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En dépit des apparences, on ne peut
parler stricto sensu de manoir, a fortiori de château, pour la demeure des
Yvets, puisqu’elle n’était en réalité le siège d’aucune seigneurie. Le fief
Roussin, sur lequel fut construite cette gentilhommière, relevait à foi et
hommage simple de la seigneurie de Torcé. De nombreux documents compilés
dans le chartrier de Lassay témoignent des aveux rendus par les divers
propriétaires de maisons et de terres au fief Roussin. Parmi eux, Jean
Hayrie, sieur de la Chevronnière et des Yvets, déclare en 1605 posséder une
propriété importante composée de trois "maisons manables", un pressoir, un
fournil, une grange et une étable, cours et jardins. Il décède aux Yvets en
1646 et est inhumé dans l'église de Cigné. En 1660, dans l’aveu rendu par sa
veuve Louise Leforestier, la description se précise avec "une maison manable
composée de salles chambres cave et greniers un pressoir et un four et
fournil le tout couvert d’ardoises une escurye couverte de tuille et ardoise
une court gallerye et un jardin". L’analyse architecturale porte à croire
que la demeure date de la première moitié du XVIIe siècle et a probablement
été édifiée par les Hayrie entre ces deux aveux. A titre de comparaison, le
manoir de la Grande Haie (également commune d'Ambrières-les-Vallées), dont
la forme parait plus archaïque, ne date que de 1612 d'après une date
inscrite au linteau de la porte. Les aveux suivants concernant les Yvets, de
1698 et 1722, laissent entendre que la demeure est par la suite propriété de
Jean-Jacques de l’Epinasse, lequel déclare posséder, entre autres, "la
grande maison des Yvets" dont la description est la même: pressoir, four,
galerie, dépendances, jardin clos de murs. On notera qu’à aucun moment, il
n’est fait allusion aux tours qui donnent à l’édifice ses allures de château
(seules celle de droite et celle à l’arrière existaient alors, celle de
gauche ne figurant pas sur le cadastre de 1837). La galerie citée dans les
aveux, aujourd'hui disparue, n'est pas localisée avec plus de précision.
D’après la comparaison d’un "plan géométrique de la terre des Ivets" levé en
1812 mais assez schématique, et du cadastre napoléonien de 1837, les communs
des Yvets semblent avoir été agrandis et le bâtiment en rez-de-chaussée
adossé au logis construit entre ces deux dates. A cette époque, on entrait
directement dans la propriété par un passage ménagé à gauche du logis
(emplacement de la grosse tour). La propriété était alors entourée de
parcelles de jardins rectangulaires, dites le jardin, le grand jardin, la
pépinière et le jardin de derrière. Au début du XIXe siècle, la demeure est
la propriété et résidence de Louis Dugué, receveur de l’enregistrement et
acquéreur de nombreux biens à Cigné après la Révolution, parmi lesquels
l’ancien manoir de la Cour voisin et la ferme du Haut-beauchêne, où sera
édifié le château de Louiseval. La famille Pollet qui en descend donnera
quatre maires à la commune de Cigné. Les bâtiments sont de nouveau agrandis
durant le troisième quart du XIXe siècle. Les matrices cadastrales signalent
une nouvelle construction pour l’année 1865, qui correspond
vraisemblablement à la maison à quatre travées édifiée en retour du logis.
Les travaux sont réalisés pour Félix Pollet, vérificateur de
l’enregistrement à Mayenne. Le logis initial, dont l’intérieur est alors
totalement remanié, est agrandi d’une tour d’angle en pendant de celle
existant à droite, avec un grand souci d’homogénéité. Un corps de
dépendances, comprenant hangars, écuries et four, est également édifié. Il
semble probable que le parc d’inspiration anglaise est aménagé à la même
époque ; une nouvelle entrée est placée sur la route de Cigné à Ambrières,
avec un chemin d’accès en courbe et un bosquet d’arbres étudiés pour ménager
un effet de surprise en découvrant la maison.
La propriété est établie à quelques centaines de mètres à l’ouest de la
Mayenne, bien qu’elle n’entretienne aucun lien visuel avec la rivière. Le
logis est orienté au sud: c’est un bâtiment rectangulaire, en moellons de
granite enduits, à étage carré et quatre travées en façade, flanqué de deux
tours circulaires dissymétriques à chaque angle. La porte, décentrée, est
soulignée par des pilastres et un fronton triangulaire orné d’un croissant
et de volutes et surmontée d’une fleur de lys entre deux cercles. Un autre
fronton, simplement formé par deux pierres placées en décharge, couronne la
fenêtre au-dessus de la porte. Certaines fenêtres possèdent des éléments
d'encadrement chanfreiné et les traces de grilles. Angot et Durand
signalent, sur l’une des tours, un épi de faîtage en terre cuite
représentant un arquebusier. La façade postérieure, en partie masquée par
une terrasse, présente une tour d’escalier hors-œuvre circulaire, dont la
toiture conique est coiffée d’un clocheton. Des meurtrières bouchées sont
visibles sur la tour d’escalier et la tour d’angle à droite. En retour du
logis ancien, une extension présente cinq travées en façade principale,
quatre en façade postérieure. Au rez-de-chaussée, deux salons et une cuisine
sur l’arrière sont desservis par un couloir débouchant sur l’escalier en
bois inscrit dans la tour postérieure: les marches de celui-ci ont été
refaites, mais le noyau d’un seul tenant, circulaire puis facetté au dernier
niveau, est d’origine. La porte de la cuisine possède un encadrement
chanfreiné. Les cheminées actuelles et décors (moulures, boiseries) datent
du XIXe siècle. Seule une cheminée, remontée sur le pignon du logis derrière
la tour de gauche, présente des éléments anciens réassemblés avec des
renforts en briques. Parquets et carreaux en terre cuite anciens ont été
conservés à l’étage et au niveau des combles. La propriété est complétée par
un petit logement à une travée, coiffé d'une croupe, auquel sont adossés un
four, des hangars et anciennes écuries. Un portail couvert y donne accès
depuis le chemin du moulin de Beslay. A proximité, un autre corps de
bâtiments inutilisé semble correspondre à un petit logement et à des
dépendances accolées. L’accès principal à la demeure s’effectue depuis la
route d’Ambrières, à l’entrée du bourg de Cigné, via un portail et une allée
courbe traversant l’ensemble du parc. (1)
château des Yvets 53300 Ambrières-les-Vallées, propriété privée, ne se
visite pas mais visible de la route.
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