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L'abbé Angot signale avoir eu accès, aux cours de ses
recherches, aux archives privées du château de la Girardière. Il relève
ainsi en 1490 que le fief relevait de la seigneurie d'Anthenaise: "la court
du lieu de la Girardière, en laquelle soulloit demeurer le seigneur, une
tasse de bois antian, contenant cinq journaux, une chesnaye de grant bois de
un journal". Il précise que le sergent du seigneur d'Anthenaise venait
requérir 6 sols de taille en appelant par trois fois du bout des
Grandes-Planches (l'ancien pont) de Saint-Jean "en telle manière que l'on
puisse raisonnablement ouïr et entendre du lieu de la Girardière". Parmi les
droits du seigneur de la Girardière, l'abbé Angot cite celui de "mener les
porcs à la glandée en bois d'Anthenaise, les droits de mesure à blé et à vin
sur les lieux de l'Effarière, de la Maugendière et de Montfranchet, ainsi
que des droits honorifiques dans l'église de Saint-Jean". Depuis la fin du
XIVe siècle au moins, la Girardière appartenait à la famille de Mathefelon:
Jean de Mathefelon, seigneur de Lancheneil, puis son fils du même nom,
étaient propriétaires du lieu dans les années 1400. Par la suite, une série
de mariages et de ventes fait passer le domaine dans les mains de nombreuses
familles dont la liste a été établie par l'abbé Angot. En revanche, aucun
document n'atteste de l'aspect du bâti à cette époque. Une pièce isolée de
1557 semblerait indiquer que le lieu est alors déjà déclassé en simple
métairie. Le 24 octobre 1629, un certain Guillaume Robideu achète le domaine
à Radegonde des Rotours, dame de la Feuillée, pour la somme de 4200 livres.
L'héritage de sa veuve Anne Geslot passe à Marguerite Torillon, épouse de
Vincent Périer, marchand et seigneur du Coudray, dans le deuxième quart du
XVIe siècle.
En 1673, suite au décès de Vincent Périer, un inventaire des meubles de la
maison de la Girardière est dressé, ainsi que des animaux de la métairie. En
1675, le partage de la succession fait état de "la mestairie, fief et
seigneurie de la Girardière situé en la parroisse de Saint-Jean-sur-Maienne
avecq les subjects et vassaux cens rentes et debvoirs dudit fief et ce qui
reste de meubles en la maison au maître dudit lieu". La branche Périer
prenant le nom de la Girardière demeure propriétaire et seigneur de la
Girardière jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. A l'instar de la famille
Duchemin, mieux connue par les nombreuses archives qu'elle a laissées et à
laquelle elle est alliée par plusieurs mariages, la famille Périer est une
vaste dynastie de riches négociants lavallois. Elle possède de multiples
ramifications et se trouve à la tête de nombreux domaines et petites
seigneuries achetés en périphérie de Laval. La Girardière connait alors,
semble-t-il, d'importantes transformations pour devenir une demeure de
campagne, une maison de maître à la tête d'un domaine agricole. Selon l'abbé
Angot, un des pavillons du château porte la date 1741, période à laquelle le
domaine appartient à Pierre Périer du Coudray: elle atteste de la
reconstruction partielle (si ce n'est totale) des bâtiments à cette époque.
En 1747, le partage de la succession de Pierre Périer du Coudray donne une
description des lieux: "La maison de maître dudit lieu de la Girardière,
composée d'un sallon, d'une salle, d'un cellier, de trois chambres sur le
tout; le jardin clos de murs avec un pavillon dans ledit jardin avec
l'avenue tendant de la dite maison de maître aux planches de Saint-Jean; les
étables aux bœufs et aux vaches avec la grange le tout joint au comble;
l'écurie étant au bout de la loge du pressouer; les deux toits à porcs; la
maison du collon, la chambre basse cellier et grenier sur le tout; le jardin
du collon".
Le "fief et seigneurie de la Girardière, hommes, sujets et vassaux, cens,
rentes et devoirs" était assorti d'un droit de pêche dans la Mayenne. Si la
fonction agricole est rappelée par la présence des dépendances et le
logement du fermier, le pavillon de jardin témoigne d'une évolution du lieu
vers une fonction de plaisance. L'abbé Angot le signale également dans son
dictionnaire: "dans le jardin, un pavillon à voûte lambrissée et décorée de
quatre scènes de chasses de quelque mérite mais assez endommagées" du XVIIIe
siècle. Cet édicule atteste que la Girardière était devenue un lieu de
détente et de loisirs. L'abbé Angot fait aussi référence à un cadran solaire
du XVIIIe siècle dédié par le frère Denis Hayeneuve, jacobin à Laval. Le
plan cadastral napoléonien du début du XIXe siècle indique que le domaine a
peu changé dans son organisation. A l'exception de la ferme à l'arrière du
château, la presque totalité des dépendances figurent sur le plan ancien. Le
logis du maître se trouvait à l'emplacement de l'aile ouest du château
actuel, et était comme aujourd'hui orienté à l'ouest, vers le parc et la
Mayenne. Il semble qu'il s'agissait d'un bâtiment rectangulaire de plan très
simple, dont seul pourrait subsister aujourd'hui la partie droite,
c'est-à-dire le pavillon d'angle sud-ouest du château. Les baies délardées
en arc segmentaire et le traitement des lucarnes semblent confirmer cette
datation. Le plan du début du XIXe siècle fournit quelques indications sur
les aménagements du parc: on observe au-devant des façades ouest une
parcelle rectangulaire de jardin, mais aussi une grande et large avenue
oblique tracée depuis le pont sur la Mayenne jusqu'à la demeure. Cette
allée, sans doute tracée au XVIIIe siècle, et peut-être plantée d'arbres à
l'origine, a disparu sous un chemin très légèrement incurvé, lors du
façonnement du parc à l'anglaise.
En 1777, Marie-Anne-Charlotte Périer de la Girardière épouse
Léon-Jean-Jacques du Mans de Chalais, lieutenant des maréchaux de France,
descendant d'une famille noble de riches marchands de Bretagne, du Maine et
de l'Anjou. Il sera guillotiné à Doué-en-Anjou en 1793. Son fils, secrétaire
de préfecture, puis son petit-fils, avocat et conseiller général, également
prénommés Léon, conservent le château et y font d'importants agrandissements
tout au long du XIXe siècle, dont les matrices cadastrales font état: des
augmentations et diminutions de construction sont ainsi portées aux
registres en 1839, 1858, 1874, 1880. Faute de précision sur la nature des
interventions, la chronologie des différentes campagnes de transformation
reste incertaine. A partir de la maison du XVIIIe siècle (aile ouest), une
aile en retour est édifiée côté sud: elle inclut un gros pavillon central et
un pavillon plus petit accolé à droite, répondant par symétrie au pavillon
ancien à gauche. La sobriété de la demeure initiale est respectée, les
décors se limitant au bandeau et aux corniches, ainsi qu'aux lucarnes
pourvues de frontons et d'ailerons. Les nouveaux bâtiments abritent une
salle à manger et une cuisine au rez-de-chaussée, des chambres
supplémentaires à l'étage. C'est sans doute à l'occasion d'une seconde
campagne qu'une partie du logis du XVIIIe est remaniée en gros pavillon, à
l'imitation de celui de l'aile sud: bien que l'organisation de la façade
soit identique, les décors sont plus présents, avec des balustrades en
pierre à l'étage, des frontons trilobés aux lucarnes et une crête de faîtage
en zinc. En même temps ou lors d'une campagne suivante, un couloir et une
tour à pans coupés abritant un escalier à vis y sont adossés afin de
faciliter la circulation entre les pièces placées en enfilade.
Il faut également imputer aux Du Mans de Chalais la réalisation du parc à
l'anglaise dans le courant du XIXe siècle ainsi que la construction d'une
ferme ex-nihilo à proximité du château. En 1922, Roger Martin-Sané, associé
d'agent de change à Paris, originaire de Laval, achète le château de la
Girardière à la famille du Mans de Chalais pour 194000 francs. Il confie à
l'architecte Léon Guinebretière l'agrandissement de la demeure par
l'adjonction d'une aile nord où se trouvera l'entrée principale du château
ainsi que l'escalier d'honneur. Un registre des mémoires et forfaits de
travaux de l'architecte indique que les aménagements sont achevés en 1929 ou
1930. Celui-ci fournit la liste des entrepreneurs intervenus sur le
chantier: Brévault pour la maçonnerie, Haudu pour la pierre de taille,
Gaudin pour la charpente, la couverture, la zinguerie, la menuiserie et la
serrurerie, Chauvin pour la menuiserie, Brochard pour la plâtrerie. Les
plans de Guinebretière pour la "terminaison" du château ont été conservés
mais ne sont pas datés. L'aile nord est accolée en retour du pavillon
principal pour donner une symétrie à la façade ouest vers le parc et la
Mayenne. Afin de ne pas dénoter, le pignon ouest reprend approximativement
le volume du pavillon sud-ouest du XVIIIe siècle, bien que la symétrie soit
rompue par une toiture plus haute, un positionnement différent des
ouvertures et une lucarne à fronton cintré et non triangulaire. La nouvelle
aile inclut au rez-de-chaussée un vaste hall d'entrée avec à sa suite un
grand escalier d'honneur rampe sur rampe, à l'étage une mezzanine avec
balustrade et sous les toits un grand bureau et une salle de bains. Les
décors choisis, tels que les boiseries du hall ou les balustres de
l'escalier, pastichent le goût du XVIIIe siècle. Un projet de porte inspiré
de l'architecture du XVIIe siècle semble ne pas avoir été réalisé.
L'abbé Angot évoque en ces mots le château de la Girardière: "Dominé par une
futaie de chênes et de pins, il a sa façade à l'ouest sur de belles pelouses
coupées de bosquets qui descendent en pente douce jusqu'à la Mayenne, avec
le bourg perché sur la colline opposée comme horizon prochain". L'allée qui
monte à travers le parc depuis le pont sur la Mayenne offre une apparente
harmonie des façades ouest et sud, qui présentent chacune un gros pavillon
central entre des pavillons d'angles plus bas. En réalité, il s'agit du
résultat d'adjonctions successives à partir d'un volume initial dont
subsiste le pavillon d'angle sud-ouest. L'imbrication complexe des volumes
et des toitures qui témoigne de ces différentes campagnes est nettement
perceptible grâce aux vues aériennes. Les maçonneries sont en moellons
enduits, la pierre de taille étant réservée aux ornements et aux
encadrements des baies, en arc segmentaire parfois délardé. La façade ouest
présente un mélange de pierre de taille de granite pour les parties basses
et de calcaire pour les parties hautes. Le château compte trois ailes à
l'équerre. L'aile principale, à l'ouest, vers le parc et la Mayenne, possède
un gros pavillon central à deux travées, pourvu d'un solin, d'un bandeau,
d'une corniche moulurée et de chaînages d'angles harpés. Les ouvertures sont
dotées à l'étage d'agrafes saillantes et de garde-corps en maçonnerie. Les
deux lucarnes sont pourvues de frontons triangulaires ornés de trilobes,
d'inspiration néogothique. De part et d'autre du pavillon central, sont
placés deux pavillons plus bas et en léger retrait, à une travée chacun.
Celui de gauche correspond à l'extrémité de l'aile nord, simple bâtiment
rectangulaire coiffé d'un toit à longs pans et à croupes et orné de lucarnes
à frontons cintrés, abritant le hall et l'escalier d'honneur
rampe-sur-rampe. Celui de droite fait la jonction avec l'aile sud: il
possède une lucarne à fronton triangulaire côté ouest et une autre à fronton
cintré côté sud.
Le gros pavillon de l'aile sud est semblable à celui de l'aile ouest par son
volume, ses deux travées et ses décors de façade; il en diffère par
l'absence de garde-corps et ses lucarnes plus simples, sans trilobes. Le
pavillon qui lui fait suite à droite imite celui de gauche, avec une lucarne
à fronton cintré: une petite tour circulaire y est accolée. L'élévation
postérieure est marquée par une tourelle à pans coupés incluant un escalier
de service en vis, placée dans l'angle des ailes ouest et sud. Les communs
sont répartis autour de la cour à l'arrière du château; Les bâtiments de la
ferme sont placés plus à l'est, de l'autre côté d'une impasse. Le parc à
l'anglaise, ceinturé par un bois au sud et par une haie à l'ouest, est
ponctué de bosquets et descend en pente douce vers la Mayenne. On y trouve
un exceptionnel petit pavillon carré couvert d'un toit à l'impériale, dont
le lambris de couvrement, malheureusement en très mauvais état, représentait
quatre scènes de chasse peintes au XVIIIe siècle. L'une d'elles figure un
groupe d'hommes en tenue de chasse, à cheval ou à pied, ayant acculé un
loup. A l'arrière-plan, à travers les arbres, apparait un château avec un
corps central rectangulaire flanqué de deux pavillons: s'agit-il d'une
représentation de la Girardière ? (1)
château de la Girardière 53240 Saint-Jean-sur-Mayenne, propriété privée, ne
se visite pas.
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