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Château de Hauteville à Charchigné
 
 

         Charchigné eut une seigneurie appartenant aux seigneurs de Hauteville. Les ruines de leur château s'élèvent tristement, à un kilomètre du bourg, sur une terre seigneuriale qui relevait de Lassay. Hauteville a appartenu à Chevaigné-du-Maine jusqu’en 1838. Charles du Hardas commanda la construction du château d'Hauteville à l'architecte Pommeyrol (créateur du château de Craon, Bel-Air à Laval, etc.) vers la fin du XVIIIe siècle. Ce dernier construisit une splendide demeure, "œuvre classique de belle ligne", restée inachevée avec les premières lueurs de la Révolution, en 1789. Le château, précédé d’une avenue de 800 mètres et d’un perron de cinq marches, présentait un vaste corps de logis de trois étages percés de multiples fenêtres. Au milieu de la façade de quarante mètres de longueur, le fronton triangulaire, orné des blasons de la famille du Hardas et de leurs chiffres, était surmonté d'un belvédère. De chaque côté de la demeure, des pavillons irréguliers complétaient tout un ensemble "d’une construction sérieuse et solide". Les ruines d'aujourd'hui ne démentent pas cette description du château au temps de sa splendeur. Elles nous laissent facilement imaginer sa richesse et son élégance avant l’incendie accidentel qui devait l’anéantir vers 1925.
Les premiers seigneurs d'Hauteville, au XIVe siècle, portaient le nom de Livet. En 1508, la seigneurie appartenait à Jean d'Hauteville qui fonda la chapelle du château de trois messes par semaine, puis la dédia à la Vierge. En 1526, Lancelotte d'Hauteville devint l'unique héritière du domaine. En épousant Antoine d'Arquenay, elle apporta Hauteville à une famille qui joua un très grand rôle dans tous les événements de la baronnie de Laval. À la suite du mariage de Julienne d’Arquenay avec Nicolas d'Angennes, la seigneurie échut aux mains d’un catholique très attaché au roi Henri IV. Avant 1586, Nicolas d'Angennes vendit le domaine à Thomas du Hardas, membre d'une famille originaire de la terre du Hardas de Louvaines. Ses successeurs conservèrent la propriété que Pierre du Hardas légua à Charles, en 1783. Charles du Hardas prit pour épouse Françoise-Perrine-Madeleine de La Corbière en 1769. La résidence somptueuse qu'il avait prévue d'édifier à Hauteville ne put jamais être achevée car un grand nombre de troubles agitaient, à cette époque, le Bas-Maine très appauvri par la rareté des grains, un hiver rigoureux et la misère générale. Après la prise de la Bastille, le marquis Charles du Hardas s'empressa d’émigrer en oubliant de s'acquitter du montant des honoraires qu'il devait à Pommeyrol. On raconte que l'architecte dut les réclamer… à la Nation.
Dans un bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, Ernest Laurain nous conte cette page mouvementée de l’histoire d'Hauteville. "Un habitant de Neuilly-le-Vendin, Desgenetais, qui avait assisté au pillage des châteaux de la Motte de Madré et de Vaugeois et à la destruction par le feu de leurs chartriers, criait à qui voulait l'entendre: "Il faut que le chartrier d’Hauteville ait son tour. Dès que vous entendrez le tocsin, rassemblez-vous et marchez sur Hauteville. Si vous restez sourds à mon appel, je viendrai avec deux mille Normands qui mettront tout à feu et à sang dans vos paroisses". Le matin du 30 juillet 1789, 1500 hommes se rassemblèrent sur la place de Chevaigné. Les curés de cette paroisse et des Chapelles accoururent pour les ramener à la raison mais les émeutiers, sous les ordres de Desgenetais et de Loison, commencèrent leur marche vers le château "armés de fusils, brocs, fourches, piques et autres armes". Ils arrivèrent à Hauteville vers midi. Ils y rencontrèrent l'homme d'affaires, René Guy, Pierre Pommeyrol (l'architecte) et son épouse, Lemonnier (sculpteur) et le jardinier. "Quelques uns comme Loison commencèrent par exiger le remboursement d’amendes de chasse à quoi ils avaient été condamnés ou de droits féodaux et la restitution des fusils qui avaient été confisqués sur eux, puis ils réclamèrent la livraison du chartrier. Après quelque résistance, Guy leur apporta avec Pommeyrol les plans de la seigneurie. Ils se récrièrent qu'on se moquait d’eux avec de telles images; c'est le terrier qu'ils voulaient. On signifia à l’intendant que, le soleil baissant, il fallait en finir et qu’on allait le jeter au feu en place du registre. Guy, sous un prétexte, put s’esquiver… L'intendant leur ayant échappé, les émeutiers prirent le parti de fouiller eux-mêmes le château. Bientôt le chartrier fut découvert, amené dans la cour et livré aux flammes d'un feu de fagots et de genêts… Rien ne fut soustrait à la destruction".
Le château d’Hauteville avait échappé de justesse à l'incendie, le 30 juillet 1789, mais on vint le piller "révolutionnairement" et on vendit, à un prix dérisoire, son mobilier, ses portes et ses fenêtres qui n'étaient pas encore toutes placées. Le 26 juin 1791, la demeure subit les exactions de deux détachements de gardes nationaux, venus à leur tour enfoncer les portes des armoires restantes et casser les bouteilles de la cave. Elle fut à nouveau perquisitionnée le 14 juillet 1793. Le 2 ventôse an II et le 22 germinal an III, le château et le moulin furent vendus comme biens nationaux. L'acquéreur, Jacques Malorteau, vivait à Hauteville en juillet 1799. À cette date, Charles et François du Hardas revinrent dans le Bas-Maine où ils réunirent une compagnie et tinrent des conférences avant d’être arrêtés le 31 juillet 1799. Le château de Hauteville abrita Frotté et ses 800 hommes dans la nuit du 26 ou du 27 janvier 1800. En 1847, "à l'occasion de prétendus complots légitimistes", il reçut la visite des policiers. Devenu la propriété du comte de Montesquiou-Fézensac, contre-amiral, "légataire du chef de la comtesse, sa femme, du marquis d’Hauteville" et celle du compositeur Widor, il fut la proie des flammes vers 1925. (1)

château de Hauteville 53250 Charchigné, propriété privée, ne se visite pas, visible de la route.


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château de Hauteville à Charchigné  château de Hauteville à Charchigné  

 

 
 


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  source: La Mayenne: châteaux, manoirs, belles demeures. Chaussis Gilbert. Edité par Éditions Siloë, Avril 1987.

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