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La seigneurie de Contest est attestée depuis le XIe
siècle; elle appartenait primitivement à la famille Poon, dite également
Paon ou le Paon. Un certain Rorgon de Contest (Robert Poon) apparaît dans
les titres du prieuré de Fontaine-Géhard en 1130, à l'occasion du don d'une
moitié de l'église, du presbytère, des dîmes et des oblations de Contest. En
1190 sont cités Pierre et Hamelin Poon, puis en 1270, un autre Hamelin Poon,
seigneur de Contest, apparait dans le cartulaire de l'abbaye de
Fontaine-Daniel. Il ne reste rien du premier site féodal, si ce n'est sans
doute dans la toponymie: en effet, une pièce de terre nommée "les Châteliers"
sur le plan cadastral napoléonien de 1820, est localisée au bout du jardin
du château actuel, au sud. Aujourd'hui couvert d'un bois, le site, resserré
entre la Mayenne et le ruisseau de Fontaine-Daniel, pouvait offrir un
terrain propice à l'implantation d'une motte castrale: une fortification à
cet emplacement, naturellement défendue sur trois côtés, aurait permis de
contrôler cette partie de la vallée de la Mayenne tout en défendant un
franchissement de la Mayenne localisé près du moulin de Ponneau (Pontneau).
Néanmoins, aucune trace matérielle n'en a été relevée à l'heure actuelle. Du
château ou manoir qui fut élevé par la suite près de l'église, un
"hébergement et domaine" dont rendait compte la dame de Contest en 1410, il
ne reste aucun vestige visible si ce n'est peut-être quelques pierres de
remploi. L'abbé Angot signale que les religieux de Fontaine-Daniel avaient
acquis momentanément la seigneurie vers 1425 de Jean du Bois-Froult,
peut-être pour payer sa rançon aux Anglais.
En 1518, Ambroise de Saint-Remy rend aveu à Mayenne pour sa terre et
seigneurie de Contest. A la fin du XVIe siècle, celle-ci appartient à la
famille de Froulay puis passe par mariage à Urbain de Montecler. Ses enfants
vendent ensuite à Isaac de la Matraye, lequel apparait en 1669 dans l'aveu
du duc de Mayenne: "Messire Isaac de la Matraye, chevalier, seigneur de
Contest, est mon homme de foy lige, à cause de sa seigneurie de Contest,
maison manable, dommaines, bois, moulin, fiefz, hommes et debvoirs, justice
foncière pour ses pledz". La seigneurie revient à la famille de Montecler
avec le mariage de sa petite-fille et dernière héritière du nom, Anne, avec
Georges-François de Montecler, en 1693. C'est son petit-fils René-Georges de
Montecler (1738-1810), seigneur de la Rongère, Chéronne, Contest et autres
lieux, mais résidant principalement en son hôtel parisien de la rue du
Cherche-Midi, faubourg Saint-Germain, qui commandite les travaux de
démolition et de reconstruction du château de Contest, dans le quatrième
quart du XVIIIe siècle. D'après la bibliographie, un contrat aurait été
conclu en 1783 entre François Pays, intendant des Montecler, et Jean David,
maître-maçon à Mayenne, pour la réalisation des travaux (document non
retrouvé). Des reçus datés de 1785 et 1787 confirment l'intervention de Jean
David, tailleur de pierre, "pour huit journées pour fendre la pierre à
Contes" et "pour la pierre de taille massonnal demolution pavages et charges
des planchers et escallier d'entrée qui est en pierre de taille".
D'autres reçus et mémoires de travaux conservés dans les papiers de la
famille Monteclerc complètent les informations sur le chantier. On trouve
ainsi un "état des bois équarris et débités par François Le Faucheux, maître
charpentier, pour le château de Contest" (non daté). Des mémoires de 1784
signés Martinel mentionnent la fourniture de barres de fer pour les caves et
les cheminées, de crochets pour la corniche et les gouttières, d'ornements
de faîtage (girouettes, embasses et fleurs de lys) et d'éléments de
serrurerie. D'autres mémoires signés Couanonnière et René Moreau font
référence à des travaux de menuiserie et de maréchalerie. Des reçus et un
mémoire signés Bojo, de 1787 et 1788, attestent également d'ouvrages "tant
en peinture qu'en vitral pour la maison de Comptée". En 1789, le menuisier
Gourdier atteste avoir réalisé la rampe de l'escalier ainsi qu'une armoire.
L'intendant du marquis de Montecler, François Pays, suit l'avancement du
chantier et se procure les matériaux nécessaires, comme en attestent
diverses factures. Malgré l'abondance des documents conservés, il n'est fait
aucune allusion à l'architecte ayant fourni les plans de la demeure, ni à un
jardinier pour l'aménagement d'un parc.
Le château neuf, d'une grande sobriété qui semble inspirée des maisons
d'armateurs bretonnes dites malouinières, correspond à la partie centrale du
château actuel qui seule figure sur le plan cadastral napoléonien de 1820. A
la Révolution, la terre de Contest, avec la "maison principale" ou "maison
de maître", autres bâtiments, jardins, prés, terres, autres objets de
réserve, les métairies de la Cour, du Plessis, des deux Poillés, du Fay, de
la Cocherie et le moulin de Ponneau sur la Mayenne, est saisie comme bien
national et estimée 180000 livres. Malgré l'émigration de son fils,
Jeanne-Hyacinthe de Montecler, dame de la Rongère, demeure propriétaire mais
le domaine est loué au profit de l'administration. Bien qu'il l'ait fait
reconstruire, le marquis de Montecler ne semble pas avoir affectionné
Contest où il n'a jamais véritablement résidé, terminant sa vie au château
de la Rongère au terme d'une brillante carrière militaire et après son
retour d'émigration. En 1811, le général de brigade et baron d'Empire
Jacques-Félix Jan de la Hamelinaye achète le château et la terre de Contest
pour 138000 fancs aux héritiers de Montecler: "une maison de maître, un bois
et pré de réserve, jardin, cour et dépendances exploités par le sieur
Couturier qui reste dans la maison comme homme de confiance desdits
propriétaires", ainsi que les fermes en relevant. Commandant de la 18e
division à Dijon de 1816 à 1830, titré vicomte en 1820, Jacques-Félix Jan de
la Hamelinaye se retire définitivement sur ses terres de Contest en 1832.
Il accroît le domaine par de nouvelles acquisitions à Contest et Alexain:
les closeries des Jousseries, des Forges, de la Massonnerie, de la Quetterie,
de la Jugerie. Il s'investit dans le conseil municipal, fonde le bureau de
bienfaisance et offre à la commune un terrain pour la translation du
cimetière. Les matrices cadastrales signalent, pour l'année 1845, une
démolition et une reconstruction de maison sur la parcelle du château, non
identifiée : peut-être concerne-t-elle le logement du gardien. D'après la
tradition orale, les deux pavillons accolés de part et d'autre du corps
central du château n'auraient été construits que dans le quatrième quart du
XIXe siècle. Les jardins sont probablement réaménagés à la même époque. Le
château est occupé par les Allemands pendant la Seconde guerre mondiale. Le
pavillon nord du logis servait d'infirmerie. La famille Jan de la Hamelinaye
demeure propriétaire de la Cour jusqu'au milieu du XXe siècle, bien que le
château de la Maison-Neuve à Chauvigné près de Fougères soit préféré à celui
de Contest. Dans les années 1950, les bâtiments servent de colonie de
vacances au mépris des décors intérieurs (boiseries endommagées). En 1959,
Bertrand Denis, industriel à Fontaine-Daniel, maire de Contest, conseiller
général puis député de la Mayenne, rachète la demeure et y établit sa
résidence. Les petites ouvertures rectangulaires des pavillons ont été
percées dans la deuxième moitié du XXe siècle. Les dépendances et bâtiments
de la ferme, remaniés à la même période, sont quant à eux difficilement
datables.
Situé au sud de l'église et du presbytère de Contest, le château de la Cour
est implanté sur un à-pic dominant la Mayenne; il n'est séparé du ravin que
par une étroite terrasse pourvue d'un garde-corps en fer forgé, d'où la vue
porte sur une grande distance. Le logis est implanté parallèlement à la
rivière et orienté à l'ouest côté cour et à l'est côté terrasse. Les communs
placés en retour ont été largement remaniés, de même que les bâtiments de la
ferme s'ouvrant sur une seconde cour attenante. Les jardins se déploient
latéralement par rapport au château: au nord le "vieux jardin" (aujourd'hui
potager), au sud le "jardin" et le "bas jardin" (parc actuel). La demeure,
établie sur un niveau de soubassement et double en profondeur, est
construite en moellons enduits sur un solin en pierre de taille de granite.
Celle-ci est également utilisée pour le perron, les encadrements
d'ouvertures, les chaînages d'angles, le bandeau et la corniche en doucine.
Le corps central à cinq travées est flanqué de deux pavillons en léger
retrait à une travée chacun. Bien que l'architecture des pavillons respecte
celle du corps central plus ancien, elle s'en distingue par une certaine
sécheresse; on note également que les blocs employés pour les chaînages
harpés des baies et des angles du corps central sont plus longs et se
rejoignent même au rez-de-chaussée, formant des bandes continues. L'étage de
comble est éclairé par des lucarnes en bois en arc segmentaire. La porte
principale, à deux vantaux et à imposte, donne vraisemblablement sur un
vestibule central traversant, desservant des salons au rez-de-chaussée.
L'escalier, donnant côté cour, est déporté à droite de la travée centrale.
(1)
château de la Cour de Contest, place de l'Église, 53100 Contest, propriété
privée, ne se visite pas.
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