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Au XIVe siècle, exactement en 1372,
l’on trouve, pour la première fois semble-t-il, mention de seigneurs de
Villiers, car le nom de Saint-Just, apporté en 1450 par Oudin en prenant
possession de sa nouvelle demeure, n'existe bien entendu pas encore.
Belle-Eglise était alors un village entouré d'arbres, avec la forte ferme de
Royaumont proche l'église et de nombreux écarts: Champlaid, la Ruelle ou
Chauvincourt (plus tard Plantoignon), Saint-Jacques, Bourdin et Villiers.
C'est l'hôtel de Villiers, la seigneurie de Villiers que possèdent Adam de
Villiers dit Le Bègue et Alix de Méry son épouse. Cet Adam de Villiers,
seigneur de Villiers-le-Bel en partie, de Vitry-en-Brie, et de la Tour de
Chaumont-en-Vexin, dite à cause de lui "la Tour au Bègue", était fils cadet
d'Adam de Villiers, seigneur de Villiers-le-Bel, mort en 1339 et d’Alix de
Cressy, et petit-fils de Jean de Villiers, premier connu de cette illustre
maison, époux de Marie de l'Isle. Adam de Villiers, dit le Bègue, fut
châtelain de Metz-le-Maréchal et fut tué à la bataille de Navarette, en
1367; Alix de Méry sa femme, mourut avant 1372. Le 7 avril 1372, tous deux
étant décédés, le partage de leurs biens fut fait entre leurs deux filles:
Léonore de Villiers mariée à Gilles de Poissy, chevalier, et Perrenelle de
Villiers, troisième femme de Charles de Montmorency. Léonore eut les
héritages de Brie et de Melun. Perrenelle obtint toutes les terres "par deça
la rivière de Marne du costé devers Saint-Denis", dont "la maison terre et
appartenances de Belleglise lez Chambli le Haubergier". Elle était ainsi
dame de Vitry-en-Brie, de la Tour de Chaumont, de Bercy-lez-Charenton, sinon
"dame de Belleglise" comme la nomme Duchesne avec un peu trop de
complaisance. Elle s'était mariée deux fois: d'abord avec Charles de
Montmorency, seigneur de Montmorency, d'Ecouen, de Damville, d'Argentan,
Berneval, etc. grand panetier et maréchal de France, parrain de Charles VI,
mort le 11 septembre 1381. Et en secondes noces, comme troisième femme
encore, Perrenelle de Villiers s'unissait à Guillaume de Harcourt, seigneur
de la Ferté-Imbault et de Livry, fils cadet de Jean IV premier comte de
Harcourt. Guillaume mourut en 1400, et Perrenelle quinze années plus tard,
elle fut enterrée à côté de son premier mari à l'abbaye du Val.
Le 29 août 1415, les biens de la succession de Perrenelle de Villiers
étaient partagés de son premier mariage, outre Charles mort jeune en 1369,
elle avait eu deux enfants, Denise de Montmorency mariée en 1398 à Lancelot
Turpin, seigneur de Crissé, et Jacques de Montmorency, seigneur de
Montmorency, chambellan du roi, né en 1370, mort en 1414 et marié en 1399 à
Mademoiselle Philippe de Melun. Jacques de Montmorency, étant décédé avant
sa mère, c'est à Philippe de Melun, sa veuve représentant ses enfants,
qu'échurent les terres de Vitry-en-Brie, de la Tour de Chaumont,
vulgairement dite la Tour au Bègue, de Belle-Eglise, et le fief de Bethemont
près Poissy, Madame de Crissé obtenant Bercy et Villiers-le-Sec. Le 18 mars
1416, messire Jehan de Fresnoy, écuyer, seigneur de Neuilly-en-Thelle, dans
un aveu rendu à l’abbaye de Saint-Denis, mentionne parmi les fiefs qu'il
possède à Villiers-le-Bel et Belle-Eglise, celui que tient de lui Philippe
de Melun, dame de Montmorency, "l'hostel de Villiers, avec des bois,
champarts, sept hosties, quarante arpents de terre et vingt-deux sols de
menus cens". La dame de Montmorency mourut en 1421; celui de ses enfants qui
hérita de Villiers fut Jehan de Montmorency, deuxième du nom, seigneur de
Montmorency, d'Ecouen, de Damville, de Vitry-en-Brie et de la Tour de
Chaumont, premier baron et grand chambellan de France, qui épousait l'année
suivante, en 1422, Jeanne de Fosseux. Elle mourut en 1431. En secondes noces
il s’unissait avec Marguerite d'Orgemont en 1453. Le seigneur de Montmorency
mourut le 6 juillet 1477 et fut enterré dans l'église Saint-Martin de
Montmorency. Pendant sa possession, le 16 décembre 1428, Jean de Villiers,
seigneur de l'Isle-Adam et de Villiers-le-Bel en son intégralité, par
héritage de Messire Jehan de Fresnoy, dans un aveu à M. l'Abbé de
Saint-Denis-en-France, déclare "le manoir appelé l’hostel de Villiers clos
de fossés et d’eau". Le 17 avril 1450 "haut et puissant seigneur monseigneur
Jehan de Montmorency et de Dampville a baïlle a tiltre de crois de cens à
Oudin de Saint-Just, escuyer, tout ce qui luy peut appartenir accause de son
fief de Villiers Bourdin scis à Belleglise les Chambly avec la justice que
ledit seigneur avoit jusques à 60 sols parisis et au dessous, la haute
justice reservee a iceluy; ce bail fait moyennant 60 sols parisis de crois
de cens ou rente annuelle payable aux festes de Noel, et en cas de morts
qu'il sera levé à touttes mains par les hoirs en payant par chacun relief 6o
sols parisis a iceluy seigneur de Montmorency ou ses hoirs, ce sont les
termes du contract".
L'acte de vente est malheureusement perdu; il eut peut-être fourni des
précisions sur le nouveau possesseur de Villiers, sur l’origine de cet Oudin
de Saint-Just, fondateur d’une lignée qui devait donner son nom à Villiers
et y demeurer trois siècles. Le Cabinet des Titres renferme de nombreuses
pièces sur les Saint-Just, qu'il ne faut pas confondre avec une famille
similaire établie dans le Boulonnais, ni avec ceux qui tiennent à
Saint-Just-en-Chaussée. Il y a bien au service de Charles duc d'Orléans et
de Valois, comte de Blois et de Beaumont, seigneur de Coucy, un Colinet de
Saint-Just qui touche à Orléans, en 1413, cinquante livres tournois par
ordre de ce Prince; mais les Saint-Just n'ont point fait remonter jusqu'à
lui leur généalogie et ils commencent leur maison à Oudin. Il était déjà
venu dans le Beauvaisis avant 1450. Il avait épousé Ysabel de Dampont, dont
la famille anciennement établie dans le Vexin, possédait des fiefs à Esches,
Hamecourt, Liécourt et Bailleul (maintenant Fosseuse). Cette dame était
veuve de Pierre de Coquelet mort au mois de mai 1439. Les archives de
Chantilly contiennent deux mentions de foi et hommage que rendit pour elle
son second mari à Jean II de Montmorency: "L'an 1441 le premier jour de
Decembre, Oudin de Saint-Just, mary et espous de present de Ysabel de
Dampont, tant a son nom comme ayant le gouvernement et bail de Charlot de
Coquelet, filz legitime de ladicte Ysabel et de feu Pierre de Coquelet,
jadiz son mary, a fait foy et hommage a Monseigneur d’un hostel et lieu
assis a Gournay en la paroisse de Monsoult". Un semblable hommage est daté
du 12 juin 1445. Le seigneur de Montmorency ayant cédé son droit de haute
justice à Jehan de Fresnoy, il y eut de 1474 à 1479 un long procès entre ce
dernier, désireux de faire reconnaître ses prérogatives, et Oudin de
Saint-Just, peu enclin à accepter ce changement. Oudin prétendait relever du
seigneur de l’Isle-Adam, à qui d’ailleurs il rendait déjà hommage pour
plusieurs fiefs situés à Belle-Eglise, suivant la coutume du Vexin français.
Mais après cinq ans de procédure, Antoine de Villiers seigneur de
l’Isle-Adam qui avait d'abord soutenu son vassal, déclarait ne plus vouloir
persévérer dans cette action et Oudin fut condamné par la chambre des
Requêtes du Palais à payer à Jehan de Fresnoy quinze livres parisis.
Oudin est souvent dit "Bacolle" dans des baux ou autres actes. Il mourut
avant 1481 et fut enterré avec sa femme en l'église Saint-Martin de
Belle-Eglise où une pierre tombale les représentant tous deux se voit
encore. Ils laissaient au moins trois enfants dont Guillaume de Saint-Just
qui suit; 2° Jehan de Saint-Just, qui suit; 3° Agnès de Saint-Just, épouse
de Pierre de Carbonne dit Brusacq. Ils reçurent en partage le fief de
Chauvincourt. Guillaume de Saint-Just "escuyer seigneur de l’hostel et fief
de Villers en la paroisse de Belle-Eglise" fut reçu en foi et hommage par
Jehan de Fresnoy en 1481, à la mort d'Oudin, et acquitta le droit de relief
de soixante sols parisis, dû quand il y a mutation de vassal. Guillaume ne
laissa pas de postérité et son frère lui succéda. Jehan de Saint-Just rendit
le 24 mars 1489, hommage à Antoine de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, et
fit le 23 novembre 1498, un aveu et dénombrement très complet à noble homme
"Jehan de Fresnoy, seigneur de Nully et de Bornel, ainsy qu'ils se
comportent appelés le fief de Villiers soiant audit Belle eglise". Il avait
épousé Isabelle le Vavasseur, sœur de noble homme Charles le Vavasseur,
écuyer, demeurant à Chambly. Jehan de Saint-Just, vivant en 1499, était mort
avant le 15 janvier 1506, sa veuve rendait hommage le 11 juillet 1506 à
Agnès du Moulin, dame châtelaine de l’Isle-Adam, pour le fief de l'Isle.
Jehan de Saint-Just laissait au moins deux enfants dont Charles de
Saint-Just qui suit et Rolland de Saint-Just qui suit. Ils avaient dû perdre
leur père étant en bas âge, puisqu’en 1514 ils ont encore un tuteur, le
frère de leur mère, Charles le Vavasseur; le 5 mars de cette année là "au
nom et comme tuteur et curateur des enfants de deffunct Jehan de Saint Just"
il achète une vigne assise au vignoble de Belle-Eglise. Charles de
Saint-Just, écuyer, seigneur dudit lieu, est mentionné dans des actes de
1525 et 1526. Il mourut sans postérité et son frère lui succéda. Rolland de
Saint-Just, écuyer, seigneur dudit lieu, consentit le 13 juin 1529 un bail
aux habitants de Belle-Eglise sur des pièces de terre dites le fief de
l'Isle, situées entre Belle-Eglise et Bornel, pour qu'ils y fissent paître
leurs bestiaux.
Rolland avait épousé une de ses voisines, Anne de la Fontaine d'Esches. En
1574 et 1575 elle est désignée comme veuve, Ils eurent au moins un fils.
Philippe ou Philibertde Saint-Just, écuyer, seigneur de Villiers-Bourdin et
Bicheret. Il se maria avec Jeanne d’Aspremont, fille de Jehan d'Aspremont,
chevalier seigneur de Vandy, et de Jehanne de Sugny. Devenue veuve, la dame
de Saint-Just se remaria avec Christophe de la Tranchée. Philippe dut être
seigneur de Saint-Just de 1560 à 1586; il était mort en 1592. C'est vers
cette époque que sa veuve, Jeanne d'Aspremont, eut à subir les malheurs de
la Ligue et que le château fut pillé. Bien qu'ayant ménagé le parti
catholique qui tenait Beauvais et ses environs, elle fut néanmoins
dévalisée. De son mariage Philippe de Saint-Just avait eu Gédéon de
Saint-Just, seigneur dudit lieu, de Villiers et de Chauvincourt, rendit
hommage le 11 juillet 1617 à Charles de Fresnoy, chevalier, gentilhomme
ordinaire de la chambre du Roy. Il avait pu réunir le domaine démembré à la
mort de son père. Gédéon de Saint-Just fut capitaine de chevaux-légers. Il
s'était marié deux fois, d'abord avec Judith de Roussy du Bois, puis avec
Angélique de Hérault. Il mourut avant 1650. Il eut huit enfants: deux du
premier lit, six du deuxième: Marie de Saint-Just et Aimée de Saint-Just. Du
second lit: Frédéric de Saint-Just, capitaine au régiment de Saint-Simon; 4°
Maurice de Saint-Just, qui suit; 5° Gustave-Adolphe de Saint-Just, qui suit;
6° Angélique de Saint-Just; 7° Judith de Saint-Just; 8° Eléonore-Henriette
de Saint-Just qui mourut en janvier 1693. Maurice de Saint-Just, écuyer,
seigneur dudit lieu, succéda à son père. Le 7avril 1668, en présence de dame
Angélique de Hérault, veuve de feu Gédéon de Saint-Just, vivant chevalier,
seigneur dudit lieu, de Belle-Eglise en partie, Bicheret, la Chaussée et
autres lieux, Maurice et Gustave-Adolphe partagèrent l'héritage paternel
ainsi que la terre de Champlay, acquise par leur mère pendant sa viduité.
"La maison et hostel seigneurial de Saint-Just, fossez, jardin du partaire
et basse court" devaient appartenir presque conjointement aux deux frères.
Maurice de Saint-Just fut capitaine au régiment royal des Vaisseaux,
lieutenant du Roi au gouvernement de Philipsbourg et gouverneur de la
citadelle de Valenciennes. En 1685 il possédait une résidence à Belfort. Il
s'était marié avec Jeanne Raflé, fille d'un exempt des gardes du corps; puis
en 1682, avec Charlotte de Flavigny, fille de César-François de Flavigny, et
de Suzanne de Veilchastel. Un fils et une fille naquirent de cette union:
François-Maurice de Saint-Just, ci-devant anonyme, mort jeune et sans
alliance, et Marie-Thérèse de Saint-Just, née le 20 Avril 1683. Son parrain
fut Louis, Dauphin de France, fils de Louis XIV, sa marraine Marie-Thérèse
d'Autriche, Reine de France. Elle fit ses preuves et fut reçue Dame
chanoinesse de Remiremont. La descendance de Maurice de Saint-Just se
trouvant éteinte, son frère Gustave-Adolphe lui succéda le 15 décembre 1697,
date à laquelle il achète des terres à Belle-Eglise. Il était mort en
octobre 1707. De son mariage avec Marie Allion, de la ville de Metz, il
avait eu deux enfants dont Philippe-Gédéon de Saint-Just, qui suit, et
Angélique de Saint-Just, qui suit. Marie Allion, dame de Saint-Just, leur
mère, était morte en 1719. Philippe-Gédéon de Saint-Just, chevalier,
seigneur dudit lieu, l'Isle, Villiers-Bourdin, Bicheret, Santeuil, la
Chaussée, etc. né vers 1680, suivit comme ses ancêtres la carrière militaire
et fut Chambellan du duc de Lorraine. En 1724, il acheta à sa sœur l'hôtel
seigneurial de Champlay et le tiers dans les censives et mutations des fiefs
de Chauvincourt, Santeuil, l'Isle et autres fiefs dépendant de la succession
de leurs parents. Il mourut garçon, le 20 Novembre 1733, et avec lui
s'éteignait en ligne masculine la descendance d'Oudin de Saint-Just. Il
laissait pour héritière sa sœur Angélique de Saint-Just, épouse de
Claude-Michel Bernard de Beauregard, mestre de camp à la suite du régiment
Dauphin-François. Elle ne devait point jouir paisiblement des possessions de
ses pères et les difficultés pécuniaires allaient accabler Saint-Just. Le
vieux domaine se défendit bien, si l'on peut dire, puisqu'il résista seize
ans aux orages qui fondirent sur lui: la procédure, toujours compliquée,
l'abrita de 1734 à 1750, elle fut ensuite impuissante à le sauver; on la
trouve racontée tout au long en un gros cahier d'une soixantaine de pages.
Le 14 Juillet 1750, maître Philippe de Recicourt achetait pour la somme de
soixante six mille cent livres au profit de Simon Mérard, écuyer, "le fond,
tresfond, propriété, superficie et jouissance de la terre et seigneurie de
Villiers-Bourdin ou Saint-Just, consistant en maison seigneuriale et des
fiefs de Champlay, Chauvincourt, Bicheret, la Chaussée, Santeuil et Sautour,
leurs bâtiments, terres, prés, bois, appartenances et dépendances, droits de
moyenne et basse justice, droits de pêche et chasse, droits honorifiques et
de chapelle dans l'église Saint-Martin de Belleglise, droit de rivière de
pêche, cens et rentes seigneuriales, lods et ventes, saisines et amendes".
Simon Mérard, écuyer, conseiller du Roi, Trésorier payeur des gages des
Officiers de la Chancellerie près le Parlement de Rouen, avait épousé Marie
de la Borde. Le nouveau seigneur, possesseur d'une grande fortune, ne jouit
pas de son acquisition et mourut presque immédiatement après. Son inventaire
après décès est daté du 3 février 1751. Il avait eu sept enfants dont
Charles-Marie Mérard, mort mineur le 3 avril 1751; 2° Marie-Eléonore Mérard,
morte mineure le 9 Septembre 1755; 3° Simon-Pierre Mérard, écuyer, fils
aîné, qui suit; 4° Catherine Mérard, née le 16 Mars 1733; 5°
Elisabeth-Gabrielle Mérard, épouse de Toussaint-Jacques-Paul Morellet; 6°
Geneviève-Julie Mérard, épouse de Rémy-François de Chestret, écuyer,
secrétaire du Roi en 1786; 7° Henriette Mérard, qui épousa le 5 avril 1761,
Pierre-Michel Creuzé, secrétaire du Roi en 1773. Leur fils,
Augustin-François, fut créé baron en 1818. Madame Mérard habitait Saint-Just
pendant la belle saison. En 1755, elle obtient de Mgr Potier de Gesvres,
évêque de Beauvais, l'autorisation d'avoir une chapelle à Saint-Just. Le 4
mars 1761 était liquidée la succession de feu Simon Mérard. Madame Mérard et
son fils Simon-Pierre recevaient chacun la moitié de Saint-Just, la part de
ce dernier étant estimée à 51.575 livres. Simon-Pierre Mérard de Saint-Just
vécut à Saint-Just en co-propriété avec sa mère jusqu'en 1768, où ils
devaient vendre. Né en 1749, il fut maître d'hôtel du Comte de Provence,
charge dont il se démit en 1782. Il épousa Anne-Jeanne-Félicité d'Ormoy. Il
mourut à Paris le 19 août 1812.
Haut et puissant seigneur Anne-Nicolas Doublet de Persan, chevalier, marquis
de Persan, de Monts et de Saint-Germain Beaupré, seigneur de Dun, de Crosan
et autres lieux, conseiller du Roi en ses Conseils, achetait la terre et
seigneurie de Villiers-Bourdin ou Saint-Just le 20 septembre 1768. Il avait
épousé, le 11 septembre 1752, Anne-Adélaïde Aymeret de Gazeau, née le 26
mars 1735. Le marquis de Persan ne se signala que par la brièveté de sa
présence; quelques semaines après sa prise de possession, il échangeait
Saint-Just contre les fiefs, terre et seigneurie du Menou, le fief et le
bois de Montpereux et divers biens situés dans la plaine de Persan et au
Mesnil Denis. Son gendre devenait propriétaire de Saint-Just: NicoLas-Renaud
d'Avère des Méloizes, fut capitaine aide-major des troupes détachées de la
marine au Canada. Le 5 janvier 1767 il avait épousé Agathe-Louise de Fresnoy.
Le jeune ménage s'installa à Saint-Just qui fut embelli et arrangé au goût
du jour. M. et Madame des Méloizes-Fresnoy y demeurèrent pendant vingt ans.
Mais la révolution approchant, l'inquiétude générale dut les gagner, et ils
se décidèrent à vendre. Le 3 septembre 1791, maître Edmé-Jean Giraudeau,
ancien conseiller du Roi, notaire à Paris, achetait le château de Saint-Just
"consistant en un corps de bâtiment principal au fond d’une grande cour,
élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et en des bâtiments
régnants sur les trois autres côtés de la cour... cet ensemble de bâtiments
flanqué aux quatre coins de petites tourelles à pans dont les deux qui se
présentent d'abord forment chacune un colombier, et entouré d'un fossé d'eau
vive sur lequel a été construit un pont en pierre au devant de la porte
d'entrée". Le prix était de trente mille livres. Le domaine subissait une
diminution notable, "les anciens propriétaires se réservant une partie des
terres. Au surplus, disait l'acte de vente, le château... et les objets
portés sous les articles... sont un démembrement du fief de Saint-Just...".
Giraudeau devait avoir l'intention de vivre paisiblement à Saint-Just. La
Terreur l'y trouva luttant misérablement contre des villageois exigeants et
s'intitulant "le citoyen Giraudeau, agriculteur". Il vendait le 15 nivôse an
VIII (5 janvier 1800).
Le sieur Bertrand Try, substitut du commissaire du gouvernement près le
Tribunal d'appel séant à Paris, ainsi que la citoyenne Laurence-Anselme
Simon, son épouse, demeurant à Paris, abîmèrent considérablement Saint-Just,
aliénèrent une partie du domaine et le 16 fructidor an X trouvaient un
amateur en la personne du général Servan de Gerbey (3 septembre 1802).
Moyennant vingt-cinq mille francs pour le château et les alentours et dix
mille francs pour le le mobilier, le général Servan se trouvait propriétaire
de Saint-Just. Le 8 mai 1792, il est nommé maréchal de camp. Le lendemain 9
mai, Roland, chargé de former un ministère le fait agréer comme ministre de
la guerre en remplacement du marquis de Grave. La chute de la monarchie le
10 août 1792, le ramena au pouvoir et fit de lui le premier ministre de la
guerre de la jeune république. L'Empire fit de lui un officier de la Légion
d'honneur. Le 20 mai 1808, Servan mourait à Paris; son fils, Jacques Servan
lui succédait dans la possession de Saint-Just. Il avait épousé Claudine
Henry. Dans une des ailes en retour du château se trouvait une grande pièce
éclairée de cinq croisées sur la cour, et de cinq autres sur le jardin.
Jacques Servan eut l'idée funeste d'y établir "des moulins d'évidages et
doublages pour œuvrer les soies", auprès de cette pièce se trouvait le
manège des moulins. La transformation de Saint-Just en usine ne porta pas
bonheur à son propriétaire. Ses affaires périclitèrent et il dut se résigner
à vendre. Le 28 mai 1826, Saint-Just changeait de propriétaire, pour la
dixième sinon la dernière fois depuis le XIVe siècle. Maître Flan, notaire
royal s'installait dans une des salles du château et devant un assez grand
nombre d'amateurs, adjugeait le domaine à Auguste-Jean-Benoît de Ribes et à
Louis-Alexendre Le Breton, son beau-père. Les nouveaux venus n'étaient pas
tout à fait étrangers au pays. Acquéreurs des bois de Grainval, Hédouville
et Messelan en 1818, puis de ceux de la Tour-du-Lay, ils cherchaient une
habitation qui leur fut voisine.
M. Le Breton avait été nommé maire de Belle-Eglise le 12 février 1832. La
mort le frappait l'année suivante à Saint-Just. Il repose dans le cimetière
qui entoure l'église. Le comte de Ribes, son gendre, devint maire en 1837.
Ses nombreuses occupations ne l'empêchèrent point de veiller aux intérêts de
Belle-Eglise. Il donna à sa commune en 1836 et 1838 des terrains et des
bâtiments destinés à contenir le presbytère, la mairie, l'école des enfants,
le logement de l'instituteur et celui du garde-champêtre sous la condition
expresse que ces immeubles recevraient l'affectation qu'il indiquait dans sa
donation et nulle autre. Puis il agrandissait et plantait la place publique.
Désireux de rétablir une fortune que la révolution avait amoindrie, son
activité s'étendait à tout: maisons, forêts, sucreries, forges; ses affaires
connurent un succès divers. Revenant de ses bois, le comte de Ribes fit une
chute terrible et fut ramené inanimé à Saint-Just, il s'éteignait le 14
novembre 1843. La comtesse de Ribes était morte le 2 août 1830, elle avait
eu cinq enfants dont Auguste-Simon de Ribes (1820-1821); 2°
Alexandrine-Amélie de Ribes (1822-1823); 3° Charles-Edouard, qui suit; 4°
Adélaïde-Athalie de Ribes, née à Paris le 10 mars 1828, morte au château de
Nerville, le 24 janvier 1896; 5° Charlotte-Arsène de Ribes, née à Paris le
23 juillet 1830, morte à Paris le 28 février 1902. Charles-Edouard IIIe
comte de Ribes, fut pendant de longues années, de 1848 à 1896, maire de
Belle-Eglise. Il avait épousé le 23 août 1853, Anne-Gabrielle d'Artigues,
dont Marthe-Marie-Anne de Ribes, née le 18 mars 1856; 2°
Charles-Aimé-Auguste, comte pe Ribes, né le 25 novembre 1858, mort à
Saint-Just le 24 octobre 1917, continua la tradition de sa famille et fut
maire de Belle-Eglise de 1896 à 1917. Il s'était marié le 29 juin 1892, avec
Marie-Denise-Henriette du Puget, dont un fils Jean-Edouard, comte de Ribes,
né à Saint-Just le 27 juillet 1893.
Description du château de Saint-Just:
Saint-Just a connu de nombreuses transformations, mais il semble que depuis
"le Manoir appelé l'hostel de Villiers clos de fossés et d'eau que possédait
Monseigneur Jehan de Montmorency en 1428", il y ait toujours eu sur le même
emplacement un château précédé d'un pont-levis et entouré de douves. L'aveu
et dénombrement de Jehan de Saint-Just à Jehan de Fresnoy mentionne aussi
"une maison, cour, granges, estables, pourprins close de fossés et d'eaux
avecques dix arpens de pres et jardins". On ignore quand l'habitation prit
sa forme définitive, ou du moins celle qu'elle devait conserver pendant
plusieurs siècles: une construction à quatre côtés avec tourelles à chaque
angle et cour intérieure. Néanmoins, en 1617, Gédéon de Saint-Just la
décrivait ainsi: "un grand carré d'hostel couvert de tuilles, granges,
estables, tours ou il y a des colombiers et pressoir, ledit lieu fermé de
fossez plains d'eau a pont-levis". Il existe dans la maison une plaque de
cheminée aux armes de France portant le millésime 1654; on a trouvé en
fouillant au pied d’une tourelle un plat d'étain aux armes de Saint-Just,
dont le poinçon est daté de 1645. Mais c'est seulement en 1750 que l'on
possède une plus ample description: "Le château de Saint Just, paroisse de
Belle Eglise, est une maison seigneurialle située à une demye lieue de
Chambly, ayant son entrée par une porte cochère au-dessus de laquelle est un
petit batiment où se rend la justice. Grande cour à gauche de laquelle en
entrant est un grand batiment composé d'apartemens de maitres, savoir
cuisine et salles parbas, chambres et greniers au-dessus; ecuries, granges
et etables faisant le tour de laditte cour, le tout couvert de thuilles;
quatre petits pavillons couverts d'ardoises, un a chaque encoignure dudit
château et maison seigneurialle, l'un desquels peuplé de pigeons. Fossés
pleins d'eau vive faisant le tour dudit château". Tel était Saint-Just,
quand M. et Madame Mérard en franchirent le pont; ils le modernisèrent et
aménagèrent le bâtiment au fond de la cour, face la porte d'entrée, élevé de
deux étages de pierre de taille. Il conserve encore ses boiseries de
l'époque de Louis XV.
Sur le côté gauche de l'entrée, une grande pièce devait, semble-t-il, servir
à jouer la comédie. Simon-Pierre Mérard n'était-il pas auteur de "L'Amour
enchaîné par les Grâces, intermède, ou conte dialogué en un acte, au château
de Saint-Just, 1768". Il n'en vendit pas moins Saint-Just, que M. et Mme des
Méloizes continuèrent à embellir. En 1791, quand eux-mêmes cédaient à Maître
Giraudeau, un pont de pierre franchissait les douves à la place du vieux
pont-levis. Un plan de cette époque nous montre les alentours du château: le
grand potager, "le jardin du parterre" et le "jardin de la Dame" du XVIIe
siècle, ont fait place à un parc; devant le pavillon de l'entrée, partant
d'un fer à cheval bordé de tilleuls taillés, un quinconce mène à Plantoignon;
derrière le château, un jardin à la française est séparé de deux petits
potagers par des voies d'eaux régulières; des allées droites bordées
d'arbres aboutissent à des ronds de verdure ou au petit bois de l'Aulnaie,
et un vaste labyrinthe aux méandres compliqués s'étend entre les douves et
la route de Beauvais; le seul vestige qui en subsiste de nos jours est une
charmille. Les misères de Saint-Just commencèrent aux sombres jours de la
révolution, le domaine fut diminué, et les affaires de Jacques Servan, qui
essaya d'établir l'industrie de la soie, ne durent pas améliorer la
propriété. Quand en 1826, M. de Ribes acquit Saint-Just, son apparence
extérieure avait peu varié: il était toujours entouré de ses douves pleines
d'eau, les petites tourelles couvertes d'ardoises faisant saillie aux quatre
coins de ses bâtiments; on franchissait le pont de pierre, on passait sous
la grande porte cochère pour trouver dans son axe le perron de pierre menant
au vestibule lambrissé de bois de chêne avec des cadres remplis de peintures
chinoises à l'huile et sur toile.
À gauche un salon avec cheminée de marbre, parqueté et lambrissé en bois de
chêne, éclairé sur la cour et le jardin par quatre croisées et orné de
quatre glaces; puis une salle de billard et une salle de bains. À droite une
très grande salle à manger éclairée comme le salon et aussi lambrissée de
chêne, à côté de cette salle à manger est l'escalier. Venaient ensuite
cuisine et offices. Au premier étage se trouvaient des chambres avec des
boiseries qui subsistent encore, et une bibliothèque. Sous le second Empire,
Saint-Just subit de profondes transformations: le château aux quatre côtés
réguliers fut jugé triste, et la cour intérieure pavée, sévère: on rasa deux
côtés et demi pour conserver celui du fond et une partie de celui en retour
que deux tourelles de briques terminèrent; vers 1875 un grand pavillon fut
ajouté pour donner plus de place. Des quatre vieilles tourelles couvertes
d'ardoises, une subsiste de nos jours, à l'angle de la partie restée intacte
de Saint-Just. Les douves, que l'on trouvait trop près du château (on
sortait par un pont du vestibule), connurent le même sort, le goût du jardin
dit anglais, si fréquent alors, ne les épargna pas et elles durent se plier
en de sinueux méandres. Enfin le parc fut agrandi, des écuries et une
orangerie furent construites. De bien faibles vestiges évoquent donc
maintenant l'ancien Saint- Just. Le château avait droit de chapelle en
l'église Saint-Martin de Belle-Eglise, les seigneurs de Saint-Just y sont
enterrés, une clef de voûte de la fin du XVe siècle y reproduit leurs armes.
Le tableau qui orne l'autel représente l'Assomption de la Sainte Vierge. Il
provient vraisemblablement de l'ancienne chapelle du château, établie par
les soins de Madame Mérard de Saint-Just en 1755. (1)
château de Saint-Just, rue Nationale, 60540 Belle-Eglise, tél. 03 44
47 17 17, réception, anniversaire, mariage champêtre ou royal, cocktail,
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