cigné de 1919 à 1947,
puis son fils Jean, propriétaire-exploitant agricole, également maire de
Cigné de 1947 à 1972, puis maire délégué suite à la fusion des communes d’Ambrières
et de Cigné, jusqu’en 1995. Jusqu'à la fin du XXe siècle, la vie au domaine
est celle de riches bourgeois reprenant les codes de l'aristocratie: château
et parc, personnel nombreux, métayage des fermes du domaine, pratique de la
chasse au petit gibier dans les environs et de la chasse à courre dans les
forêts d'Andaine et d'Écouves, rencontres mondaines avec les grandes
familles des environs etc. Vendu et dépouillé de l'essentiel de son
mobilier, le domaine est racheté puis restauré par ses actuels
propriétaires.
La demeure est implantée dans un site pittoresque, sur le rebord d'un à-pic
rocheux dominant la rivière Mayenne, à l'est. La vue sur la vallée,
probablement recherchée lors de la construction, est cependant aujourd'hui
limitée par le développement de la végétation. Vers l'ouest se développe le
parc, accessible par une allée sinueuse tracée à travers un bois depuis la
route d'Ambrières, dont la sinuosité ménage l'intimité du lieu et l'effet de
surprise à l'arrivée devant la maison. La demeure bénéficie donc d’une
double orientation est-ouest: la façade principale donne à l’ouest sur le
parc, tandis que la façade opposée surplombe la Mayenne. Le corps central, à
cinq travées, est flanqué de deux pavillons latéraux légèrement plus hauts
et saillants. Le traitement du rez-de-chaussée, en granite pour les décors
et les encadrements d’ouvertures, le distingue de l’étage où le calcaire est
employé. La maçonnerie en moellons de granite est masquée par un enduit. Les
façades sont parées d'un solin, d'un bandeau, d'une corniche et de chaînages
d’angles harpés. Les baies de l’étage du corps central disposent
d’encadrements, d’appuis et de larmiers moulurés; celles de l’étage des
pavillons, plus travaillées, possèdent des allèges en pierre de taille, des
linteaux sculptés de guirlandes et des frontons triangulaires où sont
inscrits des décors de feuillages. La travée centrale, précédée d’un perron,
est mise en valeur côté parc par des ouvertures en plein cintre, avec agrafe
à l’étage, et surtout le balcon à balustrade disposé sur des consoles à
volutes. Les hauts combles sont éclairés par des lucarnes en arc segmentaire
à agrafes, ornées de frontons cintrés ou triangulaires. Les imposantes
souches de cheminées sont en brique et en pierre de taille, tandis que le
faîtage des pavillons est surmonté d’épis en zinc. La crête faîtière du
corps central et les amortissements des lucarnes, visibles sur les cartes
postales anciennes, ont aujourd’hui disparu.
Le soubassement de la demeure accueille, de part et d'autre d'un couloir
médian, les anciennes cuisines, des espaces de service et de stockage, dont
une cave à cidre couverte d'une voûte en briques en anse de panier dans le
pavillon sud. Les niveaux supérieurs sont doubles en profondeur. Au
rez-de-chaussée, les pièces de vie se déploient depuis un grand vestibule au
sol pavé en pierre avec cabochons d'ardoise: salons, salles à mangers,
bureau, salle de billard et bibliothèque conservent en partie leurs
boiseries, leurs sols en tomettes ou parquets, leurs cheminées en marbre et
leurs plafonds à moulures en plâtre. L'étage accueille les chambres des
maîtres, pourvues de cheminées en marbre, et la partie inférieure des
combles les chambres du personnel de maison, avec cheminées en bois.
Certaines chambres ont conservé des alcôves, dont une est encore pourvue de
ses rideaux ; il subsiste également, dans le couloir de l'étage de combles,
les restes d'un papier peint fleuri d'inspiration Art Nouveau. La
distribution verticale est assurée par deux escaliers en bois tournants.
L'escalier principal, de forme ovale, n'est pas placé dans l'axe de symétrie
du château mais entre le vestibule et le pavillon nord : suspendu, pourvu
d'un garde-corps en ferronnerie, il s'appuie à l'étage sur des colonnes en
fonte. L'escalier de service, placé dans une petite cage carrée montant du
soubassement aux combles, se trouve dans le pavillon nord. Les communs,
construits sans souci de symétrie ou d'ornement, sont placés sur le côté
nord du parc: ils incluent une remise, une écurie, une sellerie surmontée
d'une chambre pour le cocher, une lingerie, une étable, des toits à porcs,
et en retrait une boulangerie, un poulailler et des clapiers. L'écurie
conserve ses box et ses râteliers, la sellerie ses boiseries. Les vestiges
de deux chenils, pour les chiens de chasse à courre, sont visibles à
proximité. Un pavillon octogonal en briques situé dans le petit bois près de
l'allée servait de lieu de repos et de collation au retour des chasses. Une
maison de gardiens, dite "pavillon Sainte-Hélène", probablement en souvenir
d'une gardienne, est postée à l'entrée de la propriété. (1)
château de Louiseval 53300 Ambrières-les-Vallées, propriété privée, ne se
visite pas.
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