|
Près du bourg de La Motte-Fouquet se trouve un domaine
seigneurial anciennement possédé par la famille de la Motte (les premiers
documents que l'on connaisse datent de 1263-1267). Jean de la Motte avait
deux sœurs: Madeleine et Marguerite. La première épousa Messire Jacques de
Saint-Remy, la seconde, Claude de Sanzay, seigneur de Cossé. Jean de la
Motte, durant les troubles de la guerre civile, prit les armes contre son
prince et périt dans la bataille qui fut donnée près de Saint-Denis, le 10
novembre 1568. Ses biens furent confisqués et réclamés par ses deux
beaux-frères, les sieurs de Saint-Remy et de Sançay, dont l'attachement au
roi Charles IX ne s’était pas démenti. Ils les obtinrent, pour prix de leur
fidélité, par lettres patentes du 22 février 1570 et, dans le partage de ces
biens, la terre de la Motte demeura au sieur de Sanzay. Le 23 novembre 1611,
la comtesse de Sanzay céda la propriété de la terre et du château à son
neveu, Pierre de Saint-Remy, moyennant 600 livres de rente viagère. Cette
seigneurie passa ensuite aux mains de Guy-Antoine de Saint-Simon, marquis de
Courtomer, par son mariage avec Madeleine de Saint-Remy (25 décembre 1725),
qu'il ne faut pas confondre avec la première Madeleine de Saint-Remy, femme
de Jacques de Saint-Remy, décédée au château de la Motte, à l'âge de 90 ans,
puis fut vendue, en 1752, par Pierre de Saint-Simon de Courtomer, à
Jean-David de Falconer. Celui-ci avait vendu le château de Courtitout, près
Falaise, dont il fit remploi en achetant, en 1772, moyennant 482.400 livres,
la terre et seigneurie de La Motte. Sans avoir la prétention de rappeler
l’histoire de ces différentes familles, il est permis de visiter leur
domaine pour y chercher quelques traces du passé. Plus d’un secret enfoui
dans ces vieilles demeures peut être encore livré par elles à qui en
interroge la solitude.
A l'extrémité d’une avenue séculaire s’élève le château Louis XIII, qui a
remplacé un plus ancien manoir. L'accès en est défendu par un saut de loup
et par une grille armoriée dont les volutes et les chardons en fer forgé
laissent apercevoir une vaste cour enclose de constructions symétriques. Au
fond, la façade du château. De chaque côté, en retour de cette façade, mais
sans y être appuyés, de spacieux communs flanqués d’un pavillon carré,
profilent de hauts toits à la française et des lucarnes au fronton cintré.
Ce manoir a connu une longue période de splendeur. Des chevaux de luxe
piaffaient dans les écuries; les sons du cor et les aboiements des chiens
retentissaient dans les bois d’alentour et sous le dôme des grandes futaies.
Carrosses et litières entraient dans la cour et déposaient au pied du perron
une société choisie, la fine fleur de l'aristocratie des environs. Puis, la
Révolution a dispersé toute cette noblesse provinciale, vidé les écuries,
condamné les appartements, fait flamber les chartriers et chassé les maîtres
du logis. Plus tard, la tourmente apaisée, la demeure de la Motte a retrouvé
pour un temps, non les beaux jours irrévocablement révolus, mais un semblant
de vie dû au retour de M. de Falconer et à la présence de sa fille, Madame
de Saint-Léonard. Tous deux, après tant d’orages n’avaient plus qu’un rêve:
un asile non troublé avant l’éternelle quiétude sous une dalle de leur
chapelle. Par son mariage avec une petite-fille de Madame de Saint-Léonard,
M. Picquot de Magny était au début du XXe siècle propriétaire de ce domaine,
mais il habitait, près de Falaise, son château patrimonial de Rapilly, et
seuls, quelques appartements des communs de la Motte sont occupés par un
fermier régisseur, ancien serviteur de Madame de Saint-Léonard. Pour cette
belle demeure, l’heure avait donc sonné de l’irrémédiable décadence et,
depuis plusieurs années déjà, planait sur elle la tristesse des logis
abandonnés.
Nous avons visité l’intérieur de ce château à des époques différentes. Nous
nous rappelons y avoir vu des tapisseries à personnages, tendues dans un
cabinet lambrissé de chêne. À la même époque, on pouvait admirer, dans une
chambre, un lit Louis XIV, drapé de soieries à grands ramages. Il n’y a pas
bien longtemps, une console en bois doré faisait le plus bel ornement du
salon. À gauche de la porte d’entrée du vestibule, la chambre de Madame de
Saint-Léonard conserve, en face de l’alcôve aux boiseries sculptées, une
cheminée Louis XVI, surmontée d’un trumeau de glace. La salle à manger est
relativement petite. On y remarque une fontaine en marbre et, par l’unique
croisée, la perspective d’étangs sombres, dont l’eau dormante s'étend au bas
d’un escarpement planté d’arbres épais. Sur le plus haut palier de
l’escalier de granit nous retrouvions, à chaque visite, une ancienne malle
de cuir, aux robustes ferrures, au couvercle entrebâillé, laissant échapper
des liasses de papiers. C’étaient les dossiers de la haute justice de la
Motte, que nous ne pouvions lorgner sans un sentiment de curiosité. Elle est
aujourd’hui satisfaite, grâce à l'obligeance de M. le Curé de La Ferté-Macé,
qui, ayant obtenu communication de ces documents, a bien voulu nous en
permettre la lecture. Il a fait plus, car, avec l’autorisation de M. de
Magny, il a retiré d’un mystérieux placard un fort paquet de lettres qu’il
nous confia pour quelques jours. C’était une volumineuse correspondance
échangée postérieurement à 1789, entre M. de Falconer et Chéradame, son
dernier bailli, devenu son intendant. Dans ces lettres il est question, trop
souvent pour nous, de fermages à faire rentrer, de bois à abattre, d'animaux
à acheter ou à vendre, d’emprunts à contracter et de plusieurs autres
détails d'administration domestique.
Un document publié par M. Vérel fixe à l’année 1591, la date de la
construction de la
chapelle, placée sous le vocable de saint Hubert. Après avoir constaté que
la maçonnerie en coûta 27 écus sol, la charpente 25 écus, plus les journées
de quatre serviteurs pour les maçons, à 5 sols par jour, il donne le nom de
six chapelains: François Penlou, inhumé dans l’église de la Motte, le 9
février 1677; Mathurin Renault, le 17 avril 1716; G. Gaultier, 1716; A.
Esnault, 1736; René Vaillant 1747; Jacques Ledonné, 1755. Nous ajouterons à
ces noms: Pierre de Saint-Rémy, auquel succéda, le 18 juin 1664, Jullien de
Saint-Rémy. Les travaux de construction de cette chapelle furent poussés
avec beaucoup de lenteur, puisque, commencée à la fin de 1591, elle n’était
pas encore bénite en 1614 et ne le fut qu’en 1646, par le doyen de la
Roche-Mabile. Elle subit, depuis cette époque, d'importantes restaurations,
comme il appert de la date de 1699, gravée sur le linteau de la porte. Le
campanile élégant, qui surmonte le toit, cache, dans le feuillage des
arbres, une croix en fer forgé, enrichie d’ornements artistement ouvragés.
En dépouillant les anciennes minutes du notariat de la Ferté, nous avons
retrouvé deux actes de prise de possession. Le premier, de 1636, concerne la
cure de la Motte; le second, de 1664, la chapelle de Saint-Hubert. Ces
titres relatent les cérémonies prescrites, en pareille circonstance, par le
droit canon. (1)
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château, des deux
ailes des communs, de la charretterie et du moulin; la chapelle; le porche à
bossages: inscription par arrêté du 14 novembre 1980. (2)
château de la Motte 61600 La Motte Fouquet, lieu-dit Moulin de la Motte,
tél. 02 33 30 23 65, suites dans l'une des dépendances du château donnant
sur la cour d'honneur d'un côté et sur les étangs de l'autre. Visite des
parties classées, charretterie et jardins, ouvert du 30 mai au 29 août de
10h à 18h.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Propriétaire de cet édifice, vous
pouvez enrichir notre base de données en nous adressant des photos pour
illustrer cette page, merci.
A voir sur cette page "châteaux
dans l'Orne" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|