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Le château de Poligny, situé à l'entrée de
la commune de Forcé, détache sa grande silhouette blanche au bout d'une
longue allée ouverte par une belle grille. Poligny que l'on écrit aussi
Poligné, est un domaine mentionné dès le XIIe siècle. Le premier château se
trouvait à mi-pente du coteau qui surplombe ici, la vallée de la Jouanne. Il
à appartenu jusqu'au XVe siècle à la puissante famille lavalloise d'Ouvrouin.
Puis il est passé à celle de Feschal dont l'un des membres se convertit au
protestantisme. C'est ainsi que pendant presque un siècle, le château de
Poligny a été le siège, le cœur de la modeste église calviniste de Laval.
Car, si depuis 1547, à la mort sans postérité de Guy XVII la maison de Laval
est entre les mains de la branche de Rieux-Coligny et ce jusqu'en 1605, de
confession réformée, le Protestantisme ne fat guère d'émules dans le comté
de Laval où la population lui est plutôt hostile. Aussi les seigneurs de
Poligny durent-ils assurer la subsistance de la petite communauté, tenir les
registres, bâtir un temple dans l'enceinte de leur château et donner le
terrain nécessaire à l'établissement d'un cimetière pour inhumer leurs
coreligionnaires. Après Poligny vers 1660, c'est le château de Terchant, à
Ruillé-le-Gravelais qui prend la relève pour entretenir la petite flamme
réformée. Situé à la limite du Maine, il est proche de Vitré, bastion du
protestantisme où les comtes de Laval préféraient se retirer. Ce qui restait
du temple édifié au XVIe siècle à Poligny, a été détruit en 1868 seulement,
lorsqu'on transformait le château construit au XVIIIe siècle.
Le vieux château dominant la Jouanne disparaît au XVIIIe siècle, vers 1760,
lorsque le nouveau maître des lieux, Jean-Baptiste-Joachim Colbert, marquis
de Croissy et de Sablé, petit neveu du ministre de Louis XIV, entreprend la
construction d'une grande demeure sur le plateau, cette fois. L'ensemble
ainsi réalisé formait "deux cours entourées de bâtiments; une avenue de
hêtres plantés en 1771, était fermée par un pavillon d'entrée large de
quatre toises que reliaient à deux pavillons Louis XV, de grandes grilles de
six toises". Ce château est vendu en 1780 à un gros négociant lavallois,
Jean-Baptiste Duchemin de Mottejean, qui fat édifier une galerie longue de
quarante mètres, démolie au siècle suivant par Madame de La Villaudray de
Saint-Cyr pour donner à sa demeure, son aspect actuel: un corps central,
deux ailes en retour, de hautes toitures où se détache une partie centrale
plus élevée. Elle confie ces travaux à l'architecte Delarue qui a utilisé la
façade sud "Colbert", en surélevant le deuxième étage et en modifiant le
toit, alors qu'au nord, il a créé une façade à l'italienne avec deux
galeries. Le XXe siècle a vu se réaliser des remaniements intérieurs. En
1882, le château de Poligny entre, par le mariage de Berthe de La Villaudray
de Saint-Cyr avec Maurice de Waresquiel, dans la famille qui l'habite encore
aujourd'hui. La mort prématurée de Berthe de Waresquiel, en 1888, va inciter
son mari à construire une chapelle funéraire souterraine, pour abriter la
dépouille de son épouse tant aimée. Cette construction en tout point
originale est réalisée entre les mois de Janvier et juin 1889, sur les plans
de l'architecte Georges Rohault de Fleury. Cette chapelle a la forme d'une
croix latine. Elle est composée "d'une nef de quarante mètres de longueur
sur huit de largeur; elle comporte deux niches latérales et deux transepts
de cinq mètres chacun. Les murs sont revêtus d'un placage de marbre de
Carrare, blanc dans la nef, alterné de bandes blanches et noires dans le
chœur et les transepts. La voûte a une hauteur de près de six mètres en
plein cintre, elle est en briques, pourvue d'une arête de granit à
l'intersection des transepts". Un cénotaphe en marbre de Carrare devant
lequel s'abîment dans la douleur son mari et leur unique enfant, Maurice, né
en 1884, a été placé dans le bras droit du transept. Cette chapelle
souterraine est établie sous le parterre qui s'étend devant le château. La
comtesse de Waresquiel et son fils Emmanuel s'attachent aujourd'hui à
redessiner le potager et le parc de ce château chargé d'histoire et de
souvenirs et à entretenir ce monument funéraire, aux dimensions d'une
chapelle que l'humidité du sous-sol fragilise un peu plus chaque hiver. (1)
Éléments protégés MH : la chapelle funéraire souterraine du château de
Poligny : inscription par arrêté du 5 mai 1992.
château de Poligny 53260 Forcé, propriété privée, ne se visite pas.
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