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Laval, ville du Maine, était la capitale
d'une des plus anciennes et des plus grandes seigneuries de France, qui
jusqu'au XVe siècle relevait à foi et hommage de ce comté, dont alors elle
faisait partie. Son territoire était fort étendu, un grand nombre de
paroisses en relevaient. Elle était formée de plusieurs châtellenies,
anciennes forteresses, qui l'entouraient et lui servaient comme
d'avant-postes. Placés sur les limites des marches du Maine, et de Bretagne,
ses premiers seigneurs reçurent le gouvernement et la garde de ses
frontières. Ils construisirent ces forts pour opposer une digue aux
incursions des peuples bretons et pour servir d'asile aux populations.
Chacune de ces châtellenies formait aussi comme un arrondissement féodal, ou
fief, d'où relevait certain nombre de communes, dépendant du fief principal,
Laval. Ces châtellenies étaient: Bazougers, Cossé-le-Vivien, Courbeveille,
la Cropte, la Gravelle, Mellay, Montigné, Montsûrs, Ollivet,
Saint-Ouen-des-Toits et Vaiges. Elles étaient munies chacune d'un château
fort, où l'on entretenait des hommes pour la défense, et des offices de
capitaines y étaient attachés. Un grand nombre d'autres châtellenies avaient
été érigées dans le comté par les seigneurs de Laval, à diverses époques.
C'étaient des récompenses accordées à des services rendus. Le seigneur de
Laval, comme suzerain, recevait l'hommage de ces châtelains, qui lui
devaient en temps de guerre le service de corps, et le guet ou la garde à
son château de Laval ou dans ses châtellenies.
On ignore l'origine du nom de Laval. Les uns le font remonter à un guerrier
qui se serait nommé Valla et auquel ils attribuent la fondation d'un premier
fort, achevé par Guy, Guydo ou Wuydo, qu'ils lui donnent pour fils. Guy
aurait donné à ce fort le nom de son père en y ajoutant le sien, Laval-Guyon.
D'autres ne s'attachent qu'au mot latin Vallo, Vallis, et la situation
topographique de la cité, bientôt groupée dans le vallon autour de la
forteresse, rend cette étymologie assez vraisemblable. Enfin, ce nom peut
encore venir de vallum, lieu retranché. Cette première citadelle de Guy, ce
castrum était situé à moitié chemin entre ses deux gouvernements de Rennes
et du Mans. Les chartes des XIe et XIIe siècles lui donnent le nom de vallum
Guidonis, castrum Guidonis, burgum Guidonis. Au XIIIe siècle, le concile de
Laval est tenu apud vallum Guidonis. Les titres latins les plus modernes
l'appellent Lavallis, Lavallum Guidonis. Dans une lettre de Guy de Mauvoisin
(1252), écrite en français, par laquelle ce chevalier donne une rente de
vingt livres pour l'augmentation d'un chapelain à la chapelle Notre-Dame de
Laval, il l'appelle Notre-Dame don Val-Guyon. La seigneurie de Laval eut
d'abord le titre de baronnie. Ce titre, fort ancien, remontait à l'époque où
elle fut séparée du comté du Maine, et donnée à titre héréditaire à la
famille dont les descendants l'ont possédée jusqu'à la fin du dernier
siècle. Les sires de Laval sont qualifiés de barons dès les temps les plus
reculés; sous Philippe-Auguste, la baronnie de Lava! est citée au rôle des
seigneuries de France, comme une des plus importantes du royaume. Notons ici
que les barons étaient les seigneurs des villes principales des comtés. Le
comte avait le ressort et l'obéissance du baron qui était obligé de le
suivre en guerre. Le baron de Laval devait au comte du Maine huit chevaliers
d'ost pour le besoin de la commune.
Le jour de son sacre à Reims en 1429, Charles VII, afin de récompenser le
baron de Laval de son attachement à sa personne, et des services que lui et
ses enfants lui ont rendus en l'aidant à recouvrer son royaume, érigea la
baronnie de Laval en comté. Dans ces mêmes temps, la ville de Laval et le
château étaient au pouvoir des Anglais. Cette érection ne put avoir un effet
immédiat, le comte du Maine Charles IV, beau-frère du roi, s'étant plaint de
ce que, dans son comté, on avait érigé une seigneurie en pareille dignité
que la sienne. A l'extinction des comtes du Maine et de l'Anjou, par la mort
de Charles V, les deux provinces qui formaient leur apanage ayant fait
retour à la couronne, Louis XI, en 1481, confirma et ratifia la création de
la baronnie de Laval en comté, pour, à l'avenir, relever directement du roi;
Laval devint dès lors fief immédiat de la couronne. Le comté de Laval fut le
patrimoine d'une longue suite de seigneurs qui se montrèrent toujours grands
et puissants. A chacune des époques de la monarchie, les Guy, les
Montmorency et les La Tremouille, tour à tour, par les femmes, possesseurs
de cette seigneurie, se retrouvent toujours faisant preuve de vaillance et
de fidélité. Nous ne faisons mention d'une forteresse, bâtie, dit-on, par
César au lieu où depuis fut le château de Laval, que pour faire voir combien
les exploits de ce conquérant des Gaules étaient restés gravés dans la
mémoire des peuples, toujours portés à lui attribuer tout ce qui, autour
d'eux, avait une origine inconnue. Le château que nous voyons aujourd'hui,
demeure des sires de Laval pendant une longue suite de siècles, remplaça le
premier château construit par le comte Guy, auquel Charlemagne, après avoir
subjugué les bretons, confia le comté du Maine, avec la garde des marches du
Maine et de la Bretagne.
Ce premier château, suivant nos chroniques, n'aurait été que le fort
commencé par Valla, beau-frère de l'empereur et père de Guy, que celui-ci
aurait achevé. Valla, tombé en disgrâce auprès de Louis le Débonnaire pour
avoir pris le parti de Bernard contre ce prince, était venu se réfugier près
de son fils, le comte Guy, où il avait commencé la construction d'une
forteresse. Vers 800, après de nombreuses victoires remportées sur les
peuples de la Bretagne, le même comte Guy de retour d'Aix la Chapelle, où il
avait porté les enseignes des vaincus, avec leurs noms inscrits dessus en
signe de soumission, acheva ce château. Détruit à plusieurs reprises par les
barbares qui envahirent le Maine aux IXe et Xe siècles, les successeurs de
Guy le relevèrent dans la même place. Ce ne fut qu'au commencement du XIe
que Geoffroy ou Guy, deuxième du nom, fils de Yves II et de Avoise de
Mathefelon, leur successeur et possesseur de cette seigneurie de 990 à 1007,
construisit le château dans le lieu où nous le voyons aujourd'hui. Nous
apprenons, en effet, de Le Bauld, que ce Guy retint, vers 1020, Robert de
Vitré captif dans son château qu'il venait de rebâtir. Le château, castrum
ou vallum, occupait l'extrémité d'un plateau élevé. Il était composé d'une
double enceinte. La première n'était qu'un simple fossé: une charte de ce
temps, en parlant du bourg du Guy, nous dit castrum Guidonis sicut circum
datur fossis. L'enceinte intérieure ou le château proprement dit, consistait
en un mur garni de tours cylindriques, enfermant une cour triangulaire.
Le château, par suite du temps, a subi des modifications qui laissent
difficilement juger de son état primitif. On n'y voit aujourd'hui qu'un
assemblage de constructions de diverses époques dont on aurait peine à
trouver la destination première. La grosse tour, ou donjon, est au sommet de
l'angle formé par les bâtiments qui entourent la cour. Assis sur un rocher
élevé, ce donjon dominait la vallée où coule la Mayenne, et de là on pouvait
surveiller la campagne et le passage de la rivière dont les eaux venaient
baigner le pied des murs. C'est, avec la partie inférieure du côté oriental,
régnant sur la rue du Val de Mayenne, le travail du XIe siècle, appartenant
à Guy II. Les fenêtres géminées qui se voient au sommet de la tour, ses
longues meurtrières, des ouvertures plein-cintre dans le corps du bâtiment,
remplacées postérieurement par d'autres ouvertures carrées, en fournissent
une preuve évidente. La tour, divisée en plusieurs étages, est coupée vers
son milieu par une assise en pierre dite roussard. A sa base, sur le rocher
qui lui sert de soubassement, est un appartement voûté où jamais la lumière
ne pénétra, sorte de souterrain qui servit de prison. On y descendait par
une trappe placée au centre de la voûte. Une porte a été pratiquée plus
récemment pour servir d'entrée. Des trois étages supérieurs, un seul, celui
du sommet, est voûté en pierre. C'était là qu'était le trésor ou le dépôt
des titres et chartes des seigneurs. Au-dessus est la chambre servant de
corps de garde, d'où la sentinelle pouvait surveiller tous les mouvements du
dehors. De larges fenêtres modernes ont été ouvertes dans les appartements
du milieu, ayant vue sur le pont. Un travail de charpente remarquable par sa
forme et la dimension des bois qui la composent, couronne le sommet de la
tour. Les chênes séculaires de la forêt de Concise ont dû être employés à sa
construction. Une de nos vieilles traditions dit que l'on trouva sur place,
dans la forêt qui couvrait le terrain, les bois nécessaires aux premiers
édifices de la ville.
A l'extrémité de ce côté, qui regarde l'orient, est un corps de bâtiment en
saillie sur le reste de i'édifice, de la même époque que le précédent. Il
semblerait avoir été jadis isolé du reste de la construction. Son axe a une
orientation régulière. Deux rangs de fenêtres plein-cintre, avec
archivoltes, formant à l'extérieur un cordon entre deux, attestent l'époque
du XIe siècle. Des travaux postérieurs d'exhaussement, que la maçonnerie
indique suffisamment, ont été exécutés tout le long de ces deux bâtiments.
On a remplacé le rang supérieur des fenêtres plein cintre par des ouvertures
ogivales et carrées, à meneaux de pierre, en croix. C'est à l'époque de ce
travail que le raccord des toitures a dû être fait et que les deux bâtiments
ont dû être réunis, époque que nous croyons devoir placer à la fin du XVe
siècle. Dans la partie inférieure de ce corps de bâtiment se trouve la
chapelle actuelle du château. Ce n'a dû être dans le principe qu'une sorte
de crypte, servant à mettre de niveau avec la cour une autre chapelle
superposée, celle sans doute où, du temps de Le Blanc de la Vigne, on disait
la messe (Mémoire manuscrit sur le comté de Laval, vers 1650). Avant cette
époque elle avait déjà subi plusieurs changements. L'établissement de la
prison dans le château n'a laissé du caractère religieux de cette autre
chapelle qu'une fenêtre ogivale. Celle qui existe de nos jours est
remarquable par sa belle conservation. Elle se compose de deux rangs de
colonnes à fûts élancés, avec chapiteaux enrichis d'ornements, soutenant des
voûtes d'arêtes et la partageant en trois nefs terminées par des absides. On
conservait dans la chapelle du château les reliques de saint Tugal. Guy,
cinquième du nom, y fonda un chapitre de chanoines en l'année 1170. Il fut
ensuite transféré en 1208, par Guy VI, dans l'église de Notre Dame du Bourg
Chevrel. On fit alors la translation des reliques de saint Tugal, dont le
chapitre portait le nom. Un usage, qui remontait à une haute antiquité, nous
a été conservé dans une histoire de Laval manuscrite, laissée par M. de
Beaulicu, ancien député de la Mayenne. Chaque année, le jour de l'Ascension
le chapitre de saint Tugal se rendait processionnellement dans la chapelle
basse du château, pour y fouetter le Dragon. Une vieille tradition disait
que c'était un serpent qui, au temps jadis, avait eu son repaire dans les
caves du château, qu'il faisait de grands ravages dans la ville, et que le
peuple en avait été délivré par un miracle. Après un long abandon, pendant
lequel elle a eu diverses destinations, on vient d'y faire des restaurations
et de la rendre au culte pour le service des prisonniers. Ne quittons pas
cette chapelle sans faire observer qu'à tort, dans une notice publiée assez
récemment, on laisse croire que la cérémonie où cent huit chevaliers prirent
la croix, en 1158, avec Geoffroy de Mayenne, eut lieu dans la chapelle du
château; suivant Ménage cette cérémonie se passa dans l'église paroissiale
de Notre Dame de Mayenne.
C'est sur toute cette partie du château qu'était la grande pièce, appelée la
Salle des Gardes, et depuis le Grand-Commun. Sa charpente rappelle, celle du
Grand comble de l'église de la Trinité, dont Le Doyen fixe la date à l'année
1445. Un nouveau corps de bâtiment fut construit, vers les premières années
du XVIe siècle, au-delà de celui qui renferme la chapelle. Le médaillon
sculpté sur la chaire de l'église Saint-Vénérand, représentant une vue du
château, prise du couvent des Jacobins, ne donne point ce prolongement.
Cette chaire, dont on ne connaît point la date, ouvrage d'un religieux
dominicain de ce couvent, précéda-t-elle cette construction, on pourrait le
penser d'après ce détail; bien que par son style elle lui semble plutôt un
peu postérieure. Nous rapportons à cette même époque, l'élévation du corps
de logis méridional, régnant sur la Grande-Rue, où se trouvaient les
appartements du seigneur, et servant aujourd'hui de logement au concierge et
aux soeurs d'Evron qui desservent la prison. On a multiplié sur la façade du
côté de l'intérieur de la cour, tout le genre d'ornementation en vogue vers
la fin du règne de Louis XII; des fenêtres carrées, à meneaux en pierre,
accompagnées de colonnettes régnant depuis le haut jusqu'au bas, enrichies
de rinceaux; des plate bandes de fenêtres ornées de figures fantastiques
d'hommes et d'animaux; des figures humaines à queue de poisson, etc. Aucun
chiffre ni aucune armoirie n'indiquent quels furent ceux de nos seigneurs
qui se plurent à décorer aussi richement l'intérieur de la cour de leur
château. Sur le tympan de l'une des fenêtres, on voit seulement une figure
d'homme, tenant une banderole, sur laquelle se répètent plusieurs fois les
lettres SB, sur les angles d'une autre fenêtre, on lit encore les lettres
AF, serait-ce, c'est bien douteux, la signature des artistes auxquels sont
dues ces sculptures? Ne pourrait-on aussi dans les lettres AF reconnaître le
prénom en abréviatif d'Anne de Montmorency, seconde femme de Guy XVI, ou
celui d'Antoinette de Daillon, qu'il épousa en troisièmes noces? On gémit en
voyant la mutilation dont ces sculptures ont été victimes, et l'état de
dégradation où se trouvent ces travaux dignes du plus grand intérêt. Il est
également à regretter que la destination actuelle de cet édifice prive la
vue de l'intérieur de cette cour et de son ornementation vraiment
remarquable.
Le château de Laval est en effet devenu, depuis le commencement du XIXe
siècle, un lieu de détention. Ce nouvel usage a nécessité divers changements
dans l'intérieur. A l'extérieur, ses murs, noircis par le temps, témoignent
de son antiquité, et leur importance fait voir la grandeur et la puissance
des seigneurs qui y firent leur résidence. Son style de ce coté contraste
tant avec celui de la cour intérieure que nous avons décrite qu'avec celui
du bâtiment désigné sous le nom de Petit Château, siège du tribunal de
première instance du département de la Mayenne. Guy XVI, mort en 1531,
l'avait peut-être commencé, mais il ne fut achevé que par Guy XVII son
successeur. Les augmentations que l'on vient d'y faire en font aujourd'hui
un des plus beaux monuments de notre ville; espérons que le projet de
construction d'une aile parallèle à celle que l'on vient d'édifier viendra
bientôt rendre complet ce travail commencé par nos seigneurs. Plusieurs de
nos rois ont séjourné au château de Laval. Charies VIII y vint deux fois. Il
y fit sa première entrée le 4 mai 1487, en se rendant en Bretagne, puis le
17 août suivant. Plusieurs ordonnances de Charles VIII sont datées de Laval.
Il reçut diverses ambassades, entre autres celles des rois de Sicile, de
Naples et de Hongrie. Louis XI y séjourna, François 1er y serait aussi venu
suivant quelques-uns; mais, Le Doyen, contemporain, si ce roi, dont il parle
souvent, était venu à Laval, n'eut pas manqué d'en faire mention. Henri IV y
séjourna pendant dix jours, au mois de décembre 1589; Louis XIII, en
revenant des Etats de Bretagne avec son frère, coucha au château, le 1er
septembre 1626.
Au XIe siècle, du temps de Guy II, Laval n'était encore qu'un amas de
maisons groupées autour du château. C'était le bourg de Guy, le burgum
Guidonis de nos anciennes chartes. On lui donnait aussi le nom de bourg
Chevreau, dénomination souvent répétée et dont nous ne pouvons retrouver
l'origine. Ce bourg couronnait le plateau où était placé le château. A
l'est, une vallée profonde et des marais, et au nord, la rivière de la
Mayenne, lui servaient de défense. Un simple fossé le couvrait du côté de
l'ouest et donnait aux habitants, en cas d'attaque, le temps de se réfugier
dans le donjon ou seconde enceinte. Le périmètre de ce retranchement, dont
il ne reste aucun vestige et sur lequel nous n'avons aucun document écrit,
était plus restreint que l'enceinte de murs qui, plus tard, entoura la
ville. La Grande-Rue, la rue de la Trinité et la rue Ivenaise sembleraient
circonscrire aujourd'hui ce que l'on appelait alors le bourg de Guy. Un
siècle plus tard, la population du bourg s'était sensiblement accrue; Guy,
cinquième du nom, étendit son enceinte et construisit ces murailles élevées,
flanquées de tours cylindriques, dont les restes subsistent encore de nos
jours. Les ruines du premier fort construit par Guy 1er, furent enfermées
dans ces remparts. La nouvelle enceinte s'étendait depuis la grosse tour, ou
donjon du château, jusqu'aux Eperons; elle couronnait là les hauteurs qui
dominaient le bourg, suivait ensuite la rue Marmoreau, la place Hardy, la
rue des Fossés, la rue Neuve, le val de Mayenne et venait rejoindre
l'enceinte du château à la Poterne, aujourd'hui le Roquet. Un large fossé en
défendait l'approche du côté de la campagne. Le périmètre de cette enceinte
avait une forme elliptique et circonscrivait, sur un développement d'environ
douze cents mètres, une superficie de près de neuf hectares. Vers la fin du
XIIIe siècle, Guy VII augmenta l'enceinte de la ville d'une nouvelle défense
le long de la rivière. Il avait fait l'échange, en 1265, avec Foulques de
Mathefelon, seigneur de Entrammes, du terrain en face de son château, sur
l'autre bord de la rivière, où se trouve aujourd'hui le faubourg du Pont de
Mayenne. Il lui avait donné en retour la terre de la Cropte, près sa
châtellenie de Mellay. Ce terrain portait alors le nom de Fiefs des Ponts de
Mayenne. Pour établir une communication facile avec la nouvelle partie de
son territoire, il construisit, lui ou son successeur Guy IX, comme tout
porte à le croire, le pont de Saint-Julien; selon nos anciens historiens, un
pont aurait été primitivement élevé au même endroit par Bellaillé,
seigneurde Laval, de 872 à 924. Mais les arches ogivales du pont actuel
n'annoncent que le XIIIe siècle. On ajoutera que les anciens titres des XVIe
et XVIIe siècles, que nous avons eu occasion de voir et qui concernent les
terrains et maisons voisines de ce pont, lui donnent encore le nom de
Pont-Neuf. Il est probable que ce pont remplaça le premier élené par
Bellaillé. Quoi qu'il en soit, sur un des piliers on éleva, pour défendre le
passage, une tête de pont qui consistait en deux tours cariées, avec
courtines, formant une porte. Un pont-levis servait de passage sur une
ouverture dans le tablier du pont, tenant lieu de fossé. Cette ouverture
existe encore, recouverte par le pavé; on la voit en dessous. Bourjolly nous
dit que de son temps les connaisseurs admiraient cette bastille, qui passait
pour être d'une grande hardiesse. Détruite en 1782, sa forme nous a été
conservée par une ancienne gravure, due au burin de M. Andouard, graveur à
Laval, représentant le vieux pont de Laval, alors bordé de maisons des deux
côtés.
Une seconde ligne de fortifications longeait la rivière jusqu'à l'étang de
la Chifollière; à son angle était une tour nommée Tour du Diable, qui a été
détruite au XIXe siècle. Elle se reliait aux anciens murs et une porte
donnait, dans cet endroit, entrée dans la première enceinte. A l'autre
extrémité, à l'entrée de la rue de Rivière, un mur joignait le Pont à
l'enceinte de la ville, au fort de Mauvoisin, au sommet des éperons. Une
porte laissait également entrer de ce côté. Quatre portes principales
donnaient entrée dans l'intérieur de la ville. Il y avait la porte
Beucheresse, sur la place Hardy, et la porte Belot Ouaysel, ouvrant de la
rue des Chevaux sur les éperons, et allant à Montmartin, aujourd'hui place
de Hercé; les deux autres étaient la porte Peinte, au bas de la Grande-Rue
et la porte Renaise, à l'extrémité de la rue de ce nom, du côté du bourg
Saint-Martin, sur le chemin qui conduisait à la Bretagne. Cette porte, ainsi
que la tour cylindrique que l'on voit encore à l'angle de la rue des Fossés,
avait été construite par le maréchal André de Lohéac, au commencement du XVe
siècle. Elle a été détruite en l'année 1782. La porte Peinte est aussi
nommée dans les aveux des sires de Laval aux comtes du Maine, porte
Bourdigal ou Bourdiguet. Elle donnait entrée dans la ville devant le passage
de la rivière. C'était, du temps que l'eau venait baigner le pied des
murailles, avant l'existence du val de Mayenne, la principale entrée de la
ville. Les seigneurs vassaux du baron de Laval devaient service de garde à
ces portes. Les seigneurs du Boisgamats, de Chantelou, de la Coconnière, etc,
y venaient en temps de guerre, montés et appareillés suffisamment, suivant
leur estât; chevalier comme chevalier, escuyer comme escuyer, faire la garde
pendant quinze jours et quinze nuits, à leurs frais, et si on les retenait
plus de temps, le suzerain était chargé de l'entretien. Le seigneur de la
Coconnière y amenait ses vassaux, qu'il était chargé de semondre (avertir,
assigner, du latin submonere). La porte Peinte d'un coté était reliée au
château et de l'autre au fort Mauvoisin, sur les éperons. Elle a été
détruite vers 17S2, suivant une date que porte la maison qui a remplacé le
mur du côté du château, au pied de la tour.
Henri IV, après être monté sur le trône, fit détruire dans nos pays un grand
nombre de maisons de campagne et châteaux garnis de murs et fossés, petits
forts qui auraient pu servir encore de retraite à quelques débris de la
Ligue. Les murailles de la ville de Craon qui lui avaient résisté pendant
longtemps, et devant lesquelles ses généraux avaient reçu un échec, furent
rasées. Il eut le dessein de détruire les murs de la ville de Laval, et
donna ordre à M. de Montécler alors gouverneur de la ville pour le roi, de
démanteler ses fortifications. Quelque temps après, une seconde lettre, lui
ordonne de surseoir à ce premier ordre. Il lui écrivait, à la date du
dernier jour de novembre 1594: "Monsieur de Courcelles, encore que j'aye cy
devant trouvé bon que l'on démolisse l'esperon et quelques autres
fortifications faictes en ma ville de Laval, ayant néanmoings depuis esté
adverty du préjudice qu'en recevra mon service pour le présent, j'ay résolu
supercéder encores pour quelque temps la dite démolition, vous en ayant
donné advis afin que vous faciez incontinent cesser ceux qui y pourront
travailler et empescher qu'il ne soit passé oultre, dont vous tiendrez aussi
adverty les habitants de ma dite ville de Laval, afin que vous et eulx ayez
à vous conformer sur ce à ma volonté, laquelle m'asseurant que vous ferez
suivre et observer je priray Dieu qu'il vous ayt, Monsieur de Courcelles, en
sa sainte garde. Escript à Creil le dernier jour de novembre 1594. signé
Henry, plus bas Potier" (Sur l'original aux archives du château de Montécler).
Les seigneurs de Laval ont par des concessions successives aliéné la
ceinture des murs de la cité qui sont devenus propriété particulière. Dans
ces aliénations, le cas de guerre fut toujours prévu, et ils devaient
retourner au seigneur. Par suite d'un long repos ils sont presque tous
entièrement démolis. Aujourd'hui il n'en reste que quelques rares débris. On
peut néanmoins encore juger de leur importance, surtout dans des temps où
l'on ignorait tous les moyens de destruction comme de nos jours.
Cinq races se succèdent pendant les dix siècles que cette seigneurie
appartient à la maison de Laval: ce furent les Guy, les Montmorency, les
Montfort, les Rieux et Coligny, et les La Trémoille. Une loi de famille leur
imposa le nom de Guy, consacré par un privilège du Pape Paschal II en
mémoire de la bravoure de Guy IV contre les infidèles. Dans le cadre qui
nous est donné, nous ne pouvons tracer qu'un tableau rapide de l'histoire de
ces seigneurs. Ses commencements sont obscurs et plus ou moins authentiques.
Valla, avons-nous déjà dit, disgracié par l'empereur Louis le Débonnaire,
vint, croit-on, bâtir un fort au milieu des forêts qui, à cette époque,
couvraient nos pays, frontières de la Bretagne. Guy, son fils, vaillant
capitaine, lui succède. Il épouse Adeltrude d'Anjou, soeur de Roland le
Preux, comte d'Anjou et du Maine, célèbre dans tous nos romanciers du
moyen-âge. Guy, premier du nom, eut le gouvernement du Maine et de l'Anjou à
la mort de Roland. Après de grandes victoires remportées sur les Bretons, il
les réduit à l'obéissance de l'empereur. Son nom se retrouve au cartulaire
de Redon, il y prend le titre de comte de Vannes. Revenu victorieux dans son
gouvernement, il construit ou acheva le château, origine de la ville de
Laval. En guerre continuelle avec les Bretons, tantôt vainqueur, tantôt
vaincu, il succomba dans une embuscade contre Lambert, comte de Nantes, qui,
retiré vers 842, dans le pays Craonnais, y construisait une forteresse d'où
il inquiétait tout le pays. Il laisse d'Adeltrude d'Anjou, trois enfants.
L'aîné, Gaudebert, comte du Maine, tue dans un combat le comte Lambert, et
venge ainsi la mort de son père. Il est lui-même tué par les Nantais, après
avoir possédé le gouvernement du Maine pendant trente-cinq années. Vivien,
le deuxième fils de Guy, est un des lieutenants de Charles le Chauve. De
Rennes, où il avait établi le siège de son gouvernement, il rejeta les
Bretons jusqu'à Vannes. Il est à son tour repoussé. Charles vient à son
secours en 852, et défait les Bretons dans un combat près du bourg de Cossé,
sur les confins du Maine, de l'Anjou et de la Bretagne. Vivien perd la vie
dans cette bataille; son corps est abandonné aux bêtes féroces. C'est,
dit-on, depuis ce tragique événement que Cossé a pris le nom de
Cossé-le-Vivien. Guyon, troisième fils de Guy, devenu possesseur du château
de Laval, sert Charles le Chauve et Louis le Bègue. Il eut à souffrir des
invasions des hommes du Nord ou Normands, qu'avait attirés le comte Lambert,
et qui ravagèrent le Maine et l'Anjou: deux fois ils détruisirent son
château. Guyon accompagna Charles dans son expédition contre ces barbares;
en 865, il fut, avec ce prince, au siège d'Angers. Il épousa Ingonde, dame
d'Avènières et du Bourg-Hersent. Cette dame se plaignait de ce que le
château de Laval avait été bâti sur son territoire; ce mariage mit un terme
à ces plaintes. Guyon reçoit à Laval les reliques de saint Tugal, évêque de
Tréguier au VIIe siècle. L'évêque Guaranus, fuyant devant la dévastation des
Normands, emportait avec lui les reliques de ce saint. Il s'arrêta au
château du baron de Laval, et lui fit l'abandon d'une partie de son précieux
fardeau. Ce saint est devenu patron d'un chapitre de chanoines dans la
ville.
Yves, petit-fils de Guyon, lui succède, et laisse la baronnie de Laval à
Bellaillé, son oncle. Au temps de Bellaillé, vécut près de lui un saint
personnage, Berthevin, originaire de la Neustrie. Devenu un des familiers du
château, sa réputation de sainteté excita la jalousie des autres serviteurs
de la maison qui le nièrent. La grotte où ce saint homme passait son temps
en oraison se voit encore près de Laval, sur le bord du Vicoin, dans la
paroisse qui depuis fut appelée Saint-Berthevin. On attribue à tort à
Bellaillé, la construction du vieux pont actuel. Il édifia seulement, un peu
au-dessous, les moulins, détruits depuis quelques années, qui portaient son
nom. Il mourut en 924; Yves II, son fils, lui succède; de concert avec
Ahoise de Mathefelon, sa femme, il fonde l'aumônerie de Saint-Julien.
Hugues, leur fils, que l'on nomme également Geoffroy, hérite de la
seigneurie en 960. Il épouse Berthe, fille unique de Robert de Blois,
seigneur d'Evron et de la Champagne du Maine. Ils contribuèrent à restaurer
l'abbaye d'Evron que les Normands avaient détruite. Hugues meurt en 990, et
laisse pour successeur son fils aîné. Geoffroy, qui prend le nom de Guy II.
Tous ses efforts tendirent à civiliser les populations réunies autour de
lui. On lui doit un grand nombre de fondations religieuses et d'érections de
paroisses. Il construisit le château dans le lieu où nous le voyons
aujourd'hui, et y retint prisonnier Robert de Vitré en 1020, on ne sait pour
quel motif. Inoguen, mère de Robert de Vitré, obtint sa liberté moyennant
diverses concessions de terres. En 1024, Guy II érige en prieuré et donne
aux moines de la Couture du Mans, l'église Notre-Dame-des-Périls, paroisse
primitive du Bourg-Chevrel et berceau du christianisme dans nos contrées.
Vers 1040, entraîné par les eaux en passant la rivière de la Mayenne,
vis-à-vis son château, il implore la vierge et échappe au danger. Vers le
même temps, en faveur de son fils Jehan, moine à Marmoutiers près de Tours,
il donne à cette abbaye un terrain et des marécages qui entouraient son
bourg. Il concède le droit d'inféodation et de création d'un fief ad burgum
faciendum, dit la charte de fondation. Les religieux y fondent un prieuré,
et, peu à peu, inféodent leur territoire. Le faubourg Saint-Martin leur doit
son origine. Notre Guy, trop vieux pour accompagner Guillaume à son
expédition d'Angleterre, lui donne ses fils. Il meurt en 1067, dans un âge
fort avancé, laissant de trois mariages un grand nombre d'enfants; Hamon,
l'aîné, lui succède.
Hamon avait accompagné Guillaume à la conquête de l'Angleterre, et y était
encore lors de la mort de son père. Pour le récompenser, Guillaume donne sa
nièce Denise de Mortain en mariage à son fils, et leur accorde pour armes un
des léopards qu'il portait sur son écusson. Les armes de la maison furent
alors de gueules, au léopard d'or, jusqu'à Mathieu de Montmorency qui reprit
les alérions de sa famille. La ville de Laval conserva le léopard: on le
voyait au siècle dernier sur la porte Renaise de cette ville, on les a
reprises nouvellement. Hamon mourut en 1080; de Hersende, dame du Bourg
Hersent, il laisse, entre autres enfants, Guy III, surnommé le Chauve, qui
fut son successeur. Après avoir contesté et même repris les dons pieux de
ses aïeux, la mort de Denise de Mortain, sa femme, lui fait faire un retour
sur lui-même, il rend tout ce qu'il avait enlevé aux moines. Il avait épousé
en deuxièmes noces Cécile de Mello. Le cri de Dieu le veut, parti du concile
de Clermont, retentit jusqu'à la cour du baron de Laval. Ses enfants
s'enrôlent sous la bannière de la croix. Ils reçoivent les insignes des
croisés des mains de l'évêque Hoël, dans la cathédrale du Mans. Deux seuls
revinrent; Guy IV et Gervais. Guy III meurt en 1095 ou 1098. Guy IV épouse
Emma, fille de Henri 1 er, roi d'Angleterre. Il confirme toutes les
fondations religieuses de ses ancêtres. L'église de Notre-Dame-des-Périls,
fort éloignée de la ville, servait toujours d'église paroissiale; Guy IV fit
aux habitants l'abandon des ruines du vieux fort construit par Guy premier;
ils y élevèrent un temple qu'ils dédièrent à la Sainte Trinité. Le sire de
Laval, à la tête des barons du Maine et de l'Anjou, accourt en 1118, à
l'aide de Foulques, comte d'Anjou et du Maine, son suzerain, en guerre avec
Henri, roi d'Angleterre. La bataille était déjà commencée lorsqu'arrivent
les Manceaux et les Angevins, bien marris, disant: qu'ils étaient malheureux
d'avoir tant tardé à secourir leur seigneur, que cela leur sera "tourné à
couardise et mauvaiseté". Ils se jettent sur l'ennemi, chacun criant son
enseigne et exhortant les siens à bien faire. Leur choc fait remporter la
victoire. Un peu plus tard, Guy se joint à la ligue formée contre Geoffroy
Plantagenet, qui se montrait dur et exigeant avec les hauts barons ses
feudataires. Geoffroy l'assiège dans son château de Mellay près de Laval,
qu'il détruit de fond en comble. Enfin le sire de Laval fait sa paix avec le
comte d'Anjou qui donne sa fille en mariage au fils de Guy. Il meurt vers
1142, laissant pour successeur Guy V, son fils aîné.
Guy V épouse, en 1148, Emma d'Anjou, fille de Plantagenet, soeur d'Henri,
roi d'Angleterre. C'était la plus belle personne de son temps. De la
domination Normande, le Maine était passé aux comtes d'Anjou. A la mort de
Geoffroy, il passe sous la domination Anglaise, et y reste jusqu'au règne de
Jean sans Terre, où il est réuni à la France par Philippe Auguste. Guy V
reste attaché aux Plantagenets ses parents. Il aide Henri II à recouvrer son
royaume contre Etienne de Blois, comte de Boulogne, usurpateur du trône
d'Angleterre. Henri le fait, en 1154, son lieutenant-général en Bretagne.
Guy le suit contre Raymond de Toulouse, et il assiste au siège de cette
ville que Louis le Jeune force à abandonner. Il se tourne ensuite du côté
des enfants du roi d'Angleterre avec Raoul de Fougères et Geoffroy de
Mayenne, ce qui leur attire de la part de l'historien Mathieu Paris
l'épithète de barons transfuges. Dur, sévère et irreligieux dans les
commencements, Emma, sa mère et son frère Hamon parvinrent à adoucir son
caractère. Il établit sur le clergé un droit de main morte. En 1150, fort de
l'autorité du Pape, Guillaume, évêque du Mans, fulmine contre lui une
sentence d'excommunication et met ses terres en interdit pour ses exactions
contre les religieux de Marmoutiers, à leur prieuré de Saint-Martin. Guy,
effrayé, s'empresse de rendre aux moines leur bien et y ajoute de nouvelles
libéralités. Le pape Lucien, par une bulle de l'année 1183, approuve le
collège de chanoines que Guy avait fondé au château de Laval. Il fut
transféré depuis par son successeur dans l'église du Bourg Chevrel, et
devint plus tard le chapitre Saint-Tugal. C'est ce seigneur qui entoura la
ville de la ceinture de murs dont nous voyons encore les vestiges. Guy VI,
dit le Jeune, lui succède en 1194 ou 1196. Son premier acte fut d'abolir le
droit de main morte, établi sur le clergé par son père. Attaché à Richard
Coeur de Lion, il le suit à la troisième croisade, et assiste au siège de
Ptolémaïs; bientôt après son retour, il fonde le prieuré d'Ollivet, pour sa
fille Ozanne, qui y reçoit la sépulture. Il meurt en 1210, laissant de
Ahoise de Craon, fille de Maurice II, plusieurs enfants. Guyonnet, son seul
fils, mourut en bas âge, et en lui s'éteignit la première race de la maison
de Laval.
Emma, restée seule héritière de la maison de Laval, commença la deuxième
race qui prend le nom de Montmorency, après la seconde alliance d'Emma.
Suivant les coutumes d'Anjou, Maine et Touraine, lorsque l'héritage d'un
grand fief tombait au pouvoir de fille, c'était au roi qu'appartenait de lui
choisir un mari. En vertu de ce droit, Philippe Auguste donne la jeune
héritière de Laval à Robert III, comte d'Alençon, du consentement de Ahoise,
sa mère. Robert meurt en 1217, au manoir de Trancalou, dont on voit encore
les ruines dans la forêt d'Hermet. Trois années après, Emma prend pour
second mari Mathieu de Montmorency, connétable de France. Mathieu s'engage,
par cette alliance, pour lui et ses enfants, à prendre le nom et les armes
de Laval avec le nom de Guy. Mathieu II de Montmorency fut illustre par sa
valeur à la guerre et par sa prudence dans les conseils. La victoire de
Bouvines lui fut attribuée. Il présenta au roi, après la victoire, seize
bannières qu'il avait enlevées à l'ennemi: Philippe met sur son blason seize
alérions au lieu de huit que le connétable avait déjà. Mathieu accompagne
Louis, fils de Philippe Augustre, depuis Louis VIII, à la croisade des
Albigeois en 1215. Pendant la minorité de Louis IX, il fut le plus ferme
appui de Blanche de Castille, régente du royaume, contre les princes et
barons révoltés et détruisit la ligue des mécontents, formée contre le
gouvernement de cette princesse. Il meurt en 1230. Emma épouse en troisièmes
noces, en 1231, après avoir consulté ses vassaux, Jean de Tocy, baron de
Saint-Fargeau. Louis IX conçoit de la défiance sur la dame de Laval et
craint qu'elle ne fasse alliance contre lui avec le duc de Bretagne. Il veut
s'assurer du château et de la ville de Laval. Le baron de Tocy promet
fidélité au roi et s'engage à garder lui-même sa forteresse; pour sûreté, il
donne son château de Saint-Fargeau et ses terres en Bourgogne. Ahoise, mère
d'Emma, fonde en 1224, près de Laval, le prieuré de Sainte-Catherine et le
donne à l'abbaye de la Réale, en Poitou. Elle meurt en 1230. Emma fut une
femme supérieure; on la vit toujours généreuse envers ses vassaux, qu'elle
sut s'attacher par ses libéralités. Sa mort arriva en 1265; son corps fut
mis dans l'église de l'abbaye de Clermont; elle fut la première à jouir de
cet honneur, ses ancêtres n'ayant reçu la sépulture qu'à l'entrée, les
inhumations dans les églises étant interdites dans ces temps.
Guy VII, l'aîné des enfants d'Emma et de Mathieu de Montmorency hérite de la
maison de Laval. Il épouse, en 1239, Philippe ou Philippine, fille aînée
d'André III, baron de Vitré, avec de grandes seigneuries en dot. En outre,
André lui promet que s'il meurt sans laisser d'enfants de sa seconde femme,
Thomasse de Mathefelon, ses châteaux et seigneuries reviendront à
Philippine. Guy VII accompagne André de Vitré, en 1248, à la cinquième
croisade; son nom y figure avec éclat. C'est de lui qu'il est question dans
le poème de Saint Louis, ou la Sainte Couronne reconquise. André de Vitré
meurt au combat de la Massoure, ne laissant qu'une fille qui meurt sans
enfants. Guy, par sa femme, devient baron de Vitré, vicomte de Rennes et
pair des États de Bretagne. Philippine meurt en 1254. Le sire de Laval
épouse en deuxièmes noces Thomasse de Mathefelon, veuve d'André, son
beau-père. Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, comte apanagiste du Maine,
accepte la couronne des Deux-Siciles, dont le Pape dépouille la maison de
Souabe. Le sire de Laval suit le comte d'Anjou, son suzerain, à la conquête
de son royaume. Il se distingue dans une bataille donnée dans les plaines de
Bénévent, où Manfred perd la vie. Avant de partir pour ces guerres
lointaines, il avait fait son testament à Lyon en l'année 1235. Il laisse à
son fils Guyon, et à ses héritiers à venir, le sceau qui avait été à son
père, et le confie à la garde de l'abbé de Clermont, qui le donnait aux
sires de Laval chaque fois qu'ils en avaient besoin. La ville de Laval tend
à s'agrandir, au-delà de la rivière, par l'acquisition que fait Guy VII des
terres où est situé le faubourg du Pont-de-Mayenne. Lui, ou son successeur
Guy VIII, réunit ce nouveau quartier à la ville par le pont que nous voyons
aujourd'hui, et élève le long de la rivière l'enceinte de murs dont nous
faisons mention ci-dessus. Il meurt en 1267. Guy VIII lui succède. Il a pour
femme Ysabeau de Beaumont. En 1268, il est avec Charles d'Anjou à la
bataille de Tagliocozo où Conrad, qui combat pour reconquérir son trône, est
défait et où triomphent les Guelfes sur les Gibelins. Guy fait partie de la
malheureuse croisade où Saint Louis meurt. A son retour, il se trouve au
rendez-vous assigné à Tours, pour le service dû à la couronne, à cause de sa
terre d'Acquigny, et suit Philippe le Hardi contre le comte de Foix,
révolté. En 1283, après le massacre des Vêpres siciliennes, il mène de
nouveau ses vassaux au secours de Charles d'Anjou, et se trouve ensuite à
Bordeaux comme témoin du combat entre Charles et Pierre d'Aragon, ou devait
se décider le sort de la Sicile. Pierre manqua au rendez-vous. Ysabeau était
morte; Guy épouse en deuxièmes noces Jehanne de Brienne, en 1286. Il était
en Auvergne en 1294 avec Charles de Valois, comte du Maine. Le 22 août 1295,
il meurt à l'Ile Jourdain; son coeur est transporté à l'abbaye de la Réale,
et son corps inhumé dans l'église de l'abbaye de Clermont.
Guy IX portait le surnom de la Croix dé (La croix de par Dieu), c'était son
jurement habituel. Il s'accommode avec sa belle-mère, Jeanne de Brienne,
pour son douaire, et lui donne la moitié des joyaux et des ménages. Elle a
soixante écuelles d'argent, trois pots d'argent à vin et deux à eau, deux
plats d'argent à entremets, un bassin d'argent à main laver, toutes les
couronnas, chapeaux, anneaux, ceintures et attreints pour son corps. Le sire
de Laval donne à André, son frère, une espèe. Il conserve, pour lui la coupe
qui fut à Thomas de Cantorbery, la coupe fleuretée et autres joyaux, un escu
(scutum) d'or, qui anciennement appartint aux seigneurs de Laval, etc. Guy
fait la guerre en Flandre, sous Philippe le Hardi. Charles de Valois, comte
d'Anjou et du Maine, marie en 1298, sa fille Ysabeau à Jean II, duc de
Bretagne. Il demande l'aide due par ses sujets dans les trois cas de rançon
du suzerain, de promotion de son fils aîné à la chevalerie, ou du mariage de
sa fille aînée. Le sire de Laval se montre le plus opiniâtre dans le refus
que font les barons disant: que le cas advenant, il ne doive l'aide requis,
mais seulement service de corps et d'armes. Ce procès, célèbre sous le nom
de Procès des Appelants, est terminé par lettres du roi Philippe le Bel, du
27 octobre 1301. La terre de Laval est saisie et mise entre les mains du
comte d'Anjou. Guy se soumet enfin, et consent à donner ce que Charles de
Valois réclame. Guy IX avait épousé, en 1298, Béatrix de Gâvre, comtesse de
Fonkenberg, en Flandre. Cette alliance est pour Laval une source de
richesses; Béatrix apporta de Flandre aux Lavallois l'art de blanchir la
toile et de préparer le lin. Le commerce des étoffes de laine cessa et fut
remplacé par celui de la toile; cette industrie donna bientôt une grande
célébrité à Laval. Guy IX meurt en 1333, à Landavran, près Vitré. Sa mort
fut celle d'un chevalier sans peur et sans reproche; il disait en
trépassant, car nulle autre prière ne savait: Biau sire Dieu en qui je
crois. (Le Baud).
Guy X fut l'époux de Béatrix, seconde fille d'Arthur II, duc de Bretagne,
soeur de Jean de Montfort. Les querelles de ce dernier et de Charles de
Blois, pour la succession au duché de Bretagne, amènent des guerres
sanglantes. Guy sacrifie ses liens de parenté avec Jean de Montfort, il
combat pour Charles de Blois, et meurt à la Roche-Derrien. Il fut enterré
dans l'église de la Madgdeleine de Vitré. Un siècle plus tard, Anne,
duchesse de Bretagne, descendue des Montfort, voulut faire briser la statue
élevée sur la tombe de Guy X, disant qu'il avait été le plus cruel ennemi de
sa maison. Un seul coup de marteau fut donné; Anne arrêta cette mutilation.
Guy XI ayant été fait prisonnier à la Roche-Derrien, en combattant à côté de
son père, sa mère paya pour lui une forte rançon. Le 11 février 1348, il
meurt sans laisser d'enfants, au château de Vitré, des blessures qu'il avait
reçues. Il repose dans le même caveau que son père. Jehan, deuxième fils de
Guy X, hérite de la baronnie de Laval. Pour obéir à la loi de famille, il
prend le nom de Guy XII. De son temps, les plus grands périls menacent la
monarchie. La bataille de Crécy (1346), celle de Poitiers (1336), la
captivité du roi Jean mettent la France à deux doigts de sa perte. Le traité
de Brétigny livre à l'Angleterre une partie du sol français. Guy ne cesse de
combattre pour reconquérir les provinces cédées à l'étranger. Pendant les
guerres, paraît Du Guesclin, que la providence envoie à la France entraînée
par sa mauvaise fortune. Il se rattache à la maison de Laval par Jeanne, sa
femme, fille de Jean de Chastillon. Le Maine devient de nouveau le théâtre
de la guerre. Du Guesclin bat les Anglais à Pontvallain; Laval y combat
vaillamment et contribue puissamment à la victoire. En 1372, il va en Poitou
sous les ordres du Connétable, et fait rentrer sous la domination française
les villes de Poitiers, Moncontour, etc. Rohan, Laval et Clisson résistent
aux sollicitations du duc de Bretagne qui veut les entraîner dans son
alliance avec l'Angleterre. Ils le menacent de l'abandonner: cher Sire, lui
disent-ils, "sitôt que nous pourrons appercevoir que vous serez partie pour
le Roi d'Angleterre, nous vous relinquerons et mettrons hors de Bretagne".
En 1378 Charles V fait déclarer coupable de félonie le duc de Bretagne, et
veut se saisir du duché. Les barons bretons sont prêts à se rendre aux
desseins du roi, et à lui livrer leurs places. Laval, seul, ose prendre la
parole et les fait revenir à eux. "On fait, leur dit-il, le procès au Duc,
et quand les choses sont faites, on nous demande nos places. C'est besongner
tout d'un coup de deux envers.... La principauté de Bretagne, si noble et si
ancienne, sera-t-elle désormais une cense, borde ou mestairie du royaume de
France?.... Si nous despouillons l'Anglais pour vestir le Français,
qu'avançons-nous?... Le Roi commande partout, le Duc souvent prie, et fait
justice quand il est semond, le Roi quand il veut". Après ce discours,
chacun s'empresse de quitter Paris et de se retirer dans ses terres. La
querelle continue et se termine enfin par le traité de Guérande, le 15
janvier 1381. Guy XII en est un des principaux négociateurs...
Guy XII eut deux femmes, Louise de Chateaubriand et Jeanne de Laval, veuve
de Bertrand Du Guesclin. L'aîné de ses enfants, Guy, sire de Gâvre, âgé de
vingt ans, tombe dans un puits au bas de la grande rue de Laval, en 1403, en
jouant à la paume, et meurt des suites de cette chute. Anne de Laval, sa
soeur, devient héritière et épouse, en 1404, Jean de Montfort, sire de
Kergorlay. Guy XII mourut en 1412, âgé de plus de 80 ans. Il avait, selon
l'expression de Pierre le Baud, toujours aimé souverainement le bien de la
France. Il fut enterré à Clermont, où se voit encore son épitaphe. Jean de
Montfort en épousant Anne, commence la troisième race de la maison de Laval.
Jean, par son contrat de mariage, du 22 janvier 1404, s'engage pour lui et
ses successeurs à prendre le nom, cri et armes de Laval. Il suit, en 1411,
Louis II, duc d'Anjou, comte du Maine, qui va en Italie faire valoir ses
prétentions sur le royaume de Naples. Guy XIII visite les lieux saintsv et
en accomplissant ce pieux pèlerinage il est atteint dans l'île de Rhodes par
une maladie contagieuse. Après avoir dicté ses dernières volontés à ses
chevaliers, et meurt le 9 août 1414. Les chevaliers de Saint Jean lui firent
de magnifiques obsèques dans leur église. Il laissait plusieurs enfants,
entre autres Guy, son successeur, André de Lohéac et Louis de Chastillon.
Anne sa veuve, femme d'un courage plusieurs fois mis à l'épreuve, se voue
dès ce moment à l'éducation de ses enfants. Ils prouvèrent ensuite que ses
soins n'avaient pas été perdus. C'était alors une des mauvaises heures de la
France. Charles VI, son roi, était en démence; les maisons d'Orléans et de
Bourgogne se querellaient sans relâche à main armée, et Henri V d'Angleterre
avait passé la Manche pour venir réclamer l'exécution du traité de Bretigny
et la couronne de France. Bientôt la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415),
semble lui donner raison. Une grande partie de nos villes tombe
successivement en son pouvoir et Laval est du nombre (mars 1427). André de
Lohéac essaye de se défendre dans le château, mais au bout de six jours il
est forcé de se rendre et Anne, sa mère, qui a trouvé un refuge dans le
château de Vitré, ne peut le racheter qu'au prix de 5000 écus d'or, rançon
énorme, pour laquelle elle donne en gage une couronne d'or enrichie de
pierreries, et qui la force à vendre la terre de Savonnières. Rendu à la
liberté, Lohéac va au siège d'Orléans avec Guy XIV, son frère, suivis d'un
grand nombre de gentilshommes du Maine et de l'Anjou. Ils s'y trouvent avec
Jeanne d'Arc; la lettre qu'ils écrivent à leur mère au sujet de cette
héroïne est encore un des monuments les plus précieux de notre histoire.
Le 10 juin 1429, un mois après la levée du siège d'Orléans, Guy XIV et André
sont à Patay, en Bauce, où si bien les Français chevauchèrent les Anglais,
que Jeanne pût, tôt après, conduire à Reims le roi Charles VII. Le sire de
Laval assiste au sacre, et le jour même, Charles érige la baronnie de Laval
en comté, et la distrait du comté du Maine, pour relever à l'avenir
directement de la couronne. Pendant que son seigneur est au sacre à Reims,
la ville de Laval, une seconde fois, est prise par les Anglais, malgré la
trêve convenue avec la dame de Laval. Au mois de septembre 1429, Raoul de
Bouchet, de la Ferrière, de la Hayes et de Torcé remettent Laval sous
l'obéissance du roi. Jehan Fouquet, meunier des trois moulins, introduit ces
chevaliers chez lui, sous le pont. Ce poste leur donne accès dans la
première enceinte, devant la porte Peinte. Au matin, pendant que les
portiers sont à ouvrir la porte de la Bastille qui ferme l'entrée du pont,
une troupe de gens d'armes se jette sur la garde de la porte Peinte, criant
Notre-Dame, saint Denys! Les Anglais, effrayés, se sauvent par dessus les
murailles et abandonnent la ville. Chaque année, jusqu'à la Révolution, le
25 septembre, jour de saint Firmin, une fête célébrait l'heureuse délivrance
de la ville et le courage de ses libérateurs. Ces guerres lamentables se
poursuivent plusieurs années encore. Guy XIV et André ne cessent d'y prendre
part et de combattre pour chasser l'étranger du territoire. Formigny nous
venge enfin d'Azincourt; la guerre finit, Calais reste seul aux Anglais. Guy
XIV avait épousé en premières noces (1430)Isabeau, fille de Jean V, duc de
Bretagne. Veuf en 1442, il contracte une seconde alliance avec Françoise de
Dinan, dame de Chateaubriand. Fiancée d'abord au sire de Gâvre, l'aîné des
fils de Guy XIV et d'Isabeau, qu'elle avait aimé, et auquel elle avait écrit
qu'elle serait toujours prête à l'épouser, Françoise avait été enlevée par
Gilles de Bretagne, frère du duc Pierre II. Après la fin tragique de ce
jeune seigneur à la Hardouynaye (1450), elle consent, pour sortir de la
captivité où la retient le duc, son beau-frère, à donner sa main à Guy XIV,
père du sire de Gâvre. Des fêtes magnifiques célèbrent à Laval l'entrée du
seigneur avec sa femme, amenant avec eux André de Lohéac, marié depuis peu
avec la fille du célèbre Gilles de Raiz.
La paix fait renaître le commerce à Laval. Marchands, bourgeois et
gentilshommes, obligés de prendre les armes pour la défense du sol, rentrent
dans leurs foyers. Laval s'agrandit et commence à sortir de l'enceinte de
ses murs. A l'intérieur, le vallon ou ravin, séparant vers le midi le
château de la muraille d'enceinte, se remplit de maisons qui forment la
Grande rue et la rue de la Chapelle. Anne de Laval meurt à 85 ans au château
de Laval, le 28 janvier 1465. Elle avait, après la destruction de son
château de Monisurs par les Anglais, réuni le chapitre des Trois-Maries à
celui de Saint-Tugal de Laval. La mort l'empêcha de terminer les grands
travaux qu'elle avait entrepris pour l'embellissement de l'église du
chapitre. Guy XIV passa ses dernières années à Chateaubriand et y mourut le
2 septembre 1486. Ses funérailles furent faites avec pompe à Saint Tugal par
le cardinal de Luxembourg, évêque du Mans. Pendant sa vie, Guy avait été
comblé par nos rois de grands honneurs; des privilèges considérables avaient
été attachés à son comté en récompense de ses services. Il eut plusieurs
enfants, entre autres Guy XV, son successeur, et Jeanne, la Reine des
tournois, qui épousa René, duc d'Anjou. Guy XV, pendant sa jeunesse avait
suivi la carrière des armes, habitait depuis plusieurs années le château de
Laval que son père lui avait abandonné. Il aimait la ville de ses ancêtres
et il aida généreusement les habitants du faubourg du Pont de Mayenne à la
construction d'une nouvelle église, destinée à remplacer pour eux celle du
prieuré de Saint-Melaine, trop éloignée. Le nouvel édifice fut consacré en
1521 et mis sous l'invocation de saint Vénérand, dont Guy avait donné des
reliques qu'il possédait à sa terre d'Acquigny. Le comte de Laval réalisa,
dans le même temps, une dernière volonté de sa mère, Isabeau de Bretagne, en
appelant à Laval les religieux Dominicains. La première pierre de leur
couvent fut placée le 9 septembre 1489. Guy XV avait été élevé avec Louis XI
encore Dauphin, qui devenu roi, lui conserva toujours ses bonnes grâces et
le maria, en 1462, avec Catherine d'Alençon, fille de Jean 1er, duc
d'Alençon. Il lui permit aussi d'écarteler son écu des armes de France.
Louis XI, en mourant, nomme sa fille aînée, Anne de Bau jeu, régente. Une
ligue se forme bientôt contre elle. Le duc de Bretagne, François II, est un
de ses principaux chefs et ses États deviennent comme la place d'armes des
mécontents. Guy XV, fidèle à la monarchie, livre au roi sa ville de Vitré,
au grand déplaisir des habitants, bons Bretons, humiliés de se voir au
pouvoir des Français sans coup férir. Pendant cette guerre, Charles VIII
séjourne à Laval avec sa soeur Anne de Baujeu. La Trémoille, à la tête d'une
armée, était en Bretagne pour combattre les princes. Leur défaite, à Saint
Aubin du Cormier (1488), mit fin à la guerre. Peu après le duc de Bretagne
en mourut de chagrin. Charles VIII, par un coup de haute politique,
recherche et obtient la main d'Anne, fille aînée de François II, héritière
du duché et déjà fiancée à Maximilien, roi des Romains. Cette union célèbre
eut lieu à Langeais, le 26 décembre 1491. Guy XV mourut le 28 janvier 1500.
On peut le considérer comme le premier restaurateur du château de Laval,
dont il fit sa résidence habituelle. L'exhaussement du côté qui domine la
rue du Val de Mayenne, avec les fenêtres à meneaux en croix, indique bien
son époque, de même que la partie qui domine la Grande rue. Il fut le
fondateur du couvent du Tiers ordre de saint François, que l'on nommait
Patience. Guy XV ne laissait point d'enfants. Nicolas, seigneur de la
Roche-Bernard, son neveu, lui succéda et s'en montra digne. Guy XVI s'était
distingué en Italie, où il avait suivi le roi Charles VIII. A Lyon, il avait
brillé dans les pas d'armes et dans les fêtes données par la cour, en
attendant l'arrivée de l'armée. Dans un tournois, il fut le chef du parti de
la reine Anne, qui le protégea toujours en mémoire de l'attachement que son
père avait constamment montré à la Bretagne. Il dut à cette faveur son union
avec Charlotte d'Aragon, princesse de Tarente, fille de Frédéric III, roi de
Sicile. Après avoir perdu ses États, il était venu mourir à Tours, et
Charlotte était restée à la cour. Le mariage fut célébré à Lyon (27 juillet
1500), et furent faits d'étranges tournois et les lices tendues de drap de
soie en la place de Grenette. C'est de cette alliance que sont venus les
droits de la maison de Laval sur le royaume de Naples et la principauté de
Tarente: cet avantage est le seul qu'elle retira d'une alliance qui
l'unissait à tous les souverains d'Europe. Au mois de février suivant, le
comte et la comtesse arrivent à Laval; leur entrée fut magnifique, une foule
nombreuse se porta à leur rencontre. La comtesse entrait seule, dans une
litière, son mari lui laissant les honneurs de la fête. Les joutes,
tournois, passes d'armes étaient les occupations de la noblesse durant là
paix. Le comte de Laval excellait dans ces exercices; il avait fait
construire, dans la vallée de Panlivard, des lices où il rompait des lances
avec les seigneurs que ces jeux attiraient à Laval. Il brilla par son
adresse aux fêtes que la cour donnait à Bloys, au mois de décembre 1501...
Charlotte d'Aragon mourut à Vitré, en 1506, laissant entre autres enfants
Catherine, qui épousa Claude de Rieux, et Anne, mariée à François de La
Trémoille. Ces deux alliances sont les souches des deux dernières races de
Laval. Guy XVI épousa en secondes noces, Anne de Montmorency, morte au
château de Compers, commune de Concaret près de Rennes, en 1525, lui
laissant Claude pour héritier. D'un troisième mariage avec Antoinette de
Daillon, il ne resta qu'une fille, mariée à Gaspard de Coligny. Le séjour du
seigneur à Laval était pour la ville un temps d'animation. Aux joutes
succédaient les mystères et moralités; la Nativité, le Bon Pèlerin, le
Sacrifice d'Abraham, etc., se représentaient dans les carrefours et sur les
places. Dans les prairies de Bootz avait lieu le beau et remarquable mystère
de Sainte Barbe, pour lequel de hauts seigneurs de la cour vinrent à Laval.
En 1508, Guy avait commencé, sur la Motte, devant le château, un nouveau
palais, achevé par son successeur Guy XVII, qui y fit mettre ses armes et
celles de Claude de Foix, son épouse. La rivalité des maisons de France et
d'Autriche ranime la guerre en Italie. Le comte de Laval y perd François,
son fils aîné, à l'attaque de la Bicoque, maison de plaisance du duc de
Milan. Lui-même meurt à la Gravelle, d'un coup de pied de cheval, le 25 mai
1531. Son corps fut apporté à Laval, où on lui fit de superbes obsèques.
Guillaume Le Doyen décrivit en vers cette cérémonie, et son récit, inséré
dans le manuscrit de sa Chronique rimée, fut même imprimé à part à Angers.
Guy fut surnommé le Grand Guyon; il aimait les savants et la vérité lui
plaisait au dessus de tout. Il attribuait l'hérésie, qui commençait à faire
des progrès, à la mollesse des grands clercs du monde, disant qu'ils
disputaient des livres, mais qu'ils ne savaient vivre. Il punissait les
blasphémateurs de sa maison, en leur faisant, pour la première fois, boire
une tasse pleine d'eau; la seconde, en les mettant en prison.
Claude succède à son père et prend le nom de Guy XVII. Il n'avait que dix
ans, et fut élevé près de son oncle, Jean de Chateaubriand et de Françoise
de Foix, sa femme, si connue sous le nom de Comtesse de Chateaubriand, et
qui fit épouser à Guy, sa nièce Claude de Foix. Le comte de Laval parut avec
avantage à la cour de François 1er. Dès 1537, il débuta dans les armes, le
roi, satisfait de son courage, l'émancipa le 3 octobre 1538. Son entrée avec
sa femme dans Laval, le 1er mai 1541, surpassa tout ce qu'on avait encore vu
de plus merveilleux dans la ville. Les rues étaient décorées d'arcs de
triomphe, le vin coulait des fontaines. Trois chariots portaient les filles
des plus notables bourgeois de la ville, somptueusement vêtues; mais ce qui
l'emportait en magnificence, c'étaient les bagues, les joyaux, dont les
bourgeois s'étaient parés, plusieurs même avaient orné leurs pourpoints de
pièces d'or. Mais bientôt la guerre mit un terme aux brillants passe-temps
du comte Guy. Henri VIII, au nord, Charles-Quint partout ailleurs, poussent
la France aux abois. Le Roi-chevalier défend son royaume à la tête de sa
noblesse. Le comte de Laval est toujours au premier rang.
François 1er meurt le 31 mars 1547. Diane de Poitiers succède à la duchesse
d'Etampes. Guy XVII de Laval attaché à cette dernière, perd la faveur dont
il jouissait sous le dernier règne. Il meurt à Saint-Germain-en-Laye, à
peine âgé de 27 ans, de découragement, selon les uns, d'une pleurésie, selon
les autres. Quelques auteurs disent même que, jouant à la paume avec le roi,
il se laissa emporter à des paroles trop vives, et fut frappé par Henri II
d'un coup de dague dont il mourut sur le champ. Ses obsèques furent faites à
Laval; il fut le dernier des Montfort; Claude, sa veuve, se remaria au
vicomte de Martigues. Les guerres d'Italie ranimèrent en France le goût des
arts et des lettres. La découverte récente de l'imprimerie contribua aussi
au nouvel essor de l'esprit humain. Laval prit part à ce grand mouvement;
l'intérieur de la cour de la prison, ancien palais de nos seigneurs; le
palais de justice, achevé par Guy XVII, vers le milieu du XVIe siècle;
enfin, la belle maison du haut de la Grande rue, toute mutilée qu'elle est,
avec ses colonnettes, ses rinceaux et ses figures en ronde bosse,
l'attestent encore aujourd'hui. Renée, fille de Catherine de Laval et de
Claude de Rieux, hérite de Guy XVII, son oncle, et fait la branche des de
Rieux et Coligny. On l'appela Guyonne. Son mari, Louis de Sainte-Maure,
marquis de Neelle, comte de Joigny, prit le nom de Guy XVIII. La vie de
Guyonne ne fut qu'une suite de procès et de querelles avec son époux. Elle
refuse d'obéir à l'arrêt qui la condamne à rentrer au domicile conjugal,
qu'elle a abandonné. Le comte obtient du Pape Paul IV une bulle
d'excommunication par défaut de ménager avec son mari. Guyonne ne fait qu'en
rire et dit: si le Pape m'excommunie, je n'en serai pas plus noire. Elle se
jette alors dans les idées de Réforme, que d'Andelot, son beau-frère, avait
apportées en Bretagne. Accusée d'avoir pris part à une tentative
d'enlèvement du jeune roi, avec le prince de Condé et l'amiral de Coligny,
Guyonne est condamnée à être décapitée, à avoir ses biens saisis et ses
armes traînées à la queue d'un cheval par les rues de Paris. Elle vient se
réfugier dans son château de Laval. Les habitants, attachés à leur foi,
inquiets de sa présence, firent une procession pour demander l'extirpation
de l'hérésie. Comme aux jours les plus solennels de la Fêle-Dieu, la
procession parcourt, avec le saint Sacrement, toutes les rues de la ville,
suivie d'une foule du peuple. On vint jusqu'à la porte du château de Laval,
où Guyonne était malade. Elle vit dans cette démonstration une atteinte à sa
personne et mourut de contrariété le même jour, 13 décembre 1567. Par égard
pour son nom, malgré l'erreur dans laquelle elle mourait, on l'enterra au
tombeau de ses pères, à Saint Tugal. Depuis qu'elle avait embrassé le
calvinisme, on la nommait Guyonne la Folle. Les Lavallois profitèrent de la
confusion pour se donner des institutions nouvelles. Quoique leur ville fût
seigneuriale, ils adoptèrent les édits de Charles IX et se firent une
administration municipale en 1566.
Guyonne ne laissait point d'enfants; Paul deColigny, son neveu, lui succède.
D'Andelot, son père, l'avait élevé dans le protestantisme. Après la
Saint-Barthélémy, Guy XIX s'effraya de la mort de l'amiral de Coligny, son
oncle, qui avait pris soin de son éducation à la mort de son père, et il se
retira à Genève. Il se rendit ensuite à la cour de la reine d'Angleterre, où
il fit un long séjour. Il ne reparut à Laval qu'en 1576; sa présence ne
changea point les sentiments religieux des habitants. Mais les événements
multipliés de ces temps de troubles ne lui permirent, du reste, que de rares
séjours dans la ville de ses ancêtres. Il avait accompagné en Angleterre
François, duc d'Anjou, qui se berçait de l'espoir d'épouser la reine
Elisabeth. En 1582, il le suivit en Hollande, auprès de Guillaume d'Orange.
Guy refuse de seconder le duc dans son entreprise sur Anvers et, profitant
des édits de pacification, il revient en France où, en 1583. il épouse Anne
d'Allègre. Dans la guerre qui fut dite des trois Henri, Laval prit le parti
du roi de Navarre, depuis Henri IV. Avec Condé, Rohan et Turenne, il formait
le grand conseil du prince. Nous ne pouvons suivre ici le comte de Laval au
milieu des mille épisodes de ces guerres lamentables. Il y bravait la mort
tous les jours; il dut enfin l'y trouver. Le 7 avril 1586, près de Saintes,
Condé se trouvait aux prises avec un parti de catholiques. Il fait avertir
Laval qui accourt avec un renfort. Il voit Condé très engagé et franchit un
fossé qui le séparait de l'ennemi. Il rompt les rangs et se fait jour
jusqu'à l'enseigne qu'il enlève. Après un combat meurtrier, les catholiques
sont mis en déroute. De Rieux et de Saiily, frères du comte de Laval,
moururent de leurs blessures à la suite de ce combat. Tanlay, le troisième
de ses frères, venait de mourir de maladie à Saint Jean d'Angely. Le comte,
blessé et accablé de la mort de ses frères, succomba le lendemain de celte
rencontre. Il fut, ainsi que ses frères, enterré à Taillebourg. Guy XIX
mourut dans la religion réformée; sa mort prématurée arrêta un avenir qui
donnait les plus grandes espérances à son parti; il était âgé seulement de
trente ans et ne laissait qu'un fils né en 1584.
La minorité de Guy XX et les troubles religieux dont la France fut agitée,
ne firent qu'augmenter la confusion qui régnait dans la maison de Laval. Le
jeune comte fut emmené à Sedan pour le soustraire aux édits portés contre
les religionnaires. Il profita des leçons qu'il reçut et possédait les
langues grecque, latine, espagnole, italienne et allemande. La guerre civile
désolait nos provinces; catholiques et huguenots se disputaient les villes
du comté de Laval. Henri IV, après avoir pris le Mans sur Bois-Dauphin,
vient à Laval le 7 septembre 1589. L'Hôtel de ville, les différents sièges
de justice, les avocats vont au-devant de lui. La foule l'escorta avec les
plus vives acclamations, ne cessant de chanter: vive le roi, en bonne
musique, que lorsqu'il fut rendu au château. Le prince de Dombes, gouverneur
de Bretagne, vint le trouver et lui présenta la noblesse bretonne qui reçut
de Henri IV le meilleur accueil. Il laissa le marquis de Villaines
gouverneur de Laval. L'armée du roi, sous la conduite des princes de Dombes
et de Conti, est battue et forcée par Mercoeur et du Plessis de Cosmes de
lever le siège de la ville de Craon (1592). Le siège avait été décidé dans
un conseil de guerre, tenu à Laval, auquel avait assisté La Courbe de Brée
qui révéla les plans des princes. Laval et un grand nombre de places du
Maine quittent, après ce siège, le parti du roi, mais bientôt son abjuration
décide un grand nombre de villes en sa faveur; Laval fait sa soumission au
maréchal d'Aumont, le 27 avril 1594. L'édit de Nantes, 13 avril 1598, rend
la paix à la France après trente-huit années de guerres civiles. Pendant ce
temps, le jeune comte de Laval avait atteint sa majorité. Son goût
l'entraîne à la guerre. Il se dérobe à la garde de sa mère, et va faire ses
premières armes dans les Pays-Bas sous les ordres du comte Maurice de
Nassau. Le 19 août 1604, il est à la prise du fort de l'Ecluse. A son
retour, le roi lui donne le titre de conseiller d'État. A la fin de celte
année, il va à Rome et reçoit un accueil distingué du Pape, qui le décide à
rentrer au sein de l'Église; Guy XX fait abjuration, malgré sa mère et ses
co-religionnaires. La paix qui régnait en France ne pouvait convenir à son
esprit belliqueux. Il va en Hongrie, servir l'empereur Rodolphe contre les
Turcs, et rejoint l'armée impériale devant Comôie, sur le Danube. Le 3
décembre 1605, l'ennemi se jette à l'improviste sur le camp. Le jeune comte
se revêt à la hâté de ses armes et ne donne pas le temps à ses valets
d'attacher sa cuirasse. Une balle le frappe au bas-ventre, au défaut de
l'armure, et lui fait une lésion aux boyaux. Sa blessure ne l'arrête pas
dans sa poursuite; après une course d'une lieue, le voyant chanceler, on le
couche sur la terre, où il expire. Son corps, rapporté à Laval, fut le sujet
d'un long procès entre les Jacobins et les chanoines de Saint Tugal. Par
transaction entre les parties, le corps fut déposé dans l'église des
Jacobins et le coeur à Saint Tugal. La sépulture n'eut lieu qu'en 1609.
Après la mort de son fils Guy XX, Anne d'Allègre remariée au maréchal de
Fervaques, mourut à Paris en 1619; elle professait la religion réformée. Son
corps fut rapporté à Laval. Les chanoines de Saint Tugal lui refusèrent la
sépulture et on l'enterra dans la chapelle du château. Avec Guy XX, s'éteint
la branche de Rieux de Coligny. Henri de la Trèmoille, fils de Claude et de
Charlotte Brabantine de Nassau d'Orange, duc de Thouars, et arrière
petit-fils d'Anne de Laval, fille de Guy XVI et de Charlotte d'Aragon,
hérita de la Maison de Laval, à six ans. Laval cesse d'être la résidence des
seigneurs, ils ne viennent plus que de loin en loin visiter leurs vassaux.
Le 23 août 1608, Henri (Guy XXI) arrive à Laval avec sa mère et son frère.
Après avoir mis le feu à une charibaude (feu de joie), on porte le jeune
seigneur au château de Laval où on lui présente les jeunes enfants des
maisons riches de la ville, au nombre de trois cents. Henri épousa, en 1619,
Marie de La Tour, fille de Henri de La Tour, duc de Bouillon, prince de
Sedan. La Rochelle étant le dernier refuge des réformés, Louis XIII y met le
siège. La ville de Laval envoie à l'armée du roi vingt cinq pionniers, ils
partent le 25 février 1626, portant la livrée bleue de l'élection, avec des
lettres sur leurs casaques. Le comte de Laval, quoique protestant, n'avait
point pris les armes; le cardinal de Richelieu le ramena au sein de l'Église
catholique; le pape Urbain VIII lui adressa un bref de satisfaction de sa
conversion et la ville de Laval célébra le retour de son seigneur à l'Église
par de grandes fêtes. Le 23 juillet 1628 il y eut des feux de joie et le
mardi suivant il se fit une procession générale aux Cordeliers. Comblé dès
lors de faveurs à la cour, le duc de La Trémoille accompagne le roi Louis
XIII dans ses diverses expéditions. En 1648, avec l'agrément de la reine
régente, il présente au congrès de Munster un Mémoire pour soutenir les
droits de son aïeule, Catherine d'Aragon, sur le royaume de Naples, occupé
par Philippe IV, roi d'Espagne. Ce Mémoire, rédigé par le ministre Blondel,
en 1647, fut imprimé à Paris l'année suivante; les exemplaires en sont fort
rares. Il est inutile d'ajouter qu'Henri de La Trémoille en fut pour ses
frais d'impression; ce qui n'empêcha pas ses descendants de prendre le titre
de princes de Tarente et d'adresser leurs réclamations dans le sein de tous
les congrès qui se tinrent en Europe dans le cours des XVIIe et XVIIIe
siècles. Mais, tout puissants seigneurs qu'ils fussent, les seigneurs de
Thouars et de Laval ne pouvaient lutter avec les successeurs de
Charles-Quint. Le duc mourut à Thouars le 21 janvier 1674, regretté de ses
vassaux dont il s'était toujours montré le père.
Louis-Maurice de La Trémoille (Guy XXII), second fils de Henri de La
Trémoillé et de Marie de La Tour, fut seigneur de Laval après son père. Il
suivit d'abord la carrière des armes et servit en Piémont, en 1642; l'année
suivante, il fit campagne sous le duc d'Enghien. Il voulut ensuite embrasser
l'état ecclésiastique et prit l'habit des prêtres de l'Oratoire. Son frère
aîné était en Hollande, au service des États, près le prince d'Orange.
Henri, leur père, craignant un défaut d'héritiers, obtint du Pape défense
aux Pères de l'Oratoire de laisser Maurice entrer dans les ordres sans le
consentement de son père. Lorsque la guerre fut finie et son frère marié, il
reçut les ordres sacrés. Louis-Maurice de La Trmoille fut reçu, par
procuration, doyen du chapitre Saint Tugal, le 18 juillet 1678, et succéda à
Isaac Hay. Comme fondateur il donna 100 livres et 1000 livres à employer en
ornements, pour être dispensé de la rigoureuse ou stage, sans que cette
remise pût, à l'avenir, tirer à conséquence. Le roi lui donna l'abbaye de
Charroux, en Poitou, vacante par la démission de Jules Mazarin, et celle de
Talmond, où il mourut en 1681. A Laval il eut pour successeur Charles
Belgique Hollande, son neveu, fils aîné de Henri-Charles, prince de Tarente,
et de Emilie de Hesse-Cassel. Ce jeune prince était né à la Haye, en mai
1655, et son père s'adresse ainsi à lui dans ses Mémoires: "Guy XXIII vous
eûtes pour parrain le Roi de Suède, les États généraux des Provinces-Unies
et les États particuliers de la province de Hollande.... Vous fûtes gratifié
par les États généraux d'une pension viagère de mille livres, et d'une autre
de six cents livres par les Étais particuliers de la province de Hollande.
Elles furent toutes deux apportées à votre mère, par des députés, dans des
boites d'or". Charles servit avec éclat sous Condé et sous Turenne.
Plusieurs fois il visita sa bonne ville de Laval et y fonda de pieuses et
sages institutions, de concert avec Magdeleine de Crèqui, qu'il avait
épousée en 1675. Il passa, du reste, presque toute sa vie à la cour
brillante de Louis XIV et mourut à Paris le 1er juin 1709.
Son fils, Charles-Bretagne de La Trémoille (Guy XXIV), lui succède. Du
vivant de son père, il s'était distingué aux batailles de Friedlingen et de
Malplaquet. Il fréquenta beaucoup la cour, épousa en 1706, Marie-Magdeleine
de La Fayette, et fut enlevé par une fièvre maligne le 9 octobre 1719,
n'ayant encore que 37 ans. Charles-Armand lui succéda et épousa en 1725
Marie-Hortense de la Tour-d'Auvergne. Au gouvernement de Guy XXV se rattache
la création d'une mairie élective à Laval. Jusqu'alors les fonctions de
maire avaient été exercées par le juge civil, qui était à la nomination du
seigneur, aussi le comte de Laval résista-t-il longtemps au désir des
habitants d'élire eux mêmes leur maire et les autres officiers municipaux.
Ils choisissent pour premier maire, en 1733, M. Hardy de Levaré. Pour
assurer l'indépendance des assemblées, qui se tenaient au château, M. de
Levaré, homme intègre, fit l'acquisition de l'hôtel de Mué, où il établit
l'Hôtel de ville. Guy XXV était un seigneur de beaucoup d'esprit et il fut,
pendant plusieurs années, honoré de l'amitié intime du roi Louis XV. Il
était premier gentilhomme de la chambre et membre de l'Académie française.
Il mourut, le 23 mai 1741, victime d'un dévouement conjugal, qui lui fit
trouver la mort à l'âge de 33 ans, s'étant enfermé dans la chambre de sa
femme afin de lui persuader qu'elle n'était point atteinte d'une maladie
contagieuse qu'elle craignait. Il succomba frappé de cette maladie.
Jean-Baptiste-Charles-Godefroy (Guy XXVI), né en 1737, succède à son père
dans tous ses titres. Il épousa, en 1751, Marie-Geneviève de Durfort-Lorges,
dont il n'eut pas d'enfants et qu'il perdit en 1762. Le 24 juin 1763 il se
remaria à la princesse de Salm-Kirbourg, qui mourut en émigration à Nice, en
1790. Lui-même mourut peu après à Chambéry, le 15 mai 1792. De la princesse
de Salm il avait eu quatre fils, dont l'aîné, connu sous le nom de duc de La
Trémoille, est mort en 1839. Le second, Antoine-Philippe, conquit une gloire
immortelle sous le nom de prince de Talmont; nous en reparlerons plus bas.
Le troisième, C. G. Auguste, prince, abbé de La Trémoille, frère jumeau du
précédent, périt sur l'échafaud à Paris le 15 juin 1794. Le quatrième,
Stanislas-Kostka, prince de La Tré moille, est décédé en août 1837 ne
laissant que des filles.
Le prince de Talmont, né à Paris en 1765, avait été élevé dans la mollesse
de la cour. A peine l'heure de la Révolution eût-elle sonné, que dépouillant
l'habit du courtisan et tirant du fourreau l'épée de ses pères il l'offrit à
la défense du trône. Il fit la première campagne du Rhin avec le comte
d'Artois; mais son vrai rôle ne commence qu'au jour où, après mille
aventures, il arrive à l'armée vendéenne au moment où elle s'emparait de
Saumur et d'Angers. C'était dit dans ses Mémoires Mme la la marquise de La
Rochejaquelein, un jeune homme de vingt-cinq ans, de cinq pieds dix pouces
et d'une très belle figure... Il était brave, loyal, dévoué, d'un bon
caractère... Il fut reçu avec satisfaction, on s'applaudissait d'avoir dans
les rangs de l'armée un homme d'un aussi beau nom, dont la famille était
depuis si longtemps presque souveraine en Poitou. M. de Talmont fut nommé
sur le champ général de la cavalerie. C'est en cette qualité que le jeune
prince prit part, jusqu'à sa mort, à tous les grands combats de la Vendée.
Sa plus belle journée fut celle de Dol; M. de La Rochejaquelein et toute
l'armée se plurent à répéter cette vérité que l'armée lui dut son salut. Sa
mort fut héroïque. Peu de jours après le désastre du Mans il errait,
déguisé, aux environs de Fougères, lorsqu'il fut arrêté, dans la nuit du 27
au 28 décembre 1793, par une patrouille de la garde nationale de Bazotiges.
Conduit à Fougères, on le mène devant le général Beaufort. Otant alors le
bonnet de laine qui cachait une partie de sa belle figure: je suis, dit-il,
le prince de Talmont, soixante-huit combats livrés dans six mois à la
République m'ont familiarisé avec la mort; faites seulement qu'elle soit
prompte. Garnier, de Saintes, se hâte d'instruire la Convention. "L'exprince
de Talmont, écrit-il, vient d'être arrêté.... le Capet des brigands, le
souverain de la Normandie et du Maine mérite bien de figurer sur le même
théâtre que son ancien confrère....". Il est transféré à Rennes. Esnue La
Vallée l'interroge. Talmont lui jette ces paroles pour toute réponse: fais
ton métier, moi, j'ai fait mon devoir. Le prince est dirigé sur Vitré, où la
commission militaire le condamna à mort le 25 janvier 1794 (7 pluviôse,an II).
Par un raffinement de barbarie qu'ont flétri tous les partis, l'exécution de
Talmont se fit à Laval, en face même du château de ses pères. Ce fut le soir
du 27 janvier, à la lueur de flambeaux qui ajoutait encore à l'horreur de
cette tragique cérémonie. Le 2 février 1794, Enjubault de La Roche,
régisseur du prince, subissait le même sort. Son interrogatoire prouvait
qu'ayant été agent du ci-devant duc de Talmont, il avait tenu sous le joug
de l'oppression le peuple qu'il avait capté, au point d'avoir toujours eu
des places et fonctions publiques depuis le commencement de la Révolution.
Avec Enjubault, on guillotinait aussi C. M. Jourdain, administrateur du
département de la Mayenne. Toute sa conduite physique et politique n'avait
démontré en lui qu'un des traîtres les plus marqués à la patrie, qu'un
ennemi le plus perfide du doux système républicain. La tête du prince de
Talmont et celle d'Enjubault furent exposées sur deux piques, à la porte du
château. Celle de Jourdain fut envoyée à Ernée, où elle fut mise devant la
porte de la maison du district. Le menton de M. de La Roche, enlevé par le
couteau de la guillotine, fut remplacé par un autre en fer blanc. Laval
était dans la stupeur; on évitait la place du château.
Le prince de Talmont avait épousé, le 3 janvier 1785, Angélique d'Argouges,
dont il n'avait eu qu'un fils, Léopold, né en 1787 et mort en 1815. Celui-ci
avait épousé L. F. M. Maclovie de Durfort Duras, dont il n'avait point eu
d'enfants, et qui, en 1829, se remaria au comte Auguste de La Rochejaquelein,
frère cadet de Monsieur Henri. Ici se termine l'histoire de la seigneurie et
comté de Laval. Les héritiers de Godefroy, duc de La Trémoille, ont
successivement aliéné leurs domaines de Laval, auquel pour eux s'attachait
désormais la mémoire de si lugubres souvenirs. Rien ne reste plus dans notre
ville de nos seigneurs que leur château; leur nom y est presque oublié. Le
nom de Béatrix, tout récemment donné à un de nos quais, est un tribut de
reconnaissance pour celle qui nous apporta des richesses. D'autres noms
peuvent encore faire connaître aux populations que la cité possède des
illustrations dignes de son souvenir. La statue d'Ambroise Paré attend son
pendant sur une de nos places publiques, élevons-y celle d'André de
Laval-Lohèac, ce type si pur de la chevalerie française, le compagnon
d'armes de Richemont, de Loré et de la Pucelle. Dans ce frère de Guy XIV,
semblent se résumer toutes les qualités qui ont porté si haut le nom de nos
anciens châtelains, honneur, bravoure et loyauté. (1)
Éléments protégés MH: le château Vieux : classement par liste de
1840. La galerie du château Neuf : classement par liste de 1840. Les
façades, les toitures, l'ancienne salle des pas perdus et l'escalier
principal de l'aile sud du château Neuf : inscription par arrêté du 7 mars
2006. (2)
château de Laval, place de la Trémoille, 53000 Laval, tél. 02 53 74 12
30, musée ouvert au public toute l'année, collections permanentes d’Art Naïf
et d’Arts Singuliers. A partir de 1911, l'architecte Louis Garnier restaure
le vieux château devenu propriété de la ville en 1909 et installe un
escalier provenant du logis abbatial de Clermont situé sur le commune
d'Olivet. La voûte lambrissée de la salle d'honneur est refaite en 1913. Le
vieux château est progressivement devenu un musée à partir des années 1920.
Le gros oeuvre du vieux château est en moellon. Les ouvertures sur cour sont
en granite au rez-de-chaussée et en calcaire aux étages. Au sommet du donjon
subsiste des hourds en bois. Le château neuf est en pierre de taille de
calcaire côté cour et en moellon enduit côté rivière. L'ensemble des
toitures est en ardoise, hormis celle du campanile de la galerie qui est en
cuivre. Le décor sculpté de la Renaissance est présent sur les travées
d'ouvertures du vieux château et dans les pleins de travées du château neuf.
Au vieux château : escalier hors-oeuvre (escalier de Clermont), escalier
dans-oeuvre entre la cour et la rue du Val-de-Mayenne, et escalier
dans-oeuvre dans le donjon. Au château neuf, escalier dans-oeuvre à retours
avec jour.
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