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La tradition attribue la
construction du premier château de Montjean à Charlemagne, vers 814. Il est
vrai qu'à cette époque, les Bretons se livraient à des incursions dans les
provinces voisines de l'Anjou et du Maine. Un dispositif défensif fut mis en
place, à l'ouest du Bas-Maine pour surveiller la Marche de Bretagne. Cette
surveillance, où entra le jeu des alliances entre familles bretonnes et
bas-mancelles, dura jusqu'au rattachement du duché à la couronne de France.
On ne trouve cependant mention de la motte de Montjean, pour la première
fois, qu'en 1215, soit sous le règne de Philippe-Auguste. Ce n'est alors
"qu'une motte de terre au centre d'un domaine protégé par des fossés". L'eau
joue ici un grand rôle dans le système de protection des différents édifices
qui se succéderont. Montjean appartenait alors à la famille Le Franc et
relevait de la châtellenie de Laval. Au XIVe siècle, le château est un
édifice de pierre qui est en partie détruit par un incendie en 1385. Il est
alors aux mains de Briand de Couesmes et semble suffisamment important pour
qu'on le reconstruise. Il est détruit par l'anglais d'Arundel entre 1429 et
1433. En 1448, ses murs sont achetés à Jean et Robert de Landiwy, par le
maréchal André de Lohéac, fils de Guy XIII (Jean de Montfort) et d'Anne de
Laval. Le nouveau propriétaire entreprend de le restaurer après 1453, puis
de le reconstruire entre 1466 et 1477 pour en faire une forteresse digne de
défendre le comté de Laval. Homme de guerre, grandi dans les combats de la
fin de la guerre de Cent Ans, compagnon de Jeanne d'Arc, André de Lohéac
améliora aussi les fortifications de la ville de Laval et fit édifier la
tour Renaise que l'on appela longtemps "la tour du Maréchal".
Montjean était l'une des dix châtellenies de la baronnie puis du comté de
Laval. Elle entra dans les possessions personnelles des comtes de Laval
après là mort, sans enfant, d'André de Lohéac et de son héritier, Pierre de
Laval, archevêque de Reims. Dans son ouvrage, Les Chroniques craonnaises,
publié à la fin du XIXe siècle, Bodard de la Jacopière décrit Montjean comme
un carré régulier 87 mètres environ de côté. Sa façade nord n'avait pas
d'ouverture, l'entrée à l'ouest était défendue par deux énormes bastions,
qui défendaient aussi la chaussée de l'étang. Entre ces deux bastions, un
double pont-levis traversait une double enceinte de douves, alimentées par
l'étang. Elles entouraient le château sur trois côtés, le quatrième donnait
sur l'étang. Le long de la douve extérieure courait un rempart avec chemin
couvert et banquettes, le tout en terre. Le château communiquait à l'étang
par plusieurs poternes percées dans les retours d'équerre des murs et du
donjon. Les appartements du château étaient élevés sur de longues caves
voûtées. Ils n'avaient que des vues indirectes sur l'étang et reliaient Un
grand pavillon carré au donjon. Vers l'est, se trouvaient les bâtiments de
service et une tour ronde défendant l'angle sud-est. Les murs extérieurs
avaient trois mètres d'épaisseur; ceux de la porte d'entrée cinq et cinq de
hauteur. Le donjon, à l'angle nord-ouest, avait 14 mètres de diamètre sur un
soubassement doté d'une voûte circulaire et percé de deux embrasures à fleur
d'eau pour l'artillerie. Ses quatre étages étaient couronnés comme le grand
pavillon carré du nord-ouest par des créneaux et des mâchicoulis en pierre
de taille.
Au château de Montjean reste attaché le nom du maréchal André de Lohéac
(1410-1485), deuxième dignitaire dans l'armée royale après le connétable. Né
au château de Montsûrs, il fut élevé par sa grand-mère, Jeanne de Laval,
veuve de Bertrand du Guesclin. C'est l'épée du connétable qu'il ceignit au
soir de la bataille victorieuse de La Brossinière, le 24 septembre 1423,
lorsqu'à 13 ans, il fut armé chevalier. Il défend Laval contre les Anglais,
en vain, les 8 et 9 mars 1427 et à partir de 1429, il participe avec son
frère Guy XIV à tous les combats de la Pucelle d'Orléans. Il est à Reims, le
17 juillet 1429 avec Gilles de Rais, dont il épousera la fille unique Marie.
Nommé gouverneur de Laval en 1433, il est amiral en 1436, puis maréchal de
France en 1439. En 1469, il reçoit le collier de l'ordre de Saint-Michel.
Lieutenant au gouvernement de la vile de Paris depuis 1467, il devient
gouverneur de Picardie en 14771. Il meurt en son hôtel de Laval, l'hôtel de
Loué et de Montjean, près de la collégiale Saint-Tugal, le 14 décembre 1485.
Sa femme, Marie de Rais, est inhumée à Vitré. Un fait divers sanglant a
longtemps hanté les ruines du château de Montjean. Dans la nuit du 6 au 7
octobre 1591, Jean de Criquebœuf, capitaine de la place, au nom du roi, fut
assassiné par Pierre Le Cornu, sieur du Plessis de Cosmes, gouverneur de
Craon. Le temps était à la guerre civile, entre catholiques et protestants
mais aussi entre catholiques, ceux qui demeuraient fidèles au roi et ceux
qui tenaient pour la Ligue. La victime et son assassin étaient tous deux
catholiques, mais pas dans le même camp. Pierre Le Cornu considérait Jean de
Criquebœuf comme un ennemi personnel, mais pour l'atteindre dans sa
formidable forteresse, il fallait user de ruse. Pierre Le Cornu, de sinistre
réputation, usa de traîtrise pour pénétrer dans le château de Montjean.
Simulant la réconciliation avec un vieil ennemi, il pénétra dans la place de
nuit avec quelques comparses, et sans plus tarder porta un coup mortel à son
hôte surpris. Il vola tout ce qu'il put emporter molesta la femme de sa
victime pendant que ses hommes s'en prenaient à une servante. Il rentra chez
lui non sans avoir établi une garnison à Montjean. Il mourut à quelques
années de là dans sa demeure, baptisée "Bon Repos", non sans que la veuve de
sa victime ait réclamé justice, mais des lettres de rémission vinrent à
propos le soustraire à la Justice.
Marcel Cheurin, romancier mayennais de l’entre-deux-guerres, dans son roman
Race de Chin, évoque Montjean "à l'automne, lorsque les formes s'estompent
dans le brouillard, que les feuilles jaunies cachent la verdeur des
sous-bois et fleurissent les eaux aux reflets plombés, que les corbeaux
survolent le donjon, le paysage revêt une grandeur tragique et rappelle les
lacs d'Écosse, leur tristesse et leur féerie suggestive". Aujourd'hui, du
château-forteresse de Montjean, édifié dans la deuxième moitié du XVe
siècle, par le maréchal André de Lohéac, il ne reste que des ruines au bord
du miroir d'un grand étang. Seul, le donjon à quatre étages, a retrouvé sa
grandeur de jadis. Après une restauration totale, il est à nouveau habité
par la famille du propriétaire des lieux. En effet, c'est un amateur de
ruines romantiques qui a acheté Montjean, il y a une vingtaine d'années,
pour en faire sa demeure. Le donjon restauré, couronné de hourds, a fière
allure et assure la pérennité de ce château déchu sans avoir jamais perdu de
sa grandeur. (1)
château de Montjean 53320 Montjean,
le donjon couronné de hourds a été restauré récemment lui redonnant fière
allure, on peut l’admirer depuis le bord de l’étang (ne se visite pas).
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