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Des nombreuses terres seigneuriales qui relevaient
autrefois de la châtellenie de Lassay, celle du Bois Thibault était sans
contredit la plus considérable tant par l'importance de son manoir que par
l'étendue de ses dépendances féodales. L'importance de son manoir, nous
pouvons facilement nous en rendre compte d'après les imposantes ruines qui
en subsistent encore aujourd'hui. Très remarquables au double point de vue
pittoresque et archéologique, ces ruines, avec leur masse irrégulière, à
demi couverte de lierre et d'où émerge tantôt une haute tour ronde, aux
pierres dorées par la rouille des siècles, tantôt un fragment de pignon
déchiqueté en forme d'aiguille qui semble menacer le ciel, ces ruines,
disons nous, frappent au premier abord l'imagination comme une première et
vivante évocation du moyen âge le plus romantique et l'on conçoit que Victor
Hugo lui-même, traversant en 1836 le Bas-Maine septentrional et passant par
Lassay, les ait déclarées tout bonnement admirables et les ait jugées dignes
d'être dessinées par lui sur son album de voyage. Puis quand on s'en est
approché et qu'on en a fait le tour en contemplant successivement le côté
sud, la façade ouest et le côté nord, on se représente parfaitement le plan
qui a présidé jadis à la construction de l'ensemble. Ce plan consiste dans
une enceinte à peu près rectangulaire dont les angles nord-ouest et
sud-ouest étaient occupés, comme ils le sont encore, par deux corps de logis
d'inégale importance, reliés entre eux par un porche servant d'entrée, et
dont le reste était enfermé entre de hautes murailles, le tout flanqué de
quatre tours encore existantes, et entouré de quatre fossés, remplis d'eau
vive, aujourd'hui desséchés et en partie comblés. Tel est le plan général
facilement reconnaissable dans les ruines actuelles du château de
Bois-Thibault; quant aux détails de leur architecture, nous ne connaissons
guère dans toute la région dont se compose l'arrondissement de Mayenne, de
manoir qui en offre d'aussi nombreux, d'aussi variés et surtout de plus
intéressants.
Commençons par la porte d'entrée qui s'ouvre à peu près au milieu de la
façade de l'ouest. Cette porte, avec sa baie ogivale, encadrée dans un
porche assez antique, avec ses huis de vieux chêne parsemés de gros clous,
est des plus caractéristiques. Et pourtant elle n'a plus aujourd'hui le
pont-levis, jeté sur la douve, qui la précédait autrefois; ce pont-levis
supprimé vraisemblablement au XVIIIe siècle, a été remplacé alors par une
chaussée en pierre. De chaque côté de la porte d'entrée, s'étendent, chacun
en retour d'équerre vers la cour intérieure, les deux corps de logis dont se
composait le château proprement dit. De ces deux édifices, le plus important
par sa destination était évidemment celui de gauche, c'est à dire du
nord-ouest, qui est aussi actuellement le plus considérable et comme
élévation et comme dimensions. Formé d'ailleurs lui-même de deux bâtiments
perpendiculaires l'un à l'autre, flanqué aux deux extrémités nord-ouest et
nord-est de deux énormes tours circulaires, comprenant en outre dans un
angle intérieur une haute tour octogone qui renfermait l'escalier principal,
il devait, quand sa masse était intacte, présenter un magnifique aspect de
quelque côté qu'on le considérât. Mais c'est, des deux corps de logis, celui
qui a eu le plus à souffrir et des injures du temps et de la main des
hommes. Toute la partie septentrionale y compris les deux tours, est
complètement à jour, n'ayant plus ni plancher, ni toitures, et quant à la
tour de l'escalier, si l'on en excepte les deux pans les plus rapprochés du
corps de logis, lesquels restent encore debout dans presque toute leur
hauteur, il n'en subsiste plus guère que la partie inférieure avec
l'encadrement de la porte. Si l'autre aile, grâce à la toiture qui n'a pas
cessé de la recouvrir, paraît mieux conservée, ce n'est hélas qu'une
apparence; cette toiture est d'origine relativement moderne, comme
l'indiquent les portes coupées à moitié de leur hauteur dont on aperçoit les
traces dans les murs des pignons, au dessous du toit actuel.
Dans son état primitif, il est évident que tout le corps de logis était
surmonté de combles beaucoup plus aigus, selon la mode du temps; il suffit
pour s'en convaincre de considérer ce qui reste encore des pignons dans
l'aile du nord; à leur hauteur on peut juger de la forme qu'avait l'ancienne
toiture. Toutefois, en dépit d'un état de dégradation aussi avancé, le corps
de logis en question ne nous en présente pas moins plus d'un détail
d'architecture digne d'exciter l'intérêt, j'allais dire l'admiration de
l'archéologue. C'est ainsi qu'à l'extérieur, la tour qui termine l'angle
nord-ouest mériterait à elle seule une étude spéciale. De forme cylindrique,
d'un large diamètre, et, bien que découronnée de son faîte, s'élevant encore
à une grande hauteur, elle attire de loin les regards par sa masse non moins
élégante que majestueuse. Tandis que sa base est percée de distance en
distance de ces petites ouvertures, les unes rondes, les autres carrées,
qu'on appelait canonnières ou arbalétrières, chaque étage à partir du
rez-de-chaussée est éclairé au nord-est et au sud-ouest par deux fenêtres à
la fois hautes et étroites dont chacune est traversée par un meneau
horizontal à la partie supérieure. Or ces fenêtres, superposées les unes aux
autres, contribuent singulièrement à la beauté de la tour dont il s'agit.
Mais ce n'est pas tout: à différents vestiges qui en subsistent encore, on
voit qu'à la hauteur du troisième étage régnait une galerie supportée par
des corbeaux en forme de mâchicoulis ornementés et abritée par une légère
toiture. Telle nous apparaît, encore très belle dans sa dégradation, cette
tour du nord-ouest qui est une des parties les plus intéressantes du
château.
Absolument semblable à celle-ci comme forme, comme dimension et comme
hauteur, la tour du nord-est est également défendue à sa base par des
canonnières et des arbalétrières, et éclairée à chacun de ses étages par
deux fenêtres hautes et étroites; mais elle diffère en ce qu'elle ne paraît
pas avoir eu de galerie à sa partie supérieure. Quant au corps de logis même
auquel appartiennent les deux tours que nous venons de décrire, ce que
l'extérieur offre de plus curieux à l'œil de l'observateur, c'est sans
contredit l'arête de pignon dentelée en forme de têtes de béliers qu'on
remarque à gauche de la tour du nord-ouest; ce débris précieux suffit pour
donner une idée de l'élégance avec laquelle l'architecte du temps avait
décoré les pignons. Du reste les quatre façades, tant extérieures
qu'intérieures, de l'édifice ne le cédaient en rien aux pignons comme
délicatesse d'architecture. Si il est difficile aujourd'hui d'en juger en ce
qui concerne les deux façades extérieures dont l'une, celle du nord, est en
grande partie détruite, et dont l'autre, celle de l'ouest, disparaît presque
complètement sous un épais manteau de lierre, il n'en est pas de même des
deux façades intérieures. Celles-ci, sur tout la façade la plus rapprochée
de la porte d'entrée, ont conservé jusqu'à un certain point leur aspect
primitif; elles se montrent encore à nous, ornées ici de larges fenêtres à
croisillons, là de baies hautes et étroites avec meneaux horizontaux;
construites jusqu'à une certaine hauteur en pierre parementée, elles se
terminent du côté des pignons par des moulures en saillie sur des angles
coupés, tandis que dans le haut, au-dessous de la toiture, on aperçoit des
entablements à modillons. Mais ce qui devait faire le principal ornement de
cette double façade intérieure, c'était la tour de l'escalier. Bâtie en
pierres de taille, cette tour, comme on peut s'en convaincre par le peu qui
en subsiste, affectait la forme octogone, et avait, si l'on en croit Le
Paige, près de 100 pieds de hauteur, c'est-à-dire plus de 30 mètres. Du
reste un de ses pans, le plus septentrional, bien qu'à moitié enfoui dans le
lierre, est encore debout, formant, avec les deux tours dont nous avons
parlé, ainsi qu'avec un important débris du pignon oriental, un des points
les plus élevés des ruines actuelles; de plus, on voit accroché à sa partie
supérieure, le reste d'une gracieuse tourelle en encorbellement.
Au bas de cette élégante tour d'escalier, qui au temps où elle était intacte
devait être d'un si agréable effet, s'ouvre, dans le pan opposé à l'angle
formé par l'inter section des deux ailes du corps de logis en question, la
porte d'entrée qui y donnait accès. Située un peu au-dessus du sol, car elle
était précédée de quelques marches, elle était, comme ses restes
l'indiquent, encadrée de fines moulures et surmontée d'un linteau en forme
d'arc surbaissé, au-dessus duquel était gravé dans la pierre un écusson aux
armes des du Bellay. A l'intérieur, il ne reste plus du magnifique escalier
en spirale décrit par Le Paige que les quelques marches qui conduisent aux
salles du rez-de-chaussée. Mais ces quelques marches justifient bien par
leur peu d'épaisseur aussi bien que par leur largeur et leur longueur,
l'admiration de l'auteur du Dictionnaire du Maine, et il n'est pas
invraisemblable que, grâce à la douce inclinaison de cet escalier, les
chevaux pussent monter commodément jusqu'aux greniers du château. Les
arrachements de marches, très visibles dans les murs formant l'angle
intérieur de ce corps de logis, nous permettent d'ailleurs de suivre la
spirale de l'escalier presque jusqu'au haut de l'édifice, et les différents
paliers sont encore indiqués par les ouvertures des portes desservant chaque
étage et donnant aujourd'hui dans le vide. Le rez-de-chaussée, la seule
partie de ce corps de logis où, par suite de l'effondrement des planchers,
on puisse pénétrer de nos jours, se divisait en quatre pièces, non compris
les appartements situés dans les tours. Parmi ces pièces, on en remarque
tout d'abord une très vaste, qui occupe presque toute l'aile de l'ouest;
c'était la grande salle ou salle de réception. Au-dessus de ces quatre
pièces du rez-de-chaussée, s'étendaient deux autres étages, distribués de
même comme on peut en juger par les manteaux de cheminées toujours adhérents
aux murs. Mais ce qui mérite surtout d'attirer notre attention en examinant
cette partie du vieux manoir, c'est le caractère soigné de l'architecture
qui s'y révèle partout à nos yeux, qu'il s'agisse des manteaux de cheminées,
des embrasures des fenêtres ou des ouvertures des portes; tous ces détails
de l'édifice accusent le style de l'époque de la Renaissance.
Pour terminer notre description du principal corps de logis du Bois-Thibault,
disons quelques mots des caves qui s'étendent sous ses deux ailes et dont
l'entrée se trouve sous le pignon de l'est, à gauche de la tour. Ces caves
qui ressemblent à de véritables cryptes, font l'admiration de tous les
visiteurs à cause de leurs magnifiques voûtes reposant de distance en
distance sur une double série d'arcades supportées elles-mêmes à leurs
points de jonction par de gros piliers ronds ornés de chapiteaux. Mais
malheureusement la partie des voûtes correspondant à la partie du manoir qui
est à ciel ouvert laisse voir en plusieurs endroits ses pierres disjointes
par suite de l'infiltration des eaux. Tel est, dans son état actuel, le
grand corps de logis du Bois-Thibault, aussi remarquable par l'élégance de
ses détails d'architecture que par le caractère vraiment imposant de son
ensemble. L'autre corps de logis qu'il reste à présent à étudier, est moins
imposant, surtout moins régulier d'aspect, et pourtant il a, tant à
l'intérieur qu'à l'extérieur, de quoi intéresser la curiosité archéologique.
A l'extérieur, la façade occidentale est très caractéristique. Bâtie presque
tout entière en pierre appareillée, elle porte à sa partie supérieure une
galerie couverte, percée de créneaux et supportée par de gros mâchicoulis
bruts semblables à ceux des tours du château voisin de Lassay. Il est
toutefois regrettable que cette façade soit déparée par des fenêtres à
balcons paraissant remonter au XVIIIe siècle. Elle est du reste flanquée à
son extrémité sud par une tour carrée qui s'avance en saillie sur le fossé,
et qui, malgré son aspect un peu vulgaire au premier abord, n'en est pas
moins fort ancienne, comme le prouvent les profondes meurtrières percées à
l'intérieur de ses épaisses murailles. Tout ce côté du château est digne
d'intérêt et contribue avec le porche ogival, qui lui fait suite vers le
nord, à donner à l'ensemble de la façade ouest un caractère peu banal.
Vu de la cour intérieure du château, ce corps de logis se compose d'une
maison assez basse séparée du porche d'entrée par une haute tour à pans
coupés. Cette tour, qui porte à sa partie supérieure une jolie tourelle en
encorbellement, est en outre reliée au bâtiment voisin, à la hauteur du
premier étage, par un gracieux accoudoir qui repose sur d'élégantes nervures
et sur lequel s'ouvre une large baie séparée par un pilier. Rien de plus
ravissant que ce coin du vieux manoir. La tour contient un bel escalier en
pierre dans le même style que l'accoudoir, c'est-à-dire de l'époque de la
Renaissance. Quant au bâtiment qui forme la partie principale de ce deuxième
corps de logis, s'il paraît au premier abord insignifiant, ce n'est là
qu'une fausse apparence. D'abord il suffit d'examiner avec quelque soin les
ouvertures de ses fenêtres, pour y découvrir la trace d'anciens croisillons
de pierre qui en ont été arrachés; puis, quand on pénètre à l'intérieur, on
est surpris d'apercevoir dans la salle basse une de ces immenses cheminées à
manteau monumental comme il ne s'en faisait qu'au moyen âge; sous la toiture
récemment effondrée, régnait, il y a quelques années encore, une voûte de
charpente en berceau; tout cela fait voir que cette partie du château
n'était pas la moins ancienne. Non loin du corps de logis, sur les bords de
la douve du sud, s'élève une antique tour en ruines, à moitié cachée par le
lierre, qui est intéressante pour l'archéologue et pittoresque pour le
touriste. Par les détails de sa construction, elle rappelle les tours du
château de Lassay dans leurs parties les plus primitives, et nous ne serions
pas étonné qu'elle remontât au XIVe siècle; elle se reliait autrefois au
manoir, non seulement par le mur encore existant au-dessus de la douve au
sud, mais par un autre mur perpendiculaire à ce dernier, que des fouilles
ont permis de retrouver dans les substructions. Ce mur aboutissait à une
autre tour, située un peu à l'est de la grande tour du nord-est, et dont
nous avons également découvert les vestiges.
Tel est, dans son état actuel, le château du Bois-Thibault, véritable type
de l'ancien manoir fortifié, et, sous ce rapport, un des édifices féodaux
les plus remarquables qu'on puisse trouver au Bas-Maine, où cependant
abondent, plus peut-être que partout ailleurs, les curiosités archéologiques
de tout genre. Comme tous les manoirs d'autrefois, celui dont il s'agit
avait sa chapelle. Mais la chapelle du Bois-Thibault, placée sous
l'invocation de Sainte-Catherine, n'existe plus, et c'est en vain qu'on en
chercherait le moindre vestige. On croit pourtant en connaître
l'emplacement. Elle s'élevait à une certaine distance, à l'ouest du manoir,
dans un petit pré entouré de murs situé entre la closerie et le village du
Bois-Thibault, à gauche du chemin qui les relie. Assurément cette chapelle,
ainsi placée, semble aujourd'hui avoir été bien éloignée du manoir dont elle
dépendait. Elle le semble moins quand on se représente l'ancien état des
lieux. Il faut savoir, en effet, que tout l'espace de terrain compris entre
le château et le petit étang qui avoisine le village, y compris le chemin,
formait l'avant cour du manoir et était enclos de murs dont on voit encore
quelques débris çà et là. C'est dans cette enceinte que se trouvaient, au
sud, les communs du château, qui, eux, n'ont pas disparu: ils forment
aujourd'hui les bâtiments de la closerie du Bois-Thibault. Ainsi, la
chapelle en question, s'élevait en somme tout près de l'entrée de
l'avant-cour, peut-être dans son périmètre. Toutes les pièces de terre,
qu'elles soient aujourd'hui en labour ou en pré, qui environnent les ruines
du Bois-Thibault, servaient jadis soit à l'usage particulier de ce manoir,
soit à sa décoration. Il est aisé de reconnaître son ancien jardin potager
dans le champ, encore enclos de murs, qui s'étend, en face de la barrière du
château, au sud-est des bâtiments de la closerie. La grande pièce de terre
traversée par le chemin qui mène au Bois-Thibault en venant de Lassay, était
avant la Révolution couverte par un bois de haute futaie, le chemin actuel
servant d'avenue au château.
Tout atteste donc, dans l'aspect actuel de l'ancien manoir du Bois-Thibault,
dans ce qu'on sait ou devine de ses dehors d'autrefois, l'importance
exceptionnelle qu'a eue ce manoir au temps de sa splendeur. Son domaine,
pour ne parler que des terres situées en la paroisse de
Saint-Fraimbault-de-Lassay, consistait en 1789 en quatre moulins et cinq
grosses métairies. Quant aux dépendances féodales, elles étaient non moins
considérables. Tenue directement à foi et hommage lige de la châtellenie de
Lassay, la terre seigneuriale du Bois-Thibault étendait sa juridiction
féodale non seulement sur la plus grande partie du territoire de la paroisse
de Saint-Fraimbault, y compris un certain nombre de maisons en la ville de
Lassay, mais encore sur une portion des paroisses de Sainte-Marie-du-Bois,
du Housseau, de Melleray, de Thubœuf, de la Baroche-Gondouinet de Courberie.
Elle possédait quelques fiefs dans des paroisses encore plus éloignées, tels
que le fief Ernault de Chorin en Champéon, celui de Cyvaise en Montreuil,
etc...
Les seigneurs du château du Bois-Thibault:
Le plus ancien seigneur du Bois-Thibault dont l'existence nous soit connue
est Herbert de Logé, qui vivait à la fin du XIIe siècle et au commencement
du XIIIe, et était sénéchal de Juhel II de Mayenne. Les de Logé portaient
pour armes d'azur à la quintefeuille d'argent. Ils étaient, semble-t-il,
originaires de la paroisse de la Lande de Longé, près de Briouze en
Normandie, où au XIVe siècle ils possédaient encore un membre de fief de
chevalier tenu par hommage de la seigneurie d'Asnebecq. Herbert avait épousé
avant la fin du XIIe siècle Catherine Monnier, fille de Hugues Monnier, de
Lassay, qui était alors sénéchal du seigneur de Mayenne et à qui il devait
succéder vers 1207 dans cette importante charge. C'est en cette qualité de
gendre d'un des principaux officiers de Juhel de Mayenne et plus tard de
titulaire lui-même de l'office de sénéchal que nous voyons, à partir de
1190, le seigneur du Bois-Thibault assister comme témoin à un grand nombre
de fondations ou libéralités pieuses faites par ce dernier, telles que la
confirmation faite par lui, en 1190, des possessions de l'abbaye de Savigny,
la confirmation solennelle de la fondation du prieuré de Montguyon en 1198,
celle du monastère de Fontaine-Daniel en 1205, etc. Comme seigneur de la
terre du Bois-Thibault que sa femme lui avait peut-être apportée en mariage,
Herbert de Logé avait eu en 1190 un différend avec les moines de
Saint-Etienne de Mayenne au sujet des dîmes que ces religieux possédaient
dans les paroisses de Thubœuf et de Saint-Fraimbault-de-Lassay. Mais ce
différend ne tarda pas à être pacifié grâce à l'intervention de Juhel de
Mayenne pour le seigneur du Bois-Thibault et de l'évêque du Mans pour les
moines. C'est comme seigneur du Bois-Thibault qu'en l'année 1207, année où
il venait d'être nommé sénéchal, Herbert de Logé reçut du seigneur de
Mayenne une charte en règle lui concédant à lui et à ses descendants, en
récompense de ses bons services, toute haute justice sur tous les fiefs que
le dit Herbert tenait de lui dans les paroisses de
Saint-Fraimbault-de-Lassay et de Sainte-Marie-du-Bois, mais non dans les
fiefs de la Baroche-Gondouin. Il reçut en vertu de cette charte le droit de
haute justice sur Thubœuf et sur les fiefs du Perron, du Mellangis, etc.
Juhel de Mayenne se réservait la punition en matière de rapt et de larcin et
la connaissance des grands cas.
Herbert de Logé vivait encore en 1225, année où il apparaît comme témoin
dans un accord entre Hugues de Couterne, seigneur de Torcé en Cigné, et les
moines d'Evron au sujet des landes de Baugé. Il mourut sans doute peu de
temps après; mais, dans les années qui avaient précédé sa mort, il avait
fondé dans son manoir une chapelle placée sous l'invocation de
Sainte-Catherine, probablement patronne de sa femme, et il avait assigné aux
chapelains chargés de la desservir neuf livres tournois sur les douze que
devait à la seigneurie du Bois-Thibault le seigneur de la Motte-Méhoudin
pour son fief de la Bermondière. De son union avec Catherine Monnier,
Herbert de Logé semble avoir eu deux fils et deux filles dont Hamelin, qui
devait lui succéder comme seigneur du Bois-Thibault et de la Lande de Logé;
2° Juhel, qui fera en 1244 un don aux moines de Berne, et qui paraît être
l'auteur de la branche de Villeneuve près de Chailland; 3° Jeanne, cette
Johanna de Nemore Theobaldi qui, en 1245, veuve de Maurice de l'Ecluze, se
fera élever un tombeau dans l'église de Fontaine-Daniel; 4° Lucie, femme de
Pierre de Saint-Denis et citée en 1255-1263 au cartulaire de cette abbaye.
Hamelin de Logé, fils aîné et successeur d'Herbert, seigneur du
Bois-Thibault et de la Lande de Logé, ne nous est guère connu que par un
accord fait en 1232 avec le prieur bénédictin de Fontaine-Géhard touchant le
patronage de la chapelle du Bois-Thibault, assise en la paroisse de
Saint-Fraimbault-de-Lassay; par cet accord le dit Hamelin de Logé resta en
possession du dit patronage, sans cependant préjudicier aux droits du dit
prieur pour l'église de Saint-Fraimbault-de-Lassay, et il lui assigna cinq
sols de rente sur ses cens de Lassay, annuellement à la nativité de
Notre-Dame. Hamelin de Logé avait épousé la fille d'Hugues de Couterne,
seigneur de Torcé, qui lui apporta la terre des Mortiers en Cigné.
Il eut probablement de cette union deux fils, Herbert, qui en sa qualité
d'aîné, hérita du Bois-Thibault et de la Lande de Logé, et un fils cadet,
peut-être le Guillaume cité en 1285 au cartulaire de Fontaine-Daniel, lequel
ayant pour sa part les Mortiers, fonda ainsi une nouvelle branche cadette,
celle de Cigné, qui ne devait s'éteindre qu'au XVIIIe siècle. Herbert de
Logé, seigneur du Bois-Thibault et de la Lande de Longé, est mentionné dans
un acte de donation faite en 1243, par Raoul, prêtre et habitant de
Saint-Hilaire-des-Landes près Ernée, à l'abbé et au couvent de Savigny. Il
s'agissait dans cette donation de quelques pièces de terres situées près de
Lassay, aux environs de la Touche-Guimard, dans le fief d'Herbert de Logé.
Ainsi, à cette époque, Herbert II de Logé avait déjà succédé à son père
Hamelin. Il eut lui-même pour successeur son fils Hamelot. Hamelot de Logé
ne nous apparaît, il est vrai, dans aucun titre comme seigneur du
Bois-Thibault, mais c'est comme seigneur de la Lande de Logé qu'en 1272, il
fut convoqué pour l'ost de Foix parmi les seigneurs normands qui devaient
l'arrière-ban pour la vicomté de Falaise. Peut-être les seigneurs du
Bois-Thibault possédaient-ils déjà le fief de Neuvy en Houlme, relevant de
cette vicomté, qui en tous cas sera entre leurs mains à la fin du siècle
suivant. Ce fief leur aurait été alors apporté soit par la mère d'Hamelot,
soit par sa femme, qui nous sont également inconnues. Au commencement du
XIVe siècle, le Bois-Thibault appartenait à Herbert III de Logé, fils d'Hamelot.
C'était le moment où Philippe le Bel prenait la Flandre et y mettait un
gouverneur français, Jacques de Châtillon. En 1302, les Flamands s'étant
révoltés contre ce dernier, Robert d'Artois, chargé par le roi de France de
comprimer leur révolte, fit appel à la noblesse française et lui donna
rendez-vous à Arras. Or, parmi les seigneurs qui répondirent à cet appel,
nous trouvons Herbert de Logé qui, le 8 septembre de cette année-là, étant à
Arras, donna quittance à Jouffroy Coquatrix et à Charles G., chantre de
Milly, de partie de ses gages (22 # 10 sols) pour lui ""et pour deux
écuyers", et ce, disait-il, "pour le service que nous faisons à nostre
seigneur le Roy en Flandres". Le sceau attaché à cette quittance porte
d'azur à la quintefeuille d'argent, accompagnée de 5 besants en chef,
armoiries de la maison de Logé.
Dans ces mêmes années, avait lieu le fameux procès soutenu en Parlement par
la noblesse du Maine et d'Anjou contre Charles de Valois, comte du Maine,
qui réclamait de celle-ci une aide pour doter sa fille aînée. Au nombre des
appelants, nous trouvons trois membres de la famille de Logé, Herbert, Juhel
et Gervais. Herbert était, nous l'avons dit, le seigneur du Bois-Thibault.
Quant à Juhel et à Gervais, ils étaient sans nul doute les représentants des
deux branches de Villeneuve et des Mortiers. Herbert III de Logé avait,
croyons-nous, épousé une fille de Geoffroy de Vendôme, seigneur de la
Chartre et de Lassay. Ce qui est certain, c'est qu'il eut pour fils et
successeur Geoffroy de Logé. Celui-ci avait pour femme Agaïce, sœur de Robin
de la Baroche-Gondouin, et est cité en cette qualité en 1326, à l'occasion
d'une vente faite par ledit Robin à Guillaume le Voyer d'Aron de toutes les
choses qui lui étaient échues de la succession d'Hugues de la Baroche, son
père. De son temps, c'est-à-dire en 1337-1338, les comptes du chapitre du
Mans font mention en ces termes de la chapelle du Bois-Thibault: "Pro
capella de Bosco Theobaldi: IV denarios". Geoffroy de Logé vivait encore en
1344 et avait été paraît-il, taxé cette année-là par le sénéchal d'Anjou et
du Maine "ès assises du Mans" à la somme de vingt livres, que "Mgr le duc
(Jean de Valois, duc de Normandie et comte du Maine)", lui avait d'ailleurs
libéralement remise. Nous possédons la quittance, en date du 8 août, que
"Jehan de Logé, fils Monss. Geoffroy de Logé", donna en cette circonstance
au nom de son père à Nicolas Le Chandelier, receveur d'Anjou et du Maine. Le
fils du seigneur du Bois-Thibault y avait apposé son sceau, sur lequel se
voit l'écusson de Logé portant d'azur une quintefeuille.
Geoffroy de Logé avait eu de son union avec Agaïce de la Baroche-Gondouin,
outre le fils dont nous venons de parler, une fille mariée à Jehan de
Couterne, seigneur de Couterne et du Horps. Jehan 1er de Logé succéda à son
père comme seigneur du Bois-Thibault vers l'année 1350 au plus tard. Bien
que beau-frère du seigneur de Couterne et du Horps, il était en assez
mauvais termes avec ce dernier, dont il était le vassal à cause de certains
fiefs et terres qu'il tenait de lui entre Bourgerie et Courberie dans
Sainte-Marie-du-Bois et Thubœuf, et dont il lui refusait l'obéissance
féodale. Jehan 1er de Logé mourut, selon toute apparence, vers 1370. Nous
avons vu que sa sœur avait épousé Jean de Couterne, seigneur de Couterne et
du Horps. Lui même avait vraisemblablement pour femme la sœur de ce dernier,
qui lui avait apporté en mariage la seigneurie de Melleray. Il est certain
en effet qu'à partir de la fin du XIVe siècle, cette dernière seigneurie,
possédée au commencement du même siècle par les seigneurs de Couterne était
passée entre les mains des seigneurs du Bois-Thibault, qui devaient la
conserver jusqu'à la fin de l'ancien régime. Quoi qu'il en soit, Jean 1er
eut pour fils et successeur Jean II, qui lui succéda vers 1370. Jehan II de
Logé, chevalier, fit le 25 mars 1371 hommage au Roi pour un franc fief de
chevalier assis en la paroisse de Neufvy. Il avait épousé quelques années
auparavant Anne de la Ferrière, fille de Jehan de la Ferrière et de la dame
de Tessé, qui lui avait apporté en mariage quelques terres ou fiefs situés
dans les paroisses de Juvigné, de Beaulandais et d'Haleine. En effet dans
l'aveu rendu en 1373 au duc d'Alençon au regard de Domfront par ledit Jehan
de la Ferrière pour sa terre et seigneurie de la Ferrière, nous lisons: "Et
dudit de la Ferrière tient en paraige Messire Jehan de Logy, chevalier et sa
femme, à cause d'elle, un don de mariage donné audit de Logé et sa femme par
ledit de la Ferrière, père de ladite femme; et le tiennent lesdits mariés en
paraige dudit de la Ferrière... et se estend ledit don en la paroisse de
Juvigné et ès paroisses de Beaulandais et de Halaine".
Plus tard, après la mort de sa mère, la dame du Bois-Thibault devait hériter
au droit de celle-ci de la terre de Tessé que les descendants des de Logé et
les du Bellay posséderont en même temps que la terre du Bois-Thibault
jusqu'au milieu du XVIe siècle. C'est également de la même succession que
fera partie le fief de Lucé, tenu de Gorron, dont le fils d'Anne de Tessé
sera seigneur en 1403. Nous savons du reste que comme ses ancêtres, Jean II
de Logé avait au Bois-Thibault sa principale résidence en 1401. Guillaume
Nicole, escuier, tabellion de la terre du Horps, y dira en effet "que 25 ans
a ou environ", c'est-à-dire vers 1375, il "ala au lieu du Bois-Thibault où
demeurait feu messire Jehan de Logé, dernier trespassé, seigneur dudit lieu,
pour estre paié de la taille réclamée à ce dernier par Geoffroy de Vaulx
pour les fiefs de Sainte-Marie-du-Bois et de Thubœuf". Comme seigneur du
Bois-Thibault, Jean II de Logé reçut le 25 juillet 1380 la foy et hommage
simple que lui devait Julliot Cornillet, à cause de sa femme pour raison des
droits héritaux qu'il tenait au fief de la Bourrière. Ce fut vers cette
époque, d'après l'enquête de 1401, que "Messire Urbain du Bois, prestre,
curé de l'Eglise de Rennes ou diocèse du Mans ou doienné de Javron", devint
"chapelain et serviteur de la chapelle fondée en l'estre ou manoir du
Boisthibault, ou assez près d'icelui; et en même temps fut chargé, comme
receveur, du gouvernement de la recepte de la terre du Boisthebault". Jehan
de Logé était alors en procès avec Robert de Vendôme, seigneur de Lassay. Le
différend entre le vassal et son suzerain était né de ce que ce dernier
"pour le mariaige de sa fille, les réparations de son chastel et autres
choses, avait cru pouvoir doubler trois foys ses tailles et debvoirs sur ses
hommes et subjectz"; prétention à laquelle le seigneur du Bois-Thibault
s'était opposé.
C'est encore l'enquête de 1401 qui nous apprend ce détail: un jour de
l'année 1380, raconte Guillaume de la Palu, "Messire Geoffroy des Vaulx vint
au manoir du seigneur du Boisfroust en la paroisse de Nyor et arriva après
il qui parle (c'est-à-dire lui, Guillaume de la Palu) au dit manoir, lequel
y trouva ledit Messire Gieffroy, duquel il a espousé (depuis) une fille, et
après, ledit Messire Geoffroy, il qui parle, et aultres en leur compagnie
alèrent au manoir et hébergement du Boisthebault, ouquel ils trouvèrent feu
Messire Jehan de Logé, chevalier (Jehan II), seigneur dudit lieu... et ainsi
que lesdits deux chevaliers eurent esté ensemble par aulcun espace, ledit
feu Messire Jehan de Logé commença à parler de certain procès pendant entre
lui et le seignenr de Laczay", etc. A cet entretien assistaient, selon
Guillaume de la Palu, Jean Ménard, escuier, Geoffroy de Coulonges, etc. En
1383, par acte du 8 janvier, eurent lieu en la court de Bourgnouvel les
partages définitifs de la succession de feue Jehanne de Doucelles, jadis
femme de Messire Patrice de Chources, entre les héritiers de celle-ci, qui
étaient Jeanne Malemains, dame de Montauban et de Rouville en partie, d'une
part, et Guillaume de la Ferté, dit le Bègue, Frère Jehan de la Ferté,
moine, son frère, et Béatrix de la Ferté, leur sœur, jadis femme de Guyon de
la Perrière. Or, parmi les témoins présents à l'accord concernant ces
partages, nous voyons figurer au premier rang "N. h. Messire Jehan de Logé,
seigneur du Boisthébault. Les autres témoins étaient Mons. Juhes d'Avaugour,
Mons. Jehan le Chappelais, Mons. Gilebert de Combray et Mons. Olivier de
Saint Gilles, chevaliers; Jehan du Chastellier, Guillaume de la Ferrière,
Guillaume de la Crouzille, Jehan Crespin et Richardde Sonnel,escuyers", etc.
Le seigneur du Bois-Thibault se trouvait-il donc allié aux héritiers de
Jeanne de Doucelles et comment? Peut-être était-ce du côté de sa femme,
puisque dans la liste des témoins figure Guillaume de la Ferrière, sans
doute son beau-frère.
L'année suivante, Jehan II de Logé prit part avec les autres nobles du
royaume à la campagne de Flandres, à la tête d'une compagnie de dix-neuf
écuyers. On le voit le 31 août 1383, donner quittance à Guillaume d'Enfermet,
trésorier des guerres de Charles VI, de la somme de 110 livres fournies sur
les gages de lui et de dix-neuf escuiers de sa compagnie "desservie et à
desservir en ces présentes guerres du Roi, notre sire, pour le servir en la
chevauchée qu'il fait de présent sur les champs pour aler au païs de
Flandres contre les Anglois, en la compagnie et soub le gouvernement de
Monseigneur d'Alençon". En 1384, dans l'aveu rendu à Falaise par Guillaume
de Chamborant pour la baronnie d'Asnebecq, on trouve parmi les vassaux
"Monseigneur Jehan de Lougie, sire de Boisthibault", qui tenait de ce
seigneur "par hommage un membre de fief de chevalier tenu par les deux parts
d'un fief tenu franchement et noblement à court et usaige assis en la
paroisse de la Lande de Lougie et environs, duquel mesnil dessus desclairé
Jehan de la Lande, escuier, est possesseur, qui le dit tenir par paraige
dudit sire du Boisthebault". Ainsi, à cette époque, la Lande de Logé, cette
ancienne terre des de Logé qui avait été sans doute le berceau de leur
famille avant le XIIe siècle, ne leur appartenait plus qu'en suzeraineté;
elle avait été donnée en mariage à quelque cadet de cette maison qui en
avait pris le nom et dont les descendants la tenaient en parage de leurs
aînés. Jehan de Logé rendit du reste en 1387 aveu au Roi au regard de sa
vicomté de Falaise pour les différentes terres qu'il possédait en Normandie,
telles que Neufvy, la Lande de Lougy et d'Oillié-le-Tyson, cette dernière
terre tenue de lui en parage par son frère Jehan de Logé le jeune. Cette
même année 1387, il était plus que jamais en procès avec Robert de Vendosme,
seigneur de Lassay.
Ce procès était déjà commencé en 1380, mais alors il venait d'être porté
devant le Parlement de Paris, où il ne tarda pas à donner lieu à toute une
série de plaidoiries. Nous ferons grâce aux lecteurs des répliques de Jehan
de Logé et du procureur du Roi ainsi que de la réplique de Robert de
Vendosme. Nous nous contenterons de dire, comme conclusion à ces
plaidoiries, qu'il fut appointé "que les parties seront à recevoir en la
cause d'appel et seront condamnées selon leurs faitz"; il devait y avoir une
enquête, laquelle "faicte et rapportée, la court fera droit quant aux
attendus", il fut décidé que "les parties demeurent en arrest aux fins
plaidoyées". Il était déclaré à la fin que Robert de Vendôme et Jehan de
Logé "demeurent et demourront à bonne paix et concorde ensemble, et osteront
de leurs cuers toute hayne et rancune qu'ils ont pu avoir l'un contre
l'autre ou temps passé", et ils promettaient de continuer de point en point
les "traités, accords et promesses" énumérés. Le seigneur du Bois-Thibault
était présent en personne, et celui de Lassay par Me Regnault de Bucy, son
procureur. Ainsi la réconciliation était faite désormais entre le suzerain
et le vassal; tous deux avaient même, pour emprunter les termes de l'accord,
si bien ôté de leurs cœurs toute haine et rancune, qu'ils scellèrent cette
réconciliation par une alliance des deux familles. Robert de Vendôme accorda
en effet la main de sa fille Marguerite à Jehan, fils aîné du seigneur du
Bois-Thibault. Comme on le voit, cette branche aînée de l'antique famille de
Logé était dès lors alliée aux plus illustres maisons du Maine et de
Normandie. Mari lui-même d'une de la Ferrière, Jehan II de Logé allait avoir
pour belle-fille une de Vendôme, et il avait déjà pour gendre un du Merle.
Sa fille Marie avait épousé Pierre du Merle frère du seigneur de Messai et
de Gorron, à qui elle avait porté la terre de Juvigné.
Outre son fils aîné Jehan, le mari de Marguerite de Vendôme, le seigneur du
Bois-Thibault avait encore quatre autres fils, Guillaume, Jehan, Hamelin et
Louis. Les deux premiers figurent, ainsi que leur aîné, en mai 1394, dans
une lettre de rémission qu'ils durent obtenir du roi Charles VI pour un de
ces meurtres que les mœurs de leur époque expliquent plus qu'elles ne les
justifient. Ajoutons, pendant que nous nous occupons des fils de Jehan II de
Logé, que parmi les cadets, le Jehan épousa la fille et héritière principale
de Jehan d'Hierray, seigneur de la Chasseguerre en Hardanges, et que
Hamelin, entré dans les ordres, sera en 1413 étudiant en l'université
d'Angers, en attendant qu'il devienne en 1421 chanoine de la cathédrale du
Mans et en 1422 chantre dans la même cathédrale. Quant à Guillaume et Louis,
nous ignorons leur destinée. Jehan II de Logé vivait encore en 1395, où il
avait été choisi avec Geoffroy des Vaulx comme arbitre par Jehan d'Orenge,
seigneur du Perray à Montreuil, et Guillaume du Boisfroust, seigneur dudit
lieu en Niort, afin de régler la contestation qu'avaient ces derniers
entr'eux au sujet des successions de Huet le Riche et de Jeanne de Thubœuf.
Il mourut, croyons-nous, peu de temps après, mais sa femme, la dame de Tessé,
lui survécut pendant de longues années et vivait encore en 1413. A peine
Jehan III de Logé avait-il succédé à son père que la querelle entre les
seigneurs du Horps et ceux du Bois-Thibault, au sujet de l'obéissance
féodale prétendue par les premiers sur les fiefs de Sainte-Marie-du-Bois et
de Thubœuf, reprit plus violente que jamais. Il s'éleva alors entre Geoffroy
des Vaulx, seigneur du Horps, et Jehan de Logé, un procès qui ne tarda pas à
être porté devant Etienne Fillastre, juge ordinaire d'Anjou et du Maine.
Celui-ci "donna commission le 3 mai 1401 à Guillaume du Chemin, enquêteur du
Maine, et à son adjoint Jehan Juliart, avocat en court laye au dit pais du
Maine, d'interroger tous les témoins qui seraient produits de la part de
Messire Geoffroy des Vaulx, chevalier, ou son procureur, à l'endroit de
Jehan de Logé, escuier, seigneur du Boisthibault". Mais on ne connait pas la
suite de ce procès.
Jehan III de Logé, seigneur du Bois-Thibault, reçut un certain nombre de
déclarations féodales: en septembre 1406, pour l'hébergement, le domaine et
la seigneurie de Courberie; en 1407, pour le fief de l'Hostellerie, en la
paroisse de Saint-Fraimbault-de-Lassay; en 1410, pour le prieuré de
Sainte-Marie-du-Bois, etc. Jehan III de Logé, comme ses ancêtres, prit part
aux guerres de l'époque; en 1411, il servait dans la compagnie de Jehan d'Inay,
dont la montre futreçue le 22 novembre à Châtel; parmi les écuyers, presque
tous du Bas-Maine, faisant partie de cette compagnie, on trouve en effet
"Jehan de Logé l'aîné, et Jehan de Logé le jeune", c'est-à-dire le seigneur
du Bois-Thibault et probablement son fils Jehan IV, alors en âge de porter
les armes. Nous trouvons à la même époque (6 décembre), dans la montre de
Jehan de Craon, seigneur de la Suze et d'Ambrières, un troisième Jehan de
Logé, qualifié "escuier". Peut-être celui-ci n'était-il autre que le
seigneur de la Chasseguerre. En 1412, "Jehan de Logé, escuier, seigneur du
Bois-Thibault", est cité comme vassal dans l'aveu rendu pour Asnebecq par
Guillaume de Méhoudin à la vicomté de Falaise. L'année suivante, il reçut au
regard de sa seigneurie du Bois-Thibault, l'obéissance féodale de Guillaume
du Mellenger, écuyer, qui s'avoua son "homme de foy simple par despié de
fief, à cause et par raison de l'hébergement, domaine et appartenances de la
segrairie sis en la paroisse de Tuebœuf", lequel domaine avait été,
paraît-il, "anciennement assigné au seigneur de la Bermondière". Vers ce
temps-là, il y avait procès aux assises du comté du Maine entre "la dame du
Bois-Thibault (veuve de Jehan II) et Jehan de Logé, son fils", d'une part,
et Jehan de Melleray de l'autre. Nous ne savons pas quel était au juste
l'objet du litige entre les parties, mais il est à supposer qu'il s'agissait
de la seigneurie de Melleray, qui, avec la terre de Tessé, faisait partie du
douaire de la dame du Bois-Thibault.
Ce qui est certain, c'est que, d'après les remembrances du comté du Maine,
on disait contre cette dame "qu'elle avoit transporté à Maître Aymeri de
Logé, estudiant en l'Université d'Angiers", certaines choses faisant le fond
du débat, transport en vertu duquel le dit Aymeri de Logé s'était efforcé de
faire évoquer la cause par Jehan de la Tousche, sergent du Roy, par devant
le conservateur des privilèges de l'Université. Ce procès, commencé en 1411,
durait encore en 1415. Outre son fils Jehan, qui devait lui succéder, Jehan
III de Logé avait eu de son mariage avec Jeanne de Vendôme deux filles,
Jehanne et Philippote. Cette dernière était destinée à mourir sans alliance,
mais Jehanne de Logé fut mariée en 1413 par ses parents avec Jehan des
Escotais, seigneur du dit lieu en Jublains. Elle reçut en dot cent livres de
rente affectée sur la terre d'Olou en Saint-Fraimbault, et cent livres une
fois payées dont Jehan de Logé, écuyer, seigneur de la Chasseguerre, et
Jehan de l'Isle du Gast se portèrent plèges et cautions. Jehan III de Logé
mourut avant le mois de juin 1417, époque à laquelle "n. h. Jehan de Lougé,
escuier, seigneur du Bois-Thibault et de Neufvy, fils et héritier seul et
pour le tout, si comme il disoit, de feu n. h. Jehan de Lougé, escuier, son
père, en son vivant seigneur des dits lieux", fait foy et hommage au roi
pour les fief et terre de Neufvy. Il ne fut que très peu de temps seigneur
du Bois-Thibault, car dès avril 1419 nous voyons Charles de Vendôme,
chevalier, vidame de Chartres et seigneur de Lassay octroyer à sa "très
chière et amée sœur Jehanne de Vendôme, veusve de feu n. h. Jehan de Logé,
jadis seigneur du Boisthébaut, tout et tel rachat et autre proffit comme
illecq à nous présentement est deub et escheu en nostre dite terre de Lassay
par trespassement de feu Jehan de Logé, fils du dit feu seigneur du
Boisthébaut et de nostre dite sœur; le dit don", ajoutait Charles de
Vendôme, "par nous faict pour et en récompensation de plusieurs plaisirs que
nostre dite sœur Jehanne de Vendôme nous a faicts au temps passé, desquels
nous tenons pour bien contens".
Jehan IV de Logé avait épousé quelques années auparavant Jehanne de
Mongeroul, dame de l'Escluze, fille de Patry, seigneur de la Beschère, et de
Jeanne Bessouneau. Ces Mongeroul étaient, dit le généalogiste Trincant, une
maison très noble et très ancienne du pays du Maine, à cause de laquelle
ceux du Bellay seront, grâce à l'alliance des de Logé, issus de la maison de
Beaumont-le-Vicomteet de celles de Parthenay et de Rohan. Mais de son union
avec Jehanne de Mongeroul, le fils de Jehanne de Vendôme ne laissait que
deux filles, appelées toutes les deux Jehanne, de sorte qu'avec lui
s'éteignait la ligne masculine directe des de Logé du Bois-Thibault. Jehanne
de Vendôme ne survécut pas longtemps à son fils. Dans les premiers mois de
l'année 1420, elle "alla de vie à trespassement", ordonnant par son
testament que Jehan des Escotais, son gendre, serait son exécuteur
testamentaire. C'était elle qui avait, depuis la mort de Jehan IV de Logé,
la jouissance de la terre du Bois-Thibault, et c'était en cette qualité
qu'elle avait été dispensée par Charles de Vendôme de lui payer les droits
de rachat. Quand elle fut décédée, Jehanne de Mongeroul, qui allait jouir au
nom de ses filles de la terre en question, fut aussi soumise à la condition
du rachat, mais n'en fut pas dispensée par Jehan des Vaux, capitaine de
Mayenne, qui venait d'être nommé par Charles VII, régent, gouverneur de la
terre et châtellenie de Lassay. "Jehan des Vaulx, chevalier, cappitaine de
Maienne, gouverneur de la terre et chastellenie de Lassay pour Monsseigneur
le Régent, confesse avoir eu et receu de Jehanne de Mongeroul, dame de l'Escluze
et du Boisthébaut, par la main de Jehan le Peson son receveur illec, la
somme de cent livres tournois par composition faicte par luy de la dite
terre avec elle au nom et pour Monsseigneur le Régent, au regard de la dite
terre du Boisthébaut et de Tessé, de laquelle somme il se tient pour content
(décembre 1420)".
La veuve de Jehan IV de Logé convola dans les premiers mois de l'année 1423,
avec Pierre d'Arquenai, chevalier, seigneur de Chamfleury près de Laval, et
elle perdit ainsi la tutelle et garde-noble de ses filles, qui fut donnée à
Jehan de Logé, seigneur de la Chasseguerre, grand-oncle de celles-ci. Ce
dernier dut en conséquence payer à Charles de Vendôme, seigneur de la
Chartre et de Lassay, soixante moutonneaux d'or. "Sachent tous que nous,
Charles de Vendôme, seigneur de la Chartre sur le Loir et de Lassay, etc.,
confessans avoir eu et receu de Jehan de Logé la somme de 60 moutonneaux
d'or, lesquels il nous estoit tenu paier pour l'assurance du rachat de tel
tenement comme le dit de Logé tient de nous ès terres et fiefs du
Boisthibaut, Tessé et Melleray, et comme ayant la garde de Jehanne et
Jehanne de Logé, enfans mineures d'ans de feu Jehan de Logé, neveu dudit
ayant la garde, de laquelle somme de 60 moutonneaux nous quictons le dit de
Logé" (avril 1423). Ainsi à partir de 1423, tandis que Jehanne de Mongeroul,
remariée au seigneur d'Arquenai, allait habiter avec lui au manoir de
Champfleury, et y emmenait très probablement ses filles du premier lit,
c'était le seigneur de la Chasseguerre qui, comme tuteur et garde noble de
ses nièces, avait l'administration et la jouissance de la terre qui nous
intéresse. A cette époque du reste, la situation des seigneurs qui, comme
Jehan de Logé, possédaient ou administraient des terres dans le Bas-Maine
septentrional,était des plus précaires. C'était en effet le moment où les
Anglais, après avoir achevé la conquête de la Normandie, commençaient à
envahir le Maine. Or le grand-oncle des deux jeunes héritières du
Bois-Thibault n'avait rien de bon à attendre de la domination anglaise. Il
n'était pas de ceux qui se soumettaient lâchement à celle-ci pour sauver
leurs biens, et quelques années auparavant, il s'était vu confisquer son
fief d'Ouillé-le-Tesson "pour la rebellion et désobéissance et autres crimes
par le dit Jehan de Lougy du païs du Maine, commis et perpétrés contre le
roi d'Angleterre et Sa Seigneurie".
Aussi, quand en 1425, la région où est situé le Bois-Thibault fut
définitivement soumise au pouvoir des envahisseurs, le seigneur de la
Chasseguerre, une fois de plus réfractaire à la domination étrangère, dut
quitter cette région, abandonnant à l'ennemi les terres confisquées sur lui,
y compris celle du Bois-Thibault. Il fit, croyons-nous, comme son frère
Hamelin, qui, chanoine et chantre de la cathédrale du Mans, s'était après la
prise de cette ville parles Anglais en 1423, retiré à Angers où il était
chanoine et chantre de l'église Saint-Martin. Comme lui, il chercha en ces
temps malheureux un asile dans la capitale de l'Anjou, et les deux frères y
finirent leurs jours, Hamelin en 1428, et Jehan en 1429. Avec eux
disparurent les deux derniers représentants mâles de la branche aînée de
l'antique famille de Logé. Après avoir achevé en 1425 la conquête du
Bas-Maine septentrional, les Anglais devaient nécessairement, dans les
années suivantes, chercher à s'emparer de Laval et de la contrée
environnante. C'est ce qu'ils firent au printemps de 1428, où Talbot se
rendit maître par composition de la cité lavalloise, qui resta au pouvoir de
ses compatriotes jusqu'au mois de septembre 1429. Par suite du voisinage de
la garnison anglaise de Laval, le séjour de Champfleury ne devint pas plus
sûr pour Jehanne de Montgeroul que ne l'eût été celui du Bois-Thibault, et
il est probable qu'elle ne tarda pas à aller, avec les filles nées de son
premier mariage, chercher un refuge à Angers où elle put retrouver les
grands-oncles paternels de celles-ci, Hamelin et Jehan de Logé C'est
évidemment cette circonstance qui amena l'union de Jehanne de Logé, l'aînée,
avec un jeune seigneur augevin, Jehan du Bellay, qu'elle épousa en 14294,
bien qu'elle n'eût qu'une douzaine d'années.
Le mari de Jehanne de Logé appartenait à l'une des plus anciennes familles
nobles de l'Anjou, laquelle tirait son nom de la terre du Bellay, en
Allonnes, au nord-est de Saumur. La filiation des seigneurs du Bellay
remontait jusqu'à Hugues du Bellay, qui vivait dans la première moitié du
XIIIe siècle. Au siècle suivant, un des descendants de celui-ci, Hugues VI,
seigneur du Bellay et de Villequier, s'était trouvé aux batailles de
Cérisoles et de Montcastel. Veuf en premières noces de Jehanne de Bauçay, il
s'était remarié avec Aliénor de Doué qui lui avait apporté la terre de
Gizeux, en Touraine. Il en avait eu plusieurs enfants, entr'autres Jehan 1er
du Bellay, son fils aîné et successeur, et un autre Jehan, qui fut évêque de
Poitiers. De Jehan 1er et de Jehanne Souvain était issu Hugues VII, père du
futur seigneur du Bois-Thibault. Cet Hugues du Bellay, après avoir
accompagné Louis II dans ses expéditions en Italie, avait péri glorieusement
à Azincourt. Il avait eu d'Isabeau de Montigny, héritière de Langey, cinq
fils et trois filles. L'aîné des fils, Jehan II, devenu, lors de l'avènement
de Charles VII, chambellan de ce prince, avait été fait prisonnier par les
Anglais à la journée de Crevant (1423), et était mort en Angleterre; le
second, Bertrand, avait, comme son père, trouvé la mort à Azincourt; le
troisième, Pierre, avait été tué à la bataille de Verneuil; le quatrième,
Jehan III, était l'époux de Jehanne de Logé; le cinquième, appelé Jehan
comme deux de ses aînés, entré dans les ordres, sera successivement abbé de
Saint-Florentde Saumur, évêque de Fréjus, puis de Poitiers. Quant aux trois
filles, l'une, Catherine, avait épousé Louis de Frémagon; une autre, Jehanne,
était femme de Jehan Rouault, seigneur de Boisménart, père du futur maréchal
de France; enfin Philippe qui s'était faite religieuse, était destinée à
devenir un jour abbesse du Ronceray.
Telle était la famille, déjà aussi illustre qu'ancienne, dont était issu
notre Jehan du Bellay; famille dont en 1429 il se trouvait le chef depuis
quelques années par suite du décès sans hoirs de ses trois frères aînés. Du
reste, à l'exemple de son père et de ses frères, il s'était distingué par sa
vaillance dans la guerre contre les Anglais. Lorsqu'en 1426, Arthur de
Richemont, fait depuis peu connétable, commença à organiser la défense de
nos frontières en face des envahisseurs, le sire du Bellay, si l'on en croit
l'auteur du Jouvencel, avait été au nombre des principaux chevaliers et
écuyers qui furent chargés de repousser l'ennemi. Devenu en 1429, comme
époux de Jehanne de Logé, seigneur du Bois-Thibault et des autres terres que
celle-ci possédait au Bas-Maine et en Normandie, Jehan du Bellay aurait dû,
selon l'usage féodal, faire aussitôt foy et hommage aux divers seigneurs
dont ces terres relevaient et leur payer le droit de rachat exigible chaque
fois qu'un fief passait d'une famille dans une autre, non seulement par
vente mais encore par mariage. Mais cette obéissance se trouvait alors
impossible à remplir par suite de la guerre et de l'occupation du Bas-Maine
et de la Normandie par les Anglais. Ce ne sera donc que beaucoup plus tard,
après la fin de la guerre de Cent ans, que nous verrons, en ce qui
concernait par exemple la terre du Bois-Thibault, le mari de Jehanne de Logé
régulariser sa situation de vassal vis-à-vis du seigneur de Lassay.
Toutefois Jehan du Bellay, même dès cette époque-là, trouvait à d'autres
points de vue le moyen de faire acte de propriétaire à la terre dont il
s'agit; c'est ainsi qu'il avait acquis de Jehan des Vaulx "100 sols tournois
de rente que il estoit tenu faire sur sa terre du Bois-Thibault à cause de
la terre du Horps", dont Jehan des Vaulx était seigneur.
C'était d'ailleurs le moment où, à la suite de la délivrance d'Orléans par
Jeanne d'Arc et de la victorieuse campagne qui avait suivi cet important
fait d'armes, les Anglais semblaient abandonnés par la fortune de la guerre
et sur le point d'être chassés de nos provinces. Dans le Maine ils venaient
de perdre la ville de Laval (septembre 1429) et le siège qu'ils avaient mis
devant la place forte de Saint-Cenery avec des forces imposantes avait
échoué (décembre 1429). Enhardie par ce double succès des Français au sud et
à l'est du Bas-Maine septentrional, au mois de février 1430, une de ces
compagnies d'écossais, qui étaient alors au service de la France, pénétra
dans la châtellenie de Lassay. Bientôt ces aventuriers "prindrent l'ostel du
dit lieu du Boisthibault, lequel ils fortifièrent" en l'entourant de
murailles et de fossés. Jehan du Bellay était-il pour quelque chose dans
cette expédition faite peut être à sa demande? Nous l'ignorons. Ce qui est
certain, c'est que la garnison écossaise du Bois-Thibault, sans faire
beaucoup de mal aux Anglais, ne tarda pas, par ses exactions et ses
violences, à se rendre encore plus insupportable que ceux-ci à la population
indigène. C'est ainsi qu'elle avait, paraît-il, contraint "par force et
menaces de bouter le feu et ardoir son ostel et ses biens", un nommé
Guillaume Boullier, "pauvre jeune homme chargié de femme et enfans,
demeurant en la ville de Lassay, à venir demeurer en ung ostel près et
devant la forteresse du dit lieu du Boisthibault", où, pendant tout le temps
que dura l'occupation en question, "il vendit et feit tardie de cidre et
autres vivres pour trouver et avoir le vivre et sustentation de lui, sa dite
femme et enfants". Ce n'était certes pas le moyen de faire souhaiter aux
habitants de la châtellenie de Lassay la fin de la domination anglaise.
Aussi le roi Charles VII, mis au courant des méfaits de la compagnie
écossaise du Bois-Thibault, s'empressa-t-il dès le mois de septembre 1430 de
la faire déguerpir du manoir qui lui servait de forteresse, en envoyant sur
les lieux le duc d'Alençon. Il mit fin à l'occupation du Bois-Thibault par
les Ecossais, non sans détruire et raser les fortifications improvisées que
ces derniers y avaient élevées.
C'est en 1448 que la châtellenie de Lassay, comme tout le Bas-Maine
septentrional, rentra sous la domination française; aussi c'est de cette
même époque que datent les premiers actes d'obéissance féodale que nous
voyons recevoir Jehan du Bellay au regard de sa terre et seigneurie du
Bois-Thibault. C'est également en l'année 1448 que le roi René fonda l'ordre
du Croissant, dans lequel il fit entrer tout ce qu'il y avait dans la
noblesse de ses états d'Anjou et de Provence de plus distingué par la
naissance et la bravoure. Jehan du Bellay fut jugé digne de faire partie de
cet ordre dès l'origine. Le roi de Jérusalem et de Sicile s'était empressé
de l'y associer en lui envoyant une lettre où il lui donnait cette qualité:
"A noble et renommé chevalier, nostre très cher et très amé frère en l'ordre
du Croissant le sieur du Bellay, paternel amour et accroissement d'honneur".
En même temps que le roi René l'honorait de cette haute marque d'estime, le
seigneur du Bois-Thibault n'était pas moins en faveur auprès du roi de
France, Charles VII, qui l'avait nommé son conseiller et chambellan, et lui
avait confié le commandement d'une de ces compagnies d'ordonnance qui
étaient la grande innovation de son règne. C'est ainsi qu'à la date du 12
août 1453 il avait été fait une "monstre et revue des hommes d'armes et
archers estant soubs la charge de Messire Jehan du Bellay"; d'un autre côté,
dans l'aveu rendu par lui le 10 juin 1454 au roi, au regard de la vicomté de
Falaise, pour le fief, terre et seigneurie de Neufvy, ce dernier se qualifie
"conseiller et chambellan du Roy". En l'année 1455, Jehan du Bellay eut à
rendre à Jehan de Vendôme, alors seigneur de Lassay, son aveu et
dénombrement pour les terres du Bois-Thibault et de Tessé. Ce document est
trop important pour l'histoire de la terre dont il s'agit pour que nous n'en
donnions pas ici au moins une analyse détaillée.
En voici d'abord le début, avec la description du domaine: "De vous noble et
puissant seigneur monseigneur Messire Jehan de Vendosme, chevalier, vidame
de Chartres, seigneur de Lassay, de la Chartre sur le Loir, de Tiffauges, de
Pousauges et de la Ferté-Arnault, Je Jehan du Bellay, chevalier, seigneur du
Bellay, du Boisthibault, de Gizeux et de Tessé, cognois estre, à cause de
Jehanne de Logé, mon espouse, homme de foy lige au regard de vostre
seigneurie et chastellenie de Lassay à cause et pour raison de mes manoirs,
maisons, terres et seigneuries du Boisthibault et de Tessé... avec leurs
appartenances tant en fiefs qu'en domaine, des quels la déclaration
s'ensuit: Premièrement, mon manoir et maison, cour, douves, doubles
cloisons, circuit, appartenances d'icelluy manoir et maison contenant deux
journaux de terre ou environ; Item mes vergers et courtils illec près et
environ, appartenances et dépendances du dit manoir contenant deux journaux
ou environ, avec le bois antien du dit lieu non taillable, contenant
soixante journaux de terre ou environ, ès quelles choses est assise la
chapelle du dit lieu fondée de Madame Sainte-Catherine, laquelle est dédiée,
où antiennement on a coutume d'enterrer les seigneurs et enfants du dit lieu
du Boisthibault et les serviteurs mestayers du dit lieu environ la dite
chapelle; Item mon domaine du dit lieu contenant cent journaux de terre ou
environ, et vingt-cinq hommées de pré ou environ, avec deux estangs, l'un
appelé la Motte, et l'autre Perroux; et trois petits viviers, l'un nommé la
Janvrie, l'autre la Doublette, et l'autre le Meslanger; avec deux réservoirs
assis près la chapelle du dit lieu du Boisthibault; Item les moulins à bled
et fouliers nommés et appelés les moulins du Tilleul, les escluzes et
réservoirs d'eau illec nécessaires; Item les deux parts du profit du moulin
nommé le Moulinet, s'il estoit en réparation, lequel est en ruines avec l'escluze;
Item une place de garenne, faux et murgiers à connils que j'ay en mon dit
domaine du Bois-Thibault; Item mon domaine de Sainte-Marie-du-Bois, lequel
m'est venu en partie par aubaine, et l'autre partie par puissance de fief du
prieuré-cure de Sainte-Marie-du Bois, contenant le dit domaine 60 journaux
ou environ et douze hommées de pré ou environ".
Telle était à l'époque la composition domaniale de la terre du Bois-Thibault;
quant à la féodalité, elle était très étendue. On peut s'en faire une idée
par l'énumération des différents vassaux tant nobles que roturiers. Parmi
les hommes de foy simple, nous remarquons Guillaume de Launay, écuyer,
seigneur de Prez et de la Motte-Méhoudin, à cause des cens, rentes et
devoirs et appartenances de la Bermondière en Saint Julien du Terroux. Sur
les douze livres tournois de devoir qu'il devait par chacun an, le chapelain
curé de la chapelle du Bois-Thibault en prélevait , lesquelles avaient été
données par les prédécesseurs de Jehan du Bellay pour la fondation de la
chapelle. Les hoirs de feu Jehan d'Anthenaise, (seigneur du Fresne en
Champéon), à cause et pour raison des fiefs et hommes qu'il tenait de la
seigneurie du Bois-Thibault; Bertrand de Monbourcher, écuyer, seigneur du
Perray en Montreuil, à cause et pour raison de ses fiefs et féages situés
près de Béhard et ailleurs; Dame Jehanne de Marcillé, veuve de feu Bertrand
de Tessé, et messire Bertrand de Tessé, à cause de leur terre du Hasay en
Rennes-en-Grenouille; Jehan de Fretaud, écuyer, seigneur de Monchauveau, à
cause de sa terre, domaine, fiefs, hommes et sujets du Hazay; Le seigneur du
Perron, à cause de son domaine et appartenances du Perron en Thubœuf; Jehan
Margerie, écuyer, seigneur de la Baroche-Gondouin, à cause et pour raison du
domaine, hébergement, étangs, moulins, bois, cens, rentes et devoirs de la
dite terre de la Baroche; Jehanne de la Mestairie, veuve de Guillaume du
Mellanger, écuyer, au nom des enfants du dit défunt et d'elle, pour raison
du domaine, terre et appartenances du Mellanger en la Baroche-Gondouin;
Jehan du Breuil, écuyer, seigneur du dit lieu, pour le fief et domaine du
Breuil en Sainte-Marie-du-Bois; Le domaine, fief et hommes de
Sainte-Marie-du-Bois que tenait feu Jehan de Durant; Michelot de Villiers,
écuyer, seigneur de la Malindrière, pour ses hommes, ses fiefs, ses rentes
et ses moulins en la paroisse de Courberie; René de Vieuxmont, écuyer,
seigneur du dit lieu de Vieuxmont, à cause de l'hébergement, domaine, cens,
rentes, fiefs du dit lieu de Vieuxmont, etc.
Après avoir énuméré ainsi les hommes de foy simple, l'aveu de 1455 s'occupe
des services et devoirs dus par tous les vassaux roturiers de la seigneurie
du Bois-Thibault. Il s'agit ici des fameuses corvées féodales, et
quelques-unes de celles-ci méritent d'arrêter un moment notre attention. La
principale de ces corvées commune à tous les vassaux roturiers du
Bois-Thibault, consistait à fournir successivement par chaque habitation "un
cercleur à cercler en mes bleds de mon dit domaine du Bois-Thibault, un
seyeur, un fanneur à fanner les foins qui sont ès prés du dit lieu, un
estampilleur ès dit prés, un batteur à battre mes bleds du dit lieu et
domaine, un plesseur à plesser en mes plesses du dit lieu", et à "curer les
bians de mes moulins blerets et foulerets". En plus de ce genre de corvées
auxquelles tous les hommes de la seigneurie étaient astreints, un grand
nombre devaient un jour de harnois soit de charrue, soit de charrois, au
domaine. Enfin les détenteurs du fief de la Rousselette étaient tenus de
"garder les prisonniers et malfaiteurs, quand le cas y advient qu'il y en
ait en la dite terre, à leurs propres despens jusqu'à la délivrance des
prisonniers". Lorsque Louis XI monta sur le trône en 1465, et dans les
premiers mois de son avènement, il envoya à Jehan du Bellay des lettres de
conseiller et chambellan, et en 1465 il lui accorda une pension de 600
livres tournois. Deux ans après, ce prince signait à Paris des lettres
patentes en vertu desquelles Jehan du Bellay, seigneur du Bois-Thibault, son
conseiller et chambellan, était nommé commissaire aux montres de
l'arrière-ban du ressort d'Angers. Enfin en 1468, le seigneur du
Bois-Thibault, à la tête de l'arrière-ban d'Anjou, était chargé par Louis XI
de garder à Tours les barrières des Etats généraux.
En ces années-là, Jehan de Vendôme et Jehan du Bellay étaient en procès au
sujet de fortifications un peu trop importantes, paraît-il, pour un vassal,
que ce dernier venait de faire ajouter à son manoir du Bas-Maine,
reconstruit par lui depuis l'aveu de 1455; fortifications que le seigneur de
Lassay, voyant dans cette innovation une usurpation sur ses droits, n'avait
pas hésité à faire démolir. C'est de cet "actemptat", comme on disait alors,
que le seigneur du Bois-Thibault avait appelé à la court du parlement de
Paris. La cause dont il s'agit fut plaidée dans la matinée du 18 avril après
Pâques 1469 par l'avocat Halle pour Jehan du Bellay, et par l'avocat
Champrond pour Jehan de Vendôme. Leur procès dura plusieurs années et ne se
termina qu'en 1471 par un arrêt du parlement qui donnait gain de cause au
seigneur du Bois-Thibault. Aux termes de cet arrêt, Jehan de Vendôme était
déclaré dans son tort d'avoir voulu s'opposer à la reconstruction du manoir
telle que la désirait Jehan du Bellay; celui-ci, de son côté, était maintenu
dans le droit d'avoir une maison ou place forte munie de tours, de murailles
à créneaux et à mâchicoulis, de portail avec pont-levis et herse, et de
toutes les défenses usitées pour les maisons-fortes; enfin le seigneur de
Lassay était condamné à faire refaire à ses frais ce qui avait été démoli
par ses ordres et à tous dommages et intérêts. Le seigneur et la dame du
Bois-Thibault purent, à partir de cette date, achever si elle n'était pas
déjà terminée, la reconstruction de leur manoir transformé en maison-forte.
Jehan du Bellay mourut le 28 septembre 1482, après avoir survécu à Jehanne
de Logé, et tous deux furent inhumés en l'église de l'abbaye du Loroux dans
la chapelle Notre-Dame, qu'il avait fait bâtir de son vivant, et où il avait
fondé des services pour le repos de son âme et de celle de son épouse. Sur
leurs tombes, dont l'emplacement était devant l'autel, fut élevé, si nous en
croyons Trincant, un fort beau monument de pierre où ils étaient
"représentés gisants", et "autour d'iceluy" étaient "leurs armes gravées".
Ces armes se voyaient sur les vitraux de la chapelle.
De son mariage avec Jehanne de Logé, Jehan du Bellay avait eu six fils et
cinq filles, dont Eustache, qui succéda à son père comme seigneur du Bellay
et de Gizeux et à sa mère comme seigneur du Bois-Thibault; 2° Louis, abbé de
Saint-Florent après son oncle Jehan; 3° René, abbé de Notre-Dame-la-Grande à
Poitiers; 4° Jehan, auteur de la branche des seigneurs de la Flotte; 5°
Martin, prieur de Saint Michel de Thouars; 6° Louis, auteur de la branche
des seigneurs de Langey. Les filles étaient: 1° Philippe, qui épousa en 1456
Jehan d'Angennes, seigneur de Rambouillet; 2° Jehanne, femme de Louis Auvé,
seigneur de Soulgé le Bruant près de Laval; 3° Françoise, abbesse de la
Trinité de Caen; 4° Jehanne, fondatrice des Cordeliers de la Flèche; 5°
Jacqueline, mariée en 1472 avec Jehan d'Hauteville, seigneur du dit lieu, en
Charchigné près de Lassay. Eustache du Bellay, comme fils aîné et principal
héritier de Jean du Bellay et de Jeanne de Logé, succéda à son père dans les
terres du Bellay et de Gizeux, et à sa mère dans celles du Bois-Thibault et
de Tessé. Marié dès l'année 1461 avec Catherine de Beaumont, fille aînée de
Louis de Beaumont, chevalier, seigneur de la Forest-sur-Sèvre, Comequiers et
le Plessis-Macé, et de Jeanne de Jousseaulme, il n'avait pas tardé à se voir
confier par le roi René les charges de chambellan et d'écuyer tranchant. En
1475, il avait été admis dans l'ordre du Croissant. Quelques années avant la
mort de ses parents, il était devenu veuf et était entré dans les ordres, ce
qui ne devait pas l'empêcher de recevoir en 1484 du jeune roi Charles VIII
des lettres de conseiller en son conseil, et de se qualifier en 1499, sous
le règne de Louis XII, des titres de conseiller et de chambellan de ce
prince. Comme seigneur du Bois-Thibault, il continua, ainsi que l'avait fait
son père, Jehan du Bellay, à plaider en la cour du Parlement de Paris contre
son suzerain, le seigneur de Lassay, pour soutenir ce qu'il croyait ses
droits, et il obtint à cette fin des lettres royaux en date du 3 mars 1482
Eustache du Bellay, pas plus que son père, n'a dû faire au Bois-Thibault des
séjours fréquents ni prolongés. Il habitait ordinairement la terre du
Bellay, en Anjou, où avait été la principale résidence de ses parents et
d'où nous le voyons dater, le 20 mars 1484, l'acte de fondation de deux
anniversaires solennels qui devaient être célébrés chaque année dans
l'abbaye du Louroux pour les âmes de Jean du Bellay et de Jeanne de Logé. En
l'absence du seigneur qui le possédait, le manoir du Bois-Thibault était,
semble-t-il, habité par un personnage appelé Jean de Saint-François qui
devait y remplir en quelque sorte les fonctions d'intendant. Eustache du
Bellay qui avait embrassé l'état ecclésiastique, mourut vers 1510 en odeur
de sainteté. Il laissait ou avait eu de son mariage avec Catherine de
Beaumont, René, qui continua la lignée des seigneurs du Bellay et de Gizeux,
et fut père, entr'autres enfants, d'Eustache du Bellay, évêque du Mans puis
de Paris; 2° de Louis, qui suit; 3° de Thibaut, abbé de Saint-Florent; 4° de
Jean, auteur de la branche de Gonnor, illustrée, comme on sait, par le poète
Joachim du Bellay; 5° de Louise, mariée en 1481 à Olivier de Mérichon,
gouverneur de la Rochelle et du pays d'Aunis; 6° et 7° de Jeanne et
Michelle, mortes sans alliance. Dans les partages qui suivirent la mort
d'Eustache du Bellay, ce fut à Louis, comme cadet, qu'échurent les terres du
Bois-Thibault et de Tessé. Ce dernier, à l'exemple de son père, s'était voué
de bonne heure à l'état ecclésiastique: dès le commencement de l'année 1492
il avait été pourvu de la cure de Saint-Séverin, à Paris; il ne tarda pas à
être nommé grand archidiacre; plus tard il devint chanoine de Notre-Dame,
docteur et proviseur de Sorbonne. Il faisait également partie du Parlement
comme conseiller clerc depuis l'année 1501. C'est vers 1510 qu'ildut
succéder à son père comme seigneur du Bois-Thibault ; en tous cas nous le
voyons à partir de 1512 commencer à recevoir en cette qualité quelques
déclarations féodales; celles-ci sont adressées à "noble et discret Maître
Loys du Bellay, archidiacre de Paris, conseiller du roy, seigneur des terres
et seigneuries du Bois-Thibault, de Tessé et de Montohier".
Bien que ses fonctions religieuses et parlementaires lui laissassent à cette
époque peu de loisirs, semble-t-il, pour aller faire des séjours dans ses
terres du Bas-Maine, il ne s'occupait pas moins d'en augmenter l'importance
par des acquisitions utiles; c'est ainsi qu'avant 1518, il avait acheté la
terre seigneuriale du Hazay, située entre ses deux terres du Bois-Thibault
et de Tessé, dans la paroisse de Rennes-en-Grenouille; de même en 1531 il
devait se rendre acquéreur du "lieu, domaine, terre et seigneurie du Boullay,
en la Chapelle-Moche". Et si, dans ces années-là, il n'habitait pas son
manoir du Bois-Thibault, il n'y entretenait pas moins un chapelain, nommé
Banssart, qui avait dans le cours de l'année 1517, dit des messes dans la
chapelle de ce manoir pour feue Mademoiselle de Chauvigné du Boisfroust. Een
1525, Louis du Bellay avait eu à rendre à Louis de Vendôme, seigneur de
Lassay, son aveu pour les terres qu'il tenait de lui. Se qualifiant
"archidiacre de Paris, il reconnut être homme de foy lige de ce seigneur au
regard de la seigneurie de Lassay, pour raison de ses terres et seigneuries
du Bois-Thibault, de Tessé et du Hazay, avec leurs appartenances et
dépendances, tant en domaines, fiefs, hommes, subjects, cens et debvoirs,
desquelles chascune en particulier le dénombrement suit: et premier son
manoir, chasteau et maison forte du Bois-Thibault"; ensuite venait le
"dénombrement des dites terres, fiefs et seigneuries de Tessé et du Hazay,
et, pour raison de toutes les dites choses, il confessait devoir chascun an
à la recepte de Lassay au jour d'angevine, oultre la foy et hommage lige,
139 sols de taille et une livre de cire; et le dit aveu en forme de livre
relié couvert de cuir, escript sur du velin: la première ligne en grosses
lettres dorées avec ses armes d'argent à la bande fuzelée de gueules et six
fleurs de lys d'azur".
On a remarqué que dans cet aveu Louis du Bellay avait pu, sans être blâmé
cette fois par son suzerain, qualifier son manoir du Bois-Thibault de "chasteau
et maison forte" ce fut là peut-être un des principaux motifs qui
l'encouragèrent à le faire reconstruire dans le goût si pur alors en
honneur, tel que l'ensemble de ses ruines magnifiques nous le représente
encore aujourd'hui. C'est en effet Louis du Bellay qui a fait élever le
grand bâtiment en forme d'équerre qui occupe toute la partie nord ouest du
manoir actuel. De ce côté il n'existait jusque-là, que des remparts flanqués
au nord-est et au nord-ouest des deux tours, évidemment moins hautes, que
nous y voyons toujours. Il adossa la nouvelle construction à ces tours et à
ces remparts en perçant ceux-ci d'ouvertures pour éclairer à l'extérieur les
salles du rez-de-chaussée, et, en ce qui regarde les tours, il les
transforma en les exhaussant pour les adapter au double bâtiment dont elles
devaient faire partie. Pour cela il fit aveugler à la partie inférieure les
petites ouvertures carrées dans le style du XVe siècle qu'il est encore
facile d'y distinguer; dans la partie intermédiaire il ouvrit sur le dehors
les fenêtres hautes et étroites que l'on y voit aussi; enfin à la partie
supérieure, nouvellement bâtie par lui, il accola des galeries circulaires
qui ont disparu mais dont les traces sont encore visibles. Quant à la
construction principale, il l'embellit, du côté intérieur comme du côté
extérieur, en l'éclairant de deux rangées de fenêtres plus ou moins larges,
les unes à croisillons, les autres à simples meneaux; et, pour desservir les
différents étages, il éleva dans l'angle intérieur de l'édifice une haute
tour d'escalier à pans coupés avec tourelle en encorbellement à la partie
supérieure. Cette tour est détruite aujourd'hui aux trois quarts; mais les
fragments qui en restent sont suffisants pour montrer quelle devait en être
la beauté. Tel fut le nouveau manoir élevé entre 1525 et 1530 par Louis du
Bellay, et dont les ruines grandioses excitent aujourd'hui à juste titre
notre admiration.
L'architecte qui avait été chargé par Louis du Bellay d'en établir le plan
et d'en diriger la construction nous est inconnu. Ce devait être un des
meilleurs architectes de l'époque, à en juger parla perfection des détails
de tout genre que présente dans ses diverses parties cet incomparable
édifice, à coup sûr le type le plus remarquable qui nous soit resté de
l'architecture de la Renaissance dans le Bas-Maine septentrional. Mais peut
être, cet architecte, Louis du Bellay l'avait-il fait venir de l'Anjou sur
la recommandation d'un des membres de sa famille qui l'avait déjà employé à
la construction ou à l'embellissement d'un des nom breux manoirs qu'y
possédait celui-ci, au Plessis-Macé ou ailleurs. Dans l'un ou l'autre de ces
manoirs, en effet, nul doute qu'on ne puisse retrouver les gracieux détails
d'architecture que l'on admire au Bois-Thibault. Ce qui cause ici notre
étonnement non moins que notre admiration, c'est de voir le dur granit du
Bas-Maine façonné avec autant de délicatesse que la tendre pierre blanche de
l'Anjou. Ce serait peut être par le même architecte que Louis du Bellay aura
fait faire le gracieux balcon à accoudoir qu'on voit à gauche de la tourelle
de l'escalier dans la partie sud ouest du manoir, celle dont l'ensemble
appartient, selon nous, à la seconde moitié du XVe siècle. Nous serions
assez porté à le croire. Du reste Louis du Bellay ne s'était pas contenté de
reconstruire la partie habitable de son manoir: il avait également fait
restaurer en ces années-là l'antique chapelle du Bois-Thibault dédiée à
sainte Catherine, pour laquelle il semble avoir eu une prédilection toute
particulière. Il l'avait fait ériger en chapelle paroissiale, avec droit de
toutes fonctions curiales pour le chapelain et de conserver le Très Saint
Sacrement de l'autel.
Si Louis du Bellay avait ainsi pris la peine de reconstruire son manoir du
Bas-Maine et de faire attacher à la chapelle de celui-ci de si grandes
prérogatives, c'était dans l'intention d'y faire des séjours plus prolongés
que par le passé et d'y recevoir, pendant la belle saison, quelques-uns de
ses amis. Il serait à coup sûr intéressant de connaître les noms des hôtes
que le grand archidiacre de Paris reçut alors au Bois-Thibault et logea dans
ces chambres dont les planchers se sont depuis longtemps effondrés, dont les
fenêtres sont désormais ouvertes à tous les vents, mais dont les magnifiques
manteaux de cheminée rappellent encore la noble destination. Si nous ne les
connaissons pas tous, nous pouvons en citer quelques-uns. C'est ainsi qu'à
l'occasion de la consécration de la nouvelle chapelle, consécration qui eut
lieu, très probablement, dans l'été de 1535, les deux cardinaux Louis de
Bourbon, évêque du Mans, et Jean du Bellay, évêque de Paris, ainsi que
Jacques de Silly, évêque de Séez, invités par Louis du Bellay, vinrent tous
les trois prendre gîte dans son beau manoir. Et ce dut être une cérémonie
bien imposante, et dont on conserva longtemps le souvenir dans le pays, que
celle où l'on vit les trois prélats procéder à la consécration de la
seigneuriale chapelle nouvellement restaurée. Toutefois, même à cette
époque, le seigneur du Bois-Thibault, toujours retenu la plus grande partie
de l'année à Paris par ses doubles fonctions de grand archidiacre et de
conseiller au Parlement, ne pouvait faire dans ses terres du Bas-Maine que
des séjours très intermittents. Nous voyons en ces années-là sa présence
signalée à Paris dans plusieurs circonstances où il est appelé à jouer un
rôle assez important. C'est ainsi qu'en septembre 1535, à l'occasion de la
réformation de l'Hôtel-Dieu de cette ville, "Maistre Loys du Bellay,
conseiller du roy en la court de parlement", avait été commis par la chambre
des vacations pour assister les vicaires et réformateurs nouvellement nommés
à la requête du procureur général du roi.
Louis de Bellay mourut trois jours après avoir dicté ce testament, le 4
janvier 1541. Ses obsèques furent célébrées le lendemain en l'église
Notre-Dame par son cousin Jean du Bellay, qui était encore évêque de Paris à
cette époque, et son corps fut inhumé dans la chapelle Saint-Crépin de la
même église, chapelle qui est devenue depuis celle des du Bellay. On y
voyait encore au XVIIIe siècle son tombeau, avec l'épitaphe suivante: "Cy
gist noble et vénérable personne messire Loys du Bellay, en son vivant
conseiller du Roy nostre sire en sa court de parlement et grand archidiacre
et chanoine de céans, seigneur du Bois-Thibault, Chelles et Villequier,
lequel a esté inhumé par Révérendissime cardinal du Bellay, évesque de
Paris, le 5e jour de janvier 1541. Priez Dieu pour luy". Les héritiers de
Louis du Bellay n'oublièrent pas quelle prédilection le défunt avait
témoignée dans les derniers temps de sa vie pour sa chapelle du
Bois-Thibault: aussi voulurent-ils que son cœur y reposât, enfermé dans un
superbe mausolée sur lequel ils firent placer la statue de l'archidiacre,
représenté à genoux, tandis qu'au pied de ce mausolée, on voyait la figure
d'un cœur. On lisait dans le fond du mausolée l'inscription suivante: "Ici
gît le cœur de haut et puissant Messire Louis du Bellay, grand archidiacre
de Paris, fondateur de cette auguste et sainte église, qui fut consacrée par
les Eminentissimes Cardinaux de Bourbon, évêque du Mans, et du Bellay, et
par le Révérendissime évêque de Séez, dans laquelle fut érigée la paroisse
du Bois-Thibault, avec droit de toutes fonctions curiales au chapelain, et
de conserver le Très Saint Sacrement de l'autel. Priez Dieu de donner la
paix éternelle à son âme". Après la mort de Louis du Bellay, les terres
qu'il avait possédées, entr'autres celle du Bois-Thibault, passèrent à son
neveu, François du Bellay, comte de Tonnerre, qui se trouvait le chef de sa
maison. Fils de René du Bellay et de Marquise de Laval, il servait depuis
1529 comme homme d'armes dans la compagnie d'ordonnance du comte de Daillon
et depuis 1534 gentilhomme de la maison du roi François 1er.
Il avait épousé en 1538 Louise de Clermont, fille de Bernardin de Clermont
et d'Anne de Husson, dame de Tonnerre, et en avait eu un fils, François
Henry du Bellay, à qui son grand-oncle, Louis du Bellay, avait légué ses
acquêts et conquêts. François du Bellay, comte de Tonnerre, devint au dbu du
règne d'Henri II gouverneur de Compiègne et reçut en 1552 des lettres de ce
prince lui confiant le commandement des nobles de l'arrière-ban du bailliage
de Sens. Comme seigneur du Bois-Thibault, il lui fut rendu pendant les
années 1543 à 1545 diverses déclarations féodales où il est qualifié:
"chevalier, comte de Tonnerre, baron de la Forest, seigneur des terres et
seigneuries du Boisthibault, Tessé et le Hazay". Il mourut au château de
Saint-Maur-des-Fossés, le 30 novembre1553, après avoir, dans son testament
du 28 octobre précédent, donné pour curateur à son fils le comte de Sancerre
et défendu toute pompe à ses funérailles. François du Bellay, alors âgé
d'une quinzaine d'années, était donc désormais, sous la tutelle de son
curateur, seigneur du Bois-Thibault en même temps que des autres terres
composant la succession paternelle. Mais il mourut peu de temps après, et
Louise de Clermont ne tarda pas à convoler avec Antoine de Crussol, duc
d'Uzès. La succession de ce mineur qui n'en était pas moins, au moment de
son décès, l'aîné de sa maison, donna lieu, entre sa mère d'une part et ses
oncles paternels de l'autre, à un long procès qui ne devait prendre fin
qu'en 1565. Le chef de la famille du Bellay était, depuis la disparition de
François-Henry, l'évêque de Paris, Eustache du Bellay, deuxième fils de René
et de Marquise de Laval. Ce dernier était un personnage très important, à
cause de l'éminente dignité ecclésiastique dont il était revêtu, mais aussi
à sa grande intelligence en affaires, laquelle l'avait fait désigner en 1560
pour aller représenter la France au Concile de Trente. Il était conseiller
clerc au Parlement depuis l'année 1543, ayant suc cédé dans cette charge à
son oncle Louis du Bellay.
Ce fut lui qui, en sa qualité d'aîné, prit sur lui de soutenir contre
Antoine de Crussol et Louise de Clermont, le procès relatif à la succession
de son neveu François Henry. Mais le titre de seigneur de la terre qui nous
intéresse était une des qualifications que prenait cet important personnage,
mais ce n'était pas lui en réalité qui la possédait. Il l'avait abandonnée à
son frère cadet, Jacques du Bellay, seigneur de Thouarcé, que nous voyons en
1564 et 1565 en recevoir les hommages et déclarations féodales. Non moins
que son frère Eustache, Jacques du Bellay joua un certain rôle dans
l'histoire de son temps. Il avait, si nous en croyons Trincant, "porté ses
premières armes au service du roi François 1er. Sous le règne suivant, il
remplissait à la cour l'office de panetier ordinaire. En 1557, il s'était
trouvé à la bataille de Saint-Quentin; prisonnier du comte de Mansfeld à la
suite de cette terrible journée, il fut détenu au château de Taunay. "Au
temps du tumulte d'Amboise suscité par ceux de la nouvelle secte qu'on
appelle huguenots, Jacques du Bel lay estoit à la cour. Après l'exécution de
quelques uns des conjurateurs, il fut envoyé en la province d'Anjou pour
prendre garde aux actions de quelques gentilshommes du pays... Il avoit une
aversion si grande contre cette nouvelle secte,... qu'il ne voulut jamais en
permettre l'existance en aulcune de ses terres...". En 1564, Jacques du
Bellay servait en qualité d'homme d'armes dans la compagnie d'ordonnance du
seigneur de Malicorne et se trouva aux batailles de Dreux, de Jarnac, de
Saint-Denis, à la journée de Loudun et à celle de Moncontour. "En
considération de ses services assidus, le roy Charles IX luy fit l'honneur
de le faire chevalier de son ordre (il fut fait chevalier de Saint-Michel
par lettre du 1er juillet 1568) et luy donner le collier (le maréchal de
Vieilleville eut charge de luy donner l'ordre, ce-qu'il fit à Durtal le 17e
du même mois), mais encore le chargea de donner le collier au seigneur de
Maillé et au seigneur d'Homme... En 1573 le Roy, par lettres escriptes à la
Fèrele 15e jour d'octobre, commanda à Jacques du Bellay de se transporter
par les villes et pays d'Anjou pour entendre les plaintes et doléances de
ses sujets, et il reçut pour cet effet une instruction comme il avoit à s'y
comporter".
Jacques du Bellay mourut au château d'Hommes le 20 juillet 1580, et fut
porté deux jours après à Gizeux pour y être inhumé. Il avait eu de son union
avec Antoinette de la Palu deux fils dont René, seigneur de la Lande, qui
continua la ligne directe; 2° Eustache, seigneur de Commequiers, auteur de
la branche de la Courbe; 3° une fille, Jeanne, mariée à Pierre, seigneur de
Thouarcé, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, puis remariée à
François de Vauchin. C'est aux enfants mineurs d'Eustache du Bellay, mort
avant 1580, qu'échurent, après la mort de leur aïeul, les trois terres
possédées au Bas-Maine par Jacques du Bellay tant de son chef que de celui
de sa femme, et ce fut leur mère, Guyonne d'Orenge, qui fit en leur nom, dès
le 3 décembre 1580, hommage à la châtellenie de Lassay pour la première ce
ces trois terres. Celle-ci était fille de Georges d'Orenge, seigneur de la
Feuillée en Alexain, et de la Courbe en Souvigné-sur-Sarthe, et de
Péronnelle de Lignières, dame du dit lieu près Fougères. Elle avait eu de
son union avec le seigneur de Commequiers quatre fils: Charles, Pierre, René
et Jacques, et deux filles: Marquise et Renée. Ce fut à l'aîné de ces
enfants, à peine âgé de 20 ans, que fut attribuée la terre du Bois-Thibault
pour sa part dans la succession de son père et de son aïeul. En effet, c'est
Charles du Bellay qui, en mars 1585, présente à la nomination de l'évêque du
Mans un nouveau titulaire pour la chapelle Sainte-Catherine, fondée et
desservie au manoir du Bois-Thibault, en la paroisse de
Saint-Fraimbault-de-Lassay, au diocèse du Mans; il s'agissait de pourvoir au
remplacement de Maître Etienne Godart, décédé, et Maître Jehan Chausse qui
allait lui succéder. Le fils aîné de Guyonne d'Orenge avait en ces années là
pour résidence ordinaire le manoir de la Feuillée où il habitait avec sa
mère et ses frères et sœurs.
Au commencement de l'année 1587, Pierre du Bellay, l'un des frères de
Charles, avait épousé Barbe d'Aulnières, veuve de Robert des Rotours,
seigneur du Coudray, en Saint-Denis-du-Maine, et les deux époux étaient
allés habiter la terre de Sougé, non loin de celle du Coudray, que le
seigneur du Bois-Thibault avait abandonnée à ce frère à l'occasion de son
mariage. Or la femme de Pierre du Bellay avait eu de son premier mari deux
filles qui, encore toutes jeunes, étaient élevées au Coudray, sous la
tutelle de leur oncle Jacques de Charnacé. L'aînée s'appelait Radegonde.
C'était un fort beau parti, car elle devait avoir en dot, en sa qualité
d'aînée, avec la terre du Coudray, la châtellenie de Chemeré. En allant de
temps à autre voir son frère au manoir de Sougé Charles du Bellay se mit en
tête de prendre pour femme la fille aînée de sa belle-sœur. Au printemps
1589, malgré l'extrême jeunesse de Radegonde des Rotours (elle avait à peine
douze ans), malgré aussi l'opposition de Barbe d'Aulnières, il l'enleva,
puis l'épousa par contrat du 2 mai de cette même année. On était alors au
fort des guerres de la Ligue, et l'on sait comment, après l'assassinat des
princes de Guise aux Etats de Blois, tandis que le roi Henri III se jetait
dans les bras du roi de Navarre et des Huguenots, une bonne moitié de la
noblesse française, dans le Maine comme ailleurs, avait pris les armes pour
la défense de la religion catholique menacée et s'était déclarée pour
l'Union. Dans ces graves circonstances le seigneur de la Feuillée et du
Bois-Thibault n'avait pas hésité sur le parti à prendre. Issu d'une famille
où, depuis le commencement des guerres religieuses, les traditions
catholiques avaient toujours été en honneur, vassal du duc de Mayenne,
cousin du fameux Pierre Le Cornu, seigneur du Plessis de Cosmes, tout le
poussait à prendre rang parmi les plus ardents champions de la Ligue dans le
Bas-Maine.
Ainsi, tandis que Charles du Bellay dérobait sa tête à la hache du bourreau
en cherchant un refuge en Bretagne, sa famille, restée dans le Maine,
veillait sur sa fortune et ses biens, et empêchait le Bois-Thibault de
passer entre des mains étrangères. Les guerres de religion touchaient alors
à leur terme. De retour auprès des siens dans le Bas-Maine, il ait mis une
fois de plus les différents manoirs qu'il y possédait, entr'autres le Bois
Thibault, en état de défense, et ait gardé une attitude hostile. Peut-être,
jusqu'à ce que la paix générale fût proclamée, redoutait-il, non pas un
manque de parole de la part du roi, mais quelque agression de la part de ses
ennemis. En tous cas, après la publication de la paix générale (12 juin
1598), Charles du Bellay ne tarda pas à rentrer complètement en grâce auprès
d'Henri IV. Ce prince lui avait pardonné sans arrière-pensée sa conduite
pendant les guerres de la Ligue, et il devait le lui prouver en le créant
chevalier de son ordre et en le nommant gentilhomme ordinaire de sa chambre.
Bien que Charles du Bellay fît le plus souvent sa résidence au château de la
Feuillée en Alexain, on le trouve parfois établi, durant cette période, au
Bois-Thibault où il fait avec sa famille des séjours assez prolongés. C'est
dans ce manoir que Radegonde des Rotours accouche le 2 mai 1602 d'Éléonore
du Bellay, qui est baptisée dans l'église Saint Fraimbault de Lassay. De
même, le 4 novembre suivant, on voit noble Magdelon du Bellay, fils aîné du
seigneur de la Feuillée, tenir avec sa tante maternelle Renée des Rotours,
un enfant sur les fonts baptismaux de cette église. C'est du reste en 1602
et en 1603 que Charles du Bellay s'était fait rendre par ses vassaux du
Bois-Thibault les déclarations féodales qu'il n'avait pu recevoir dans les
années troublées. Dans ces déclarations, il est qualifié "chevalier de
l'ordre du roy, seigneur de la Feuillée, le Couldray, le Bois-Thibault, le
Hazay et Montohier".
Il avait déjà reçu à cette époque là d'Henri IV le collier de l'ordre du
Saint-Esprit; bien plus, en 1607, à l'occasion du mariage de sa belle-sœur
Renée des Rotours avec René de Montesson, (un autre ancien ligueur!) il
ajoute à son titre de chevalier de l'ordre du roi celui de "gentilhomme
ordinaire de sa chambre". Comme on le voit, il avait entièrement retrouvé
les bonnes grâces de son souverain. Au printemps de l'année 1612, la terre
et seigneurie de Montguerré près la ville d'Ernée, au duché de Mayenne, se
trouva sur le point d'être mise en adjudication par décret. Charles du
Bellay, qui désirait s'en rendre adjudicataire mais n'avait pas à sa
disposition la somme nécessaire pour cette acquisition, fit emprunter par
Radegonde des Rotours, alors à Paris, de "Mathurin de Sapvonnières, escuyer,
seigneur de Linières" la somme de 7.200 livres tournois, en affectant à ce
prêt, comme gage hypothécaire, ses quatre terres de la Feuillée, du
Bois-Thibault, du Coudray et de Lignières. Dans l'acte qui fut passé à cet
effet la terre qui nous intéresse est ainsi spécifiée: " la terre et
seigneurie du Boisthibault... consistant en maison seigneuriale, terres,
prez, bois, cens, rentes et autres ses appartenances et dépendances, seize
près le ville de Mayenne". Charles du Bellay mourut à la Feuillée le 14
septembre 1613 et fut enterré dans l'église d'Alexain le lendemain, "en
présence de plusieurs gens d'église, comme chappelains, curés, jacobins et
cordeliers, et grande quantité de nobles, et aultres du tiers estat". Il
laissait de son union avec Radegonde des Rotours deux fils: Magdelon et
René, et cinq filles: Guyonne, Renée, Marguerite, Éléonore et Gabrielle.
Madgelon du Bellay mourut en 1630 sans alliance. A sa majorité, ou peut-être
même auparavant, il avait été partagé, en sa qualité d'aîné, de la terre de
la Feuillée; quant à celle du Bois-Thibault, bien qu'il s'en qualifiât
baron, la propriété appartenait à sa mère Radegonde
des Rotours, soit à titre de douaire, soit comme ayant le bail et garde
noble de ses autres enfants mineurs.
En 1625, celle-ci donna procuration pour présenter à Charlotte du Tillet,
alors dame de la châtellenie de Lassay, l'aveu qu'elle lui devait pour le
Bois-Thibault. En 1628 elle reçut, au regard de sa terre et seigneurie du
Hazay, plusieurs déclarations féodales, entr'autres celle de Jacques et
d'Anne de Pennard. A cette époque, les affaires des du Bellay étaient assez
embrouillées: dès 1627 Magdelon du Bellay avait vu saisir sur lui la terre
de la Feuillée; en 1631, un arrêt du Parlement ordonna la saisie du
Bois-Thibault sur Radegonde des Rotours, et ce à la requête de Claude
Gallard, conseiller, notaire et secrétaire du roi, et les criées en furent
certifiées au Mans le 17 janvier 1633. Il est fait mention au procès-verbal
de ces criées du "fief, terre et seigneurie du Boisthibault, scis paroisses
de Lassay et Sainte-Marie-du-Bois, le dit fief consistant en chasteau
couvert d'ardoises, clos de fossés à pont levis, basse court, estables,
bois, jardins, terres labourables et non labourables, bois de haulte fustaye,
cens, rentes et autres droits, circonstances et dépendances". Cependant René
du Bellay, second fils de Charles du Bellay et de Radegonde des Rotours,
devenu aîné par suite de la mort sans héritiers de son frère Magdelon, avait
épousé en août 1632 Marie de Thou, fille de Jacques-Auguste de Thou,
chevalier, seigneur de Villebon, président au parlement de Paris. Ce fut
sans doute à cette occasion que sa mère lui abandonna la terre du
Bois-Thibault. Il avait pour principale résidence le manoir de la Feuillée,
où avaient habité avant lui son père et son frère aîné dont il avait hérité,
mais il n'en venait pas moins de temps à autre faire quelque petit séjour à
Lassay. Ainsi dans les premiers jours de décembre 1632, on le voit tenir sur
les fonts, avec Françoise de Froullay, dame de la Ferrière, René, fils
d'Isaac de Madaillan, seigneur du Boisfroust, et de Jeanne de Varigny. Les
deux seigneurs du Bois-Thibault et du Boisfroust avaient oublié les
sentiments de haine irréconciliable qui avaient autrefois divisé leurs
parents. Il est vrai que le fils de Judith de Chauvigné venait d'abjurer le
protestantisme, et que son frère, Michel de Madaillan, était prieur de la
Baroche Gondouin.
En 1633, un certain nombre de déclarations féodales furent rendues, au
regard de la terre de Bois-Thibault, à "haut et puissant seigneur Messire
René du Bellay, chevalier de l'ordre du roy, seigneur comte de la Feuillée,
et des terres, fiefs et seigneuries du Bois-Thibault, le Hazay, Montohier et
autres lieux". En juin de cette même année 1633, René du Bellay perdit sa
femme Marie de Thou: il en avait eu un enfant, mort quelques jours avant sa
mère. Il se remaria quelques années après avec René de la Marzellière dont
il eut plusieurs enfants, entr'autres une fille, Charlotte qui en février
1643 apparaît comme marraine à un baptême célébré dans l'église
Saint-Fraimbault de Lassay. Si le Bois-Thibault était inhabité la plupart du
temps de ses seigneurs, sa chapelle n'en continuait pas moins à être
desservie par des chapelains; ainsi, en août 1643, François Buchan, sieur de
Beauvais, chapelain de la chapelle desservie dans la chapelle du Bois
Thibault, donnait à bail le lieu et closerie de la Presterie dépendant du
temporel. En 1644, René du Bellay avait failli se trouver en procès, comme
seigneur du Bois-Thibault, avec ce même Isaac de Madaillan dont, quelques
années auparavant, il avait tenu le fils sur les fonts baptismaux de Niort.
Il avait eu l'idée de faire planter un poteau à ses armes proche les églises
de Saint-Fraimbault, Courberie, Sainte-Marie-du-Bois et Thubœuf, et il avait
en même temps élevé la prétention d'exercer dans ces quatre paroisses, où
s'étendait la juridiction seigneuriale, les droits de haute et de moyenne
justice. Or Isaac de Madaillan, qui venait de se rendre adjudicataire de la
châtellenie de Lassay, ne crut pas devoir tolérer ces nouveautés qu'il
regardait comme attentatoires à ses droits de seigneur châtelain.
Heureusement les deux compétiteurs qui ne demandaient qu'à continuer à vivre
en bons voisins, se décidèrent à transiger aux conditions suivantes par acte
passé le 9 avril 1644 devant Jean Desnos notaire au Châtelet de Paris.
René du Bellay se désistait de la prétention de haute et moyenne justice au
Bois-Thibault, et se contentait de basse justice et foncière; il consentait
d'ailleurs que le poteau de l'église de Saint-Fraimbault fût enlevé; quant
aux trois autres, ils devaient rester aux lieux où ils étaient "sans
préjudice au seigneur de Lassay de y en faire mettre pour marque de ses
seigneuries". De son côté, Isaac de Madaillan déclarait "ne prétendre aulcun
droict de fondation des églises de Sainte Marie du Bois et Thubœuf"; et même
il consentait que le seigneur de la Feuillée lui concédât "tel droit de
fondation qu'il luy peult appartenir dans l'église de Courberie" et qu'il y
fît mettre "littres et ceintures funèbres au dessoubs de celle du seigneur
de Lassay, telle que bon luy semblera". En 1651, par contrat passé devant
Marin Fresnot, "haut et puissant seigneur Messire René du Bellay, chevalier
de l'ordre du roy, seigneur comte de la Feuillée et des terres et
seigneuries du Bois-Thibault, Montohier et autres lieux", acheta de Messire
François de Madaillan et de dame Françoise de Guillebert de Secqueville
alors seigneur et dame de la Drouardière et de la Bazoche, le fief de Saint
Fraimbault qui jusqu'alors relevait de la Baroche et seulement en
arrière-fief du Bois-Thibault. En février 1660, le comte de la Feuillée eut
à rendre à Louis de Madaillan, chevalier, seigneur de Montataire, qui avait
succédé à son père Isaac dans la possession du marquisat de Lassay, l'aveu
dont il était tenu envers ce dernier comme seigneur des terres du
Bois-Thibault et du Hazay. Il s'avoua être "homme de foy lige au regard de
la chastelenie de Lassay" pour raison de ces deux terres seigneuriales, et
en présenta le dénombrement; à la fin duquel il déclara devoir "à la recepte
de Lassay, au jour de l'angevine, treize livres tournois et neuf sols avec
une livre de cire", etc...
En 1661, le 2 septembre, eut lieu dans l'église de Saint Fraimbault, le
baptême de Marie, fille d'André Haireau, sieur de Lamboux, avocat en
parlement, et de Louise Piette. La marraine fut "haute et puissante
demoiselle Marie, fille de haut et puissant seigneur Messire René du Bellay,
chevalier seigneur marquis du Bellay, de la Feuillée, du Bois-Thibault et
autres terres, et de haute et puissante dame Renée de la Marzelière, son
épouse". On trouve sur le vieux registre paroissial la signature de Marie du
Bellay ainsi que celle de sa mère. Si René du Bellay prenait à cette époque
le titre de marquis du Bellay, c'est que le dernier représentant de la
branche aînée de sa famille, Charles, marquis du Bellay, prince d'Yvetot,
venait de mourir sans postérité, et que René se trouvait par là chef du nom
et des armes. Il mourut du reste à la fin de cette année-là ou au
commencement de la suivante, ne laissant de son union avec Renée de la
Marzellière qu'une fille unique, cette Marie du Bellay que nous avons vue
marraine en l'église de Saint Fraimbault de Lassay. Ce fut donc comme
tutrice et garde noble de cette dernière que, le 6 novembre 1662, dame Renée
de la Marzelière donna pour ce qui regardait le Bois-Thibault, à Claude
Malet, seigneur de Coulfru, et à dame Marie de Montreuil, sa femme, récents
acquéreurs de la terre, fief et seigneurie de Tessé, quittance des ventes
par eux dues pour leur contrat d'achat; elle reçut de ce chef 4.000 livres
tournois. La jeune Marie du Bellay ne survécut pas longtemps à son père:
elle mourut vers le commencement de l'année 1663. Elle eut pour héritiers sa
tante paternelle, Léonore du Bellay, femme de Jacques de Malnoë, et ses
neveux de Sévigné au droit de leur mère Gabrielle du Bellay. Tous ces
représentants de Charles du Bellay gardèrent la terre de la Feuillée qui fut
plus tard attribuée à la dame de Malnoë; mais en ce qui concernait la terre
du Bois-Thibault, les héritiers de Marie du Bellay l'abandonnèrent à Renée
de la Marzellière en paiement de sa dot et de ses reprises.
Ainsi la terre qui nous occupe allait sortir de la maison du Bellay pour
passer entre des mains étrangères. En devenant propriétaire de la terre du
Bois-Thibault, la veuve de René du Bellay se trouvait par là même exposée
aux revendications des créanciers de la succession de son défunt mari.
Ceux-ci forts d'une sentence rendue par les gens tenant les requêtes du
Palais à Paris en date du 18 juillet 1664, et faute par Eléonore du Bellay
de satisfaire à leurs réclamations, firent saisir le 22 septembre 1665 "la
terre seigneuriale du Bois-Thibault, scituée paroisse de
Saint-Fraimbault-de-Lassay, pays du Maine..." Est-ce afin de pouvoir mieux
se tirer de tous ces embarras que Renée de la Marzelière, malgré son âge
déjà mûr, s'était remariée dans le courant de l'année 1665, avec
Jacques-Auguste de Thou, "chevalier, comte de Meslay-le-Vidame, conseiller
du Roy en ses conseils d'estat, président de la cour du Parlement de Paris,
et son ambassadeur en Hollande?" Ce second mari était d'ailleurs veuf
lui-même de Marie Picard et frère de Marie de Thou, la première femme de
René du Bellay. C'est évidemment à cause de ces importantes fonctions, que
Jacques-Auguste de Thou habitait presque toute l'année son hôtel situé à
Paris, paroisse Saint-Sulpice. C'est là que la dame du Bois-Thibault devenue
sa femme, alla partager son existence. Obligée de vivre loin du Bas-Maine,
elle avait constitué Maître François Le Meusnier, notaire royal à Lassay,
son procureur général et spécial à l'effet d'affermer les "mestairies,
domaines et moulins et toutes autres dépendances du Bois-Thibault et le
Hazay, et recevoir les fermes, et suffrager ensemble les rentes féodales en
argent et espèces", etc. En 1677, elle devint veuve pour la seconde fois.
Jacques-Auguste de Thou mourut dans son hôtel à Paris, le 27 septembre 1677,
et fut enterré le lendemain en l'église Saint-André-des-Arts.
Mais les créanciers des du Bellay étaient plus pressants que jamais. La
principale créance était aux mains de dame Bonne Fayet, veuve de Jean
Jacques Barillon, ancien président au parlement de Paris, au profit de qui,
dès 1634, René du Bellay avait constitué solidairement, avec sa mère
Radegonde des Rotours et sa sœur Gabrielle du Bellay, une rente de 1.000
livres au capital de 16.000 livres. Or la présidente de Barillon et la
présidente de Thou étaient, paraît-il, fort liées. La première se contenta,
pour rendre service à son amie tout en sauvegardant ses droits, de faire
signer le 29 juin 1677, à celle-ci un "titre nouvel" reconnaissant que la
terre du Bois-Thibault, dont elle était détentrice, était affectée, obligée
et hypothéquée au paiement de la dite rente qu'elle s'engageait à payer tant
qu'elle serait propriétaire de cette terre. Moyennant cette déclaration,
Madame de Barillon laissa Madame de Thou jouir du Bois-Thibault pendant que
les autres biens de la succession de René du Bellay étaient discutés par les
créanciers de cette succession. Il est probable qu'à cette époque, Renée de
la Marzelière était revenue habiter son manoir du Bois-Thibault, sinon
pendant toute l'année, au moins à la belle saison. Ainsi nous la voyons, le
16 août 1682, assister dans la chapelle Sainte-Catherine du Bois-Thibault à
la célébration du mariage de Clément de Quelquejeu, sieur de Bonvoisin, juge
général civil et criminel au marquisat de Lassay, fils de noble Clément de
Quelquejeu, sieur du Coudray, receveur au grenier à sel de Lassay et de
défunte demoiselle Françoise du Jarrier, ses père et mère, avec demoiselle
Françoise Thoumin, fille de Maître Mathurin Thoumin, sieur de Montaigu,
docteur en médecine, et de demoiselle Françoise Tanquerel, ses père et mère,
de la paroisse de Notre-Dame de Mayenne. La signature de la dame du
Bois-Thibault figure sur le registre paroissial.
Renée de la Marzelière avait reçu en 1678 les déclarations féodales de ses
vassaux du Bois-Thibault; elle même rendit aveu pour cette terre (y compris
celle du Hazay) à Armand de Madaillan en octobre 1685. Dans l'aveu présenté
en 1687 au roi Louis XIV par ce dernier pour son marquisat de Lassay, elle
est mentionnée ainsi: "Dame Renée de la Marzelière, veusve en deuxièmes
noces de Jacques-Augustede Thou, conseiller en vos conseils, cy-devant
président et vostre ambassadeur en Hollande, et en premières noces de René
du Bellay, chevalier, seigneur marquis du dit lieu, pour raison de ses
terres, fiefs et seigneuries du Bois-Thibault,Thubœuf et fiefs de la Baroche
acquis par le dit défunt seigneur du Bellay, et en tiltre de moyenne justice
pour raison de ses terres du Bois-Thibault, Thubœuf et le Hazay, pour en
user suivant la coustume de cette pro vince du Maine, et sans exercice, et
suivant la transaction faite entre mes prédécesseurs et le dit seigneur du
Bellay devant les notaires au chastelet de Paris, me doit foy et hommage
lige et payer à ma dite recepte, au jour de l'angevine de chaque année, la
somme de treize livres et une livre de cire". Renée de la Marzelière mourut
à Paris en juin 1691. Elle ne laissait pas d'enfant. Mais elle avait comme
héritiers ses deux sœurs Gillonne et Françoise de la Marzelière, ou leurs
représentants. Françoise, déjà décédée, était représentée par son petit fils
de Coetquen, qui était sous la tutelle de Marguerite de Chabot Rohan, sa
mère; quant à Gillonne, veuve de René du Matz, marquis du Brossay, elle
vivait encore. La dame de Coetquen, agissant pour son petit-fils, et la dame
du Brossay ne purent s'entendre au sujet de cette succession, la première
déclarant la prendre et accepter sous bénéfice d'inventaire, tandis que la
seconde prétendait l'accepter purement et simplement et en exclure le jeune
de Coetquen.
Pendant que la marquise de Coetquen et la marquise du Brossay se disputaient
ainsi la succession de la présidente de Thou, Philippe-César, comte de
Chastellux, et Judith de Barillon, sa femme, fille et héritière de la
présidente de Barillon, en septembre 1692, avaient fait faire par Pierre
Chastelier, premier huissier du roi, commandement à "dame Marguerite Chabot
de Rohan, veuve de messire Malo, marquis de Coetquen, demeurante à Paris,
place Royale, en son domicile, parlant à son suisse", et à "dame Guillemette
Blin, veuve de messire Henry-Pélagie de Coetquen, chevalier, marquis de la
Marzelière, demeurant à Paris, rue des Tournelles, en son domicile, parlant
à son laquais", les dites dames "au nom et comme tutrices de leurs enfants
mineurs, petits neveux et héritiers de la dite défunte dame Renée de la
Marzelière, leur tante", de "donner et payer aux dits sieur et dame de
Chastellux la somme de 15.000 livres pour quinze années d'arrérages de la
rente de 1.000 livres" dont il a été question plus haut; et, comme celles-ci
avaient refusé de payer, René Rousseau, huissier au siège présidial de
Château-Gontier, s'était, le 16 janvier 1693, "après midy, transporté avec
ses témoins et assistants au chasteau et terre seigneuriale du Bois-Thibault,
proche la ville de Lassay, où estant, il avait procédé à la saisie de la
dite terre sur les dites dames marquises de Coetquen et de la Marzelière".
D'après le procès verbal dressé par lui, le domaine du Bois-Thibault était
composé de "la maison seigneuriale, en laquelle il y a salles basses,
cuisine et dépense, cellier, chambres hautes à cheminée, grenier au-dessus,
de la chapelle Sainte-Catherine, d'escuries et autres logements, de fuye et
colombier à pigeons, le tout couvert d'ardoises, de haute et basse-cours
encloses de murailles, fossés autour et pont levis, d'un grand jardin clos
de murs, de quatre grands bois de haute futaye, nommés le bois Thibault, le
bois du Parc, le bois de la Folie et les Louvanières, des bois taillis
nommés les Grands Taillis, contenant 25 journaux ou environ, de la prée des
Rivières, d'un autre grand pré proche le châsteau, de l'étang à eau de
Ponceret, des moulins à eau tournans et virans du Tilleul, du moulineau, du
moulin de Gérard et étang en dépendant, des métairies de la Basse-Cour, du
Bois-Thibault, de la Janvrie, de la Noë, et de la Roussière, le tout situé
ès paroisses de Saint Fraimbault et de Sainte-Marie-du-Bois".
Telle était la composition domaniale de la terre du Bois-Thibault lorsque
celle-ci fut saisie et mise aux mains de la justice par René Rousseau le 26
janvier 1693. Le même jour cet huissier saisit également "les fiefs et
seigneuries dépendants de la dite terre, hommes sujets et vassaux, droits
honorifiques et profitables, droit au four à ban en la dite ville de Lassay,
cens, rentes tant en argent qu'en grains, volailles, corvées et autres
revenans au dit châsteau dans la ville de Lassay et ès dites paroisses de
Saint-Fraimbault, Sainte-Marie-du-Bois, le Ribay, la Baroche et Rennes,
province du Mayne, appartenances, circonstances et dépendances", etc. La
saisie de la terre du Bois-Thibault avec les suites qu'elle comportait fut
portée devant la haute juridiction des requêtes de l'hôtel. Le mobilier de
Madame de Thou avait été vendu: l'instance de distribution du prix de vente
ne devait être jugée qu'en 1697. Cependant Charles-Louis-Vincent du Matz,
marquis du Brossay, petit-fils de Gillonne de la Marzelière, morte vers noël
1692, et son héritier par représentation, avait pris possession du
Bois-Thibault. Sans s'inquiéter de la récente saisie faite au mois de
janvier précédent, il n'avait pas hésité à se faire rendre un certain nombre
de déclarations féodales par les vassaux du Bois-Thibault en 1693. Ces
déclarations furent rendues à "Louis-Charles du Matz, chevalier, marquis du
Brossay, héritier, par représentation de Charles du Matz son père, de dame
Gillonne de la Marzelière, vivante dame du Brossay et de la terre du
Bois-Thibault, son ayeule, laquelle avait été faite héritière de dame Renée
de la Marzelière, sa sœur.
Le nouveau seigneur du Bois-Thibault appartenait à une famille d'ancienne
noblesse bretonne qui portait pour armes d'argent fretté de gueules à un
chef échiqueté de deux traits de gueules et d'or, écartelé d'hermines à un
bâton racourci de gueules péri en barre. Une des principales illustrations
de cette famille avait été Gilles du Matz, chevalier, seigneur de Terchamp,
Montmartin et autres lieux, qui vivait à la fin du XVe siècle. Maître
d'hôtel du duc de Bretagne François II ce personnage était aussi capitaine
des ville et château de Nantes, et fut envoyé de la part de son souverain en
ambassade vers le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne. Sa seconde femme,
Jeanne de Beaucours, lui avait apporté en mariage la terre du Brossay en
Saint-Gravé, près de Rochefort-en-Terre, au diocèsede Vannes. Leur
petit-fils, François-Christophe du Matz, chevalier, seigneur du Brossay et
autres lieux, fut pendant les guerres de religion colonel généralde la
cavalerie légère de Messieurs les Princes, et fut tué à Domfront où il
s'était enfermé avec Montgommery. Jean du Matz, neveu de François-Christophe,
fut chevalier de l'Ordre du roi Louis XIII, capitaine de cinquante hommes
d'armes de ses ordonnances et maréchal de camp en ses armées. Il avait
épousé en secondes noces Julienne de Fontenailles, fille de Jean de
Fontenailles, seigneur du Mesnil-Barré, en Saint-Germain-le-Guillaume, près
Chailland, et d'Aliénor de Sourdeval. C'est par suite de cette dernière
alliance que les du Matz du Brossay s'étaient établis dans le Bas-Maine. De
Jean du Matz et de Julienne de Fontenailles était issu René du Matz,
chevalier de l'Ordre du roi et capitaine de cinquante hommes d'armes de ses
ordonnances, marquis du Brossay et seigneur du Mesnil-Barré, lequel avait
épousé Gillonne de la Marzelière, sœur de la femme de René du Bellay.
Ceux-ci avaient eu pour fils Charles du Matz, chevalier, marquis du Brossay,
époux en 1662 d'Hélène du Guesclin, dame de la Roberie, fille de Bertrand du
Guesclin, conseiller au Parlement de Bretagne, et de Judith de Chasteigner.
C'est de ces derniers qu'étaient nés au Mesnil-Barré Charles-Louis-Vincent,
son frère Joseph-Joachim, et sa sœur Marie-Vincente-Clarisse.
Telle était la famille dont était issu l'héritier de Renée de la Marzelière.
Pour lui, à l'exemple de ses ancêtres, il avait embrassé la carrière des
armes: en 1704, il se qualifiait aide de camp du comte de Toulouse, grand
amiral de France, et de 1713 à 1722, chevau-léger de la garde ordinaire du
roi. Bien qu'ayant leur principale résidence au Mesnil-Barré, les deux
frères du Matz du Brossay ne négligeaient aucune occasion de montrer combien
ils tenaient à leur nouvelle situation de seigneurs du Bois-Thibault: c'est
ainsi que, dès l'année 1695, "Messire Joseph-Joachim du Matz, abbé du
Brossay", avait accepté de figurer comme parrain d'un enfant baptisé le 6
septembre de cette année-là dans l'église Saint-Fraimbault-de-Lassay; c'est
ainsi encore qu'en 1703, "Messire Louis-Charles-Vincent du Matz, marquis du
Brossay, seigneur du Bois-Thibault et du Hazay", avait, comme seigneur
fondateur de la paroisse de Courberie, été parrain de la petite cloche de
l'église de cette paroisse. A cette époque, Maître Charles Jallier, que nous
avons vu en 1655 pourvu de la chapellenie du Bois-Thibault, en était
toujours titulaire; mais arrivé à un âge très avancé, son décès eut lieu
dans les premiers mois de l'année 1715, et le marquis du Brossay résolut de
lui donner un successeur. Il présenta donc à la nomination de l'évêque du
Mans, comme nouveau titulaire de ce bénéfice, Louis Garnier, "prêtre du
diocèse du Mans, demeurant à Lassay". Dans l'acte qui fut passé à cette
occasion, Charles-Louis-Vincent du Matz est qualifié "chevalier, marquis du
Brossay, comte du Mesnil-Barré, baron du Bois-Thibault"; il est dit
"demeurant ordinairement au bourg d'Andouillé, et agit en qua lité de baron
de la terre du Bois-Thibault et de patron présentateur de la chapelle ou
prestimonie de Sainte-Catherine, desservie dans la chapelle du même nom,
située proche le chasteau du Bois-Thibault, paroisse de Saint-Fraimbault",
etc.
Charles-Louis-Vincent du Matz mourut en 1729, ne laissant pas d'enfant de
son mariage avec Marie-Yolande de la Baume le Blanc de la Vallière, et sa
succession passa à son frère Joseph-Joachim. Celui-ci n'était plus dans les
ordres. Voyant le nom des du Matz près de s'éteindre, il s'était fait
relever de ses vœux et avait épousé Marie du Boberil; mais, pas plus que son
aîné, il n'était destiné à continuer sa race. Comme seigneur du
Bois-Thibault "Joseph-Joachim, chef du nom et armes du Matz, marquis du
Brossay, comte du Mesnil-Barré et du Bois-Thibault, baron de Joué et du
Cartier, seigneur chastelain de Chailland et de Grand-Fontaine", présenta
par acte du 4 septembre 1733 à la nomination de l'évêque du Mans Me J.-B.
Bignon, "prêtre, vicaire de la ville de Lassay", pour jouir de la chapelle
Sainte-Catherine du Bois-Thibault, vacante par le décès de Louis Garnier,
dernier titulaire de cette chapelle. Quelques jours après, Me J.-B. Bignon
prenait possession de la chapelle du Bois-Thibault, "fondée sous
l'invocation de Sainte-Catherine, située dans l'enclos du château du
Bois-Thibault, près Lassay"; revêtu de soutane et surplis, etc., il entra
"en la dite chapelle Sainte-Catherine par la grande porte et principale
entrée d'icelle, prit de l'eau bénite", etc. Joseph-Joachim du Matz fut à
peine pendant dix ans seigneur du Bois-Thibault; il était mort en l'année
1738. Comme il ne laissait, lui non plus, pas de postérité, sa succession
alla à sa sœur demoiselle Marie-Clarice-Vincente du Matz du Brossay.
Cependant la terre du Bois-Thibault était toujours sous l'effet de la saisie
de 1693 et n'avait pas cessé d'être sous le régime des fermiers judiciaires
chargés de veiller à la garde des intérêts des créanciers dont elle était le
gage. Le principal créancier était alors Messire Guillaume Antoine, comte de
Chalus, et le fermier judiciaire Nicolas Laisné.
Une sentence rendue aux Requêtes de l'hôtel du roi, le 3 octobre 1737,
"entre Nicolas Laisné, fermier judiciaire de la terre et seigneurie du
Bois-Thibault, Guillaume-Antoine, comte de Chalus, Joseph-Joachim du Matz,
marquis du Brossay, demoiselle Marie-Vincente-Clarice du Matz, fille
majeure, sa sœur, et Maître Nicolas Carré, procureur de François Dupont, et
procureur plus ancien des créanciers, portait que la dite terre et
dépendances du Bois-Thibault serait vue par des experts dont les parties
conviendraient devant Maître Guy Royet à Laval, sinon par lui nommés
d'office, pour dresser procès-verbal des réparations qui seraient à faire
sur les lieux en question. En conséquence de cette sentence, Pierre Chatizel,
"notaire arpenteur royal", et René Le Tort, "notaire et arpenteur, demeurant
à Laval, paroisse de la Trinité", avaient été nommés, le second de la part
du dit Laisné et le premier d'office pour les autres parties, pour vaquer à
la visite et montrée. Munis de cette commission, après avoir pris
communication de la dernière montrée faite sur la terre du Bois-Thibault le
14 mars 1735 et le jour suivant, attestée devant Olivier Gaultier, notaire,
le 5 mai 1736, ils se transportèrent le 14 octobre 1739 de Laval en la ville
de Lassay et, le lendemain de Lassay au château du Bois-Thibault, où en
comparant l'état actuel avec celui de 1735, ils firent un certain nombre de
remarques dont quelques unes méritent de trouver place ici. Ils remarquèrent
que "l'ancien chasteau était au mesme estat que portait le susdit procès
verbal de montrée, les murs très endommagés par les eaux pluviales, et le
degré en pierre de taille dérangé; le nouveau chasteau était également au
mesme estat, sauf qu'aux enduits de la cuisine ou salle il y avait quelques
nouvelles détériorations; qu'à la fenêtre de la douve il n'y avait point de
vitrail", etc. On visita enfin l'église ou chapelle: on y cons tata "une
moitié du vitrail enlevé et cassé, mesme la disparition du plomb. Au
lambris, il était nécessaire d'en réparer la valeur de trois toises. A la
couverture, il manquait au moins un millier d'ardoises neuves".
Voilà, d'après les remarques faites en 1739 par les experts ou notaires
arpenteurs Le Tort et Chatizel, quel était l'état du château du
Bois-Thibault et de ses dépendances, et l'on voit que cette belle demeure
seigneuriale, inhabitée depuis longtemps par ses seigneurs, surtout depuis
la mort de Renée de la Marzelière, commençait à être en proie à la ruine et
à l'abandon. Après la visite du château le procès-verbal des experts relate
celle des métairies, closeries, moulins et étangs qui en dépendaient; on
sait ainsi que la composition du domaine était toujours à peu près la même
que lors de la saisie de 16931 En 1743, Léon de Madaillan, successeur
d'Armand, rendit au roi Louis XV son aveu et dénombrement pour le marquisat
de Lassay. Voici le passage de cet aveu qui concerne le Bois-Thibault:
"Demoiselle Marie-Clarice-Vincente du Matz du Brossay, (seule et unique
héritière pure et simple de Messire Joseph-Joachim du Matz son frère, qui
étoit héritier par bénéfice d'inventaire de Messire Louis Charles Vincent du
Matz, son frère, qui étoit aussi héritier de dame Renée de la Marzelière par
bénéfice d'inventaire) pour raison de ses terres, fiefs et seigneuries du
Bois-Thibault, Thubœuf, le Hazay et fiefs de la Baroche", etc. La terre du
Bois-Thibault avait alors pour sénéchal René Pichot de la Graverie,
conseiller du roi et son procureur au siège royal des traites de Laval,
avocat au parlement. C'est lui en effet que nous voyons l'année suivante
tenir en cette qualité les assises de cette terre pour Mademoiselle.
Marie-Clarice-Vincente du Matz du Brossay mourut au Mesnil-Barré vers le 15
décembre 1751. Elle laissait pour héritiers Louis-Antoine de Goyon, Joseph
René de Goyon, aumônier de la reine, et Rose de Goyon. Mais ceux-ci ne
devaient pas hériter du Bois-Thibault. Le procès des héritiers Chastellux
contre les héritiers de René de la Marzelière, toujours devant la
juridiction des Requêtes de l'hôtel, n'avait pas encore reçu de solution, et
c'était sous le nom des fermiers judiciaires que les du Matz du Brossay
avaient pu jouir de cette terre.
Enfin, en 1762, Maître Martial Brousse, procureur de la cour du parlement,
et Jean Claude de Provigny, qui, cessionnaire des droits des héritiers
Chastellux, avait repris en leur lieu et place la poursuite des saisies
réelles, firent procéder à la vente et adjudication par décret des terres et
seigneuries du Bois-Thibault, fief et seigneurie du Hazay, etc. Puis le 6
juillet de cette année-là, une sentence des requêtes de l'hôtel adjugea la
terre en question à Maître Lemoine pour la somme de 98.000 livres. Or
l'adjudicataire, en cette circonstance, n'était que le prête-nom de Messire
Léonor-François de Tournély, chevalier, seigneur des Aulnais, et de dame
Jeanne Mathurine du Plessis de Mongenard, son épouse. Les Tournély,
gentilshommes confirmés dans leur ancienne noblesse par un arrêt de la cour
des aides du 2 mars 1764, étaient originaires de la paroisse de Mieuxée,
dans les environs d'Alençon, où ils possédaient depuis le milieu du XVIIe
siècle la terre des Aulnais. Fils de Léonor-Augustin de Tournély, écuyer,
sieur des Aulnais, et de Marthe-Suzanne Thouars, le nouvel acquéreur de la
terre du Bois-Thibault avait longtemps servi dans la deuxième compagnie des
mousquetaires du roi; en 1754, il s'était marié avec Catherine-Gabrielle de
Villiers, fille de René de Villiers, seigneur de Heslou, la Bunache et
autres lieux, et de Marie-Marguerite des Moulins; devenu veuf, il avait
épousé en secondes noces, par contrat du 22 juin 1761, Jeanne-Mathurine du
Plessis, fille de Messire François-Paul du Plessis, écuyer, sieur de
Mongenard, et de Jeanne Le Clerc de la Provosterie, descendante de Guillaume
Le Clerc, sieur de Crannes, anobli à la fin du XVIe siècle pour avoir remis
la ville de Laval sous l'autorité du roi Henri IV. Pendant les deux
premières années qui suivirent leur acquisition de la terre du Bois-Thibault,
Léonor-François de Tournély et sa femme, qui avaient leur principale
résidence dans la ville de Laval, paroisse de la Trinité, ne semblent pas
avoir habité le manoir qui nous intéresse.
C'est que le château du Bois-Thibault, comme on l'a vu par le procès-verbal
en 1739 et, à plus fort raison, à l'époque où nous sommes arrivés, avait
besoin d'importants travaux de réparation, et c'étaient ces travaux qui
avaient retardé l'installation des nouveaux seigneurs. Tout le grand corps
de bâtiment était, sinon en ruine comme aujourd'hui, du moins très dégradé
et presqu'à découvert par suite du mauvais état de ses toitures. Assurément
Léonor-François de Tournély ne pouvait songer à le restaurer tout entier;
cela eût été trop coûteux. Laissant donc l'aile du nord tomber de plus en
plus en ruine, il se contenta de refaire la toiture de l'aile de l'ouest en
l'abaissant un peu, ce qui l'obligea de couper une partie des pignons et de
substituer aux anciennes lucarnes en pierre du XVIe siècle les lucarnes en
bois, sentant bien leur XVIIIe siècle, qui déparent actuellement l'ensemble
de l'édifice. A l'intérieur de l'aile ainsi recouverte par lui, il sépara la
grande salle du rez-de-chaussée en deux pièces au moyen d'une cloison qui
existait encore il y a quelques années, et il opéra sans doute la même
séparation dans la grande salle du premier étage. C'est lui qui dans la
muraille extérieure du château, entre le porche d'entrée et la tour carrée,
fit ouvrir la malencontreuse fenêtre à balcon en fer qui choque tous les
archéologues et les gens de goût. Il dut remettre en état, selon le goût de
son époque, la chapelle Sainte-Catherine. Telles furent les travaux de
restau ration accomplis au Bois-Thibault, avant de s'y installer, par
l'acquéreur de 1762; puis vers la fin de l'été de 1764, il y transféra sa
résidence. Le 19 février 1765, nous voyons Léonor François de Tournély et
dame Jeanne du Plessis tenir sur les fonts de l'église Saint-Fraimbault l'un
des fils jumeaux de Jacques Marcadé, garde au Bois-Thibault, et de
Julienne-Marie Beschet; l'autre jumeau avait pour parrain Pierre du Plessis,
écuyer, et pour marraine Renée Bourdais.
Le seigneur et la dame du Bois-Thibault habitaient en 1765 leur manoir
nouvellement restauré. Ce fut également dans ce manoir que Jeanne-Mathurine
du Plessis de Mongenard accoucha, le 5 novembre 1765, de son troisième fils
(elle en avait déjà eu deux qui avaient été baptisés à Laval: François de
Paule et Léonor-François); ce dernier fils, baptisé le même jour en l'église
de Saint-Fraimbault-de-Lassay, reçut les noms de Fidèle-Armand et eut pour
parrain et marraine, Daniel-Jean Marcadé et Renée Bourdais. Le père de
l'enfant était qualifié sur le registre paroissial: "chevalier, seigneur du
Bois-Thibault, du Hazay, de Sainte Marie-du-Bois et de Thubœuf". Quelques
semaines auparavant, Léonor-François de Tournély avait fait acte de foi et
hommage lige à "Mon seigneur le duc de Brancas, marquis de Lassay, pour
raison de sa terre, fief et seigneurie du Bois-Thibault et du Hazay". Le 24
août 1766, une cérémonie avait lieu dans l'église Saint-Fraimbault-de-Lassay:
Jeanne-Mathurine du Plessis de Mongenard avait accouchée dans son manoir
d'un fils, et ce jour-là les cloches de l'église paroissiale sonnaient
joyeusement en l'honneur du baptême de l'enfant qui reçut les prénoms de
Jean-Pierre et eut pour parrain le garde Marcadé et pour marraine la femme
de celui-ci. A quelle époque Léonor-François de Tournély présenta-t-il au
marquis de Lassay l'aveu et dénombrement de ses terres du Bois-Thibault et
du Hazay? Nous ne saurions le préciser. En tous cas, il existe dans les
archives du manoir du Bois-Thibault qui fait l'objet de cette étude un
projet d'aveu commencant ainsi: "De vous haut et puissant seigneur... Je
Léonor-François de Tournély, escuyer, seigneur du Bois-Thibault et du Hazay,
connois et confesse être votre homme de foi lige et tenir de vous à foi et
hommage lige, à cause de vostre marquisat de Lassay, mes terres, fief et
seigneuries du Bois-Thibault et du Hazay desquelles... déclaration...
s'ensuit":
Et premier mon manoir, château et maison forte pour la plus grande partie
découvert et en ruine, cour, douves, double cloison à murs aussi en ruine et
presque tout démolis, dans laquelle cour est mon pressoir de nouvel édifié,
et ma fuie par pied construite dans une ancienne tour détachée du dit
château... Item, une chapelle d'ancienneté entourée d'un petit cimetière
située et assise au dit lieu du Bois-Thibault, hors et au-dessous de ma
basse-cour, laquelle chapelle est fondée de Madame Sainte Catherine,
laquelle est dédiée d'ancienneté, et y avoit corpus domini, service à toutes
bonnes festes, en laquelle on a acoustumé d'enterrer les seigneurs, dames et
enfans, serviteurs et métayers environ la dite chapelle," etc. Ce projet
d'aveu énumérait ensuite en les détaillant les métairies, closeries, moulins
et bois qui dépendaient du château: la Basse-Cour, la Noë, la Boissière, la
Janvrie, la Bourrière, la Prêtrie, le domaine et métairie du bourg de
Sainte-Marie-du-Bois, la métairie de Dongebert, l'ancien manoir du Hazay,
les moulins du Tilleul, du Moulineau, de Gérard et du Hazay, enfin le grand
taillis de Sainte-Marie-du-Bois. Comme on le voit, sauf la partie que
Léonor-François de Tournély avait fait restaurer, l'ensemble du château
était alors très délabré, et c'est ce qu'affirme du reste le chanoine Le
Paige dans l'article de son Dictionnaire concernant le Bois-Thibault; on
admirait toutefois encore dans le vieux manoir, d'après cet auteur, à
l'intérieur de la tour située entre les deux ailes du bâtiment principal,
"un escalier en spirale de près de cent pieds de hauteur, bâti en pierre de
tailles, par lequel les chevaux pouvaient monter commodément jusqu'aux
greniers".
Quant à la chapelle Sainte-Catherine, voici ce qu'en dit le même auteur:
Sous l'une des croix peintes sur le mur de l'intérieur, on lisait:
"Indulgences plénières accordées à ceux qui visiteront et donneront de leurs
biens à la dite chapelle, approuvées par le cardinal de Bourbon, évêque du
Mans. Ces indulgences ont été accordées à Louis du Bellay, grand archidiacre
de Paris, conseiller au parlement, seigneur de Bois-Thibault". On voyait
aussi dans cette chapelle, au côté droit de l'autel, un mausolée dont la
statue, brisée en plusieurs morceaux, représentait l'archidiacre du Bellay.
A la tête du même mausolée était écrit: "Les hérétiques, après avoir brisé
les figures des saints qui étaient dans cette église, brisèrent en même
temps la statue de Louis du Bellay, qui le représentait à genoux sur ce
monument". Au pied de ce monument était la figure d'un cœur. Dans la nef
étaient huit tombes avec des croix de Malte, des bustes et des épées...
Léonor-François de Tournély mourut vers 1775. Il laissait à sa veuve trois
fils dont François de Paule, né probablement à Laval avant 1765; 2°
Léonor-François, né dans cette ville en 1767; 3° Jean-Pierre, né au
Bois-Thibault en 1768, et deux filles: Marie Madeleine et Marie Élisabeth.
Aussitôt après la mort de son mari, la dame du Bois-Thibault, se consacrant
plus que jamais à ses devoirs de mère, et préoccupée uniquement d'élever ses
enfants dans les voies de la religion, de la vertu et de l'honneur, ne crut
pouvoir faire mieux que de les confier à Jean Le Riche, prêtre, demeurant à
Laval, qui lui offrait sous ce triple rapport, comme précepteur, toutes les
garanties désirables. Elle passa donc avec lui un contrat par lequel ce
digne ecclésiastique se chargeait de l'éducation de ses trois fils; elle
s'engageait en retour à le loger, le nourrir, le blanchir, fournir de feu et
de lumière, et le payer 200 francs de rente annuelle.
L'abbé Le Riche devait justifier entièrement cette confiance. Aussi plus
tard, quand il aura terminé l'éducation de ses élèves, la mère de ces
derniers, en témoignage de sa reconnaissance, le fera nommer curé de
Melleray en 1787, puis un an après chapelain de la chapelle du Bois-Thibault.
En 1777, Jeanne-Mathurine du Plessis de Mongenard, agissant comme mère et
tutrice naturelle de ses enfants mineurs, vendit à Messire Jacques-Gabriel
Pitard, chevalier, seigneur de Montohier et de la Coquère, chevalier de
l'Ordre du roy et marquis de Saint-Louis, les fiefs de la seigneurie de
Montohier, situés dans la paroisse de Sainte-Marie-du-Bois. En 1784, l'aîné
de ses fils, François-de-Paule, ayant atteint l'âge d'homme, prit du service
comme sous-lieutenant de remplacement au régiment d'Anjou, où il devait
devenir deux ans après sous-lieutenant en titre, grade qu'il conservera
jusqu'à la Révolution.Vers la même époque Léonor-François, qui se destinait
à la carrière ecclésiastique, allait terminer ses études au collège de
Laval, afin de pouvoir entrer ensuite au séminaire de Saint-Sulpice. Quant à
Jean-Pierre, il avait comme son aîné le goût des armes; aussi quand il en
aura l'âge, se fera attacher comme sous-lieutenant à la suite, au régiment
de Bretagne. Mais la fin du régime féodal approchait à grands pas; déjà les
électeurs des trois ordres avaient été convoqués dans toute la France aux
chefs-lieux de leurs provinces respectives pour les élections aux
États-généraux. Dans la liste des électeurs nobles qui se réunirent au Mans,
en mars 1789, afin de désigner leurs députés, on voit figurer Dame
Jeanne-Mathurine du Plessis de Mongenard, veuve de Léonord-François de
Tournély, dame du Bois-Thibault. On sait quels furent les événements de
cette mémorable année, événements qui eurent leur répercussion jusque dans
les campagnes.
A la fin de juillet, dans ces jours d'anarchie effrayante qui suivirent la
prise de la Bastille, on s'occupa dans tous les centres un peu importants de
créer une milice bourgeoise chargée de veiller à la sécurité des personnes
et des propriétés. A cette époque, qu'on pourrait appeler l'âge d'or de la
révolution, les honnêtes gens, qu'ils fussent nobles ou roturiers, n'étaient
pas encore suspects à nos populations, et à Lassay les habitants
n'hésitèrent pas à nommer "Messire Jean-Pierre de Tournély (François-de-Paule
étant toujours en activité de service à son régiment), colonel de la milice
bourgeoise de cette ville". Malgré les bonnes dispositions de la population
de Lassay, ce n'était pas une sinécure que d'être en ce temps-là chargé de
maintenir le bon ordre dans le pays environnant. C'était en effet le moment
où, dans tout le Passais normand, les paysans, dirigés par des meneurs
inconnus, se réunissaient en bandes pour aller mettre le siège devant les
châteaux et brûler les chartriers. Déjà les châteaux de Couterne, de la
Bermondière, de la Motte-Madré, de Vaugeois et de Hauteville avaient eu la
sinistre visite de ces incendiaires, quand le 3 août 189 ceux-ci se
présentèrent au nombre de cinq ou six cents devant le château du
Bois-Thibault. Nous ignorons si Jean-Pierre de Tournély avait eu le temps
d'organiser la milice bourgeoise dont on lui avait donné le commandement. En
tous cas et par bonheur, à la nouvelle des désordres dont le pays avait été
récemment le théâtre, le lieutenant de la prévôté, Moulay de la Raitrie
était parti pour Lassay, accompagné de quatre cavaliers de maréchaussée et
de six autres cavaliers du régiment de Royal-Roussillon de la garnison de
Mayenne et commandés par leur lieutenant Mignot. Cette troupe arriva juste à
temps pour rallier les citoyens de Lassay, hostiles aux brûleurs de
chartriers, et les conduisit au secours du Bois-Thibault. Accueillis à coups
de fusils, les cavaliers et leurs auxiliaires réussirent à disperser la
foule qui assiégeait le vieux manoir. Toutefois, en dépit de l'insuccès de
cette tentative, la dame du Bois-Thibault avait été tellement effrayée du
danger qu'elle venait de courir et qu'elle croyait seulement ajourné,
qu'elle abandonna le pays et alla se réfugier dans sa maison de la rue
Renaise à Laval.
Jean-Pierre de Tournély, après les preuves manifestes d'hostilité dont sa
famille venait d'être l'objet de la part d'une foule qui comprenait beaucoup
des anciens vassaux de ses parents, il ne se crut sans doute plus l'autorité
nécessaire pour s'acquitter avec succès de la difficile mission qu'on lui
avait confiée, et il donna sa démission de colonel de la milice bourgeoise
avant le 20 août époque où nous voyons les habitants de Lassay offrir ce
commandement au duc de Brancas-Lauraguais, bien qu'absent du pays. Il
continua toutefois à habiter le Bois-Thibault et à lutter à Lassay pour la
cause de l'ordre public chaque fois que l'occasion s'en présentait. C'est
ainsi que nous le retrouvons, à la fin de cette même année 1789, à la tête
de la partie la plus saine de ses concitoyens dans la circonstance suivante.
Il s'agissait de préparer l'élection d'un député supplémentaire qui devait
avoir pour mission d'accompagner à Paris le sieur Garnier de la Gonnerie
afin de présenter, conjointement avec ce dernier, au garde des sceaux et à
Messieurs des États-généraux, des mémoires tendant à établir pour la ville
de Lassay un district et un siège royal. Or dans l'assemblée générale des
habitants réunis dans la chambre commune afin de prendre un parti à cet
effet, Messire de Tournély, seigneur du Bois-Thibault, joua, d'après les
registres de délibérations de la municipalité, un rôle des plus actifs.
C'est à son instigation, comme à celle de deux ou trois autres de ses amis
politiques, que les électeurs refusèrent d'approuver le choix de
Joseph-François Maillard comme député, ce qui entraîna la nomination de
François Thoumin pour le poste dont il s'agissait.
A cette époque, l'Assemblée constituante venait de faire paraître un décret
aux termes duquel tous les détenteurs de biens et de revenus ecclésiastiques
devaient, dans un certain délai, faire devant les officiers de leur
municipalité la déclaration de ce qu'ils possédaient en cette qualité.
L'abbé Julien Le Riche, chapelain du Bois-Thibault, comparut en conséquence
le 27 février 1790 devant les officiers municipaux de la ville de Lassay et
leur fit la déclaration des "biens et revenus de la prestimonie et bénéfice
de Sainte-Catherine du Bois-Thibault, ainsi que des charges dont le dit
bénéfice était grevé". Si l'Assemblée nationale faisait procéder à ces
déclarations, c'était pour préparer la confiscation des biens du clergé.
Mais cette confiscation elle même, si inquiétante qu'elle fût pour les
catholiques, n'était rien en comparaison de la fameuse constitution civile
du clergé qui, l'année suivante, devait mettre tous les prêtres français
dans une situation vraiment intolérable en les plaçant entre le devoir
civique et leur conscience religieuse. Beaucoup préférèrent les tristesses
de l'exil à ce qu'ils regardaient à bon droit comme une apostasie. De ce
nombre fut l'abbé Léonor-François de Tournély qui avait dû quitter la France
en juillet 1791 et se réfugier dans le grand duché de Luxembourg. Du reste,
vers la fin de cette année 1791, la situation des officiers nobles dans les
régiments travaillés par l'esprit révolutionnaire devint aussi intolérable,
c'est ainsi sans doute que l'aîné des Tournély fut amené à quitter le 36e
régiment d'infanterie, ci-devant d'Anjou, en garnison à Saint-Servan, et à
aller rejoindre au delà de la frontière ses camarades émigrés. Jean-Pierre
ne tarda pas, lui non plus, à quitter le Bas-Maine et à prendre le chemin de
l'émigration. A la fin de 1791, un des premiers actes de l'Assemblée
législative avait été de prescrire des mesures très rigoureuses contre les
émigrés; il ne s'agissait de rien moins que du séquestre de leurs biens.
Bientôt chaque municipalité eut à dresser la liste des émigrés appartenant à
son territoire avec un état de leurs biens. A Lassay, les maire et officiers
municipaux procédèrent à cette opération le 24 mars 1792, et, parmi les
émigrés de la commune de Saint-Fraimbault-de-Lassay, ils indiquèrent les
trois frères de Tournély comme y possédant "château, meubles, jardins, bois
de haute futaie, prairie, étangs, mail et autres décorations, quatre
moulins, cinq grosses métairies, cens, rentes, ventes et autres droits
féodaux". Et ce n'était pas là une mesure sans conséquence, le 12 juillet
suivant, la même municipalité, "se rappelant qu'il existait en son enceinte
des biens d'émigrés, ouï le procureur de la commune requérant que les biens
non affermés de MM. Quelquejeu et Tournélie qui n'ont pas vériffié de leur
existence," fussent loués par devant MM. les administrateurs du district de
Villaines, mettait à la disposition des dits administrateurs, en ce qui
concernait messieurs Tournélie: leur maison non affermée au Bois-Thibault,
ensemble les jardin, cour et verger; le droit de pâturage ou le bois de
haute futaie et ailleurs; la plus grande partie de la pièce des rivières; le
petit étang dans le lieu du Bois-Thibault; un autre étang, appelé Livonière,
situé au bout du bois. Cependant la Révolution se faisait de plus en plus
violente; la journée du 10 août 192, qui avait mis fin à la royauté, avait
été suivie des massacres de septembre; la Convention, qui venait de
remplacer l'Assemblée législative, édicta aussitôt contre les émigrés la
peine du bannissement perpétuel, et dans les cas où ils essaieraient à
rentrer en France, la peine de mort. Les municipalités eurent à dresser un
tableau des émigrés, originaires de leurs communes, qui tombaient sous le
coup de la nouvelle loi.
A Lassay, la municipalité, convoquée à cet effet le 18 octobre 1792,
inscrivit, sur le tableau qu'elle devait présenter à l'administration
supérieure, quatre émigrés qui étaient avec Jacques-René Dufay, "les trois
garçons de la veuve Tournélie, habitant la maison du Bois-Thibault dans
cette commune, dont l'aîné était lieutenant dans le régiment d'Anjou-infanterie;
le cadet portant le titre impropre de chevalier, sous-lieutenant à la suite
du régiment de Bretagne; le troisième, surnommé Sainte-Marie, clerc tonsuré,
fait prêtre par le cy-devant évêque du Mans Gonssans, depuis qu'il a été
nommé un évêque constitutionnel du département de la Sarthe". Ainsi les
trois fils de Jeanne-Mathurine du Plessis de Mongenard étaient désormais
inscrits sur la fatale liste. Heureusement pour eux, ils étaient à l'abri
dans leur exil volontaire. Mais il n'en était pas de même de leur infortunée
mère qui, en sa qualité de mère d'émigrés, allait être victime l'année
suivante de la terrible loi des suspects. C'est alors qu'après avoir été en
butte à toutes sortes de vexations, elle se vit traînée en prison avec ses
deux filles au couvent des Bénédictines de Laval, devenu pendant la Terreur
maison de détention. Elle retrouva, ainsi que celles-ci, la liberté après l
chute de Robespierre, mais fut de nouveau emprisonnée sous le Directoire
sans doute après le 18 fructidor; sortie encore une fois de prison, elle
resta sous la surveillance de la police jusqu'à l'avènement de Bonaparte au
18 brumaire. Pendant ce temps-là son fils François de Paule, rentré en
France après la Terreur, s'était joint aux Chouans de la Mayenne et avait
guerroyé avec eux à chacune de leurs prises d'armes pendant le Directoire;
c'est probablement ce qui avait été cause du deuxime emprisonnement de sa
mère.
Le second fils Léonor-François avait quitté en 1793 Osterst pour aller,
toujours avec l'abbé de Broglie, s'établir à Anvers où ils jetèrent les
premiers fondements de la Compagnie de Jésus. Ils s'installèrent le 8 mai
1794 à Notre-Dame de Hall, dans une ancienne résidence des Jésuites, près de
Louvain. Là, Pierre de Tournély et Pierre Leblanc vinrent se joindre à eux.
Les quatre associés durent peu après se réfugier successivement à Vanloo, à
Francfort, à Leitershofen, à Gogguigen près d'Augsbourg, enfin dans une
maison de chanoines à Hagenbrunn, à trois lieues de Vienne (18 avril 1797).
Ils avaient recruté le Père Varin, futur successeur du Père de Tournély, et
fondateur des dames du Sacré-Cœur. Le troisième fils, Léonor-François de
Tournély était destiné à mourir jeune sur la terre étrangère, avant que la
fin de la Révolution lui permît de retourner dans sa patrie. Il ne vécut que
trois mois dans la résidence d'Hagenbrunn, et y rendit le dernier soupir le
9 décembre 1796, à peine âgé de trente ans. Ainsi, Jeanne-Mathurine du
Plessis de Mongenard n'avait pu avoir la suprême consolation d'assister aux
derniers moments de ce fils que, dans sa grande piété et son inaltérable
soumission à la volonté de Dieu, elle avait tout jeune façonné à son image
et dont elle avait lieu d'être fière. Elle lui survécut encore plusieurs
années, vit l'avènement de Bonaparte et mourut le 17 novembre 1804. Sur ses
cinq enfants deux seulement, François de Paule et Marie-Elisabeth, furent
ses héritiers, les autres étant déjà morts. De toute la terre du
Bois-Thibault, telle qu'elle était composée avant la Révolution, il ne leur
échut de la succession de leur mère que le château avec une pièce de terre,
l'étang de Livonnière, le pré de la Garenne, le taillis de la Croix
Couverte, et une rente de cent francs sur le moulin du Moulineau; tout le
reste avait été vendu nationalement en 1793. Mademoiselle de Tournély revint
alors habiter une des chambres du vieux manoir où elle vécu de très longues
années; quant à son frère qui avait épousé Hélène de Pierrepont, il en eut
une fille unique, mariée au comte de Saint-Paul Lingeard. Celle-ci, après la
mort de sa tante, rentra en possession des ruines du château du
Boit-Thibault et le transmit à son fils Charles Marie Eugène de Saint-Paul,
mort en août 1905 dont la veuve le possédait encore vers 1910. (1)
Éléments protégés MH : le château de Bois-Thibaut (vestiges) : classement
par arrêté du 22 octobre 1925.
château du Bois Thibault 53110 Lassay les Châteaux, tel. 02 43 04 74 33,
visite libre des extérieurs, le château est disponible à la location pour
une soirée, dans une cave voûtée pouvant servir de salle en sous sol. A voir
sur cette même commune le château fort de Lassay les Château ouvert à la
visite.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Nous remercions chaleureusement Madame
Isabelle Strutz pour les photos qu'elle nous a adressées afin d'illustrer
cette page.
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dans ce département. |
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