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Château d'Orange à Saint-Jean-sur-Mayenne
 
 

 Une occupation préhistorique aurait été mise en évidence au XIXe siècle, par la découverte de silex taillés et d'une hache en pierre que signale l'abbé Angot. Le site d'Orange, dominant un méandre de la Mayenne et assurant le contrôle de l'étroit promontoire entre l'Ernée et la Mayenne, a fait l'objet d'aménagements destinés à le fortifier au moins dès l'époque protohistorique. En témoigne le site voisin de Château-Maignen, oppidum gaulois remarquablement conservé et protégé au titre des Monuments Historiques. La butte de la Haute-Cohue pourrait appartenir au même complexe défensif. La toponymie des environs donne d'autres indices: le Chatelier, les Portes, la Barre. Des terrassements auraient également été observés sur la butte de la Chaussonnerie, avant sa transformation en carrière. Celle-ci portait d'ailleurs le nom de "camp des Français", tandis que le rocher d'Orange était nommé "camp des Anglais", bien que l'origine réelle de cette toponymie soit douteuse. Orange, historiquement Orenge, est une seigneurie très ancienne, comme l'attestent la subsistance d'une motte castrale bien conservée, quoique envahie par la végétation. Vers 1064, Hugues d'Orenge (Hugo de Orenga) et ses frères souscrivent à une charte de Hamon de Laval au profit du chapitre cathédral du Mans. Plusieurs de ses successeurs apparaissent dans divers aveux et cartulaires, notamment celui de Laval; la famille d'Orange, également propriétaire de la Feuillée à partir du XIIIe siècle, figurait parmi les vassaux notables du comte de Laval. Elle portait "paré d'argent et de gueules de six pièces à la bordure de sable chargée d'oranges d'or".
La motte d'Orange, située dans un bois au nord-est de l'actuel château, pourrait dater des environs du XIe siècle, mais elle n'est attestée que tardivement par les textes. En 1407, Ambroise de la Feuillée est dit "homme de foi lige pour la motte d'Orenge séant en la paroisse de Sainct Jehan sur Maenne". Elle est redécouverte par les érudits à partir du XIXe siècle: M. Magdelaine signale ainsi en 1839 ce qu'il appelle "les traces d'un camp sur le Mont-Orange". L'abbé Angot évoque dans l'enclos d'Orange "au sommet d'un rocher ou plutôt d'une falaise à pic qui domine de 60 mètres la rive de la Mayenne, les fossés de la double enceinte demi-circulaire d'un châtelier" parfaitement conservés. Le site a été étudié par Sébastien Mazurier en 2006: il y a reconnu une motte castrale de forme ovale, associée à une basse-cour qui se déploie au nord-ouest. "La motte utilise un massif rocheux naturel qui a été aménagé par un apport de terre", la plateforme sommitale domine de dix mètres le fond du fossé. L'occupation du site à la fin du Moyen Age est mal documentée: le fief perdura, mais l'existence d'un logis seigneurial demeure incertaine. Un premier déplacement de site avait dû s'opérer, puisque Orange désignait, avant la construction du château moderne, un lieu-dit à 300 mètres plus au nord, situé en contrebas de la motte. La dénomination de "pavillon d'Orange", que l'on retrouve au XVIIIe siècle, renvoie selon toute probabilité à un logis de maître construit à l'époque moderne: une saisie réelle de 1746 décrit ainsi le pavillon, jouxtant la métairie: "laditte maison composée d'une salle par bas avec cheminée dans laquelle il y a une chambre à deux ouvroirs, sur icelle chambre et salle, une autre chambre aussy avec cheminée et sur icelle dernière chambre un grenier le tout couvert d'ardoise".
La famille d'Orange s'éteint au milieu du XVIe siècle, avec Guyonne d'Orange épouse d'Eustache du Bellay. Un siècle plus tard, c'est la famille des Nos qui détient les seigneuries de la Feuillée et d'Orange. En 1707, Charles des Nos, seigneur de la Feuillée, baillait la métairie d'Orange à Jean Carré marchand demeurant à Laval. Alors que la carte de Jaillot de 1706 désigne un manoir, celle de Cassini n'indique qu'une simple ferme. A la Révolution, la métairie d'Orange et les closeries de la Lande et de la Roche d'Orange sont saisies sur les héritiers de la veuve de Beauvilliers et mis en location. Le domaine est finalement acquis par Ambroise-François Hardy de Lévaré en 1807. Le cadastre napoléonien du début du XIXe siècle ne montre que quelques bâtiments, le principal en L, mais ne laisse entrevoir aucune organisation qui pourrait évoquer un ancien manoir. Comme le souligne Angot, "la situation était trop enviable pour qu'un château digne de ce magnifique panorama ne s'y élevât pas un jour". Un nouveau déplacement de site devait en effet prévaloir à la construction du château actuel. C'est donc l'emplacement de la closerie de la Roche, en position dominante par rapport à la Mayenne et au paysage, qui est choisi pour édifier le château d'Orange. Le commanditaire de cette demeure d'agrément est un médecin, érudit et conseiller municipal légitimiste lavallois, maire de Saint-Germain-le-Guillaume, Anselme Lévesque de la Bérangerie, demeurant place des Arts à Laval. Celui-ci commence par acheter les fermes de la Roche, d'Orange et des Chéloires en 1838. Par acquisitions et échanges successifs, il reconstituera un vaste domaine foncier alentour, incluant les métairies et closeries du Pertuis d'Orange, de la Foucaudière, de Montreuil, du Châtellier, de la Baburière.
Aucune source archivistique n'a permis d'identifier l'architecte du château, mais il s'agit très certainement du manceau puis parisien Pierre-Félix Delarue. Comme le souligne Damien Castel, la composition générale reprend les poncifs des châteaux réalisés par Delarue en Sarthe et Mayenne, avec pavillon central et tours d'angle. Les ressemblances sont plus que frappantes avec la Houssaye à L'Huisserie, où les plans du projet initial présentent de nombreuses similitudes, avec pavillons centraux Renaissance et tourelles en briques. D'après les matrices cadastrales, les travaux d'Orange sont achevés en 1854, la chapelle est construite en 1861. Si l'on en croit un compte-rendu d'une excursion de la Commission Historique et Archéologique de la Mayenne en 1923, M. Lévesque, dont le château avait été "édifié un peu comme une fabrique légère dans le goût romantique", aurait lui-même tracé le dessin des allées du parc et planté les arbres. Cela semble d'autant plus plausible qu'il était l'auteur d'un catalogue de botanique publié en 1838. Il s'intéresse également à l'agriculture et devient président du comice de Laval. Après son décès en 1866, sa veuve Sophie Salmon conserve le domaine jusqu'à sa mort en 1876. Il devient ensuite propriété de Marie de Lastic, veuve de René Vincens de Causans, puis de leur fille Tiburgette, épouse Montferré de Banyuls. L'inventaire de la succession de la veuve Lévesque donne une idée de la distribution intérieure du château : cuisine et salle de bains au sous-sol, salon, salle à manger, salle de billard et office au rez-de-chaussée, trois chambres à l'étage et cinq mansardes pour les domestiques sous les toits. Les matrices cadastrales signalent la construction de la maison de concierge en 1901, puis l'aménagement d'une prise d'eau sur la Mayenne en 1906.
Le site remarquable d'Orange et son château deviennent rapidement un but de promenade pour les Lavallois, les touristes de passage et les peintres. En 1896, le site d'Orange est signalé à deux reprises dans un guide touristique de la région lavalloise rédigé par Isidore Guédon, en des termes élogieux: "Voici dans un site enchanteur, le parc et le château d'Orange à M. de Causans. Le mur du parc n'a pas moins d'un kilomètre de longueur. On arrive en vue du château d'Orange qui se montre de l'autre côté de l'eau, dans toute son élégance, accosté de sa chapelle qui surplombe un massif de rochers". Selon le même guide, ce paysage pittoresque aurait été peint peu avant par le peintre lavallois Pierre Charon. Aujourd'hui, Orange demeure un château emblématique en vallée de la Mayenne. Le pittoresque du site en fait une carte postale pour la vallée aux abords de Laval. Par sa précocité, on peut aussi, semble-t-il, considérer Orange comme le prototype du château Néo-Renaissance en vallée de la Mayenne, l'un des premiers, si ce n'est le premier, à puiser dans le répertoire de la Renaissance ligérienne et à utiliser les codes propres à l'architecture castrale: tours, tourelles, pavillons, lucarnes ouvragées, etc. Il fera nombre d'émules dans la deuxième moitié du XIXe siècle, à commencer par le château de la Chaussonnerie construit presque en vis-à-vis (mais plus à l'écart de la rivière) par l'architecte Eugène Boret pour la famille Gaultier de Vaucenay dix années plus tard.
Le château d'Orange se trouve près d'une boucle de la Mayenne qu'il domine du haut d'un rocher. Il se situe au cœur d'un parc d'une cinquantaine d'hectares, descendant vers la rivière en pente douce en direction du sud-est. Le château est placé dans l'axe de la pente du terrain, afin de bénéficier d'une vue dégagée vers la vallée et de s'offrir, selon la saison et la végétation, au regard des promeneurs. Les communs et la chapelle sont placés en retrait. La demeure est construite en moellons enduits ; la pierre de taille calcaire est réservée aux angles, aux encadrements des baies et aux décors d'architecture. Un niveau de soubassement en moellons apparents et pierre de taille de granite rachète la pente du terrain. Le corps de logis rectangulaire est traversé par un pavillon central en saillie sur chaque façade. L'angle sud-ouest est occupé par une serre en appentis. La façade principale, donnant sur la vallée au sud-est, est cantonnée de deux tours circulaires aux angles côté sud-est vers la vallée. Le décor sculpté s'inspire de la Renaissance ligérienne. Un bandeau et une corniche rythment les façades horizontalement. Les tours et tourelles sont ornées de modillons évoquant des machicoulis, percées de grandes fenêtres et de lucarnes pendantes et coiffées de toits en poivrières. Les fenêtres sont garnies d'encadrements à crossettes et de garde-corps en pierre ajourés. Les lucarnes en pierre flanquées d'ailerons présentent des meneaux et traverses et des frontons à coquilles. Les toits d'ardoise sont sommés d'épis de faîtage en fer forgé. Les différentes teintes de briques employées pour les souches de cheminées forment des motifs en losange. Leurs couronnements en pierre de taille sont cintrés et sculptés.
C'est principalement le traitement du pavillon central qui singularise chacune des deux façades. Côté vallée, il propose trois travées resserrées, des angles traités en bossages, des linteaux ornés de volutes, des ornements géométriques (losanges et cercles) et végétaux sculptés empruntés au vocabulaire Renaissance, ainsi qu'un garde-corps ajouré surmontant la corniche. La travée centrale avec son balcon est particulièrement soignée, scandée de pilastres, d'allèges et de linteaux sculptées et surmontée d'une lucarne particulièrement travaillée. Côté cour, le pavillon est cantonné de deux tourelles en brique en encorbellement. Les deux travées de baies en anse de panier, décorées de pilastres, forment une loggia à l'étage. La lucarne possède deux niveaux séparés par un fronton cintré interrompu. Les souches de cheminées en briques bicolores à motifs losangés possèdent des couronnements en pierre sculptés de forme cintrée. Le vaste parc largement boisé est clos d'un mur de clôture qui longe la route sur plus d'un kilomètre. Une percée descendant vers la Mayenne, avec un chemin sinueux, est aménagée devant la façade du château. Le parc abrite le bâtiment ordonnancé des écuries, la chapelle, les vestiges du hameau de la Roche et du potager clos, ainsi que la maison du concierge. (1)

château d'Orange 53240 Saint-Jean-sur-Mayenne, propriété privée, ne se visite pas.


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source des photos : https://inventaire.patrimoine.paysdelaloire.fr
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      source de l'historique: https://inventaire.patrimoine.paysdelaloire.fr

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