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Le sol de la Normandie est encore couvert de
ruines splendides: murailles à moitié écroulées, donjons crénelés couronnés
de lierre, restes vénérables d'anciens châteaux de l'époque féodale;
ailleurs des habitations moins importantes avec leurs tours d'angles, leurs
fossés remplis d'eau, perpétuent l'image de la défense et de la guerre.
C'est un soulagement d'apercevoir ensuite les constructions de la
Renaissance si pleines de charme et de caprice dans leur décoration, si
variées dans leur plan, si mouvementées dans leur aspect général. La série
des belles habitations rurales se clôt par les châteaux du XVIIIe siècle,
qui pastichent, avec plus ou moins de bonheur, sur des proportions
restreintes, les œuvres des architectes français du XVIIe siècle, imitateurs
quelque peu serviles du cavalier Bernin et de son école. Toutes les
constructions civiles du XVIIIe siècle, petites ou grandes, se sont
ressenties de cette influence. On peut discuter sur le rang qui appartient à
chacun de ces édifices de physionomie si différente, mais ils ont tous leur
genre d'intérêt que l'on peut saisir et goûter successivement, sans faire
preuve d'une absence de principe répréhensible, ou d'un éclectisme exagéré
en matière architecturale. Les châteaux du XVIIIe siècle, à défaut d'autre
mérite, caractérisent un moment tout spécial dans l'histoire de la société
française; ils respirent une sécurité insouciante, le goût des réceptions et
la joie de vivre. Heure fugitive, hélas, et qui eut un terrible lendemain.
Le château de Lignou, par l'une de ses parties, tout au moins, appartient à
ce genre de constructions.
La façade d'entrée, bien dans le goût du temps, nous offre un corps de logis
principal à un étage éclairé par quatre fenêtres, surmonté d'un étage de
mansardes à fenêtres en nombre égal et à fronton triangulaire. Le
rez-de-chaussée présente au centre deux grandes fenêtres, et aux extrémités
deux portes surmontées d'un fronton triangulaire. Ce corps de logis est
flanqué de deux pavillons à deux étages, n'ayant qu'une seule ouverture au
rez-de-chaussée et à chaque étage. Une rangée d'orangers en caisse
complétait, lors de notre visite, l'aspect de ce côté: c'est une mode encore
suivie aujourd'hui; elle l'était toujours au XVIIIe siècle. La façade
opposée, dont nous ne saurions indiquer exactement la date, a plus de
mérite. Avec son appareil élégant et les teintes diversifiées des matériaux
employés, elle prend une valeur nouvelle des eaux dans lesquelles elle se
mire et des masses d'arbres qui l'encadrent. C'est un décor varié qui
enveloppe de la manière la plus heureuse les grandes lignes de la
construction, et qui ajoute les séductions de la nature aux beautés de la
conception architecturale. C'est dans cette vision extérieure que gît le
grand intérêt du château de Lignou, la connaissance des menus faits dont il
a pu être le témoin ne saurait en rien l'augmenter. Cette belle habitation
appartient à M. Edouard de Vaucelles. (1)
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château : inscription
par arrêté du 8 mai 1973.
château de Lignou 61220
Lignou, propriété privée, ne se visite pas.
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