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Aucune seigneurie n'est signalée par les archives à la
Chaussonnerie, où il existait une maison de maître et une ferme appartenant,
au début du XIXe siècle, à Pierre-Dieudonné Manisse, notaire à Laval, mises
en vente suite à son décès. On trouve ainsi dans l'Indépendant de l'Ouest,
en 1851, l'annonce suivante: "A vendre aux enchères publiques la belle terre
de la Chaussonnerie, située commune de Saint-Jean-sur-Mayenne comprenant:
"une maison de maître avec remises, écuries, cour, jardin anglais, jardin
potager, douves, avenues de tilleuls et d'ormeaux, la métairie de la
Chaussonnerie, bâtiments nouvellement construits, cour, jardin, d'une
contenance de 28 hectares 82 ares de terre labourable et de 8 ha 30 ares de
pré, la métairie de la Chabossière, bâtiments nouvellement construits, la
métairie de la Réauté, bâtiments nouvellement construits, la closerie des
Fosses, bâtiments d'habitation et d'exploitation, deux jardins". La
constitution de cet important domaine n'est pas documentée. Toutefois, le
renouvellement du bâti des métairies indique que Pierre Manisse s'était
largement investi dans la modernisation de ses exploitations agricoles au
cours du deuxième quart du XIXe siècle. La maison de maître est décrite plus
précisément dans les documents de la succession du notaire Manisse: "elle
forme deux corps de bâtiments, l'un se compose d'une salle à manger, d'un
grand salon et d'une cage d'escalier au rez-de-chaussée, de trois chambres à
feu et d'un cabinet reliés par un corridor au premier, de trois mansardes et
d'un cabinet reliés également par un corridor au secon ; l'autre est au bout
et comprend au rez-de-chaussée un petit vestibule où est fixé l'escalier,
une petite salle au bout communiquant par une porte à la salle à manger du
premier bâtiment, cuisine à côté de ces deux objets, une laverie, un petit
corridor ensuite, décharge de cuisine, cave et toit à porcs par derrière, au
premier sur la salle une chambre sans cheminée, sur la cuisine une chambre à
feu, sur la laverie une petite chambre froide, sur la décharge une
antichambre, sur le caveau un cabinet; grenier sur tous ces appartements".
D'après le cadastre napoléonien du début du XIXe siècle, la maison de maître
et la métairie, orientés au sud, occupaient l'emplacement de la ferme
actuelle, mais il n'en reste aucun vestige. Le premier à se porter acquéreur
de la terre de la Chaussonnerie est le médecin lavallois Anselme Lévesque de
la Bérangerie, qui constitue au même moment un important domaine autour
d'Orange, sur la rive opposée de la Mayenne, où il se fait élever un
château. L'adjudication est toutefois emportée par René Gombert de Pontenard.
Le château actuel est édifié pour le gendre de ce dernier, Prosper-Victor
Gaultier de Vaucenay, avocat à Laval, y résidant rue du Mans, puis député
légitimiste de la Mayenne en 1871. La branche Gaultier de Vaucenay est issue
de la dynastie Gaultier, famille de riches marchands tissiers lavallois au
XVIIe siècle, anoblie par l'acquisition de la seigneurie de Vaucenay à
Argentré. Au début du XVIIIe siècle, Mathurin Gaultier, conseiller du roi et
avocat au siège royal et de la maréchaussée de Laval, possédait en cette
ville l'hôtel de Vaucenay. Au milieu du XVIIIe siècle, François-Marie
Gaultier, sieur de Vaucenay, portait les titres d'écuyer, conseiller du roi
et contrôleur ordinaire des guerres. Selon les matrices cadastrales, les
travaux de la Chaussonnerie débutent par la chapelle, déclarée imposable en
1859. Le château, construit ex-nihilo à l'est de la ferme, est commencé en
mars 1863 et achevé fin 1864, puis porté au registre des matrices en 1868.
Les écuries et remises sont achevées en 1867.
Les nouveaux bâtiments sont implantés à l'est des bâtiments existants, le
château est positionné dans l'axe du vallon et orienté vers la vallée de la
Mayenne, à l'est. L'ancienne métairie sera remplacée par de nouveaux
bâtiments de ferme à une date inconnue. Les comptes de M. Gaultier de
Vaucenay indiquent l'intervention de l'architecte lavallois Eugène Boret,
originaire de Saumur et père d'Edouard Boret, également architecte et
inspecteur des édifices diocésains de 1868 à 1877. Sont également intervenus
sur le chantier : l'entrepreneur en maçonnerie Boissière, Bigot père et fils
charpentiers, Joubert serrurier, Huet ferblantier, Bastard menuisier,
Bouhours marbrier, Joniaux pompier et fumiste, Deschamp sculpteur, Decret
tapissier, Pilon horloger. L'aménagement du jardin est confié au terrassier
Huard et au jardinier Laraze. La métairie est reconstruite à une date
inconnue. En 1894, on inaugure une statue de la Vierge en fonte placée dans
le parc. La même année, la chapelle est dotée d'un chemin de croix.
L'environnement du château est remodelé, de nouveaux chemins sont créés pour
desservir les fermes du domaine, comme la Chaussonnerie, la Réauté, les
Fosses ou la Chabossière. La référence architecturale au château voisin
d'Orange, achevé en 1854 et attribué à l'architecte Pierre-Félix Delarue,
est évidente. D'après l'oralité, la construction du château de la
Chaussonnerie était initialement projetée sur la butte dite "camp des
Français", faisant face à celle d'Orange, dite "camp des Anglais" (le
fondement historique de ces appellations, en référence à la guerre de Cent
Ans, est douteux).
Les difficultés à obtenir de l'eau sur la butte auraient finalement conduit
M. Gautier de Vaucenay à construire son château en retrait de la vallée.
Seule une statue de Jeanne d'Arc fut placée en 1894 au "camp des Français";
le site est aujourd'hui occupé par une carrière. Il est intéressant de noter
que le commanditaire d'Orange, Anselme Lévesque de la Bérangerie, s'était en
vain porté acquéreur pour la terre de la Chaussonnerie: une compétition
territoriale, puis architecturale, fut-elle de mise entre les commanditaires
des deux châteaux ? S'agissait-il au contraire de composer un paysage
grandiose avec deux châteaux jumeaux en vis-à-vis de part et d'autre de la
Mayenne ? Malgré de nombreuses similitudes, le château de la Chaussonnerie
présente une façade plus grande de deux travées que celui d'Orange, mais
possède également une silhouette plus massive et moins élégante. Propriété
du fils puis du petit-fils de Victor Gaultier de Vaucenay, Edmond et
Georges, le château échoit ensuite au neveu et filleul de ce dernier, Roland
Dulong de Rosnay, officier de la marine marchande, époux de Jeanne Gaultier
de Vaucenay. Pendant la Seconde guerre mondiale, le château est tour à tour
occupé par un PC britannique, puis par les officiers de la garnison
allemande de Laval, puis par les troupes américaines. Le château de la
Chaussonnerie est niché au fond d'un amphithéâtre naturel orienté vers la
vallée de la Mayenne. Placé au sommet du coteau, il bénéficie d'une vue
dégagée aussi bien en direction de la vallée à l'ouest, que vers la campagne
à l'est. Bien que la demeure ait sa façade principale orientée vers la
Mayenne, elle en est trop éloignée pour apercevoir la rivière.
L'édifice est construit en moellons enduits; la pierre de taille calcaire
est réservée aux angles, aux encadrements des baies et aux décors
d'architecture. Le soubassement et les perrons sont en pierre de taille de
granite. Le château présente un plan rectangulaire avec trois avant-corps en
faible saillie, couverts en croupe, donnant l'illusion de pavillons : l'un
au centre de la façade sur le parc, les deux autres aux extrémités de la
façade sur cour. Chaque façade compte sept travées, les angles côté ouest
sont cantonnés de deux tours d'angles coiffées de poivrières. Un bandeau et
une corniche à modillons structurent horizontalement la composition, tandis
que les angles sont traités en bossages. Les ouvertures, en arc segmentaire,
possèdent des encadrements et appuis moulurés, des agrafes ou des larmiers.
La porte côté cour est sommée des armoiries Gaultier de Vaucenay et Guyard.
Des lucarnes en pierre et des œils-de-bœuf en zinc éclairent le comble. Les
hautes souches de cheminées sont en brique et en pierre. Edifiés au nord du
château, les bâtiments des écuries et remises sont ordonnancés autour d'une
cour carrée accessible par un passage couvert coiffé d'un pavillon. Le
potager clos est attenant. A proximité se trouve la chapelle. La cour
précédant le château est close d'un mur surmonté d'une grille, interrompu
par un portail à piliers. Le parc comprend des espaces boisés au nord et au
sud du château, ainsi qu'une prairie dans le vallon qui descend en pente
douce devant la façade ouest. Dans la partie basse est aménagé un vaste
bassin carré aux angles coupés. Ouvert sur la campagne environnante, le parc
est ceinturé de simples clôtures et haies et contourné de chemins. La ferme
de la Chaussonnerie est incluse dans cet espace. La propriété conserve
l'ancienne cloche de la chapelle de la Merveille (détruite), datée de 1639.
(1)
château de la Chaussonnerie 53240 Saint-Jean-sur-Mayenne, propriété privée,
ne se visite pas.
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source des photos :
https://inventaire.patrimoine.paysdelaloire.fr
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