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A la fin du XIXe siècle, le château de
la Poupelière, avec son vaste hall, ses baies largement ouvertes donnant vue
sur le parc et sur la vallée voisine, ne rappelle en rien le sombre manoir
aux fenêtres étroites et grillées, aux murs épais, aux doubles portes
garnies de ferrures capables de résister à un assaut, aux fosses profonds,
dont les Payen, au XIVe siècle, firent sinon une forteresse, tout au moins
une place de refuge pour les protestants de la région. De cette
construction, remontant peut-être au temps de Philippe le Bel, en 1292, la
vavassorie de la Poupelière arriva aux Payen par le mariage de l'un d'eux
avec une riche héritière du pays, Catherine de Brescey, rien ne subsiste que
la chapelle, qui rappelle des souvenirs chers aux réformés, tandis que le
manoir, survivant mutilé de nos guerres civiles, conservait dans sa ruine
même l'aspect farouche et terrible qu'il avait au temps où la religion
devint le prétexte d'une véritable guerre sociale, qui répandit la
désolation jusque dans nos paisibles vallées. Un lierre touffu couvre les
murs de la chapelle et ajoute à son aspect vénérable. Une cloche du XVIe
siècle, jadis placée dans un campanile, occupe la place d'honneur dans le
sanctuaire, parce que c'est elle qui sonna le tocsin dans la nuit historique
où le culte réformé fut inauguré au cœur du Bocage. Une nuit, dit M. le
comte de la Ferrière, Guillaume Payen, secrètement gagné aux idées de la
Réforme et en correspondance avec leurs propagateurs, fait sonner cette
cloche à toute volée. Réveillés dans leur premier sommeil, les gens des
villages voisins accourent en foule au château, croyant à un incendie; et
qu'y trouvent-ils ? un ministre protestant, venu tout récemment de Jersey,
Guillaume Berthelot, qui, cette nuit-là, fit son premier prêche dans notre
Bocage. A Berthelot se joignit un vicaire de Vassy, passé dans le camp des
calvinistes. Le sire de Vassy, lui-même, suivi bientôt du seigneur de
Rouvrou, du seigneur de la Fressengère, fief de la paroisse d'Athis, le
bailli de Condé se déclarèrent hautement protestants.
Bientôt la chapelle de la Poupelière ne suffit plus à contenir les fidèles
du nouveau culte. Berthelot va prêcher tour à tour au bourg voisin de
Sainte-Honorine et dans les villages de la Vallée et de la Ménardière. Il
étend sa propagande dans les communes environnantes et se fait entendre à
Berjou, au village des Cours, à Athis, au village de la Quentinière, à
Ronfeugeray, où plus tard s'éleva un temple protestant. Une lutte violente
ne pouvait manquer d'éclater entre les catholiques et les réformés. Se
sentant les moins nombreux et les moins forts, ceux-ci prirent l'offensive.
Les deux curés de Sainte-Honorine, menacés de mort, n'eurent que le temps de
s'enfuir pour éviter le sort des trois prêtres et du curé de Villers, qu'on
venait de massacrer. De concert avec les gentilshommes ses sire de la
Poupelière avait levé une compagnie de gens de pied, équipé quelques
cavaliers, et s'était mis en communication avec Montgommery. Un soir, le 31
août 1662, il surprend Vire; mais la ville n'est pas tenable, et bientôt il
y est attaqué, à son tour, par le duc d'Etampes et par Matignon. Après une
défense héroïque, La Poupelière tomba aux mains des gens de Matignon, et ne
dut la vie et la liberté qu'au dévouement de Françoise de Pommereul, sa
femme. Que devint-il ensuite ? nous l'ignorons. Ce qui est certain, c'est
qu'il exerça de terribles représailles sur ses voisins catholiques. Il
saccagea le château de Saint-Sauveur, voisin du sien, et traita de même
l'habitation du sieur Delozier, à Ménil-Hubert. Suzanne, sa fille unique,
dame d'honneur de Madame, sœur unique du roi, épousa Jacques Lefèvre, sieur
du Radier, dont la petite-fille, Anne Lefèvre fut l'héroïne d'un roman dont
on trouve le récit dans l'Histoire du canton d'Athis.
"Le jour même de l'enterrement de son grand-père et pendant qu'on lui
rendait les derniers devoirs, elle fut enlevée du château de la Poupelère
et, chose étrange, il y eut un moment ou sa mère et son tuteur Jacques Poret,
seigneur de Berjou, s'accusèrent réciproquement de cet enlèvement: la mère
prétendant que Jacques Poret avait la pensée de marier cette jeune fille à
son fils; le tuteur, de son côté, accusant la mère d'agir dans des vues
d'intérêt, et de s'être fait assister dans l'enlèvement de sa fille, par M.
de Baudre, sieur de la Vallée, qu'elle épousa depuis... La justice était
déroutée; mais heureusement tout s'éclaircit, et la jeune fille, cause de ce
singulier conflit, fut enfin retrouvée: la mère l'avait placée en lieu sûr;
elle finit par épouser, en 1669, Isaac Auvray, seigneur de Bernay-sur-Orne".
Une héritière des Auvray apporta en dot, en 1775, à François Legonidec, la
terre de la Poupelière. Un de ses petits-fils fut député de l'Orne en 1825.
Devenu la propriété de M. Hardy-Lafosse, conseiller général de l'Orne, le
château de la Poupelière a été reconstruit à la fin du XIXe siècle par son
petit-fils, M. André Velay. (1) Le dernier propriétaire du château était
John Palmer, anglais richissime et escroc, qui crée après son achat, un golf
de 18 trous avec logements sur place (bungalow). L’établissement est ouvert
quelques années puis fermé. Il est ensuite laissé à l’abandon, pillé,
saccagé et se trouve maintenant dans un triste état. Lire cet article:
chateau-poupeliere-un-fiasco-justice-anti-blanchiment
château de la Poupelière ou Pouplière 61430 Sainte-Honorine-la-Chardonne,
propriété à l'abandon et entièrement pillée aujourd'hui.
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