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L'histoire ancienne du
Bas-Mont demeure peu connue faute de documents. L'abbé Angot relève les
premières mentions dans les cartulaires de Marmoutier, Savigny et
Fontaine-Daniel, entre le XIe et le XIIIe siècle (terra que dicitur de
Montibus, inter gardam et Bassum Montem). La terre des Monts, comprenant le
Bas-Mont, la Courmont et le Haut-Mont, était cédée en 1197 à l'abbaye de
Fontaine-Daniel. En 1218, un certain Geoffroy des Monts est signalé. Si une
occupation seigneuriale est avérée au milieu du Moyen-Age, il faut chercher
sur le site les traces d'une motte castrale. Or il subsiste, dans le parc du
château, à une centaine de mètres à l'est de celui-ci, un monticule de
taille modeste qui surplombe un étroit chemin désaffecté et le ravin
descendant vers la Mayenne. Peut-être cette motte, si c'en est bien une,
commandait-elle un franchissement de la rivière dont il ne reste aujourd'hui
plus trace, ou bien le point de vue dégagé sur la rive opposée, aux portes
de la ville de Mayenne, justifiait-il à lui seul le choix du site pour cette
implantation. En l'absence d'étude archéologique du site, il faut se
contenter d'hypothèses. D'après Angot toujours, Geoffroy Février, seigneur
des Monts, rendait aveu de son fief à Mayenne au XIVe siècle. On ignore ce
qu'il advient véritablement du Bas-Mont par la suite, car la période de la
fin du Moyen-Age et du début de la période moderne n'offrent qu'un vaste
angle mort dans l'histoire du lieu. Il n'est pas établi qu'un manoir vint se
substituer à la motte, aucun document d'archive n'en fait état ni aucun
vestige archéologique. Le cadastre napoléonien de 1827 révèle toutefois que
plusieurs bâtiments ont aujourd'hui disparu. Leur positionnement sans
cohérence avec le château pourrait indiquer leur antériorité, mais aucun
élément ne permet plus de l'affirmer.
La construction du château actuel, à la fin du XVIIe siècle ou au début du
XVIIIe siècle, est commanditée par Germain Ricœur, maître de forge, comme
son père du même nom, au Champ-de-la-Pierre (Orne). Propriétaire du Bas-Mont,
il avait épousé, en 1664 à Mayenne, la fille du prévôt de cette ville, Renée
Lefebvre. En 1669, Germain Ricoeur déclare dans l'aveu du duché de Mayenne
"sa terre de Mont ou Bas-Mont, dommaines, fiefz, hommes et debvoirs, avec
justice foncière pour s'en faire obéir": le château n'étant pas cité, il
semble qu'il n'était pas encore construit à cette date. Germain Ricœur est
anobli et fait écuyer à Rouen en 1698, il prend alors officiellement le
titre de seigneur du Bas-Mont. C'est peut-être par la suite qu'il entreprend
la construction du château, bien qu'aucun document ne permette de
l'affirmer. En revanche, il est établi grâce aux registres paroissiaux de
Moulay que la chapelle Saint-Germain est bénie le 17 mars 1712. La forme des
toitures et la présence incongrue de deux chaînages harpés au centre de la
façade postérieure indiquent que le château devait présenter initialement un
plan en U; la travée centrale fut ajoutée pour aboutir à un plan
rectangulaire, sans doute au cours du XVIIIe siècle. Les deux ailes basses,
peut-être également postérieures, étaient moins profondes et placées en
retrait par rapport au corps central du côté de la rivière. Germain Ricœur
semble avoir résidé au Bas-Mont plutôt sur la fin de sa vie; il y décède en
1716 et est inhumé en l'église de Moulay. Le château passe ensuite à son
fils François, commandant de vaisseau dans la marine. En 1754, il est vendu
par son neveu, Charles-René Lefrère du Frettey, à Jacques Jacquet du Seuil.
Le cadastre de 1827 mentionne, en plus du château, de la chapelle, de
l'écurie et du logement de fermier, divers bâtiments aujourd'hui disparus ou
transformés. On accède à la propriété par une grande allée coudée tracée
depuis la sortie du hameau de la Huardière, reprise en partie par la route
actuelle: le pavillon du concierge, toujours visible, est déjà signalé à son
extrémité en 1827. Le château est entouré de jardins: le potager carré, clos
de murs dont il reste des vestiges et avec pavillon de jardinier, se trouve
à l'ouest, tandis que les jardins d'agrément ponctués de bosquets se situent
à l'est. La section de chemin qui passe au pied de la motte est utilisée
comme promenade. Le domaine, progressivement agrandi, incluait la retenue du
château, les métairies du Bas-Mont, de la Courmont, du Haut-Mont et du bourg
de Moulay, les closeries du Val-de-Maine, de la Clergerie, de Grenoux, ainsi
que le moulin du Pont-de-Moulay sur l'Aron. En 1818, il est acheté pour
213100 Francs par Louise-Jeanne Benoiste, veuve de Michel-François Girard,
riche négociant en toiles à Mayenne: "Un château au pied duquel coule la
rivière de la Mayenne, chapelle, cours, jardins, parterre, bosquets, bois
coupé en avenues, avenues communiquant du château à la grande route de
Mayenne à Laval". En 1854, il est mis en adjudication par le notaire
Benoiste et ainsi décrit dans l'annonce: "Grande et belle terre du Basmont,
d'une superficie totale de 166 hectares 79 ares 6 centiares, comprise entre
la route de Paris à Brest et la Mayenne qui la baigne sur une longueur de
trois kilomètres. Une avenue d'un kilomètre plantée de beaux hêtres conduit
au château, qui domine la rivière et est entouré de deux jardins potagers et
de vallons dessinés en jardins anglais".
En 1868, le château devient propriété de Charles-Alexandre Jailliard, que
l'instituteur Davoust décrit dans sa monographie communale (1899) comme un
"riche bourgeois archi-millionnaire". Il résidait la plus grande partie du
temps à Rennes où il avait ouvert à la construction un vaste lotissement en
périphérie de la ville. En 1871, il obtient l'autorisation de faire clore
d'une haie vive l'ensemble du domaine du Bas-Mont du côté du chemin du
halage, qui s'étend depuis l'Aron jusqu'au Haut-Grenoux, soit environ 2,3 km
le long de la Mayenne. On lui doit les remaniements de la ferme (démolitions
et construction d'un nouveau logement enregistrées dans les matrices
cadastrales en 1871). M. Jailliard est probablement le commanditaire d'une
mise au goût du jour des intérieurs du château, incluant la réalisation de
l'escalier d'honneur actuel et l'aménagement de nouvelles cheminées dont il
reste un exemple au rez-de-chaussée. On lui doit selon toute vraisemblance
la construction du belvédère sur le toit du château ainsi que la pose des
ornements de faîtage en zinc. Une grange-étable est édifiée de l'autre côté
de la route à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Le château
est légué par Louise Jailliard au diocèse de Laval en 1943; il abrite
quelques temps un petit séminaire pour vocations tardives. Un établissement
des Maisons Familiales du Nord de la Mayenne, destiné aux jeunes filles, s'y
installe de 1965 à 1999. Le restaurant La Marjolaine est créé dès 1988 dans
une dépendance, complété par la construction des bâtiments de l'hôtel au
début des années 1990. Le château, à l'abandon, est finalement racheté en
2004 pour être restauré et intégré au complexe hôtelier (Jean-Michel Lemarié
architecte). Les deux ailes sont remaniées et agrandies du côté de la
rivière. La charpente et la toiture sont en partie refaites. La distribution
de l'étage est remodelée pour abriter une partie des chambres de l'hôtel.
Le château du Bas-Mont est construit en surplomb de la rivière Mayenne et du
chemin de halage. Il se trouve à l’extrémité d’une longue avenue de près
d’un kilomètre, aujourd’hui partiellement chemin public. La propriété
comprend le château, la chapelle située à proximité, les anciennes écuries
et remises remaniées, des bâtiments de ferme. Le château, construit en
moellons de granite enduits avec des chaînages d'angles et des encadrements
harpés en pierre de taille, est orienté au sud-est sur la cour et au
nord-ouest sur la rivière. Il comprend un corps central à étage carré,
initialement en U, aujourd'hui rectangulaire. Il est couvert d'un toit à
longs pans et à croupes percé, côté cour, d'œils-de-bœuf en pierre, et côté
Mayenne, de lucarnes en bois. Il est flanqué de deux ailes en
rez-de-chaussée remaniées, couvertes de toits brisés et pourvues de lucarnes
à frontons triangulaires. Les façades sont sommées de corniches en doucine,
tandis que les chaînages harpés des fenêtres se prolongent sur les
plein-de-travée. La façade principale du corps central, symétrique, compte
cinq travées de grandes ouvertures. La travée centrale est saillante et
surmontée d'un fronton cintré ajouré d'un oculus, couronné d'un vase en
pierre d'où émerge un bouquet de lys en métal. La porte, placée entre deux
oculi, est ornée de pilastres et surmontée d'un fronton également cintré,
sculpté des armoiries de la famille Ricœur ("d'azur, au chevron d'argent,
accompagné en chef de deux étoiles à cinq rais d'or et en pointe d'un cœur
du même") coiffées d'une couronne comtale et portées par deux griffons. La
façade postérieure présente également cinq travées mais est dépourvue de
tout décor. Les traces de grilles sont visibles aux fenêtres du
rez-de-chaussée. Le toit est surmonté d'une crête de faîtage et, en son
centre, d'un belvédère octogonal pourvu d'ornements végétaux en zinc.
La porte principale donne sur la cage d'escalier, autour de laquelle
s'articulent les pièces du rez-de-chaussée. L'escalier tournant à droite,
suspendu, est en bois et possède une rampe supportée par des colonnettes. Le
salon nord conserve une cheminée à manteau en marbre noir et hotte à décor
de pilastres; le salon sud s'ouvre sur les pièces donnant sur la Mayenne par
un grand arc en anse de panier. L'étage et le comble ont été remaniés, ainsi
que les deux ailes qui devaient correspondre aux pièces de service. Une
petite cave est à signaler sous le château. Située près du château, la
chapelle présente un plan rectangulaire et une abside à trois pans.
Également construite en moellons enduits et couverte d'un toit à croupes en
ardoise, elle est ornée de décors en pierre de taille de granite: solin,
bandeau, corniche moulurée, pilastres d'angles à bossages. La porte,
accessible par un perron de trois marches, possède un encadrement à
crossettes et un fronton surbaissé surmonté d'une croix. Les deux fenêtres
qui éclairent le chœur, en arc segmentaire, sont pourvues de grilles
ouvragées; les vitraux aux armes des Ricœur signalés par l'abbé Angot ont
disparu. L'intérieur a perdu son décor et son mobilier, tandis que la voûte
est masquée par un plafond. Deux niches sont aménagées dans les pans coupés
du chœur. Les communs, remaniés et agrandis pour les besoins de
l'hôtel-restaurant, sont situés de part et d'autre de la cour; deux
bâtiments récents de l'hôtel sont édifiés sur l'emplacement de l'ancien
potager carré dont subsiste une partie du mur de clôture.
Le logement du fermier, simple maison de plan rectangulaire avec porte
centrale, donne sur la route. En face se trouve une grange-étable à façade
en pignon, dont les chaînages, bandeau et encadrements d'ouvertures sont
parés d'une alternance de brique et de pierre de taille à bossage rustique.
Le parc à l'anglaise se déploie entre la route et le ravin bordant la
Mayenne. Une charmille et une promenade dominent la vallée et permettent de
profiter de la vue sur la rivière. L'ancienne motte castrale, de dimensions
modestes, est également placée sur le rebord du ravin. La terrasse qui
devance la façade du château côté Mayenne a été reconstruite à l'identique.
Un chemin donne un accès direct à la Mayenne. En contrebas du château, des
marches en pierre descendant dans le lit de la rivière apparaissent lorsque
le niveau de l'eau est bas. A l'entrée de la grande avenue venant du bourg
de Moulay est postée l'ancienne conciergerie en forme de pavillon, ainsi
qu'un calvaire en granite. (1)
château du Bas-Mont 53100 Moulay, tel. 02 43 00 48 42, hôtel-restaurant La
Marjolaine aujourd'hui.
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