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Château de Compiègne (Oise)
 
 

           L'histoire du château de Compiègne remonte aux premiers temps de la monarchie française. C'était primitivement une de ces maisons de chasse où les rois de la première race passaient une partie de l'année, lorsqu'ils n'étaient pas en guerre. Clotaire 1er y termina ses jours. On vit souvent encore arriver dans Compiègne ces princes "fainéants" que traînaient dans de lourds chariots. Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent. Les rois carlovingiens héritèrent de ce goût pour Compiègne. Charles le Chauve y fit de fréquents séjours et rebâtit le château, qui devint pour l'époque une résidence somptueuse. Louis le Bègue y fut couronné et y mourut. Sous cette race, Compiègne vit encore le sacre du roi Eudes et la mort de Louis V. A dater de l'avènement de Hugues-Capet, le château de Compiègne vit commencer pour lui de longues années d'abandon. Cependant saint Louis y séjourna quelquefois, et l'on sait que Charles V reconstruisit complètement la forteresse de Charles le Chauve. Sous les règnes de Charles VI et de Charles VII, Compiègne fut tour à tour assiégé et pris par les Bourguignons, les Anglais et les Français. En 1429, le château et la ville étaient déjà retombés au pouvoir de Charles VII et de nouveau bloqués par les Bourguignons, quand Jeanne d'Arc vint s'y jeter. Quelques jours après, la Pucelle est informée qu'un renfort lui est envoyé. Le 24 mai, elle se résout à tenter une sortie pour le seconder. Le matin, elle alla communier à l'église Saint-Jacques, s'appuya tristement contre un des piliers et dit aux bonnes gens et aux enfants qui étaient là en grand nombre: "Mes bons amis et mes chers enfants, je vous le dis avec assurance, il y a un homme qui m'a vendue; je suis trahie et bientôt je serai livrée à la mort. Priez Dieu pour moi, je vous supplie, car je ne pourrai plus servir mon roi ni le noble royaume de France". Au sortir de l'église, elle monte à cheval, prend avec elle six cents hommes et s'avance hors des murs de la ville. Les assiégeants, d'abord surpris, reculèrent. Mais, remis en un moment, ils poussèrent les assiégés jusqu'au rempart. Jeanne avait combattu avec son courage ordinaire et tué de sa main plusieurs ennemis. Arrivée au pied de la muraille, elle resta devant la la poterne pour couvrir la retraite des siens, qui se pressaient pour rentrer dans la ville. Elle fut bientôt entourée, tirée au bas du cheval. Rien n'eût été plus facile que de la secourir. Mais personne ne sortit de la ville. On prétend même que le pont-levis fut relevé dès qu'on la vit au pouvoir des Bourguignons. L'archer picard qui l'avait prise la vendit à Jean de Luxembourg, et moyennant dix mille livres et une pension de cinq cents francs, celui-ci la céda aux Anglais, qui brûlèrent à Rouen, comme dit Villon, "Jehanne, la bonne Lorraine".
Après ce triste événement, nouvelle interruption dans les fastes de Compiègne. François 1er y vint quelquefois et fit même dans cette ville, en 1526, une promotion de chevaliers de l'ordre de Saint-Michel; mais rien n'indique qu'il ait songé à embellir le château. Toutes ses prédilections étaient pour le château de Villers-Cotterets, à quelques lieues de là, dont il avait fait une résidence somptueuse. Cependant c'est à Compiègne qu'il reçut Charles-Quint, en 1540, lorsque l'empereur traversa la France pour aller châtier les Gantois révoltés. Henri IV établit souvent son quartier général à Compiègne pendant les dernières années de sa guerre contre les Espagnols. En 1595, "on accusait le roi, dit Sully, de se tenir à Compiègne pour quelque amourette. En réalité, il y attendait la jonction de toutes ses forces pour aller sur la frontière, au-devant du duc de Parme". Sully vint rejoindre son maître à Compiègne et lui dévoila, preuves en main, un complot avec l'étranger, où avaient trempé, entre autres grands seigneurs, le comte de Soissons et le duc de Mayenne. Le roi accueillit chaleureusement son ami, qui avait fait le voyage de Compiègne, à peine remis d'une blessure à l'épaule, prit bonne note de ses avis et le renvoya quelques jours après, en lui disant: "Adieu, mon ami, ayez l'œil au guet, servez-moi bien et vous assurez de mon amitié". En 1624, un traité signé à Compiègne assura l'alliance de Louis XIII avec la république des Provinces-Unies. En février 1631, quelques semaines après la Journée des Dupes, la cour de France s'installe dans le château de Compiègne. Marie de Médicis l'emplit toujours de ses intrigues. Déjà, Louis XIII a pris la résolution de se séparer de sa mère. Il ordonne à la reine Anne d'Autriche de se préparer à quitter Compiègne de grand matin, et lui fait dire par le garde des sceaux que la reine-mère restera dans ce château, sous la garde du maréchal d'Estrées. Anne d'Autriche effrayée demande à Marie de Médicis une entrevue qui lui est aussitôt accordée.
Anne d'Autriche, raconte Madame de Motteville, prit seulement une robe de chambre, et toute en chemise, passa chez la reine, sa belle-mère, qu'elle trouva dans son lit, assise sur son séant. Elle tenait ses genoux embrassés, et ne sachant que deviner de ce mystère, elle s'écria en voyant la reine et lui dit: "ma fille, je suis morte ou prisonnière. Le roi me laisse-t-il ici? Que veut-il faire de moi?". La reine, touchée de compassion, se jeta entre ses bras, et quoique du temps de sa faveur elle en eût été quelquefois maltraitée, l'état présent où elle était effaçant ce souvenir, elle pleura sa disgrâce, la ressentit et lui témoigna un regret sensible de la résolution du roi, qu'elle lui apprit avec l'ordre de la détention. Ces deux princesses se séparèrent satisfaites l'une de l'autre, mais toutes deux bien touchées de se voir les victimes du cardinal de Richelieu, leur ennemi commun. Ce fut la dernière fois qu'elles se virent. Quelques mois se passent, et Louis XIII apprend un beau jour que, le 19 juillet, "par une longue et belle soirée d'été, un carrosse attelé de six chevaux, appartenant à une dame de la cour, était sorti vers dix heures, par la porte de la ville de Compiègne; que la même heure une dame accompagnée d'un gentilhomme s'était fait ouvrir une porte du château donnant sur le rempart, comme pour aller prendre le frais; que le carrosse et ceux qu'il portait avaient passé l'Oise sur le bac, lequel n'était plus revenu de l'autre rive jusqu'au lendemain". Ainsi s'expriment les mémoires du temps. La fugitive était Marie de Médicis, partant pour un exil qui devait durer jusqu'à sa mort, en 1642. C'est encore à Compiègne que Louis XIII et le grand-chancelier de Suède Oxenstiern signèrent, en 1635, le traité qui décida l'intervention de la France dans la guerre de Trente ans. Pendant la régence d'Anne d'Autriche, Louis XIV fit à Compiègne quelques séjours d'assez ongue durée. Il y vint avec sa mère en 1649, au début de la Fronde. "Le séjour de la reine à Compiègne servit un à délasser son esprit des affaires qui en avoient troublé le repos. La forêt et la rivière qui font l'ornement de cette ville lui firent passer d'agréables heures et donnèrent beaucoup de divertissement au roi et à Monsieur, qui étant tous deux trop jeunes pour prendre part aux maux de l'État, ne pensoient qu'à chercher du plaisir partout où ils le trouvoient".
Pendant ce temps, Anne d'Autriche négociait la rentrée de la cour à Paris et recevait la visite des principaux frondeurs qui venaient faire leur soumission. L'un des premiers fut le fameux de Retz, qui arriva à Compiègne au lever de la reine. "Comme je montois l'escalier, dit-il, un petit homme habillé de noir, que je n'avois jamais vu, et que je n'ai jamais vu depuis, me coula dans la main un billet où étoient ces mots en grosses lettres: Si vous entrez chez le roi, vous êtes mort. J'y étois, il n'étoit plus temps de reculer. Comme je vis que j'avois passé la salle des gardes sans être tué, je me crus sauvé. Je témoignai à la reine que je venois l'assurer de mes obéissances très humbles et de la disposition où étoit l'Eglise de Paris de rendre à Leurs Majestés tous les services auxquels elle étoit obligée. J'insinuai dans mon discours tout ce qui étoit nécessaire pour pouvoir dire que j'avois beaucoup insisté pour le retour du roi. La reine me témoigna beaucoup de bonté, et même beaucoup d'agrément sur ce que je lui disois; mais quand elle fut tombée sur ce qui regardoit le cardinal Mazarin, et qu'elle eut vu que, quoiqu'elle me pressât de le voir, je persistois à lui répondre que cette visite me rendroit inutile à son service, elle ne put plus se contenir, et tout le pouvoir qu'elle eut sur elle fut, à ce qu'elle a dit depuis, de ne me rien dire de fâcheux". Quelques jours après cette visite, Madame de Chevreuse eut permission de faire la sienne. Madame de Chevreuse était toujours, non plus par elle-même, mais par ses relations, une amie ou une ennemie fort importante. Toutefois elle craignait qu'il ne lui arrivât quelque accident pendant le voyage, et, pour la décider à le faire, il fallut qu'on lui donnât un sauf-conduit. En effet, elle revint h Paris sans encombre. Mais la reine ne l'avait point embrassée. Le lendemain, ce fut le tour du prince de Conti, qui alla jusqu'à accepter une invitation du cardinal Mazarin. Quelques jours après, la cour rentrait à Paris.
N'oublions pas une anecdote qui se rapporte encore à ce séjour, et que nous devons à Laporte, valet de chambre de Louis XIV. Condé, dit-il, était entré en passant dans le cabinet où étudiait le roi. Louis se leva pour le recevoir, "et ils furent un instant tous deux auprès du feu, où le roi se tenoit toujours découvert, ce qui ne me plaisoit pas. Je m'approchai donc de son précepteur et lui dis qu'il le falloit faire couvrir, à quoi il ne répondit rien. J'en dis autant au sous-gouverneur, qui n'eut pas plus de hardiesse. Ainsi, je m'approchai de Sa Majesté, et lui dis tout bas par derrière de se couvrir: ce que M. le Prince ayant aperçu: Sire, Laporte a raison, il faut que Votre Majesté se couvre, et c'est assez nous faire d'honneur quand elle nous salue. S'étant trouvé seul quelques moments après avec Laporte, Condé lui demanda s'il y avait apparence qu'il fût honnête a homme, et sur une réponse affirmative, il s'écria: Vous me ravissez, car il n'y a pas de plaisir d'obéir à un sot". En 1656, Anne d'Autriche et Louis XIV reçurent à Compiègne la reine Christine, qui avait déjà fait à Paris un assez long séjour. La première entrevue eut lieu à quelques lieues de Compiègne, au château du Fayet, avec un appareil royal. Mademoiselle de Motteville raconte que "la reine gothique lui parut d'abord comme une Égyptienne dévergondée, qui par hasard ne serait pas trop brune. Christine portait un accoutrement moitié féminin, moitié masculin, d'un effet presque ridicule. Son habit étoit composé d'un petit corps qui avoit à moitié la ligure d'un pourpoint d'homme, et l'autre moitié celle d'une hongreline de femme, mais si mal ajustée, qu'une de ses épaules sortait toute d'un ôté, qui étoit celle qu'elle avoit plus grosse que l'autre. Sa chemise étoit faite à la mode des hommes, et sortoit par en bas de son demi-pourpoint, comme celle des hommes, et elle faisoit sortir au bout de ses bras et sur ses mains la même quantité de toile que les hommes en laissoient voir alors au défaut de leur pourpoint et de leurs manches. Sa jupe étoit grise, chamarrée de petits passements d'or et d'argent, elle étoit courte, et au lieu que nos robes sont traînantes, la sienne lui faisoit voir les pieds découverts. Elle avoit des rubans noirs renoués en manière de petite oie, sur la ceinture de sa jupe. Sa chaussure étoit tout à fait semblable à celle des hommes et n'étoit point sans grâce. Elle auroit eu les mains belles sans la crasse qui les couvroit".
Anne d'Autriche, arrivée à Compiègne, conduisit son hôtesse dans son appartement, et raconta complaisamment à ses dames que Christine, sous prétexte d'examiner le portrait du roi et de son frère qu'elle avait au bras, lui avait fait ôter ses gants, et lui avait dit les choses du monde les plus polies sur la beauté de ses mains. Elle mena ensuite la reine de Suède à la Comédie italienne qui ne lui plut pas. "Après cela, on la mena dans sa chambre où elle fut servie par les officiers du roi. Il fallut qu'on lui donnât jusqu'à des valets de chambre pour la servir et pour la déshabiller; car elle étoit seule; elle n'avoit ni dames, ni officiers, ni équipages, ni argent; elle composoit à elle seule toute sa cour. Nous ne lui vîmes que deux femmes qui ressembloient plutôt à des revendeuses qu'à des dames de quelque condition. Enfin, je serois tentée, en faisant la description de cette princesse, de la comparer aux héroïnes des romans de chevalerie, dont les aventures étoient belles, dont le train étoit presque pareil au sien, et de qui la fierté avoit du rapport à celle qui paraissoit en elle. Je pense même, vu son équipage et sa pauvreté, qu'elle ne faisoit pas plus de repas et ne dormoit pas mieux que Marfise ou Bradamante, et qu'à moins d'arriver par hasard chez quelque grand roi comme le nôtre, elle ne faisoit pas souvent bonne chère". Christine se montra d'ailleurs extraordinaire en tout; elle se fit servir par des hommes "dans les heures les plus particulières"; elle riait démesurément, chantait souvent en compagnie, ou rêvait "et sa rêverie alloit jusqu'à l'assoupissement". Elle paraissait inégale, brusque, libertine en toutes ses paroles, tant sur la religion que sur les mœurs. Elle jurait à tout propos. "En présence du roi et de la reine et de toute la cour, elle appuyoit ses jambes sur des sièges aussi hauts que celui où elle étoit assise et les laissoit voir trop librement. Cependant, il étoit difficile, quand on l'ayoit bien vue et surtout écoutée, de ne point lui pardonner toutes ses irrégularités". Le séjour de la reine Christine au château de Compiègne dura dix jours environ. Elle repartit pour Rome le 23 septembre, "dans les carrosses de louage que le roi lui avoit donnés et de l'argent pour les pouvoir payer; elle s'en alla suivie seulement de sa chétive troupe, sans train, sans grandeur, sans lit, sans vaisselle d'argent, ni aucune marque royale".
Louis XIV vint souvent à Compiègne passer la revue de ses troupes. Dans ces occasions, on formait un camp dans la plaine qui s'étend entre l'Oise et la forêt, près du palais. C'est en 1692, pendant une de ces années que le jeune duc de Saint-Simon, l'auteur des Mémoires, fit ses premières armes dans les mousquetaires du roi. C'est encore à Saint-Simon que nous devons le récit de la fameuse revue de 1698. Louis XV fit complètement rebâtir le château de Compiègne, mais sur les fondations de l'ancien. Il ordonna aussi la construction d'un pavillon sur la limite du parc, pour Madame de Pompadour. C'est dans ce pavillon qu'habitait la du Barry. Cette favorite fut l'héroïne d'une fête splendide que donna Louis XV, en 1769, lorsque le nouveau palais fut terminé. Un an après, en mai 1770, Marie-Antoinette arrivant de Vienne était reçue à Compiègne par Louis XV et le Dauphin, qui, plus interdit qu'elle, la regardait presque à la dérobée et, pour parler le langage officiel du temps, "la salua à la joue". Louis XVI et Marie-Antoinette résidèrent souvent à Compiègne, mais sans que leurs séjours aient été marqués par aucun événement d'importance. La Révolution installa dans le palais un prytanée; le Consulat, une école d'arts et métiers. En 1806 Napoléon ordonna une réparation générale, et en 1808 il assignait Compiègne comme résidence à Charles IV, le roi d'Espagne dépossédé. Charles IV ayant quitté Compiègne pour Marseille, Napoléon fit du palais une maison impériale. Il reçut, le 27 mars 1810, Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, alors sa fiancée. Cette impératrice se plaisait fort à Compiègne, et c'est pour elle que Napoléon fit construire le grand berceau qui longe tout le parc. Vers la fin d'avril 1814, Louis XVIII s'arrêta quelques jours à Compiègne, avant de faire à Paris son entrée solennelle. Il y reçut les maréchaux de l'Empire dont il tenait fort à gagner le cœur. "Il leur tendit la main, raconte Thiers, leur dit que dans son exil il avait fort applaudi à leurs exploits; que ces exploits avaient été pour son cœur paternel une douce consolation des maux de la France; qu'il était heureux de les rencontrer les premiers en rentrant dans le patrimoine de ses ancêtres; qu'il voulait s'appuyer sur eux; qu'il leur apportait la paix, mais que si jamais cette paix pouvait être troublée, tout vieux qu'il était, il marcherait à leur tête sous la bannière du vieil honneur français.
Puis, aux paroles conformant le geste, le roi prit le bras de deux des maréchaux pour se mouvoir dans les vastes appartements de Compiègne, adressa à chacun d'eux un mot adapté à sa vie, les présenta l'un après l'autre à sa nièce, à ses cousins, les retint à dîner, porta pendant le repas un toast à l'armée, et ne les quitta pas sans les avoir charmés par un mélange de bonne grâce et de dignité qui leur parut bien supérieur à la brusquerie impérieuse de leur ancien maître. Ce fut, on le voit, une vraie scène de comédie que joua le nouveau roi avec un art consommé. Autre attitude en face du prince de Talleyrand, qui se présenta le lendemain. Il ne fallait pas tenter de duper ce modèle des diplomates, qu'on était bien forcé de subir, tout en lui gardant rancune de s'être rallié à Napoléon, et surtout d'avoir imposé une charte constitutionnelle aux princes légitimes. L'entrevue fut courte. Louis XVIII et M. de Talleyrand s'en déclarèrent également satisfaits, tout en gardant le silence sur les propos qu'ils avaient échangés. M. de Talleyrand se contenta de dire que le roi était un homme d'esprit, d'infiniment d'esprit, de cet esprit surtout dont la tradition était perdue depuis la fin du XVIIIe siècle. La discrétion de M. de Talleyrand prouva tout au moins l'insignifiance de l'entretien. Cependant, on annonçait une visite plus importante encore, celle du tzar Alexandre, qui voulait insister en personne auprès du roi sur la nécessité de donner aux Français une constitution aussi libérale que possible. Autre comédie. "Louis XVIII ouvrit ses bras au jeune empereur, mais en père que son âge et son rang plaçaient au-dessus des souverains de son temps. Tout en le remerciant de l'appui prêté à sa famille, il affecta d'attribuer les prodigieux événements auxquels on assistait à des causes providentielles et supérieures. Il parut n'avoir rien à apprendre quand le tzar lui parla de l'état nouveau de la France, écouta par politesse, mais en homme à qui un jeune prince n'a rien à enseigner, ne contesta rien, n'accorda rien, en un mot resta insaisissable. Alexandre renonça donc à toute insistance et revint fort déçu, quoique comblé de politesses, n'ayant pu dire que peu de paroles, en ayant encore moins obtenu de son interlocuteur, pas plus content que M. de Talleyrand, mais l'avouant plus franchement. Disposant de deux cent mille soldats et maître de la France, il y avait plus de grâce à lui que de confusion à se donner pour éconduit". Louis XVIII reçut encore à Compiègne une députation du Corps législatif, venant le complimenter, puis il prit la route de Paris. Il ne revint que très rarement au château de Compiègne. Pendant toute la Restauration Charles X chassa souvent dans la magnifique forêt qui entoure le château. Louis-Philippe célébra dans cette résidence le mariage d'une de ses filles, la princesse Louise, avec le roi des Belges ( 1832 ). Enfin la cour du second Empire assista dans le palais de Compiègne à des fêtes annuelles restées célèbres.
Description du château de Compiègne:
Le château de Compiègne est un vaste édifice d'aspect triste et monotone. Gabriel, qui en donna les plans, fut fort gêné par la disposition triangulaire de l'ancien château, sur les fondations duquel il lui fallait élever le nouveau. Mais il a su trouver le moyen d'élever deux façades, l'une sur la ville, l'autre sur le parc. La première rappelle, avec des proportions plus imposantes, le Palais-Royal de Paris; l'autre, très développée, mais très basse, doit une certaine majesté à la magnifique terrasse sur laquelle elle est construite, et surtout a l'admirable perspective qui s'ouvre devant elle. L'intérieur du palais, que l'on visite entièrement, comprend des appartements d'honneur actuellement transformés en musée, et des appartements réservés encore aménagés comme au temps de la cour impériale. On y accède par un vestibule orné de statues et de tableaux et par un escalier d' honneur dont la rampe en fer forgé, datant de Louis XVI, est tout à fait remarquable. On visite d'abord la salle des Gardes, ornée de belles panoplies, le salon des Huissiers, avec de beaux tableaux de chasse par Oudry et Desportes, le vestibule de la Chapelle, tendu de tapisseries des Gobelins d'après des fresques de Raphaël, et enfin la Chapelle, d'aspect froid, mais où l'on voit de beaux vitraux exécutés sur les dessins de la princesse Marie d'Orléans, et deux toiles remarquables provenant du Louvre: l'Adoration, des bergers, par le Parmesan, et Jésus chez Simon le Pharisien, par Véronèse. Le Musée proprement dit, où l'on pénètre ensuite, est disposé dans une série de pièces sans caractère, sauf la grande galerie des Fêtes, qui date de Napoléon le. Cette immense salle, dont la voûte est supportée par vingt colonnes corinthiennes complètement dorées, n'a pas moins de quarante cinq mètres de long sur treize de large. Onze fenêtres l'éclairent, et ses parois sont décorées de tableaux d'une grande valeur.
Parmi les tableaux du musée il y a des toiles remarquables, surtout de l'école italienne, mais un grand nombre aussi d'insignifiantes et dont l'attribution reste douteuse. Nous nous contenterons de signaler les deux suites relatives à l'Histoire de don Quichotte, l'une par Natoire et l'autre par Charles Coypel, cette dernière très supérieure à la première. Ce sont de spirituelles compositions d'un beau coloris. Il y a en outre, dans une série de salles donnant de chaque côté de la cour d'honneur, une remarquable collection de gravures, de dessins, d'aquarelles et de pastels. Les appartements réservés qui donnent sur la terrasse du parc sont vastes et ommodes. L'ameublement en est somptueux. Mais il ne faut pas s'attendre, en parcourant cette longue enfilade de salons, à rietrouver qui rappelle, même de loin, Fontainebleau ou Versailles. Les quinze ou vingt pièces qui composent ces appartements sont loin de présenter toutes le même intérêt. Dans le salon bleu ou salon de repos, on admirera un beau plafond de Girodet représentant le départ et le retour du guerrier; dans la chambre à coucher des Impératrices, dont le lit moderne est d'un bon travail, Girodet a peint au plafond une jolie figure de l'Aurore. Le boudoir attenant à cette chambre est une jolie pièce ronde éclairée par une coupole en verre dépoli qui répand un jour favorable sur les tentures de satin bleu. Le salon de musique est garni de belles tapisseries des Gobelins. La bibliothèque et la chambre à coucher des Empereurs ont gardé leur riche mobilier du premier Empire et Girodet les a décorées de plafonds allégoriques. La salle du Conseil et le salon de Famille sont peut-être les plus belles pièces du palais, avec leur ameublement Louis XV, leurs tapisseries des Gobelins, et la vue magique dont elles jouissent sur le parc et sur la longue percée qui s'enfonce dans la forêt après avoir escaladé les Beaux-Monts à cinq kilomètres de la terrasse du château. Après le salon des Cartes et la salle à manger, il ne nous reste plus à signaler que les trois pièces de l'appartement de Marie-Antoinette élégamment meublées et tendues, les deux salons de tapisseries des Gobelins, et la chambre à coucher de brocart; enfin l'escalier d'Apollon orné d'une magnifique rampe en fer forgé.
Le parc du château, remanié sous Napoléon 1er, n'a de remarquable que sa terrasse, sa grande pelouse et le berceau de 1400 mètres qui le longe depuis le château jusqu'à la forêt. Les statues et les vases semés dans les massifs sont insignifiants. La forêt de Compiègne est une des plus belles de France, et ses futaies sont sans rivales par leur majesté et leur étendue. Son vaste périmètre renferme des villages et des étangs, et les routes qui la parcourent ont une longueur de plus de 13 kilomètres. Le carrefour principal, nommé le Puits du Roi, avec ses huit avenues, ses plantations de hêtres séculaires, est un cadre à souhait pour les haltes des grandes chasses, pour lesquelles la forêt est, paraît-il, supérieurement aménagée depuis le règne de Louis XV. Nous signalerons, parmi les points les plus remarquables de la forêt, les admirables futaies des Grands-Monts, de la Forte-Haie, des Rossignols et du mont Saint-Mard, les jolis villages du Vieux-Moulin et de Saint-J ean-des-Bois, ce dernier tout à fait digne d'une visite, grâce aux ruines et à la chapelle de sa vieille abbaye où fut enterrée la reine Adélaïde, mère de Louis VII; les étangs Saint-Pierre entourés de collines boisées; enfin le mont Saint-Pierre avec son romantique pavillon Louis XIII et les ruines de son prieuré. (1)

Éléments protégés MH : le château en totalité avec ses cours ; le grand théatre ; le pont-galerie reliant le château au grand théatre ; le bâtiment de la pompe à feu, y compris la machine à vapeur Farcot ; les façades et les toitures du bâtiment de l'arquebuse ; la porte-chapelle ; le rempart ; la place du château ; la place de la sous-préfecture. Le petit parc avec la rampe, le berceau de l'Impératrice, les fabriques, les bancs de pierre, les vases ; les terrasse du château ; le jardin fleuriste avec la serre hollandaise et la chambre à graines ; la glacière ; le triangle de tous les diables. Le grand canal aux glaces. L'avenue du Moulin, l'avenue de la Madeleine et rue de la Porte-Chapelle, depuis la porte-chapelle jusqu'à la rue du Petit-Canal et au-delà de la partie de l'avenue de Soissons comprise entre la rue du Petit-Canal et la rue de Soissons. L'avenue de Marigny, le rond royal et l'avenue royale depuis le carrefour royal jusqu'à la demi-lune faisant suite à la Place d'Armes et précédant les avenues. Les restes du Petit Château, son jardin et sa grille d'entrée. Les grandes et les petites écuries: classement par arrêté du 24 octobre 1994 (2)

château de Compiègne, place du Général de Gaulle, 60200 Compiègne, tél. 03 44 38 47 02, ouvert au public tous les jours de 10h à 18h, sauf le mardi, fermé 1er janvier, 1er mai, 25 décembre et certains jours fériés.

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Nous remercions M. Vincent Tournaire du site http://webtournaire.com/paramoteurparapente.htm,
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(1)      Les palais nationaux par Louis Tarsot et Maurice Charlot, 1889. Librairie Renouard: Henri Laurens, Éditeur, 6, rue de Tournon, Paris.
(2
     source : 
https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/)   

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique
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