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Le Fayel
est un village d'environ cent trente habitants, coquettement assis sur le
versant septentrional de l'un des nombreux mamelons qui font suite aux
collines du Clermontois. Il se trouve à douze kilomètres au sud-ouest de
Compiègne, et à huit kilomètres au sud-est d'Estrées-Saint-Denis, le
chef-lieu de canton. Son nom lui vient de la futaie de hêtres, fagi, au
milieu de laquelle furent bâties ses premières maisons. Cela remonte bien
haut; nous ne dirons pas au déluge, quoiqu'il faille attribuer à ce grand
cataclysme les dépôts de coquilles marines et fluviatiles, ainsi que les
amas de lignites, trouvés dans le voisinage. Mais nous ne risquons rien, en
disant que Le Fayel a été témoin des luttes, soutenues par les Gaulois, pour
défendre leur indépendance. En ces temps reculés, le Fayel n'était guère
connu que pour sa chapelle et sans doute aussi par son ermitage, au lieu qui
porte encore aujourd'hui ce nom. Le roi Childebert III donna cette chapelle,
avec ses dépendances, à l'abbaye de Saint-Wandrille, en Normandie, le 20
octobre 704. Les religieux reçurent encore de lui, en même temps, le courtil
du rivage, Rivecourt, où ils établirent un prieuré, une portion de dîmes et
six manses, ou exploitations agricoles, à Chevrières, et la terre de
Rouvillers. Nous ne parlons que des libéralités, dont ils furent l'objet
dans le diocèse de Beauvais; car Childebert III, bienfaiteur de leur abbaye,
répartit en beaucoup de diocèses la belle dotation qu'il se plut à lui
faire, la dixième année de son règne. Pendant deux siècles, l'hôtel du
péager de l'Oise à Rivecourt, le Fayel et Chevrières avaient compté parmi
les dépendances du Palais Royal de Verberie. Des pâturages en faisaient la
richesse et Le Fayel montrait avec orgueil sa belle prairie.
Laissons s'écouler trois cents ans, pendant lesquels les Normands promènent
partout le fer et le feu. La terreur et la désolation règnent dans toute la
contrée. Les abbayes cherchent des protecteurs, et le plus souvent paient
l'aide qu'elles réclament. Car les chevaliers qu'elles appellent à défendre
leurs cloîtres et leurs domaines, et qui, pour cette raison, prennent le nom
d'avocati, avoués, ou de praepositi, prévôts, transforment en fief leurs
avoueries ou prévôtés, et de nombreuses seigneuries sont
constituées aux dépens des monastères, c'est ainsi que le chevalier,
constitué l'avoué et le défenseur du prieuré de Saint-Wandrille à Rivecourt,
devint sire du Fayel. La terre du Fayel éprouva les mêmes révolutions que
celle de Rivecourt, avant et après les ravage des Normands. Les religieux de
Saint-Wandrille, ayant mis ces deux terres avec quelques lieux voisins sous
la sauvegarde des seigneurs de Pierrefonds, ceux-ci envoyèrent sur les lieux
un chevalier, auquel les moines donnèrent en fief le nombre de livrées de
terre avec la seigneurie de ces terres. Les successeurs de ce chevalier
firent quelques acquisitions des clercs ou religieux de Saint-Corneille de
Compiègne et les joignirent à leur domaine. Le château actuel du Fayel est
bâti à l'emplacement du premier manoir que ces chevaliers élevèrent. C'est
souvent par la construction d'une demeure seigneuriale que les prévôts des
églises prenaient possession de leur charge; les annales monastiques en font
foi. Il n'est pas rare d'y lire, après le récit d'une usurpation, que
l'usurpateur s'était au préalable ménagé un château-fort et arrogé le titre
de châtelain en attendant l'occasion de se donner pour le seigneur du lieu.
En vain, à la demande des religieux de Saint-Wandrille, le pape Innocent II,
par bulle du 6 mars 1142, et ses successeurs: Eugène III, en 1145; Clément
IV, en 1267; Grégoire X, en 1273, prirent l'abbaye et tous ses biens sous
leur protection; en vain, le roi Louis VII en 1177, confirma la charte de
Childebert III. Ni les anathèmes pontificaux, ni les ordres royaux ne firent
lâcher prise aux usurpateurs. Sans doute la chapelle du Fayel resta au
prieuré de Rivecourt, mais les terres qui en dépendaient ne furent
restituées. La puissance des seigneurs du Fayel avait grandi au détriment de
celle des moines.
LES SIRES DE FAYEL: PHILIPPE 1er, SIRE DE FAYEL (1150-1163):
Nous connaîtrions à peine les noms de ces entreprenants seigneurs, si leurs
querelles avec les abbayes et les donations, sous lesquelles ils déguisaient
leurs restitutions, n'avaient été consignées en des actes authentiques,
transcrits dans des cartulaires. En l'année 1147, Eudes, doyen de
Saint-Corneille de Compiègne, abandonnait aux Prémontrés de
Saint-Yved-de-Braisne la chapelle de Bouquy et tous les biens qui en
formaient la dotation, moyennant cinq sous de cens annuel. Un certain nombre
de chevaliers furent témoins de cette libéralité, à laquelle le prieuré de
Notre-Dame de Bouquy, près Jonquières, doit son origine. C'étaient Raoul,
comte de Vermandois, Dreux de Pierrefont, Raoul de Coudun, Enguerran Oison
et Jean Bugaro son frère, le prévôt Barthélémy, le prévôt Mathieu, ainsi que
son frère Gervais et Adam Brulanz. Dix ans après, en 1157, Enguerran Oison
que nous venons de nommer, avait pour épouse Richilde de Fayel. De concert
avec elle, il cédait à cette époque, à l'abbaye de Braisne, des dîmes au
Meux et à Chevrières et quatre arpents (un hectare 26 ares) de vigne à
Rivecourt. Richilde, croyons-nous, était sa seconde femme; elle avait deux
frères: Philippe, sire de Fayel, et Aubert de Fayel. Philippe de Fayel se
maria avec Hermentrude, fille d'Enguerran Oison, qui donna le jour à
Béatrice de Fayel. Philippe et Hermentrude, sous l'épiscopat d'Henri de
France, qui occupa le siège de Beauvais, de l'an 1149 au 14 janvier 1162,
firent généreusement aux Prémontrés de Braisne l'abandon de la prairie de
Rivecourt et des pâturages de la Motte. Philippe 1er mourut jeune. Le
chevalier Aubert de Fayel, son frère, devint le tuteur de Béatrice. En 1174,
Louis le jeune et Aubert de Fayel mettaient en commun leurs intérêts et
revenus au Montelage, propriété d'Aubert et à Jonquières domaine du roi. De
la sorte, Aubert fut tout à la fois vassal et prévôt de la couronne, Le
Montelage, que nous venons de citer, ne serait-il pas le Mont-Hard ou
Mont-le-Hard, au sommet duquel se voient encore les ruines du moulin du
Fayel. En 1177, le roi Louis VII concéda une charte de commune et divers
privilèges, aux habitants de la Bruyère près le Meux. Il mit à leur tète un
maire, nommé Pierre Hédoul. Aubert de Fayel, à qui appartenait le tiers du
village, avait demandé ces faveurs pour ses tenanciers.
RAYNAUD DE FAYEL ET BÉATRICE, DAME DE FAYEL (1175-1231):
Tout près du Fayel, au nord en face du château, se trouve un bois nommé
aujourd'hui le bois de Gansoive, autrefois Geosilva. En 1190, ce bois
appartenait indivisément à Raynaud de Fayel, qui en tirait un bon profit, et
à l'abbaye de Saint-Corneille qui n'en savait que faire. Les religieux ne
demandèrent pas mieux que d'abandonner leur part à Raynaud, en échange de
bonnes terres labourables. Raynaud s'engagea à leur rendre foi et hommage,
pour le bois qu'ils lui laissaient en fief, et fit ratifier l'échange par sa
femme, qui avait la propriété des terres cédées, et par son fils Philippe.
Il touchait à la fin de sa carrière, car quelques mois après, sa femme
Béatrice était remariée à Pierre, dit de Fayel. Nous le savons par une
charte, dans laquelle ce dernier fit consigner un accord, passé entre
Aubert, oncle de Béatrice et son tuteur pendant sa minorité, et le prieuré
de Rivecourt. La pièce n'est pas datée, mais elle fut rédigée en présence de
Raoul, comte de Clermont, qui partit pour la croisade, à la fin de l'année
1190, et mourut à Saint-Jean-d'Acre, le 15 octobre 1191. Le mariage de
Béatrice, dame de Fayel, avec Pierre, dit de Fayel, n'eut pas une longue
durée. En 1193, Béatrice avait déjà contracté une troisième union avec Simon
Borred. Sollicitée à cette date, par les religieux de Saint-Wandrille, de
donner son approbation aux largesses que leur avait faites Philippe, son
père et qu'elle semblait ne pas connaître, elle fit droit à leur requête.
Simon Borred, avec ses deux frères, Gautier et Eudes, assistèrent comme
témoins à cette restitution, ainsi que Gautier le châtelain et son fils
Henri, Gautier, curé de Longueil, Pierre, curé de Rivecourt et toute la
paroisse. En 1195, les religieux de Braisne vinrent réclamer contre les
torts dont Béatrice de Fayel se rendait coupable envers eux. Elle voulut
voir leurs titres; elle constata la légitimité des donations faites par son
grand-père Enguerran Oison et sa tante Richilde, femme d'Enguerran, de même
que par Philippe de Fayel et Hermentrude, ses père et mère. Elle renonça
devant Philippe de Dreux, évoque de Beauvais, aux mauvaises querelles, dans
lesquelles elle se complaisait depuis trop longtemps. Ses fils, Philippe et
Ansout, furent appelés à ratifier cette nouvelle charte de réparation, avec
Simon Borred, leur beau-père, bien que celui-ci n'eut rien à voir dans ces
questions, comme on le déclara d'ailleurs dans l'acte même.
Béatrice de Fayel avait fait la paix avec un monastère, elle cherchait
querelle à un autre. Les religieux de Saint-Corneille durent eux aussi se
défendre contre ses empiétements. Richard, leur abbé, avait distribué à ses
hommes de Sacy-le-Petit, le marais des Rotellois, situé entre Bazicourt et
Houdancourt, et divers autres biens. Béatrice prétendit y exercer son droit
d'avouerie, revendiquant également la chasse au Bois d'Ageux. Il lui fallut
cependant se rendre à l'évidence et confesser ses torts; ce qu'elle fit en
pleines assises, devant les baillis du roi, Gilles de Versailles, Renaud de
Béthisy et Joisbert de Laon, en présence de ses fils, Philippe et Ansout, au
mois de juillet 1218. En mars 1219, elle abandonna à son fils, Philippe, la
moitié des biens qui lui étaient échus en héritage et régla tout ce qui
avait trait aux devoirs féodaux. Les derniers actes de Béatrice, que nous
connaissions sont des actes de bienfaisance. En mai 1231, Guernon Louvet
vendait aux religieux de Saint-Corneille une maison à Sacy-le-Petit.
Béatrice et ses fils, Philippe et Ansout, cédèrent libéralement l'avouerie
aux moines, et tous les droits qui pouvaient leur appartenir sur cette
habitation. A la même date, Béatrice donna à l'abbaye de Saint-Wandrille,
pour le salut de son âme et de celles de ses parents défunts, avec le
consentement de ses fils, la sergenterie qu'elle exerçait sur les champarts
du prieuré de Rivecourt, qu'on amenait et déposait dans sa grange du Fayel.
Tous ces détails de la vie pratique reconstituent en quelque sorte les
annales du Fayel, au moyen-âge, et nous initient aux moeurs et aux usages du
XIIIe siècle.
PHILIPPE II, SIRE DE FAYEL ET ANSOUT DE FAYEL SON FRÈRE (1180-1243):
Les enfants de Raynaud de Fayel et de Béatrice se firent surtout remarquer
par leur générosité. En 1215, ils abandonnent à l'abbaye de Valsery une
rente en blé qui leur était due par les frères de Pieumel, de Pignellis,
près Arsy. En mars 1219, ils cèdent au roi Philippe Auguste leur maison de
Creil et leur bois du Coudray au-dessus de Creil. Vers le même temps ils
créent une rente de onze muids (12 hectolitres et demi) de blé, en faveur de
la chapelle de N-D de la Bruyère près du Meux, que venaient de restaurer les
chevaliers Philippe de la Bruyère et Enguerran son frère, pour en faire don
à l'abbaye de Saint-Wandrille. En décembre 1222, Philippe II de Fayel
ratifie les libéralités faites par Robert, comte de Dreux, aux prémontrés de
Saint-Yved de Braisne, sur les territoires de Canly et de Jonquières. En
novembre 1223, Ansout de Fayel donne aux prémontrés de Valsery deux pièces
de terre, à la Motte, près de leur domaine de Pieumel. En août 1227, le même
Ansout, d'accord avec Marie, sa femme, et ses enfants, décharge de toute
redevance les champarts que les religieux de Saint-Wandrille de Rivecourt
levaient dans l'étendue de ses fiefs. En mai 1231, il agrandit son fief de
Gansoive de onze hectares de bois, appelés le bois de Bruneselve, entre
Villerseau et Arsy, et de huit hectares de terre, au même endroit, et se
déclara vassal de Saint-Corneille pour le tout. A cette période, Béatrice de
Fayel habitait encore son château du Fayel. D'Elisabeth, sa belle-fille, il
n'est plus question après 1219. Marie, son autre belle-fille, femme d'Ansout
de Fayel, paraît une dernière fois dans les actes en 1243. C'était la fille
de Garnier Troussel, seigneur de Jonquières. Elle avait deux soeurs qui
s'allièrent à deux chevaliers du voisinage. Elise de Troussel épousa Jean de
Francières et Alice de Troussel, Gérard de Sains.
Pierre de Fayel, seigneur de Montmartin, qui en 1219 avait pour femme
Béatrice de Francières, soeur de Jean, serait-il un troisième fils que
Béatrice de Fayel aurait eu de Pierre, dit de Fayel, son second mari? Nous
ne pouvons que poser la question. Qui étaient Mathieu de Fayel, que nous
trouvons chez Pierre de Fayel, à Montmartin, en 1219, et Jean de Fayel,
inscrit au nombre des chevaliers de la châtellenie de Creil, sous Philippe
Auguste? Il est difficile de le dire. Nous éprouvons le même embarras,
vis-à-vis de Helvis, fille de Raoul, dit Rious de Fayel qui en 1252, "aumosna
sept journaux (3 hectares 15 ares) de terre près du moulin de Crapeaumesnil,
à l'église Nostre-Dame sur Aronde (Monchy-Humières)", comme vis-à-vis d'un
autre Pierre de Fayel, seigneur de Rieux, mari de Sanctissime, en 1255.
Notons encore une libéralité d'Ansout de Fayel. De concert avec Marie de
Troussel, sa femme et Jean son fils aîné, il donna le 28 septembre 1243, à
l'abbaye de Monchy-le-Perreux ou Monchy-Humières, une rente annuelle de
trois muids ou sept hectolitres et demi de vin blanc, à prendre au Fayel, au
temps des vendanges.
JEAN 1er DE FAYEL (1243-1285):
Si l'on s'en tient aux renseignements fournis par les chartes, Philippe II,
sire de Fayel n'aurait pas laissé d'enfant. Par contre, Ansout de Fayel, son
frère, en eut plusieurs; mais nous ne connaissons guère que son fils aîné,
Jean. Est-ce lui qui en 1279, ratifia comme seigneur dominant avec Adèle sa
femme, la vente des dîmes de Chevrières au chapitre de Beauvais par Ansout
de Chevrières? Cela paraît très vraisemblable, Jean de Fayel vivait encore
en 1284. Dans sa parenté nous trouvons, en 1262, Ansout de Fayel, fils de
Jean Requignart de Fayel et de feue Guillemine, à Longueil-sous-Thourotte;
en 1274, Ansout de Fayel, dit Requignart, chevalier, et sa femme, Jeanne de
Chevrières, fille de Renaud de Chevrières, à Longueil-sous-Thourotte et au
Tranloy près Moyvillers; en 1278, les chevaliers Ansout de Fayel et Ansout,
dit Requignart de Fayel, au Tranloy encore et à Arsonval, près Remy; en
1280, Eudes de Fayel et sa femme, Jeanne d'Ableiges, au Tranloy; en 1282,
Guiot de Fayel et Timothée de Jonquières, à Jonquières et à Arsy; en 1284,
Pierre de Fayel, neveu du chevalier Ansout de Fayel, dit Requignart, à
Jonquières, ainsi que Philippe de Fayel, écuyer, et sa femme Emmeline, à
Monchy-Humières. Bien que Pierre de Fayel, en 1284, désignât Jean de de
Fayel comme son cousin, et que ce dernier, en qualité de sire de Fayel,
portât l'écu de Fayel sans brisure, il nous est impossible de déterminer la
place qu'occuperait chacun de ces personnages sur l'arbre généalogique de sa
famille. Au lieu de donner une simple nomenclature, nous aurions pu raconter
des anecdotes, parfois très curieuses: le meurtre involontairement commis
aux foires de Senlis par Timothée de Jonquières, les représailles dont
usèrent les parents de la victime, et la fondation faite à Saint Etienne de
Senlis, en réparation de ce meurtre, par Guiot de Fayel, nous eussent mis à
même de juger des moeurs de l'époque. Par le fait, ces récits nous auraient
amené à constater la part que prirent à beaucoup de fondations pieuses les
seigneurs, issus de la maison de Fayel ou apparentés à cette maison, mais
ils auraient demandé un volume. Nous en avons dit assez d'ailleurs, pour
faire voir qu'autant ces seigneurs s'étaient montrés rapaces au début du
siècle, autant dans la suite, ils se signalèrent par leur générosité.
RAOUL DE FAYEL (1285-1335):
Une question de chasse nous met en relation avec Raoul ou Rious de Fayel,
seigneur de Rucourt, fils de Jean, sire de Fayel. Les religieux de Rivecourt
s'opposaient, en 1285, à ce que Raoul pénétrât dans leurs vignes allégant
qu'il n'avait aucun droit de justice sur leur domaine. Ils finirent pourtant
par lui permettre d'y chasser depuis la fin des vendanges jusqu'au Carême.
En 1294, ils réglèrent avec lui, à l'amiable, une autre question non moins
délicate, celle des délits que pouvaient causer les bestiaux du prieuré.
Raoul était alois chevalier. Le titre de sire de Fayel, que lui donne
l'acte, nous indique que son père ne vivait plus. Le mardi 20 octobre 1310,
"Monseigneur Raoul, seigneur de Fayel, et Monseigneur Henri Troussel de
Jonquières, chevaliers", furent appelés par Robert de la Neuville, bailli de
Senlis, à juger un procès intenté à l'abbaye d'Ourscamp, par Michel Loutrans,
maire de Compiègne, à cause des vins que le monastère transportait par la
rivière d'Oise, sans payer aucun droit en passant devant la ville. Le
transport des vins devint la matière de plus d'une chicane de ce genre. La
commune de Compiègne, si impérieuse vis-à-vis des religieux d'Ourscamp,
n'aurait jamais pu lever aucun impôt sur les vins, sans une concession
temporaire à elle faite par l'abbaye de Saint-Corneille. N'eut-elle pas la
prétention d'évincer complètement le monastère? Raoul de Fayel fut en 1311
chargé par le roi d'intervenir et d'obliger la commune à respecter les
droits des religieux. Le nom de Raoul, sire de Fayel, ne paraît plus dans
les actes à dater de 1335.
JEAN II DE FAYEL, DIT LE BÈGUE (1339-1375):
En 1339, nous voyons entrer en scène trois personnages, portant le nom de
Fayel. Ce sont Philippe, Jean et Renaud. Tous trois étaient écuyers.
Philippe reçut, en cette année, ses gages à Compiègne, de François de
l'Hospital, chef des arbalétriers du roi, Jean et Renaud reçurent les leurs
du même payeur, à Saint-Quentin, mais Jean figurait, avec Philippe, parmi
les écuyers du bailliage de Senlis dont Compiègne faisait partie, tandis que
Renaud était inscrit au bailliage de Vermandois. En 1366, Jean, sire de
Fayel, surnommé le Bègue, se qualifiait huissier d'armes du roi Charles V.
Nous le retrouvons en 1375, possesseur à Auvillers d'un fief qui avait
appartenu à Philippe de Fayel. Son infirmité passa-t-elle avec son surnom à
son fils? Les chroniqueurs n'en disent rien.
GUILLAUME DE FAYEL, DIT LE BÈGUE (1369-1408):
Guillaume de Fayel, dit le Bègue, figure au premier rang, parmi les
chevaliers qui se sont illustrés sur les champs de bataille, durant la
guerre de Cent Ans, dans la seconde moitié du XIVe siècle. Il était à
Bourges, le 23 janvier 1369, à la tête de sa compagnie, sous le commandement
de Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France. La Touraine, le
Berry, l'Auvergne, applaudirent à sa vaillance. En 1371, il faisait partie
de l'expédition, organisée contre la flotte anglaise, dans la Manche, Raoul
et Philippe de Fayel lui servaient d'écuyers. A-t-il jamais été sous les
ordres d'Owen de Galles, quand en 1372 ce guerrier fit évoluer sa flottille
et manoeuvrer ses 3.000 combattants? Il faut croire que non, car sa
compagnie est toujours désignée comme placée sous la gouverne de Robert
d'Alençon, comte du Perche, lieutenant du roi en Normandie. Le 17 mai 1372,
arrivait à Senlis, un écuyer chargé d'un message pour le roi de France,
alors en cette ville. Il apportait la nouvelle que son capitaine avait "déconfi
les ennemis" à Tombelaine. Tombelaine, dans la baie de Cancale, est un
rocher situé à 2.800 mètres, au nord du Mont-Saint-Michel. Le capitaine qui
venait de faire essuyer cet échec aux Anglais, c'était le Bègue de Fayel.
L'écuyer, porteur de cette dépêche, était Philippe ou Phelippot de Fayel.
Charles V fit donner à ce dernier soixante francs de gratification. Le Bègue
de Fayel reçut lui-même deux cents francs en sus de sa paye, qui était de
deux cents francs par mois. Le roi appréciait beaucoup ses talents. Au mois
de septembre 1373, il le nomma capitaine général en Basse-Normandie, à la
charge de deux cents combattants, "en considération de ce que les ennemis
étaient très forts en ces parages". Vers 1385 Charles VI mit Guillaume de
Fayel au nombre de ses chambellans,et lui alloua neuf cents francs d'or, sur
les aides de la guerre "en considération de ses bons et agréables services".
En 1386, il le nomma capitaine du Vaudreuil, avec un traitement annuel de
300 livres. Le Bègue de Fayel remplissait encore cette charge en 1402. En
1405, il joignait à son titre de chambellan du roi celui de chambellan de
Louis, duc d'Orléans. André Duchesne, en son Histoire de la maison de
Châtillon, place la mort de Guillaume de Fayel vers 1408. Sa femme fut
Marguerite de Châtillon, fille de Jean de Châtillon, comte de Porcien, l'un
des otages donnés aux Anglais, pour la délivrance du roi Jean, et de
Jacqueline de Trie. Il en eut trois enfants, si ce n'est quatre: Jean et
probablement Louis de Fayel et les deux Marie de Fayel.
JEAN III DE FAYEL (1380-1420):
Le 1er août 1380, Jean de Fayel, écuyer, se présentait à la revue d'Arras
avec quatre autre écuyers de sa compagnie. Il était chevalier en 1403. Au
mois d'octobre de cette année, il accompagnait le duc d'Orléans, à titre de
chambellan en Lombardie et en Italie. On lui payait alors 40 livres par mois
pour son traitement; cent livres lui furent allouées, en outre, pour son
habillement, En 1408, Jean III prêtait son sceau à Louis de Fayel,
chevalier, au service de la duchesse d'Orléans avec six écuyers, ce qui nous
autorise à penser que Louis de Fayel était son frère. Le 18 avril 1409, Jean
de Fayel prenait le titre de chambellan du roi et vicomte de Breteuil, dans
un acte de foi et hommage au roi, pour son fief de Moyenneville et Arnèle.
C'est évidemment après la mort de son père, Guillaume, qu'il s'est acquitté
de ce devoir féodal. Pour la première fois d'ailleurs, il s'y qualifie
vicomte de Breteuil. Au mois de janvier 1412, Charles VI le nomma capitaine
de Compiègne; mais les habitants de la ville s'opposèrent à ce qu'il prît
possession de cette charge, sous prétexte qu'ils ne l'avaient pas élu, comme
c'était leur privilège. Le vicomte de Breteuil se retira, déclarant qu'il
lui répugnait de devenir leur capitaine malgré eux. Cette courtoisie n'était
pas pour leur déplaire. Au printemps de 1414, les bourgeois, en quête d'un
capitaine, se souvinrent de celui qu'ils avaient éloigné. Charles VI ratifia
leur élection, au mois de mai suivant. Jean de Fayel eut la garde de
Compiègne, depuis le mois d'octobre 1415 jusqu'au 5 juin 1418. A peine
était-il installé, qu'il lui fallut marcher à l'ennemi. Hélas! un sanglant
échec l'attendait à Azincourt. Le nouveau capitaine de Compiègne fut fait
prisonnier et emmené captif en Angleterre. Le 6 décembre 1415, le roi
d'Angleterre lui fit donner un sauf-conduit pour son retour sur ses terres
en France.
Jean de Fayel épousa le 25 avril 1418, Jacqueline Paynel, fille du seigneur
de Hambye et de Bricquebec en Normandie, et veuve de Pierre d'Orgemont,
seigneur de Montjay et de Chantilly, mort à la bataille d'Azincourt. Les
noces étaient à peine célébrées, qu'il dut se rendre à Paris, afin de prêter
main forte au Comte d'Armagnac. Jean de Fayel fut de nouveau fait
prisonnier; il n'obtint sa libération, qu'en payant une très forte rançon. A
dater de cette époque, le château de Chantilly devint sa résidence
habituelle; il s'y enferma avec ses parents et amis, entretint des gens de
guerre pour le dauphin Charles, et de là, par de fréquentes incursions,
harassa le parti du duc de Bourgogne. Sur ces entrefaites, il devint comte
de Dammartin, comme plus proche héritier de Blanche de Trye, comtesse de
Dammartin, décédée sans enfants. Il ne jouit pas longtemps de cet héritage,
car il mourut, le 13 février 1420, sans laisser de postérité. Ses biens
furent partagés entre les deux Marie de Fayel, ses soeurs. A Marie de Fayel,
dite de Villers, échurent le château du Fayel, Rucourt et Hermancourt. De
son mariage avec Nicolas Pannier, elle eut Jacques Pannier, dit de Fayel.
L'autre Marie épousa Renaud de Nanteuil, seigneur d'Acy-en-Multien, et lui
apporta en dot le comté de Dammartin.
JACQUES DE FAYEL (1450-1479):
En épousant Pannier, Marie de Fayel lui fit une obligation de prendre son
nom et ses armes. Aussi, leur fils s'appela-t-il Jacques de Fayel. Ce nom,
que consacrèrent les actes publics, put faire croire un instant que la race
des de Fayel n'était pas éteinte; mais Jacques Pannier de Fayel n'eut qu'une
fille, Jacqueline qui s'allia à Guillaume de Ferrière, baron de Thury et de
Dangu. C'en était fait du nom de Fayel, qu'avaient illustré, pendant trois
cents ans, tant d'intrépides chevaliers. Même la terre n'allait pas tarder à
passer en des mains étrangères. Nous retrouvons le nom de Jacques de Fayel
une fois encore dans un bail de la ferme de Rucourt, louée pour dix-sept ans
à Jean Martin, le 27 novembre 1468. Il habitait toujours "son ostel du Meux".
C'est là que Jean Martin lui devait servir chaque année, comme redevance,
dix mines (4 hectolitres 73 litres) de blé à la Saint-Martin d'hiver et un
pourceau gras à Noël. Jacques Pannier de Fayel mourut en 1479. Monsieur le
comte de Cossé-Brissac a trouvé en 1874, son sceau en bronze, devant le
château du Fayel. C'est un sceau rond de o'35 millimètres de diamètre,
portant un écu écartelé aux 1 et 4 d'argent au sautoir de gueules accompagné
de 4 merlettes du même, qui est de Fayel; aux 2 et 3 de gueules à 3 pals de
pair au chef d'or, qui est de Châtillon; sur le tout fascé d'or et de
gueules, qui est Pannier. L'écu incliné à dextre a pour supports un homme et
une femme et pour cimier un buste de licorne. Autour du sceau, on lit:
SEEL JAQUES DE FAIEL.
GUILLAUME ET PIERRE DE FERRIÈRES ( 1462-1511):
Nous avons dit plus haut que Jacqueline Pannier de Fayel, vicomtesse de
Breteuil, dame du Fayel, de Rucourt, Le Meux, Hermancourt, Rivecourt, etc,
épousa Guillaume de Ferrières, baron de Thury et de Dangu. Ils eurent de ce
mariage Pierre de Ferrières et Françoise de Ferrières. Jacqueline de Fayel
mourut en 1483 et son mari, Guillaume de Fcrrières en 1500. Leur fille,
Françoise épousa en 1482 Ferri d'Aumont, seigneur d'Aumont, de Méru et de
Chars, conseiller et chambellan ordinaire du roi. Devenue veuve en 1526,
elle fit foi et hommage au roi en la Chambre des Comptes, le 2 juillet 1529,
pour la seigneurie du Meux, dont elle avait hérité de sa mère. Elle est
décédée en 1536 et inhumée en l'abbaye de Ressons-en-Vexin. Pierre de
Fcrrières, son frère, baron de Thury et de Dangu, seigneur de Crèvccoeur, de
Préaulx-la-Rivière, Taboeuf, mort avant elle, lui avait laissé tous ses
biens. Mais il ne put lui transmettre les terres du Fayel et de Rucourt car
elles avaient été vendues le 21 octobre 1511, à Michel de Gaillard,
chevalier, seigneur de Chilly et Longjumeau. Son père et lui n'avaient guère
joui du Fayel plus de cinquante ans.
Le château du Fayel n'avait d'ailleurs rien de particulièrement attrayant.
C'était une lourde construction, capable de soutenir un siège. Un large
fossé lui servait de défense; on n'y pouvait pénétrer qu'en passant sur un
pont-levis. Deux basses-cours formaient ses dépendances. Le domaine
comprenait, outre les terres, cinquante-deux arpents (environ 27 hectares)
de bois, tenant au château, une garenne et trois arpents (88 ares 75
centiares) de pré dans la prairie de Mathieu Cernoy à Rivecourt. Le seigneur
du Fayel avait droit de haute, moyenne et basse justice, dans toute
l'étendue de sa seigneurie. Il percevait les aubaines, forfaitures,
confiscations, lods et ventes, les saisines et amendes et autres exploits de
justice, les chapons, les vinages, les censives, forages et vientrages. Le
fief de Rucourt lui donnait les mêmes avantages. Il y possédait un manoir,
treize à quatorze muids (environ 53 hectares) de terre, quatre muids (29
hectolitres) de blé de rente. Sa dame pouvait s'y faire servir "un chapeau
de fleurs". Rucourt avait le titre de baronnie.
MAISON DE GAILLARD (1511-1627) MICHEL 1er DE GAILLARD:
La maison de Gaillard de Longjumeau était dans toute sa splendeur, quand son
chef acheta la seigneurie du Fayel et celle de Rucourt. Michel 1er de
Gaillard avait fait une rapide fortune. Favori de Louis XI, son maître
d'hôtel et l'unique receveur général de ses finances, il était devenu
successivement, chevalier de l'ordre du Camail, argentier de la reine-mère
Marie d'Anjou, conseiller du roi, trésorier de la Sainte-Chapelle de
Bourges, argentier de Marie, duchesse d'Orléans et de Milan, comtesse d'Etampes
et de Narbonne, gouverneur de la terre et seigneurie de Chauny et patron
général des galères de France, Charles VIII le nomma conseiller du Parlement
de Paris en 1484, conseiller au Grand Conseil le 24 septembre 1485, et
général des finances en 1495. Michel 1er de Gaillard épousa Jacquette
Berthelot, fille de Jean Berthelot, maître de la Chambre aux deniers de la
reine Marie d'Anjou, dont il eût une fille, Péronnelle de Gaillard, alliée à
Louis de Ruzé, seigneur de Harpinières, bailli de Meulan. Un second mariage
l'unit à Marguerite Bourdin, fille de Jean Bourdin, seul receveur général
des finances de France. C'est durant ce mariage qu'il acquit les terres et
seigneuries de Chailly, aujourd'hui Chilly, et de Longjumeau, à 21
kilomètres de Paris. Marguerite Bourdin mourut le 17 septembre 1501, et fut
inhumée à Paris en l'église des Blancs-Manteaux. Elle laissait un fils et
une fille, appelés tous deux Michel, comme leur père. Michelle de Gaillard,
sa fille, épousa Florimond Robertet, baron d'Alluye et de Brou, secrétaire
d'État, mort en 1557.
MICHEL II DE GAILLARD:
Michel de Gaillard était né sous les plus heureux auspices, les honneurs
l'attendaient. Sa belle fortune et son nom, justement estimé, lui acquirent
une haute considération. Aussi, ne fut-on pas surpris d'apprendre qu'il
venait d'obtenir la main de Souveraine d'Angoulême fille naturelle de
Charles d'Orléans, comte d'Angoulême et de Jeanne Le Conte. Le mariage fut
célébré le 10 février 1512 au château d'Amboise, où se trouvait la Cour.
Souveraine d'Angoulême avait pour frère François, comte d'Angoulême, duc de
Valois, qui allait devenir le roi François 1er. Ce prince, parvenu à la
couronne, la reconnu pour sa soeur, sous le nom de Souveraine d'Orléans, le
1er mai 1517. C'est Louise de Savoie, mère de François 1er, qui avait ménagé
cette alliance à la fille naturelle de son mari défunt. Elle lui fit au
contrat une dot de 3000 écus d'or soleil, valant 6000 livres tournois.
Michel II de Gaillard fut nommé premier gentilhomme de la chambre du roi et
grand pannetier de France. Il mourut, le 4 juillet 1535, et Souveraine
d'Angoulême le 26 février 1551. Tous deux furent inhumés en l'église de
Chilly. Quatre enfants étaient nés de leur union: Michel III de Gaillard,
qui devint seigneur du Fayel; Denys de Gaillard, écuyer, seigneur de
Longjumeau et de Puteaux-sur-Seine; Anne de Gaillard, femme de Thomas de
Balsac, chevalier de l'ordre du roi, seigneur de Montaigu, Chartres, etc.,
et Madeleine de Gaillard, femme de Florent de Saint-Simon, seigneur de
Gruménil et d'Haussé.
MICHEL III DE GAILLARD:
Michel III de Gaillard, chevalier, seigneur de Longjumeau, Chilly, Fayel,
Rucourt, etc., épousa Louise de Sains, fille de Jean de Sains, seigneur
baron de Margny-sur-Matz, capitaine et bailli de Senlis, et de Bernarde de
Salazar. Ils eurent douze enfants dont Michel IV de Gaillard; 2° Louis de
Gaillard, chevalier de l'ordre de St Michel, seigneur de Vaulx, baron de
Courcy, marié à Marie le Moyne; 3° Benjamen de Gaillard, seigneur de
Rucourt, mort sans alliance; 4° Bernarde de Gaillard, mariée en 1564 à Jean
de Montmorency, seigneur de Bours; 5° Charlotte de Gaillard qui épousa en
1570 Nicolas d'Aumale, seigneur de Haucourt; 6° Jeanne de Gaillard, alliée
en 1574 à Claude de Louvigny, seigneur de Lestrulles; 7° Elisabeth de
Gaillard, femme de Louis Picot, seigneur de Senteny, intendant des finances;
8° Renée de Gaillard, qui épousa, le 13 juillet 1584, Louis de Grailly,
seigneur de Chalitte-en-Gatinois; 9° Suzanne de Gaillard femme de Nicolas de
Marolles, seigneur du Puiser; 10° Rachel de Gaillard, mariée le 28 décembre
1575 à Jacques de Boubers, seigneur de Bernatre; 11° Esther de Gaillard,
femme du seigneur de Folleville; 12° Anne de Gaillard, dite Dion, femme de
Paul Deschamps, seigneur de l'Aicheville. Michel III de Gaillard ne paraît
pas avoir eu d'autre souci que celui de vivre en grand seigneur, son nom ne
figure ni dans l'armée, ni dans les finances, ni dans la magistrature. A sa
mort, Michel IV, son fils aîné, prit pour sa part, suivant la coutume, le
château du Fayel et la moitié du domaine. L'autre moitié fut divisée entre
les autres enfants ou leurs héritiers, en onze lots comprenant chacun un
vingt deuxième de la seigneurie.
MICHEL IV DE GAILLARD:
Michel IV de Gaillard manifesta la même indifférence que son père vis-à-vis
des emplois, tout en menant un train de maison ruineux. Sa fortune ne tarda
pas à s'en ressentir. Il lui fallut vendre les terres et seigneuries de
Chilly et de Longjumeau pour satisfaire aux exigences des créanciers.
C'était le commencement de la décadence pour cette maison qui, pendant un
siècle, avait brillé d'un si vif éclat. Michel IV de Gaillard épousa, le 30
juin 1576, Claude de la Fayette, petite fille du maréchal de ce nom, fille
aînée de Claude de la Fayette, seigneur de St-Romain, chevalier de l'ordre
du roi, et de Marie de Suze. Elle lui donna sept enfants dont Louis de
Gaillard, l'aîné; 2° Jean de Gaillard, écuyer, seigneur de Rucourt, marié à
Françoise Festard, dame de Saint Germain, près Crépy en Valois, dont il
n'eut qu'une fille; 3° Michel V de Gaillard, seigneur d'Escrennes, noyé au
siège de Perpignan en 1642; 4° Souveraine de Gaillard mariée à Robert de
Brachet; 5° Catherine de Gaillard, femme d'Etienne de Gilbert, seigneur de
Verdun; 6° Charlotte de Gaillard, mariée à Claude de Waldin, chevalier,
baron de Saint-Espure; 7° Marie de Gaillard, femme de Jean Dauvet, baron de
Pins, seigneur de Rieux, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Pendant
la Ligue, son château du Fayel devint un instant le point de mire des partis
belligérants. Vers 1595, Michel IV de Gaillard laissait vendre Chilly et
Longjumeau. Sa femme, Claude de La Fayette avait son douaire sur ces
domaines. Il le lui reconstitua, le 15 mars 1596, sur la terre du Fayel. La
ruine s'annonçait imminente. Mais il n'en vit pas les dernières
conséquences. Il mourut le 26 mai 1603 et fut inhumé en l'église de Rucourt.
Le peu qu'il laissait fut ainsi divisé: Louis de Gaillard, son fils aîné,
eut le château du Fayel et la moitié du domaine, équivalente à un quart de
la seigneurie. L'autre moitié, formant encore un quart de la seigneurie, fut
partagée entre les cinq autres enfants. Le lot de chacun d'eux représentait
un vingtième du domaine total.
LOUIS DE GAILLARD:
Louis de Gaillard de Longjumeau, écuyer, seigneur du Fayel, épousa en 1619
Barbe de Fontaine, fille de Jacques de Fontaine. Il en eut trois enfants
dont Charles de Gaillard, marié à Jeanne le Bon, fille de Nicolas le Bon; 2°
Geoffroy de Gaillard, seigneur de Tully et de Blanchecourt, allié à Suzanne
Le Clerc de la Boderie; 3° Marie de Gaillard. Ces trois enfants ne reçurent
pas le jour au château du Fayel. Depuis le 15 juillet 1617, ce château, avec
ses dépendances, se trouvait sous la main du roi. Jean Mulocheau, marchand
de vins à Paris, l'avait fait saisir, afin de recouvrer par voie de justice
trois créances, s'élevant à 3847 livres tournois. Louis de Gaillard devait
3062 livres, Michel de Gaillard, seigneur d'Escrennes, 320 livres et Jean de
Gaillard, seigneur de Rucourt, 465 livres. Une vente par décret fut
annoncée. Quand les criées légales eurent été faites, les terres du Fayel et
de Rucourt furent adjugées au Châtelet de Paris, le 18 septembre 1627, à
Daniel de la Mothe-Houdancourt, évêque de Mende, moyennant 56,000 livres
tournois. La maison de Gaillard avait possédé le Fayel pendant un siècle.
DANIEL DE LA M0THE-H0UDANC0URT (1595-1628):
Daniel de la Mothe-Houdancourt était né au château de Sacy-le-Petit en 1595.
C'était le second fils de Philippe 1er de la Mothe-Houdancourt, et l'aîné
des quinze enfants que lui donna Louise Charles du Plessis-Piquet son
épouse. Les dignités semblèrent courir au-devant de lui. Le cardinal de
Richelieu, dont la famille était alliée à celle de sa mère, ne fut point
étranger à son avancement. Il n'avait que vingt-sept ans, quand il fut nommé
commandeur de l'ordre du Saint Esprit et conseiller d'État. D'abord abbé de
Souillac, au diocèse de Cahors, il fut appelé par le pape Urbain VIII, le 7
octobre 1624, à succéder à Charles de Rousseau sur le siège de Mende.
Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, le sacra le 19 février
1625 dans cette ville. Le 14 juin suivant, Henriette-Marie de France, fille
d'Henri IV, devenue reine d'Angleterre, le fit son aumônier, son conseiller
et son chancelier. Daniel de la Mothe-Houdancourt mourut emporté par la
fièvre, le 5 mars 1628, à trente-trois ans. Par testament, il légua 6000
livres à sa cathédrale, dans laquelle il n'était jamais entré, 4000 livres
aux Franciscains et aux Carmes de sa ville épiscopale qui le connaissaient à
peine, et 6000 livres à son ancien précepteur, Pierre Bonin, qui, en octobre
1622, avait quitté sa cure d'Arsy, pour prendre la direction du Collège de
Compiègne. En même temps, il réclama qu'une chapelle fût bâtie sur son
domaine du Fayel et laissa 9000 livres pour cette construction, avec une
rente annuelle de 500 livres pour le futur chapelain. Son corps, déposé dans
une église de la campagne fut, à la reddition de La Rochelle, transporté
dans la ville, et inhumé, conformément à ses désirs, en l'église de Sainte
Marguerite. On mit en l'église de Sacy-le-Petit, son pays natal, une table
de marbre noir, destiné à transmettre à la postérité le souvenir de ses
talents et de ses mérites. La Révolution l'a fait disparaître. Un débris,
trouvé en 1880, a donné à M. le comte de Cossé-Brissac l'idée de
reconstituer ce monument et de le placer dans la chapelle du Fayel, où il se
voit présentement derrière l'autel.
PHILIPPE II DE LA MOTHE-HOUDANCOURT (1605-1657):
Le Fayel, étant un acquêt de l'évêque de Mende, fut à l'ouverture de sa
succession, dévolu à son père Philippe 1er de la Mothe-Houdancourt. Ce
dernier ne tarda pas à acheter les parts de seigneurie qui appartenaient
encore à divers membres de la famille de Gaillard, de manière à reconstituer
le domaine tel qu'il était en 1511. Puis le 10 août 1631, de concert avec
son épouse, Louise Charles du Plessis-Picquet, il donna cette belle terre
avec son manoir au troisième de ses fils, Philippe II de la
Mothe-Houdancourt, alors gentilhomme de la chambre du roi et premier
capitaine au régiment de Phalsbourg. L'usufruit toutefois lui devait rester
sa vie durant. Philippe II était d'ailleurs autorisé à prendre le titre de
seigneur du Fayel et de Rucourt, mais il lui fallait, aussitôt qu'il le
pourrait commodément, faire bâtir une chapelle au Fayel et payer, au décès
de ses père et mère, la somme de 16.000 livres à son frère Antoine de la
Mothe, gouverneur de Marshal. Ces arrangements ne plurent pas à Antoine de
la Mothe. Pendant dix-huit ans il contesta la validité de l'acte. Mais le 3
décembre 1649 il cessa toute querelle et accepta les 16,000 livres qui lui
avaient été précédemment offertes et 4000 livres qui y furent ajoutées.
Philippe II de la Mothe-Houdancourt, né en 1605, fit ses premières armes en
1622, âgé de dix-sept ans, dans la guerre contre les huguenots. Il servit
aux attaques de Négrepelisse et de Saint-Antonin, aux sièges de Sommières,
de Lunel et de Montpellier, en qualité de cornette ou porte-étendard de la
compagnie des chevau-légers du duc de Mayenne. Nous le retrouvons un peu
plus tard au combat naval que le duc de Montmorency livra aux Rochellois.
Philippe II de la Mothe entra dans la Fronde à la suite d'Henri II
d'Orléans, duc de Longueville. "J'étois fort asseuré, dit le cardinal de
Retz dans ses Mémoires, que Philippe de la Mothe-Houdancourt, enragé contre
la cour, ne se détacheroit point de M. de Longueville, à qui il avoît été
attaché vint ans durant par une pension qu'il avoit voulu lui même retenir
par reconnoissance, encore qu'il eût été fait maréchal de France". Le 11
janvier 1649, le maréchal Philippe II de la Mothe accepta en la cour de
Parlement la charge de lieutenant général de la Fronde avec Charles II de
Lorraine, et Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, sous l'autorité
d'Armand de Conti, prince du sang. Le 18 janvier, il signa chez
Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne le traité d'union des ligueurs en
compagnie de MM. de Beaufort, de Noirmoutier, de Vitry, de Brissac, de
Saint-Maure, de Matha, de Cugnac, de Barrière, de Sillery, de Laignes, de la
Rochefoucault, de Sevigny, de Béthune, de Luynes, de Saint-Germain, d'Achon
et de Fiesque. Des lettres de conseiller d'honneur au Parlement lui furent
délivrées le 19 février. Dès lors on le vit prendre une part active à toutes
les opérations de la Fronde. Il jouît à Paris d'une grande popularité. A la
mort de Philippe 1er de la Mothe à l'âge de 93 ans, le 22 octobre 1651, le
maréchal Philippe II de la Mothe entra dès lors en jouissance du domaine du
Fayel. A la place de l'ancien manoir si maltraité pendant les heures sombres
de la Ligue, il fit bâtir le château que l'on admire encore aujourd'hui.
C'est un vaste rectangle, accompagné de deux ailes en retour d'équerre. La
brique y domine. Elle s'y relie à de nombreuses harpes en pierre d'un fort
gracieux effet. Le dessin noble, simple et commode est attribué à Mansard,
Le grand escalier, avec sa rampe en fer forgé, ne manque ni d'élégance, ni
de majesté. On ne s'étonne plus des dimensions de la salle à manger, quand
on songe que c'était autrefois la salle des gardes. De nombreuses
dépendances, des jardins dessinés par Le Nôtre, un parc d'au moins cent
hectares et de longues avenues, plantées d'arbres fruitiers, donnaient à
cette somptueuse demeure un aspect fort agréable. Le château n'a guère été
modifié, mais ses abords ont subi de grandes transformations. La terrasse et
les boulingrins qui se trouvaient devant l'entrée principale n'existent
plus. Le mur d'enceinte et les grilles ont disparu. Une partie du parc a été
mise en culture. C'est dans ce château qu'eut lieu, le 16 septembre 1656, la
célèbre entrevue de Christine, reine de Suède, avec Anne d'Autriche et Louis
XIV. Christine, après avoir, à l'âge de vingt-neuf ans, abdiqué la couronne
aux États d'Upsal, se rendit à Rome où elle s'ennuya, puis visita la France
qui lui plut beaucoup. Des appartements avaient été décorés tout exprès pour
recevoir les trois souverains. Le vandalisme révolutionnaire en a mutilé
tous les ornements. Il en reste assez cependant pour nous permettre de juger
du luxe déployé en cette circonstance. Le village lui-même s'en mêla. Si
l'on en croit la tradition, les habitants créèrent une avenue qu'ils
plantèrent et sablèrent en une nuit. Louis XIV tint à honneur de montrer à
la reine de Suède une cour brillante et policée. Il envoya le duc de Guise
la recevoir à la frontière. L'illustre étrangère vint d'abord à Paris, où
elle vit tout ce qu'elle crut digne de sa curiosité. Leurs Majestés étaient
à Compiègne. Elle s'y rendit. Dès qu'on la vît se dirigeant vers cette
ville, le roi alla au-devant d'elle avec la reine, Monsieur et quelques
grands seigneurs.
Mademoiselle de Montpensier a décrit dans ses Mémoires, très succinctement,
il est vrai, le passage de la reine de Suède au Fayel. Grâce à elle, nous
pouvons deviner ce qu'était alors le mobilier du château. "Cette maison,
dit-elle, étoit magnifiquement meublée; car le maréchal avoit les plus beaux
meubles du monde qu'il avoit eus en Catalogne du duc de Cardonne, et des
buffets de vermeil doré et même des pierreries dont sa femme étoit parée
aussi bien que de ses grâces naturelles. Car c'est une fort belle femme et
qui paroit bien sa maison". La réception de la reine de Suède fut, pour le
Fayel, l'occasion de grandes réjouissances. Le maréchal de la Mothe fut
sensible à l'attention qu'avait eue Louis XIV, de choisir son château comme
lieu de rendez-vous. Le duc de Fayel pouvait désormais jouir en paix du
fruit de ses travaux. Il touchait, au terme de sa carrière. Sept mois après
ces belles fêtes, le 25 mars 1657, il mourut à Paris, à l'âge de
cinquante-deux ans. Son corps fut transporté d'abord à Beaumont-sur-Oise et
de là au Fayel, où il repose. Son coeur est resté à Beaumont. On loua sa
bravoure et son habileté, le cardinal de Retz a dit de lui: "Le maréchal de
la Mothe avoit beaucoup de coeur. Il étoit capitaine de la seconde classe,
il n'étoit pas homme de beaucoup de sens. Il avoit assez de douceur et de
facilité dans la vie civile; il étoit très utile dans un parti, parce qu'il
étoit très commode". Louise de Prie survécut plus d'un demi-siècle à son
mari. Outre trois filles, elle avait eu un fils nommé Philippe, comme son
père, et une autre fille qui porta le nom de Louise, comme sa mère. Ces deux
enfants moururent en bas âge.
L'aînée des filles du duc de Fayel, Françoise-Angélique de la
Mothe-Houdancourt, née en 1651, fut duchesse d'Aumont et dame du Fayel. La
deuxième, Charlotte-Eléonore-Madeleine de la Mothe-Houdancourt, née en 1653,
épousa à Paris, le 14 mars 1671, Louis-Charles de Lévis, duc de Ventadour,
pair de France, qui était fort laid, contrefait et de moeurs légères. La
duchesse de Ventadour fut, à la demande de sa mère Louise de Prie, nommée
gouvernante des enfants de France en survivance. Louis XV et Philippe V, roi
d'Espagne, reçurent ses soins. Louis XIV, recommanda sur son lit de mort, de
n'oublier jamais les grandes obligations qu'il avait à Madame de Ventadour.
"Pour moi, Madame, dit-il, en se tournant vers elle, je suis bien fâché de
n'être plus en état de vous témoigner ma reconnaissance". La duchesse eut
l'honneur de porter Louis XV sur ses genoux au lit de justice qui se tint au
parlement, deux jours après la mort de Louis le Grand. Au décès de son
oncle, Henri de la Mothe, archevêque d'Auch, en 1684, elle eut en héritage
les terres de Roberval, Rhuis et Saint-Germain, qu'il avait achetées le 30
mars 1641. Elle perdit son mari le 28 septembre 1717, et mourut elle-même à
Glatigny le 15 décembre 1744, à quatre-vingt-dix ans. La troisième fille du
duc de Fayel, Marie-lsabelle-Gabrielle de la Mothe-Houdancourt, née en 1654,
prit pour époux le 18 mars 1675, Henri-François de Saint Nectaire, duc de la
Ferté Saint Nectaire, pair de France. C'était un homme inébranlable dans ses
convictions, dont le neveu du grand Arnauld, Antoine Arnauld d'Andilly,
disait: "Sa conduite inflexible n'a jamais fait chanter le coq de St-Pierre".
La duchesse de la Ferté hérita de son oncle, l'archevêque d'Auch, les
seigneuries de Jaux et d'Armancourt, avec les moulins de la Proye et
Fauconnier, à Rhuis. Elle mourut à Paris, le 29 avril 1726, à soixante-douze
ans. Son mari était décédé le 1er août 1703.
LA DUCHESSE D'AUMONT (1651-1711):
L'aînée des filles du maréchal duc de Fayel épousa le 28 novembre 1669,
Louis-Marie-Victor d'Aumont de Rochebaron, duc d'Aumont, pair de France.
Veuf de Madeleine le Tellier. Par contrat de mariage du 26 novembre
précédent, les terres du Fayel, de Rucourt, de Gansoives et de Villerseau,
estimées deux cent dix mille livres, devinrent sa propriété. Elle était
tenue, suivant une clause spéciale de ce contrat, de pourvoir à l'entretien
d'un chapelain, qui, chaque jour, à perpétuité, célébrerait la messe pour le
repos de l'âme du maréchal Philippe de la Mothe, son père. Le 18 janvier
1682, elle vendit son domaine au prix de deux cent mille livres à son oncle,
l'archevêque d'Auch qui, à son tour, prit à sa charge le chapelain. Son
mari, le duc d'Aumont, est décédé à l'âge de 72 ans, le 19 mars 1704. "La
duchesse douairière d'Aumont, dit Saint Simon, mourut le jour de Pâques (5
avril 1711), assez brusquement, à soixante et un ans, veuve depuis sept ans,
et peu regrettée dans sa famille. Elle n'eut d'enfant que le duc d'Humières
(Louis-François d'Aumont). "C'étoit une grande et grosse femme, qui avoit eu
plus de grande mine que de beauté, impérieuse, méchante, difficile à vivre,
grande dévote. Elle avoit été fort du grand monde et de la Cour, où elle ne
paraissoît plus depuis beaucoup d'années. Elle étoit riche et fut très
attachée a son bien. Le roi lui donnoit dix mille livres de pension".
CHARLES, COMTE DE LA MOTHE-HOUDANCOURT (1642-1728).
L'archevêque d'Auch, Henri de la Mothe-Houdancourt, acquéreur du Fayel en
1682, était frère du maréchal duc de Fayel, Philippe II de la
Mothe-Houdancourt. Né en 1612, il fut en 1631, prieur de Bécherelle en
Ille-et-Vilaine; en 1633, abbé de Souillac (Lot); le 17 décembre 1640,
évêque de Rennes; le 20 avril 1642, abbé de Froidmont (Oisc); en 1653,
commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, conseiller ordinaire du Roi,
conseiller d'Etat, conseiller d'honneur de la reine; le 30 août 1660, abbé
de Saint Martial de Limoges; en 1661, grand aumônier d'Anne d'Autriche et
proviseur du Collège de Navarre; et le 24 mars 1663, archevêque d'Auch. Il
mourut le 24 février 1684 à Mézières (Ardennes). Le Fayel changea encore une
fois de maître au bout de deux ans. Il échut à Jérôme de la
Mothe-Houdancourt, évêque de Saint-Flour, frère et légataire universel de
l'archevêque d'Auch, qui ne le garda guère. Le 26 décembre 1686, il en céda
la nue propriété à son neveu Charles de la Mothe-Houdancourt, puis quatre
ans après, le 23 juin 1690, il lui abandonna l'usufruit lui-même. Jérôme
était né en 1617. A quarante-sept ans, en 1664, il fut évêque de
Saint-Flour. Il mourut le 29 mai 1693 âgé de soixante seize ans. Charles,
comte de la Mothe-Houdancourt était né en 1642 à Corbie, pendant que son
père Antoine en était gouverneur. Il avait pour mère Catherine de Beaujeu,
fille de Claude de Beaujeu, seigneur d'Armancourt. Un instant il songea à
entrer dans l'état ecclésiastique et reçut même la tonsure cléricale des
mains de l'archevêque d'Auch, son oncle, le 3 février 1671. Mais la carrière
des armes avait beaucoup plus d'attraits pour le comte Charles; soixante six
années de services l'attestent suffisamment.
Sur l'état de ses campagnes figurent quinze batailles, Senef, Audenarde et
Mulhausen en 1674, Turkeim (1675), Cokesberg et Huningue (i677), Rhinsfeld
et Stattmatten (1678), Valcourt (i683), Leuze (1691), Steinkerque (1692), La
Kénoque et Dixmude (1695), Gand (1705), Winendal (1707); et vingt-huit
sièges. Brigadier de cavalerie légère le 20 août 1688; maréchal de camp le 3
mars 1693; gouverneur de Bergues-Saint-Vinox le 3 février 1697; il parvint
le 29 janvier 1702, au grade de lieutenant-général des armées du roi; mais
il ne monta pas plus haut. Le comte de la Mothe est décédé en son hôtel à
Paris le 24 mars 1728, à quatre-vingt-six ans. Ses obsèques eurent lieu au
Fayel le 26 mars 1728. Ses domaines s'étaient accrus des terres et des
seigneuries de Brunvillers-la-Mothe (canton de Saint Just), Sains,
Morainvillers, du Quesnoy (canton de Maignelay), des Tournelles, de la
Vertime, de Fumechon et du bois d'Hangest (près Montdidier), que lui avait
données son oncle, l'évêque de Saint-Flour le 28 septembre 1685; de celles
d'Houdancourt et de Sacy-le-Petit dont il hérita à la mort de son frère
aîné, Antoine II, le 11 juillet 1696; de la ferme et des bois du Quesnoy, à
Chevrières, acquit de Marie-Luce de Lancy de Raray, femme de Jean-François
le Conte de Nonant, marquis de Pierrecourt, le 25 mai 1718. Il avait épousé,
le 14 mars 1687 à Chartres, Marie-Elisabeth de la Vergne de Tressan, veuve
de Jean-Paul de Gourdon de Genouillac, comte de Vaillac. Elle donna le jour
à deux fils: Louis Charles de la Mothe, marquis d'Houdancourt, qui resta
seul héritier des biens de sa famille, et Hercule de la Mothe-Houdancourt né
le 24 août 1688, colonel d'infanterie au régiment de Lorraine, tué à la
défense d'Aire, en Artois, le 20 novembre 1710, âgé de vingt-deux ans.
Marie-Elisabeth de la Vergne de Tressan mourut le 6 décembre 1741 dans sa
centième année.
LOUIS-CHARLES, COMTE DE LA MOTHE-HOUDANCOURT (1687-1755):
Louis-Charles de la Mothe-Houdancourt, né le 21 décembre 1687, mousquetaire
à quinze ans, fit ses premières armes sous la conduite de son père. Colonel
d'infanterie en 1705, brigadier de cavalerie en 1719, mestre de camp en
1723, il fut nommé en 1728 gouverneur de Mézières, maréchal de camp le 20
février 1734, lieutenant-général des armées du roi, le 18 octobre de la même
année, gouverneur de Salins en Franche-Comté le 6 septembre 1738, chevalier
d'honneur de la reine le 9 janvier 1743, chevalier des ordres du roi le 2
février suivant, maréchal de France le 17 septembre 1747, à la suite de sa
belle conduite à la bataille de Rocoux, et enfin gouverneur de Gravelines le
23 septembre 1752. Le 3 juillet 1714, il épousa dans la chapelle du château
de Saint-Cloud, Eustelle-Thérèse de la Roche-Courbon, d'une ancienne et
illustre famille de Saintonge, héritière de la branche aînée de sa maison.
Elle avait perdu son père, Eutrope-Alexandre, marquis de la Roche-Courbon,
colonel d'infanterie, le 23 août 1707, et sa mère Marie d'Angennes, le 31
octobre 1711. Ils eurent quatre enfants dont Louis-Geneviève de la Mothe,
marquis d'Houdancourt, né à Paris le 4 décembre 1724, justement qualifié
l'enfant prodige, à cause de son esprit élevé et de son intelligence
exquise, mort à douze ans; 2° Louise-Marie de la Mothe, née à Paris le 8
juin 1715, morte le 27 juin 1716; 3° Elisabeth-Thérèse, née à Paris le 22
mai 1721, morte le 24 août 1722; 4° Jeanne-Gabrielle de la Mothe qui hérita
de tous les domaines de sa famille. Le comte Louis-Charles de la
Mothe-Houdancourt fut, le jeudi 9 février 1747, chargé par la reine de
porter à Troyes un fort beau noeud de diamants à la dauphine,
Marie-Joséphine de Saxe, dont le mariage avec le dauphin Louis, père de
Louis XVI, fut conclu ce jour-là.
Quelques ans après, le 3 novembre 1755, le comte Louis-Charles de la Mothe
mourait en son hôtel à Paris, à l'âge de soixante-huit ans. Son corps repose
au Fayel, dans le tombeau de ses ancêtres. La maréchale de la Mothe, sa
veuve, vécut encore dix-sept ans après lui. Grande dame au port majestueux,
elle inspirait le respect par sa fière attitude, mais en même temps par son
extrême bonté et son inépuisable générosité, elle s'attirait l'affection de
tous ceux qui l'approchaient. Les pauvres la chérissaient. Sa main était
toujours ouverte pour leur distribuer des secours. On la considérait comme
la messagère de la Providence. C'était pour tous une mère, mais surtout pour
les gens de sa maison. La Révolution a fait bien des ruines au Fayel. Elle a
néanmoins respecté le portrait de la maréchale. Son regard à commandé une
fois encore le respect aux nouveaux Vandales. Le souvenir de ses bontés les
a fait reculer devant l'infamie qu'ils s'apprêtaient à commettre; ce
portrait est actuellement dans le salon du rez-de-chaussée au château du
Fayel, au dessus de la cheminée. La maréchale est assise devant une table
sur laquelle se trouve une corbeille de fleurs. Elle tient un lis à la main.
On reste en admiration devant cette belle figure qui respire tout à la fois
la noblesse, la douceur, la fermeté et l'indulgence. Le 8 janvier 1773 la
maréchale de la Mothe est décédée en son hôtel à Paris, rue de Grenelle,
âgée de soixante-seize ans. Ses obsèques au Fayel, le 12 janvier, eurent le
caractère d'un véritable triomphe. Sa mémoire est restée en bénédiction. Une
allée du parc du Fayel s'appelait encore, il y a cinquante ans, l'allée de
la Maréchale.
MAISON DE ROUAULT-GAMACHES, JEANNE-GABRlELLE DE LA MOTHE-HOUDANCOURT
(1723-1777):
Jeanne-Gabrielle de la Mothe-Houdancourt, née à Paris le 14 décembre 1723,
épousa le 14 mars 1745, Charles-Elisabeth, comte de Froullay, chevalier de
St-Louis, colonel du régiment de Champagne. Cette union fut de courte durée.
Blessé à la bataille de Lawfeld le 4 juillet 1747, le comte de Froullay
mourut à Tongres le 11 juillet suivant. Jeanne-Gabrielle resta veuve trois
ans. Son deuxième mariage ne fut guère heureux. Charles-Joachim Rouault,
marquis de Gamaches, auquel elle s'allia le 23 février 1751, était grand
seigneur, fort prodigue et très léger. Il menait joyeuse vie et se trouvait
criblé de dettes. Nombreux étaient ses titres et ses domaines. Il était
colonel des grenadiers de France, maréchal des camps et armées du Roi,
seigneur de Gamaches, Bugny, Izancourt, Vaux-Moraux, Crémoir, et Petit-Selve;
seigneur et gouverneur des ville et comté de Saint-Valery, pays et roc de
Cayeux, vicomte de Tilloy, de l'Espinois, baron d'Hélicourt, Hinserville,
Beauchamp, Meneilly en Picardie; baron de Longroy en Normandie; sa fortune
n'en était pas moins compromise et son crédit à la veille de sombrer. Pour
le tirer de ce mauvais pas, sa femme vendit le 20 octobre 1757 la terre de
Sacy-le-Petit, à Nicolas Pottier, receveur de l'abbaye du Val-de-Grâce. Les
quatre vingt douze mille livres que procura la vente n'assouvirent pas la
faim des créanciers. Le gouffre creusé par les dépenses du marquis restait
toujours béant, si tant est qu'il ne s'agrandissait pas. La maréchale de la
Mothe-Houdancourt eut peur. Elle engagea sa fille à demander une séparation
de biens. Deux sentences du Châtelet de Paris, l'une du 27 juin 1760 et
l'autre du 17 mars 1768, mirent fin à ses anxiétés. On plaida dix ans. La
situation du marquis n'en devint que plus fâcheuse. A bout d'expédients, il
vendît le 2 octobre 1764, son marquisat de Gamaches, avec toutes ses
seigneuries de Picardie et Normandie sans en rien excepter, à Julien
Guillaume de Pestre, écuyer, seigneur de Senef, moyennant la somme de un
million trois cent mille livres. On ne revit plus le marquis au château du
Fayel. Il mourut à Auch le 16 novembre 1773 et y fut enterré. Les rois
d'Espagne et de France l'avaient autorisé à prendre le titre de grand
d'Espagne, au décès du maréchal de la Mothe en 1755. Jeanne-Gabrielle de la
Mothe-Houdancourt survécut quatre ans à son mari. Elle décéda le 7 septembre
1777 laissait un fil, Joachim Valéry Thérèse-Louis et une fille Charlotte
Gabrielle Constance de Rouault-Gamaches qui épousa Jean-Baptiste, vicomte de
Boisgelin, Kergomar, et autres lieux. Il mourut neuf ans après, le 19
juillet 1787 en son château de Chaumont en Porcien (Ardennes).
JOACHIM-VALÉRY-THÉRÈSE-LOUIS, MARQUIS DE ROUAULT-GAMACHES (1753-1836):
Joachim-Valéry-Thérèse-Louis, marquis de Rouault-Gamaches, porta comme son
père le titre de grand d'Espagne de première classe. Le Fayel, Rucourt,
Houdancourt, Le Quesnoy, Villerseau, et Chevrières, firent partie de son
domaine jusqu'en 1800. Le 29 octobre 1778, il épousa
Marie-Catheine-Hyacinthe de Choiseul-Beaupré, fille de Louis-Hyacinthe,
vicomte de Choiseul-Beaupré, gouverneur de l'île Saint-Domingue, et de
Françoise Lebray. Elle lui donna une fille,
Félicité-Madeleine-Honorée-Gabrielle, le 20 avril 1781. Le bonheur semblait
être revenu au château du Fayel. Hélas les jours sombres n'allaient pas
tarder à revenir. La Révolution arrivait à grands pas. Que pouvait craindre
le marquis de Rouault-Gamaches? N'était-il pas le plus pacifique des hommes,
très droit et très confiant? Tous l'aimaient. Il rendait la vie douce et
facile aux gens de sa maison. Mais le 24 août 1793, le marquis et la
marquise de Rouault-Gamaches furent arrêtés par la municipalité du Fayel, et
constitués prisonniers dans leur château. Louis Lefèvre et André Beaudon
furent chargés de les garder à vue. On paya à chacun d'eux une livre cinq
sous et la nourriture, par vingt-quatre heures de surveillance, aux dépens
des détenus. Louis Joachim Rouault-Gamaches et Marie-Catherine-Hyacinthe
Choiseul (c'est ainsi qu'on appelait le marquis et la marquise) firent
partie du convoi expédié, le 11 septembre 1793, à la prison de Chantilly. On
ne tarda pas à détruire au Fayel tout ce qui pouvait rappeler la féodalité.
Le 28 octobre 1793 Nicolas de Grandmaison, feudiste et régisseur du domaine,
dut aux termes de la loi remettre aux municipalités du voisinage les titres
qui accusaient leur dépendance des seigneuries du Fayel, de Chevrières,
d'Houdancourt et autres lieux. Le même jour les papiers terriers et les
cueillerets du château du Fayel furent brûlés sur la place principale du
village.
Chevrières fit la même chose le 2 novembre 1793. A Houdancourt le 20
novembre, on détruisit les titres féodaux du marquis de Rouault-Gamaches,
ceux du marquis de Villette et ceux de l'abbaye de Saint-Corneille. Le
château du Fayel fut dévasté et la chapelle pillée. Grandmaison empêcha
l'enlèvement des meubles et fit conduire, à son domicile à Paris, la fille
du marquis, pour la mettre en sûreté. Le marquis resta dans la prison de
Chantilly jusqu'au 5 avril 1794. En vertu des pouvoirs qui lui furent
délégués par le comité de sûreté générale de la convention nationale, le 20
janvier 1594, Pierre-Charles Martin le fit transférer de la maison d'arrêt,
ci-devant château de Chantilly, au couvent des Carmes, près du Luxembourg, à
Paris, avec vingt-huit autres détenus. Le lendemain, ce fut le tour de sa
femme. Elle fut confiée avec vingt-quatre autres détenus, à Louis-Charles
Natie, concierge du Collège du Plessis, devenu la maison d'arrêt de l'Egalité,
rue Jacques à Paris, comme disaient alors les parfaits citoyens. Le marquis
de Rouault-Gamaches rencontra aux Carmes le marquis Louis-Marthe de Gouy d'Arcy;
ce fut pour lui une consolation au milieu de son infortune. Le marquis de
Gouy, accusé de conspiration, par Fouquier Tinville, fut condamné à mort le
23 juillet 1794, et monta le même jour sur l'échafaud. Le même sort
attendait le marquis de Rouault-Gamaches. On va même dire qu'on lui fit la
funèbre toilette, mais Robespierre tomba, et de nombreuses victimes des
fureurs révolutionnaires purent respirer. Le marquis fut remis en liberté,
le 10 brumaire an III (31 octobre 1794). La marquise, après avoir été
transférée à la maison Monprain, le 28 août 1794, sortit également de
prison.
Le château du Fayel offrait le plus lamentable spectacle. Il n'avait pas été
possible de réparer les actes de vandalisme qu'il avait subis. Cependant le
marquis et son épouse étaient heureux de toujours vivre, et jouissaient
d'une relative tranquillité. Stanislas-Claude Boulemer, nouveau régisseur,
remplaçait Nicolas de Grandmaison. Il persuada le marquis qu'il ferait une
bonne opération en vendant une partie de ses domaines. La prison avait
singulièrement affaibli les facultés de M. de Rouault-Gamaches. Il ne fit
pas d'objection et consentit à l'aliénation de la terre de Chevrières en
1801. Le marquis de Rouault-Gamaches mourut au Fayel, à soixante-sept ans,
le 29 septembre 1819, et sa femme Marie-Catherine-Hyacinthe de
Choiseul-Beaupré, décédée à Paris, le 22 novembre 1836.
MAISON D'HERICY - LE MARQUIS D'HÉRICY (1775-1842):
Achille-Louis-Auguste-Barthélémy-François, marquis d'Héricy, né le 5 août
1775, était fils de Jacques-Philippe-Auguste-Jean-François-Marie d'Héricy,
seigneur de Butot, Criquetot-le-Mauconduit et d'Ancréteville (Seine-Inférieure),
et de Marie-Elisabeth le Parmentier. Ses ancêtres s'étaient, dès le XIIe
siècle, signalés par leurs libéralités en faveur des églises et des
établissements de charité. Raoul d'Héricy compte parmi les bienfaiteurs de
l'abbaye de Barbery, fondée en 1176, au diocèse de Bayeux. Vers 1180,
Richard d'Héricy fils de Raoul, contribuait à la dotation de l'Hôtel-Dieu de
Caen. Passons six générations et saluons à la septième, Guillaume d'Héricy,
seigneur de Fierville (Calvados), maître d'hôtel de Louis XI en 1477. Le
mariage du marquis d'Héricy avec Mademoiselle de Rouault-Gamaches, eut lieu
au Grand Fresnoy le 20 avril 1800. Son père lui donna les Pontes de Caumont
et la ferme de Criquetot-le-Mauconduit (Seine-Inférieure). Sa femme
apportait en dot les terres de Lignières-le-Roy et de la Boissière, près
Montdidier, celles du Fayel et de Chevrières, avec les prés, bois et moulins
qui en dépendaient, le moulin du Fayel sur le Mont-le-Hard, la ferme de
Villerseau et de la Mothe à Houdancourt et celle du Quesnoy à Chevrières. Le
marquis d'Héricy perdit sa femme, le 13 juillet 1819, et son beau-père, le
29 septembre suivant. C'est, dit-on, à l'occasion de ce double deuil qu'il
fit construire le calvaire qui se voit encore auprès du bois de Gansoives,
en face du château du Fayel. Au décès de Charlotte Françoise Thomas de
Campulley, arrivé le 16 décembre 1835, il hérita de la terre d'Anglesqueville,
près Saint Valery en Caux. Cette terre était passée des Miffant aux
Campulley par le mariage de Catherine de Miffant avec Philippe-François de
Campulley, grand-père de Charlotte-Françoise. Catherine de Miffant, était la
cousine germaine de Françoise le Poigneur, bisaïeule du marquis d'Héricy.
Entre ce dernier et Mademoiselle de Campulley, il n'y avait donc qu'une
parenté du quatrième au cinquième degré.
Le marquis d'Héricy mourut en son château du Bois Guillaume, près Soligny la
Trappe dans l'Orne, le 19 mars 1842. Le château du Fayel ne l'avait guère vu
depuis la mort de sa femme. N'oublions pas de dire qu'il était chevalier de
Saint-Louis et du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Il fut père de deux filles,
mais il ne lui en restait plus qu'une, mariée au marquis de Walsh-Serrant.
Son autre fille, Zoé-Henriette d'Héricy, née à Paris le 9 mai 1804, avait
épousé au château du Fayel, le 10 mai 183o,
René-Guillaume-Claude-François-Jean, marquis de la Tour-du-Pin-Montauban et
de Soyans, pair de France. Elle était morte à Paris deux ans après, le 10
décembre 1832, en donnant le jour à une fille, Marie-Séraphine de la
Tour-du-Pin, qui a épousé le 2 mai 1854, Louis-Hippolyte-René Guignes de
Moreton, comte de Chabrillan et est devenue veuve le 13 septembre 1866 et
s'est remariée, le 26 avril 1892, à Charles-Humbert-René, comte de la
Tour-du-Pin-Chambly, marquis de la Charce, lieutenant-colonel en retraite,
officier de la Légion d'honneur.
MAISON DE WALSH-SERRANT - MARQUIS DE WALSH-SERRANT (1797-1842):
L'aînée des filles du marquis d'Héricy, Elisabeth-Honorée-Françoise-Ulrique
d'Héricy, née à Paris le 10 ventôse an IX (1er mars 1801), épousa au château
du Fayel, le 2 mars 1824, Olivier-Ludovic-Charles-Robert, marquis de
Walsh-Serrant, et lui apporta en dot la terre du Fayel, avec la grandesse
d'Espagne de première classe. Le marquis appartenait à une famille de
vieille noblesse. Philippe et David Walsh étaient, vers 1160, au nombre des
trente-trois barons qui accompagnèrent le comte de Pembrock à la conquête de
l'Irlande et se signalèrent dans cette expédition par des prodiges de
valeur. A dater de cette époque, l'Angleterre et l'Irlande ont compté les
Walsh parmi leurs grands feudataires, leurs hauts justiciers et leurs
dignitaires de premier ordre. Le marquis de Walsh-Serrant était né à Londres
le 27 août 1797. Il fut lieutenant aux chasseurs de la Meuse, du 16 février
1816 au 16 juin 1819. Son père, Antoine-Joseph de Walsh, comte de Serrant,
chevalier de Saint-Louis, lieutenant général des armées du roi, était mort à
Paris le 3 février 1817. Sa mère était la comtesse
Louise-Elisabeth-Charles-Marie de Rigaud de Vaudreuil. Le 18 août 1829, le
roi d'Espagne Ferdinand VII permit au marquis de Walsh-Serrant de prendre le
titre de duc de la Mothe-Houdancourt, au lieu de celui de comte de la
Mothe-Houdancourt, auquel avait été attaché primitivement la grandesse de
première classe. Le duc de la Mothe avait un frère aîné et une soeur.
Son frère Théobald-Gautier-Philippe-Joseph-Pierre de Walsh, comte de
Serrant, ancien capitaine de cavalerie, a épousé le 16 septembre 1823,
Sophie le Grand qui lui a donné quatre enfants. Sa soeur
Valentine-Eugénie-Joséphine de Walsh Serrant, née en 1810, s'est mariée à
Charles-Bretagne-Marie-Joseph, duc de laTrémoille, prince de Tarente, de
quarante-six ans plus vieux qu'elle, lui a donné un fils Louis-Charles, duc
de la Trémoille, le 26 octobre 1838, et est devenue veuve le 10 novembre
1839. Le duc de la Mothe-Houdancourt est décédé le 17 novembre 1842, à 45
ans. Son corps repose sous la chapelle du Fayel. La duchesse, sa veuve, est
décédée dans sa quatre-vingt-onzième année, le 25 mai 1891, en son château
d'Anglesqueville, près Saint-Valery-en-Caiix. Ses obsèques ont eu leu, huit
jours après, dans la chapelle du Fayel, devant une nombreuse assistance,
venue de toutes les communes voisines. Douée d'un admirable jugement et de
toutes les brillantes qualités que le monde recherche, la duchesse de la
Mothe-Houdancourt, fut l'une des femmes les plus distinguées de la Cour de
Louis XVIII, et de de Charles X. A la mort de son mari, elle fit preuve de
réels talents dans l'administration de ses biens. Elle réorganisa tout ce
qu'avait bouleversé la révolution et répara les brèches faites à sa fortune.
La visite des pauvres et le soin des malades étaient ses distractions
favorites. Quatre enfants, un fils et trois filles sont nés de son union
avec le marquis de Walsh-Serrant. Son fils, Raoul-Philippe de Walsh-Serrant,
né à Paris, en février 1825, n'a guère vécu plus d'un an; il est mort le 17
avril 1826. L'aînée de ses filles, Léontine-Marie-Charlotte de
Walsh-Serrant, née le 31 janvier 1826, est décédée à Paris le 31 mai 1849.
La seconde, Mélanie-Joséphine-Marie-Thérèse de Walsh-Serrant, née au Fayel
en juillet 1827, est entrée au couvent de la Visitation d'Annecy, elle y est
morte, le 16 octobre 1866. L'unique héritière des biens et des titres de la
marquise de Walsh-Serrant, a été la comtesse douairière de Cossé-Brissac.
MAISON DE COSSÉ-BRISSAC - LE COMTE DE COSSÉ-BRISSAC (1829-1890):
Née le 2 février 1829, Alice-Marie de Walsh-Serrant a épousé à Paris, le 31
mai 1859, Aimé-Maurice-Artus-Timoléon, comte de Cossé-Brissac. Il pouvait
tirer gloire de la bravoure de ses ancêtres. On les retrouve toujours au
champ d'honneur aussi loin qu'on se reporte en arrière dans la succession
des siècles. Dans la grande salle des croisades, au musée de Versailles,
parmi les écussons placés sur les frises se voient les armes de Cossé: de
sable à trois fasces d'or, dentelées par le bas. Ce sont celles de Roland de
Cossé, qui en 1248, suivit saint-Louis à la sixième croisade et mourut en
Palestine. L'histoire de la maison de Cossé-Brissac se confond avec celle de
la France. Est-il plus grandes figures que celles de Charles 1er de
Cossé-Brissac et d'Artus, son frère, tous deux maréchaux de France, de
Timoléon de Cossé-Brissac, colonel des bandes de Piémont, et de Charles II,
son frère, gouverneur de Paris, dont les exploits ont retenti pendant tout
le XVIe siècle, de Louis-Hercule-Timoléon, duc de Brissac, colonel des
Cent-Suisses, grand panetier de France, gouverneur de Paris, massacré à
Versailles en septembre 1792. Nous ne citons que les plus célèbres. Toute
l'ambition du comte de Cossé-Brissac a été de garder un bon rang auprès de
ces illustrations de sa famille. Son père, Augustin-Marie-Paul de Cossé,
neuvième duc de Brissac, devint préfet du département de Marengo, en 1809,
et de celui delà Côte-d'Or, en 1812, et baron de l'Empire. Sa mère,
Augustine de Bruc-Signy, appartenait à une famille de Bretagne. Le comte de
Cossé-Brissac, naquit à Brissac, le 1er novembre 1829. Il fut secrétaire
d'ambassade de 1850 à 1862, en résidence à Turin, Madrid et Copenhague;
chambellan de l'impératrice Eugénie de 1862 à 1870; conseiller général de
l'Oise pour le canton d'Estrées-Saint-Denis de 1865 à 1870, et enfin député
de 1876 à 1880. Le voyage de Constantinople qu'il fit avec l'Impératrice, en
1869, pour l'inauguration du canal de Suez, l'éblouit par l'éclat de ses
fêtes.
Une paralysie est ensuite venue affliger son corps et le miner sourdement.
Ce fut peu de temps après le mariage de sa seconde fille avec M. le comte de
Moustier. La mort s'avançait lentement, mais le comte de Cossé-Brissac ne
s'en est pas effrayé. Il est resté sous ses étreintes, noblement fier comme
un chevalier du moyen-âge, calme et bon comme il sied à un parfait
gentilhomme. Partout et particulièrement au Fayel il a laissé de très vifs
regrets. Il est mort à Paris, en son hôtel de l'avenue deTourville, le 22
avril 1890, un an avant la duchesse de la Mothe-Houdancourt, sa belle-mère.
Son corps a été transporté au château du Fayel, le 25 avril. Aux titres de
chevalier de la Légion d'Honneur et de Chevalier des Saints Maurice et
Lazare, il joignait ceux de grand officier de l'ordre du Medjidié, de
commandeur des ordres du Danebrog, du Lion d'Or de Nassau, etc. Il a laissé
deux filles: Marie-Augustine-Élisabeth de Cossé-Brissac, née à Paris le 22
février 1860, mariée au Fayel le 3 juillet 1889, au baron de Valsuzenay; et
Élisabeth-Jeanne-Thérèse-Marie de Cossé-Brissac, née au Fayel, le 27 juillet
1861, mariée à Paris le 27 juin 1883, au comte Renault de Moustier, officier
de mobiles pendant la guerre de 1870, chevalier de la Légion d'Honneur pour
faits de guerre, secrétaire d'ambassade à Pékin, secrétaire de légation à
Buenos-Ayres, deuxième secrétaire d'ambassade à Madrid, à Saint-Pétersbourg
et à La Haye, conseiller général de Seine-et-Marne.
La comtesse douairière de Cossé-Brissac, devenue duchesse de la Mothe
Houdancourt et grande d'Espagne de première classe en 1891, s'est fait un
devoir de continuer à Anglesqueville les oeuvres de piété et de bienfaisance
si chères à sa mère, cependant elle n'a eu garde d'oublier le Fayel dont
elle fut la providence, comme l'avaient été ses ancêtres. Au château du
Fayel, se sont écoulées les plus belles années de sa vie. Son empressement à
secourir les malheureux, à visiter les malades, à réconforter les affligés y
est encore présent à toutes les mémoires, de même que son zèle à instruire
les jeunes filles. Elle sut trouver le secret d'unir aux habitudes les plus
austères le tact le plus fin et les attentions les plus délicates de la
charité. Depuis plusieurs années la santé de Madame de Brissac, duchesse de
la Mothe-Houdancourt, laissait beaucoup à désirer. Rien pourtant ne faisait
prévoir qu'elle quitterait ce monde avant l'inauguration de son école à
Saint-Sylvain, village en pleine Normandie dont dépend Anglesqueville.
Désireuse de se rapprocher de sa fille, la comtesse de Moustier, dont
l'indisposition lui donnait des inquiétudes, elle vint en décembre 1894 à
Paris, avec l'intention d'y rester deux mois. Elle y est décédée le 21
janvier 1895, après quelques heures de crise aiguë chez les Dames Augustines
de la rue Oudinot. Ses restes ont été transportés au Fayel, le 25 janvier
1895, et le lendemain, après de solennelles obsèques, ils furent réunis à
ceux de ses ancêtres dans la crypte située sous la chapelle du château.
Le château du Fayel a perdu beaucoup de ses richesses pendant la Révolution.
Il s'y trouve encore de bien belles épaves, auxquelles sont venus se joindre
de nouveaux souvenirs de famille. Nous ne citerons que les tableaux les plus
remarquables. Dans le vestibule, se trouve une tapisserie représentant la
Punition d'Ananie et Saphire; dans la salle à manger, les portraits de Jean
Colbert, marquis de Torcy, ministre et secrétaire d'État (1665-1746); du duc
et de la duchesse de Brissac, née de Bruc-signy; dans la salle de billard,
le portrait de Louise-Madeleine de Loménie de Brienne, marquise de
Rouault-Gamaches (1658-1739); dans le salon du rez-de-chaussée, le portrait
de la maréchale de la Mothe-Houdancourt de la Roche-Courbon (1697-1773);
dans la bibliothèque, celui de Madame de Choiseul, abbesse de
Sainte-Glossinde de Metz; dans une chambre voisine, celui de Philippe de la
Mothe-Houdancourt, mestre de camp (1558-1651); sur le palier du grand
escalier, les portraits en pied des duchesses de Ventadour et de la Ferté;
dans le salon du premier étage, les portraits en pied de
Louis-Hercule-Timoléon, duc de Brissac, colonel des Cent-Suisses, gouverneur
de Paris (1734-1792), et de son page L. de Tranquelléon (L. R. Trinquesse
pinxit 1777); les portraits de Philippe Rigaud, marquis de Vaudreuil,
lieutenant-général des armées navales, grand croix de Saint-Louis, et de la
marquise de Vaudreuil; le portrait de Louis-Geneviève, marquis de la
Mothe-Houdancourt, costumé en petit Saint-Jean (1724-1736), et celui de
Jeanne-Gabrielle de la Mothe-Houdancourt, sa soeur, marquise de
Rouault-Gamaches, dans l'attitude de sainte Madeleine pénitente (1723-1777).
Habituée au séjour d'Anglesqueville, où elle est restée longtemps auprès de
sa mère, Madame de Brissac a voulu y passer ses dernières années. Dès 1892,
elle a mis son château du Fayel à la disposition de M. le baron et de Madame
la baronne Creuzé de Lesser, qui s'étudient à y conserver les traditions de
piété et de charité, enracinées, pour ainsi dire, dans le sol, grâce aux la
Mothe-Houdancourt. Ils ont achevé l'oeuvre de restauration intérieure,
interrompue à la mort du comte de Cossé-Brissac. Leur sollicitude s'étend
sur tout le village qui de la sorte, ne peut se ressentir de l'absence des
propriétaires. C'est toujours la même bonté, la même courtoisie qui
accueille les visiteurs et la même charité qui pourvoit aux besoins des
pauvres et des malades et donne a tous les conseils et les encouragements de
la sagesse et de l'expérience. (1)
Éléments protégés MH: les façades et les toitures ainsi que le
pavillon dans le parc à l'angle sud-ouest du château : inscription par
arrêté du 13 janvier 1947. Les façades et les toitures des communs :
inscription par arrêté du 5 août 1980.
château du Fayel 60680 Le Fayel, tel. 03 44 83 90 03, visites pour les
groupes et sur rendez vous. Location salle réceptions, mariages, séminaires,
réceptions d'entreprises, manifestations culturelles et publicitaires,
concerts...
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constatez une erreur, contactez nous. Propriétaire de cet édifice, vous
pouvez enrichir notre base de données en nous adressant des photos pour
illustrer cette page, merci. (1) Le château du Fayel et ses seigneurs par M.
l'abbé Émile Morel (1842-1919), ouvrage publié sous les auspices de la
Société historique de Compiègne. Éditeur: H. Lefebvre (Compiègne): 1895.
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dans l'Oise" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
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