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Château de Saint-Sauveur à Sainte-Honorine-la-Chardonne
 
 

      A la fin du XIXe siècle, le château de Saint-Sauveur avait l'aspect triste et désolé des lieux inhabités. C'est un édifice du genre Louis XIII, avec cour d'honneur, balustrades, douves, terrasses et jardins. Il présente un corps de bâtiment flanqué de deux ailes, avec deux étages de fenêtres, surmontées d'élégantes lucarnes. A l'intérieur, quelques boiseries subsistent dans les chambres du premier étage. Une futaie de hêtres et une longue avenue appelée "chasse", des bois taillis et des bosquets d'arbres de divers essences lui forment une demi-couronne de verdure. Saint Sauveur qui appartint aux Le Boisne, fut acheté par Marguerin de Grésille, en 1505. Cette acquisition fut la source de nombreux embarras et de graves difficultés avec la famille Payen de la Poupelière. Marguerin mourut empoisoné à Falaise en 1521. Son fils Nicolas se vit, par trois fois dépossédé de son château, et conduit par son terrible cousin, Guillaume Payen, dans les prisons de Pontorson et Avranches, où Montgommery, le chef politique du protestantisme en la contrée, était maître absolu. Son successeur, Louis de Grésille, épousa Madeleine de Mesnage, fille de l'ambassadeur de France auprès de Charles-Quint. Leur fils Jacob obtint, en considération de ses loyaux services, l'autorisation de porter le nom de Saint-Sauveur, et ses terres furent érigées en plein fief de haubert avec titre de baronnie. Il construisit le château actuel. Voués au parti des armes, braves guerriers, les Saint-Sauveur étaient aussi de hardis chasseurs, jaloux de maintenir leur privilège. Vers 1720, un jeune homme du village du Fang, en bérijon, pris par les gardes, s'enfuyait à toutes jambes. On lança à sa poursuite un chien vigoureux; le fugitif se retourne et tue le chien. Peu après, effrayé de son aventure, il quittait le pays et se réfugiait à Paris, où il exerça l'état de boucher. Sa fille, d'une rare beauté, est devenue Madame de Pompadour.

A la Révolution, Claude-Michel de Saint-Sauveur émigra et mourut à Verviers, pays de Liège, le 17 novembre 1793. Dix-huit ans plus tard, son fils aîné, Henri de Saint-Sauveur, voulut rejoindre Louis de la Rochejacquelein qui, aux Cents-Jours, fit soulever l'ancienne armée de son frère. Parti malgré les supplications de sa femme, Henriette de Guerpel, malgré les larmes de son jeune fils, Sosthène, et les instances de ses serviteurs et de ses amis, il arriva à Cossé-le-Vivien le soir du 27 mai 1815. Les bataillons insurgés du général d'Aiidigné de Sainte-Gemmes venaient de s'y installer. La nuit suivante, vers deux heures du matin, la fusillade retentissait dans les rues. Une troupe de gendarmes, accourue de Laval, avait pu surprendre les royalistes. Les mémoires du major de Guesdon, que nous avons récemment découverts, nous ont appris la triste fin du baron. Voici le texte: "Ceux des nôtres qui périrent, furent massacrés alors qu'ils sortaient des écuries avec leurs chevaux. Un M. de Saint-Sauveur, venu des environs de Caen pour rejoindre M. de la Rochejacquelein, fut rencontré par les gendarmes au moment où il conduisait son cheval dans la rue; il avait une cravache à la main. On le fusilla sur-le-champ; et, parce qu'on trouva beaucoup d'or sur lui, on crut qu'il était le trésorier de notre petite armée". Ce M. de Saint-Sauveur, tué à Cossé, était le baron Henri de Saint-Sauveur de Sainte Honorine-la-Chardonne. Sa mère, Aglaé de Morell d'Aubigny, qui s'était servie de l'influence de François Le Gonidec, ancien officier de l'armée de Charette, pour engager son fils à partir en Vendée, écrivit tristement sur le manuscrit où elle avait consigné ses souvenirs de la Révolution: "mon fils est mort à 34 ans, victime de sa bravoure et de son zèle pour Louis XVIII. Sa perte a mis le comble aux malheurs de son infortunée mère". (1)

Éléments protégés MH: les façades, les toitures; la terrasse et les deux ponts sur les douves avec leurs balustres: classement par arrêté du 29 décembre 1978. Le décor peint du grand salon du logis; l'assiette du jardin avec les éléments bâtis (bassin portail) l'avant-cour; les douves en eau avec les éléments du système hydraulique): inscription par arrêté du 11 septembre 2009 (2)

château de Saint-Sauveur 61430 Sainte-Honorine-la-Chardonne, propriété d'une société, visite des extérieurs.

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source de la photo par satellite : https://www.google.fr/maps

 
 


(1)    source: La Normandie Monumentale et Pittoresque, (Orne) Lemale & Cie. Imprimeurs, Éduteurs, achevé d'imprimer le 25 septembre 1897.
(2)    source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique
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