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Montflaux est un beau témoin du
siècle de Louis XVI, dans le Bas-Maine. Ses pierres conservent intacte, en
dépit des injures du temps, la volonté de grandeur qui a présidé à son
édification. Le premier château, dont on ait gardé des traces, fut édifié
ici au XIVe siècle, en arrière de la ligne de défense placée le long de la
frontière séparant Bretagne et Maine, c'est-à-dire la Bretagne indépendante
et turbulente du royaume de France. Cette ligne de châteaux, sentinelles de
la Marche de Bretagne, allait des confins de la province jusqu'au sud de
Laval. Les châteaux aujourd'hui disparus d'Ernée et Pontmain appartenaient à
ce dispositif défensif. Les pièces voûtées du sous-sol, dans la partie
gauche de Montflaux, sont des vestiges de cette époque. Prenant le jour par
de petites ouvertures, l'une d'elles a gardé une grande cheminée. Au XIVe
siècle, s'installe à Montflaux, dans des circonstances mal connues (héritage
ou alliance), Michel de Froullay, originaire de Couesmes, au nord de Gorron,
à la limite septentrionale du Maine, proche de la Normandie. La famille de
Froullay restera à Montflaux durant quatre siècles. Au sein de cette famille
de grands serviteurs de la couronne, on trouve, au XVIe siècle, André de
Froullay, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi Henri III. Un autre
Froullay commandera l'infanterie des Doges à Venise. C'est à un cadet,
Charles de Froullay époux d'Angélique de Beaudéan, dame d'honneur de la
reine Anne d'Autriche, que l'on doit la construction de Montflaux. Son frère
aîné, René de Froullay, comte de Tessé, s'était établi dans le Haut-Maine, à
Vernie où il poursuivait la construction, entreprise par son père René de
Froullay, d'une magnifique demeure dont certains éléments du décor peint
sont conservés au musée de Tessé au Mans. Le château de Vernie a été dépecé
au XIXe siècle. Alors que la reconstruction de la vieille demeure familiale
avait commencé, Louis XIV érigea la terre de Montflaux en comté, le 28
octobre 1670, pour Charles de Froullay, Grand Maréchal des Logis du roi et
ses descendants. Les travaux entrepris vers 1650 se termineront en 1690 et
encore fallut-il s'en tenir sans doute pour des raisons financières, à la
moitié du plan projeté.
Le château se présente comme un grand corps de logis flanqué de deux
retours, sur 44 mètres de longueur et 12 mètres de profondeur. Élevé d'un
étage, il est doté d'un avant-corps surélevé au centre de la façade avec une
horloge et un toit à quatre pans. De jolies lucarnes en œil-de-bœuf
agrémentent la façade en rompant la rigueur voulue par le granit et
l'ardoise. Communs et chapelles viennent compléter de part et d'autre du
château, un ensemble qui se trouvait au cœur de jardins auxquels le maître
des lieux, Charles-Philippe de Froullay époux de Marie-Anne de Mégaudais
consacra toute son attention à partir de 1688 en même temps qu'il terminait
la construction du château voulu par son père. Il fit planter quatre avenues
à quatre rangées de hêtres qui formaient, dans les quatre directions, une
croix de frondaisons dont le château était le centre; un labyrinthe, une
orangerie firent longtemps l'agrément de cette splendide demeure
provinciale, rachetant par la richesse et la luxuriance de ses jardins, sa
rigueur un peu militaire. En 1789, le domaine couvrait 1200 hectares. On
aborde aujourd'hui le château, par un pont de pierre qui enjambe les douves,
en passant sous un arc, vestige réaménagé au XVIIe siècle de l'ancien
pont-levis. La façade la plus ornée est celle qui donne sur le parc. Ici a
vu le jour, en 1714, Renée-Caroline de Froullay, marquise de Créqui. Après
avoir passé son enfance à Montflaux, elle gagna Paris où elle vécut
désormais, tenant un salon où elle recevait les philosophes de son temps,
parmi lesquels Jean-jacques Rousseau. En 1764, alors qu'elle séjournait à
Montflaux, elle lui décrivait sa demeure de province, comme "une grande
halle où on périt de froid et d'incommodité, mais c'est mon air natal et mon
unique bien". Après elle, Montflaux passa au baron de Breteuil, puis aux
Matignon, Montmorency, Talleyrand-Périgord de Valençay et d'Etchegoyen qui
vendirent domaine et château en 1931. Depuis, le château plus où moins
abandonné, occupé pendant la dernière guerre par l'hospice de Laon, s'est
dégradé sans jamais perdre de sa grandeur. Les propriétaires actuels tentent
de sauver ce qui peut l'être encore. (1)
Éléments protégés MH : le château de Montfléaux en totalité : inscription
par arrêté du 7 janvier 1929.
château de Montflaux
53430 Saint Denis de Gastines, propriété en très mauvais état, et pourtant
inscrit ISMH !!! Voir cet article
https://sahm53.fr/?page_id=1040
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