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A l'origine d'une riante et fertile vallée
qu'arrose la Clarence, aux sources mêmes de cette petite rivière, s'élève le
village de Bours, entouré de six hameaux de chétive importance, mais
d'aspect fort pittoresque: Maretz, Moyenneville, Gricourt, Faux, Autigneul
et Noyelle. Toute la population qu'ils renferment ne dépasse pas de beaucoup
six cents âmes. Plusieurs indices portent à croire que ces lieux,
aujourd'hui bien agrestes, étaient couverts jadis de constructions
considérables. Bours est très ancien. Son nom dérive du celtique Bor (Burgus),
ainsi que le remarque M. Harbaville, dans son Mémorial archéologique. On
voit, dans les bois du voisinage, plusieurs buttes, élevées de main d'homme,
dont la forme rappelle exactement celle des tombelles gauloises ou
celtiques. Elles n'ont pas été fouillées. Dans la plaine, sur les confins
des territoires de Bours et de Diéval, l'on à reconnu une chaussée romaine.
Sous le sol de cette même plaine, sont cachées des fondations, qui
s'étendent fort loin; et la charrue y retourne souvent des fragments de
meules, de vases de terre, de tuiles épaisses, à larges rebords, appartenant
à l'époque gallo-romaine. On y a recueilli des monnaies de bronze du haut
empire, des ornements de même métal, des débris d'armes, etc. Une
circonstance assez digne de remarque est celle-ci: les eaux versées par les
pluies sur une surface considérable de terrain cultivé, sont absorbées par
un grand nombre d'ouvertures en forme d'entonnoirs, communiquant
probablement avec des carrières où avec de grands souterrains de refuge
creusés profondément dans la pierre. Quelle que soit l'abondance des pluies,
et bien que l'eau entraîne avec elle une certaine quantité de terre et de
menus cailloux, jamais l'on ne voit ces réceptacles regorger ou obturer. A
peu de distance du village est une grande levée de terre, de forme arrondie,
entourée d'une dépression qui rappelle un large fossé. Ce sont
vraisemblablement les vestiges d'un château élevé sur une motte, selon
l'usage des IXe et Xe siècles. On désigne dans le pays ce lieu sous le nom
de château de Tartarin. Un peu plus loin se voit une autre enceinte
circulaire, formée par des fossés, aujourd'hui comblés en partie et couverts
de taillis.
Bours était au moyen-âge le siège d'une baronnie et la demeure d'un des
pairs de cette Comté de Saint-Pol, qui à jeté tant d'éclat sur l'histoire de
cette province. Nous ne trouvons le nom de cette terre cité ni dans les
chroniques ni dans les anciens titres avant l'an 823. Il figure, à celte
date, dans un inventaire des propriétés de l'abbaye de Saint Riquier.
Carpentier, dans son Estat de la Noblesse du Cambrésis, mentionne, parmi les
bienfaiteurs des abbayes de Saint-Aubert et de Saint-André, Hugues de Bours,
en 1159. Duchesne rappelle les donations faites par Jean de Bours et son
fils Régnier à l'abbaye d'Anchin (1175). Aux archives du département du
Pas-de-Calais, on trouve une quittance à la date de 1291 donnée par Raoul
Delefontaine, au nom de Jehan de Bours. Cette famille de Bours, l'une des
plus anciennes et des plus puissantes du pays, s'est surtout illustrée au
XVe siècle. Vitard ou Wiscart de Bours est mort glorieusement, en 1416, à la
funeste bataille d'Azincourt, où il s'était signalé par sa bravoure. Son
fils, Maillotin de Bours, n'avait pas dégénéré de la valeur paternelle. On
se rappelle, entre autres prouesses qui ont rendu son nom longtemps
populaire en nos contrées, son mémorable duel à outrance contre Hector de
Flavy, au milieu de la Grand'Place d'Arras, en présence de Philippe-le-Bon,
duc de Bourgogne (1431). Il fut plus tard grand écuyer du duc et bailly de
Cambrésis. Vers le milieu du XVe siècle, Guillaume de Bours, dit Wiscart,
distingué comme ses ancêtres par ses qualités guerrières, possédait encore
la terre et le château dont nous nous occupons. Guillaume était en 1472,
chambellan du roi de France, Louis XI. Il n'a pas laissé d'enfants mâles. La
terre de Bours est passée, par alliances, à d'autres familles. Elle
appartient à la fin du XIXe siècle à celle de Sainte-Aldezonde-Noircarme.
Avant d'aborder la description de l'un des plus anciens châteaux fortifiés
qui nous restent, il ne sera peut-être pas hors de propos de rappeler, en
peu de mots, les causes qui firent, à une certaine époque, couvrir la France
de forteresses et portèrent la noblesse à s'enfermer dans ces sombres
demeures. Subjuguée, asservie quelque tems par le génie supérieur et le bras
invincible de Charlemagne, la féodalité avait par degrés recouvré sa force,
sous le règne des successeurs de ce grand prince, incapables de retenir
d'une main ferme le pouvoir qu'il leur laissait. Pendant un siècle entier,
elle avait sourdement lutté contre l'autorité royale. La faiblesse de Louis
le Bègue lui donnait la victoire. Elle en profita pour fortifier son
organisation et assurer sa puissance. Jusqu'alors on n'avait guère élevé de
places fortes ailleurs que sur les marches ou frontières: il fallait être
comte ou marquis pour construire une citadelle. À dater de ce moment, tout
baron voulut avoir son fort; tout homme noble habita derrière un rempart; le
plus petit possesseur de fief se construisit sa tour. Toutes nos provinces
se hérissèrent de murs crénelés et de donjons. Dès lors, la défense du
territoire fut assurée contre les incursions des barbares. Les châteaux,
fournissant un abri aux populations des campanes, atténuèrent les effets
dévastateurs des guerres du moyen-âge. Les seigneurs aussi n'eurent plus à
craindre la rébellion de leurs vassaux. Il est vrai qu'ils furent encouragés
en même tems à braver quelquefois l'autorité du suzerain et poussés, trop
souvent, à des luttes regrettables avec leurs voisins. Mais c'est de cette
époque que datent la gloire de la noblesse de France et l'éclat poétique
dont a brillé longtemps notre chevalerie. Les premiers châteaux furent très
simples. Sur une éminence ordinairement artificielle, on élevait un donjon
qui n'était le plus souvent qu'une tour de charpente; puis on l'entourait, à
distance, d'un rempart de terre, garni de palissades et défendu par un
fossé. Mais bientôt ces forteresses s'agrandirent et l'on y multiplia les
moyens de défense. Ainsi l'enceinte extérieure fut muraillée, crénelée et
flanquée de tours. Les donjons devinrent de solides constructions en
maçonnerie, d'une masse imposante, s'élevant à une grande hauteur, garnies
de tourelles qui flanquaient leurs faces, entourées comme l'enceinte de
fossés profonds, munies de tous les appareils les plus puissants qu'on ait
jamais imaginés pour repousser une attaque, avant l'invention des armes à
feu. Ce furent de véritables citadelles. Le château que nous avons à étudier
était de ce genre.
La forteresse de Bours se composait d'un mur d'enceinte, crénelé, flanqué de
six tours engagées, et d'un donjon carré, isolé, flanqué lui-même, à chaque
angle et sur deux de ses faces, de tourelles appliquées; le tout solidement
construit en grès, de moyen appareil, et protégé par des fossés, toujours
remplis d'eau vive, baignant les murs extérieurs et ceux du donjon.
L'enceinte a complètement disparu. On ne possède pas sur sa forme et ses
dimensions d'autres renseignements que ceux qui précédent. On sait seulement
que l'on y pénétrait par une seule porte, munie d'un pont-levis et défendue
par une herse. Dans cette enceinte se trouvaient des bâtiments d'habitation
pour les seigneurs et les gens de leur service, des casernes pour les hommes
d'armes, des écuries, des magasins et des dépendances diverses. Au centre de
la cour s'élevait le donjon. C'est la seule partie qui subsiste aujourd'hui;
elle est intacte. Nous allons essayer de décrire avec quelques détails, et
le plus clairement qu'il nous sera possible, cette imposante construction,
digne, par sa haute antiquité, son caractère singulier, sa parfaite
conservation, de toute l'attention des archéologues. Qu'on se figure une
grosse tour carrée, haute de treize mètres environ; qu'à chacun de ses
angles on applique une tour cylindrique, de pareille hauteur: puis que, sur
deux des faces opposées de la grosse tour, et dans leur milieu, l'on ajoute
encore une tourelle arrondie, s'élevant au niveau des premières; que l'on
couvre la tour carrée d'un grand comble à quatre pentes, avec facettes aux
angles; que l'on coiffe d'un petit comble conique chacune des six tours
rondes: on aura une idée assez juste de l'ensemble de l'édifice vu du dehors
et à distance. Les tours rondes sont d'inégal diamètre, mais pareilles deux
à deux. Toutes sont portées sur des encorbellements, dont chaque assise est
taillée sous forme d'un tore fortement accusé, et qui s'appuient sur un
petit pilier carré, partant du sol.
Deux cordons, où filets saillants, courent autour de tout l'édifice et
distinguent les étages. Leur coupe donnerait un triangle presque
équilatéral. On ne voit à l'extérieur aucun autre ornement. Seulement, entre
deux des tourelles et dans le soubassement, on peut remarquer une tête
humaine grossièrement sculptée, rappelant les modillons de style roman. Elle
est peu visible; elle ne sert pas à la décoration; elle paraît se trouver là
par hasard, la pierre qui la porte ayant été tirée des débris d'une
construction antérieure. Une rampe extérieure, en pierre, de douze degrés,
conduit à une porte étroite el haute, de forme rectangulaire, seule
ouverture qui donne accès dans l'intérieur. Elle est percée dans l'une des
faces du donjon qui ne portent pas, en leur milieu, de tourelles appliquées.
Dès qu'on a franchi le seuil, on se trouve sous un long et large tuyau
rectangulaire, garai du haut en bas de rainures destinées à guider une herse
de fer, dernière défense contre l'ennemi qui aurait pu forcer l'enceinte et
les autres obstacles. Si l'assaillant essayait de briser ou de soulever
cette barrière, il était exposé, pendant cette difficile opération, à tous
les projectiles que les assiégés, à couvert, n'avaient qu'à laisser tomber
sur lui pour l'écraser. Toute la hauteur de l'édifice se divise en quatre
parties inégales. La partie inférieure, placée un peu au-dessous du niveau
du sol actuel, est une sorte de cave, peu profonde, recouverte d'une voûte
d'un seul berceau, sans moulures, qui parait être assez moderne. C'est la
seule voûte qu'on voie dans toute la construction. Une grande salle de
quatorze pieds sur seize, occupant le creux de la tour carrée, forme
aujourd'hui le rez-de-chaussée. La porte, accessible par la rampe
extérieure, que nous avons décrite, s'ouvre de plein pied sur cette salle.
L'étage supérieur est pareil. Au-dessus viennent les combles. Un escalier en
pierre, de soixante-trois marches, conduit à la salle du premier étage et au
grenier. Dans les autres tours se trouvent à chaque étage des cabinets
communiquant avec la salle centrale. Les petites fenêtres qui éclairent les
chambres et les cabinets sont uniformément rectangulaires. Seulement, leurs
angles supérieurs sont coupés par une saillie en quart de rond, fournie par
les pieds-droits, pour diminuer la portée de la pierre qui sert de bandeau.
Il faut remarquer que ces fenêtres ne s'évasent pas à l'intérieur, comme
cela s'observait souvent, pour faciliter l'emploi des armes de jet, quand
les ouvertures destinées à donner du jour devaient servir en même temps
d'embrasures pour la défense.
L'édifice que nous venons de décrire se distingue, entre les plus
intéressants du même genre, par la beauté et la singularité de sa
construction. Les châteaux qui lui ressemblent le plus n'offrent que quatre
tourelles adossées à la tour carrée, comme celui de Provins, et celui de
Carcassonne qui remonte au VIe siècle. Sans doute celui-ci est loin de
rappeler la richesse d'ornementation des châteaux d'Ollehain, de Fressin, et
de plusieurs autres dans nos contrées; mais il est bien plus précieux par
son antiquité. C'est d'ailleurs presque le seul donjon que le département du
Pas-de-Calais ait conservé. On trouve, parmi les volumineux documents sur le
diocèse d'Arras qu'a recueillis le Père Ignace, un passage qui atteste que
le château de Bours existait déjà dans le XIIe siècle, et qu'il avait été
bâti sur l'emplacement d'un autre plus ancien. Cela n'exclut pas une origine
antérieure au XIIIe siècle; et j'ai la conviction qu'il faut placer celte
origine au milieu de cette période de la féodalité qui vit s'élever tant de
forteresses de pierres et qui changea presque tous nos villages en places de
guerre. C'est au XIIe siècle que je crois pouvoir rapporter cette
construction. Il est vrai qu'un auteur moderne attribue à ce Maillotin de
Bours, cité plus haut, qui se signalait par ses exploits dans la première
moitié du XVe siècle; mais les caractères de l'architecture protestent
contre cette assertion. Il se peut que Maillotin ait restauré, agrandi,
complété le château et son enceinte extérieure; mais il ne paraît pas qu'il
ait pu bâtir le donjon ou même le modifier. D'abord, on s'accorde
généralement à reconnaître qu'il ne fut plus élevé de donjons isolés après
le milieu du XIIIe siècle. On se borna dés lors à une tour cylindrique, plus
forte et plus haute que les autres, s'adossant à la construction principale,
aux bâtiments d'habitation. Les châteaux avaient perdu d'ailleurs la
sévérité d'autrefois.
D'un autre côté, l'on ne trouve dans notre donjon aucune trace de l'ogive,
qui se montre dans toutes les constructions postérieures au XIIe siècle. On
n'y voit ni ces mâchicoulis ni ces moucharabis, dont l'usage fut général aux
XIIIe, XIVe et XVe siècles. La saillie médiocre des tourelles, les moulures
rondes des encorbellements, les petits piliers qui les supportent, indiquent
une époque reculée. Ces supports ont été supprimés dans les constructions du
XIIIe siècle; les tours se sont dégagées, jusqu'à paraître ne toucher qu'à
peine l'édifice principal; le profil des moulures a pris plus d'élégance. La
forme qu'affectent ici les fenêtres se retrouve au château de Loches, qui
est du XIIe siècle; celle des cordons ou filets saillans que nous avons
décrits ne dément pas celte date. Tout semble donc nous indiquer une époque
où régnait encore l'architecture romane. J'ajouterai une dernière
observation. L'église de Bours présente tous les caractères de la fin du
XIIe siècle, époque où le style ogival commençait à se substituer
partiellement au style roman, qu'il devait bientôt détrôner. Or, il est
impossible, en comparant l'église et le donjon, de ne pas reconnaître que
celui-ci est manifestement antérieur. Les seigneurs ont bâti d'abord leur
manoir féodal; puis ils ont songé à la maison de Dieu, qu'ils se sont
efforcés d'embellir de tous les ornements d’un art nouveau. Bours a dû
soutenir plus d'un siège, repousser plus d'un assaut: il est probable que
c'est la guerre qui a renversé son enceinte extérieure. Mais, à cet égard,
les chroniques sont muettes. Au reste, avant l'usage du canon dans les
sièges, cette place devait être très forte, tant par la solidité de ses
murailles et la multiplicité de ses défenses, que par sa situation sur un
sol baigné d'eau, où la mine était impossible et la sape très difficile. Le
vieux donjon, qui à bravé durant tant de siècles, les efforts des hommes et
du tems, restera debout de longues années encore, comme un souvenir des âges
héroïques de notre histoire, grâce au zèle éclairé de la noble famille dont
il est la propriété. (1)
donjon de Bours 62550 Bours, il constitue un bel exemple d'une demeure d'un
seigneur artésien du moyen-âge. tél. 03 21 04 76 76, ouvert au public,
visites guidées de mi-mars à mi-novembre les samedis, dimanches et jours
féries de 14h a 18h.
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chaleureusement M. Vincent Tournaire du site
http://webtournaire.com/paramoteursparapentes.html,
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