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Château d'Hardelot à Condette
 
 

           Malgré la destruction du couronnement des tours et des courtines, l'absence du donjon et de la porte principale, le château d'Hardelot, tel qu'il existe actuellement, présente encore l'aspect d'un château du XIIIe siècle. Son enceinte extérieure n'a guère subi de transformations depuis l'époque de sa première construction. Mais il y aurait présomption à affirmer que le château ne remonte pas à une époque plus reculée. Il parait, au contraire, très probable qu'une forteresse de son importance, dans une telle situation, n'est pas née tout d'un coup, sans antécédent et sans motif. Sa position a sans doute servi d'emplacement à un poste militaire occupé par les Romains. On a découvert dans les environs d'Hardelot des vestiges d'antiquités qui attestent le passage des Romains. On peut même dire que le sol, dans cette partie du Boulonnais, abonde en antiquités romaines et mérovingiennes. Tous les auteurs qui se sont occupés d'Hardelot sont unanimes pour reconnaître que ce château a été construit afin de résister aux Normands qui venaient souvent débarquer sur la côte pour ravager l'intérieur du pays. Nous verrons plus loin que le célèbre Philippe Hurepel "se distingua surtout par le grand nombre de chasteaux qu'il fit réparer ou construire... que la pluspart des ouvrages qu'il construisit ne furent que de simples réparations; d'autant qu'entre tous ces chasteaux il y a une si grande différence pour l'antiquité, que plusieurs subsistoient depuis longtemps avant l'arrivée de ce Philippe-le-Velu dans le pays Boulonnais. Ce même Philippe rétablit l'ancien château d'Hardelot qui subfistoit depuis longtemps et que ce château avoit été bâti pour réprimer les ravages des Normands qui venoient assez souvent débarquer du coté d'Etaples pour ravager ce pays".
Un autre auteur dit avec une égale précision "qu'Hardelot,forteresse remarquable, a été construit pour arrêter les ennemis qui venaient débarquer dans le port d'Etaples et les empêcher de pénétrer dans la ville de Boulogne". L'époque des invasions normandes est une des parties les plus obscures des annales boulonnaises. Nous savons cependant que leurs incursions furent extraordinaires dans le pays, surtout vers l'embouchure de la Canche, et que Charlemagne, fortement préoccupé par les incursions de ces pirates, ordonna d'établir des défenses sur toute l'étendue de la côte. Non content de prescrire ces mesures, Charlemagne vint à Boulogne en 800, parcourut toute la côte, forma une flotte et laissa des troupes pour combattre les ennemis. En 810, le monarque revint à Boulogne pour activer les travaux ordonnés pour résister aux barbares du Nord. En 811, Charlemagne se rend de nouveau à Boulogne pour voir les dispositions faites et à faire contre les Normands. Il part satisfait de l'excellent état de défense dans lequel il laisse la côte Boulonnaise. La situation d'Hardelot, déjà occupée par un reste d'une ancienne défense romaine, était trop favorable à la défense contre les Normands pour que l'oeil perçant de Charlemagne n'ait pas reconnu de suite les avantages d'une telle position et qu'il ait laissé à ses successeurs le soin d'en tirer parti. Cet avis est d'autant plus probable que le château d'Hardelot, considéré comme si remarquable, n'était pas encore une barrière assez forte contre les incursions des Normands et qu'on se crut obligé, pour le consolider, d'établir autour d'Hardelot une enceinte de châteaux-forts tels que les châteaux de Belle-Fontaine, de Haut-lez-Locques, de la Haye, de Saint-Etienne, de la Rivière, d'Hesdigneul et même du Choquel.
D'après ces considérations, il serait permis de croire que les ruines que nous voyons à Hardelot sont les restes d'un des nombreux ouvrages élevés par Charlemagne. La mort de Charlemagne fut comme le signal d'une nouvelle invasion des Normands qui purent impunément effectuer leur descente sur les rivages de l'ancien empire des Francs. Dans le Boulonnais, leurs excursions furent plus nombreuses que dans les autres parties de la France; de 842 à 864, partout, le pays fut "destruict avec meurdres exécrables et grande effusion de sang de tout sexe et age". Ainsi une ordonnance enjoignit de construire dans tout le pays des châteaux, même dans les villages, pour se défendre contre les insultes des Barbares. C'est de cette époque que date la construction de toutes les forteresses du pays, parmi lesquelles on cite Hardelot qui aurait été restauré sous le règnede Charles-le-Chauve, l'année même où Paris fut pillé par les Normands. L'histoire est muette sur les détails qui concernent Hardelot pendant cette période, mais, sans aucun doute, le "Castrum insigne" élevé par Charlemagne sur les ruines de l'antique Villa rustica des Romains, et restauré par les soins de Charles-le-Chauve, fut souvent attaqué, pris et repris, détruit et réédifié, occupé et abandonné par les légions normandes et françaises. En 892, à la suite des invasions des Normands, les habitants, affolés par la crainte, affaiblis par la misère, sans domicile et sans pain, quittèrent les forêts où ils s'étaient réfugiés. Ils vinrent chercher protection près du château d'Hardelot et commencèrent à former cet amas de demeures que nous trouverons ailleurs désigné sous le nom de "bourg et de villa d'Hardelot".

Hardelot sous les comtes de Boulogne: les châtelains.

Sous le régime féodal le château d'Hardelot fut une maison de plaisance des comtes de Boulogne. Sa situation non loin de la mer et à côté d'une forêt favorisait ce but. Car, à l'imitation des rois de France, leurs suzerains, et des autres seigneurs, les comtes de Boulogne partageaient leurs moments entre les devoirs de l'administration civile et militaire de leurs états et le plaisir de la chasse. Formés pour la guerre et peu habiles à toute autre occupation, ils en retrouvaient une image dans la chasse. La forêt qui avoisine Hardelot leur offrait, par sa vaste étendue et l'abondance du gibier qu'elle possédait, une source d'agréables distractions. Ses arbres touffus et serrés, ses taillis, ses buissons recelaient des animaux nombreux et de races variées dont les habitants du pays éprouvaient sans cesse les ravages. Il était utile, et il n'était pas sans danger de combattre les sangliers, les loups, les cerfs, les chevreuils, les aigles, les lapins... qui peuplaient la forêt d'Hardelot dont ils étaient les hôtes dévastateurs et incommodes. C'est pour ce motif que fut approprié, près de la forêt d'Hardelot, le château, véritable repos de chasse pour les comtes de Boulogne et les seigneurs du pays, leurs invités, dont l'ambition était d'être tout à la fois des chasseurs adroits et des hommes de guerre redoutés. "Tous les jours étaient jours de chasse, et quand le baron ne pensait pas à la bataille, vous pouvez croire qu'il pensait aux sangliers et aux cerfs: là estoit sa pensée. Et à cachier en bois chascun jor à journée". Les attaques violentes et les combats sanglants ont été une exception pour Hardelot. Le sang qui y coula fut plus souvent celui des sangliers, des loups, des cerfs, des aigles, des buffles, etc.
MATHIEU D'ALSACE (1160-1173): Les comtes de Montreuil ou de Ponthieu sont souvent cités dans les anciens historiens boulonnais comme des voisins et des rivaux du comte de Boulogne auxquels ils firent la guerre. C'est pour arrêter les entreprises hostiles d'un comte de Ponthieu que Mathieu d'Alsace, comte de Boulogne, éleva le château d'Étaples. Les châteaux d'Hardelot et de Belle-Fontaine n'ont peut-être pas eu d'autre destination. M. le chanoine Haigneré, qui nous donne ce détail, veut sans doute dire que le château d'Hardelot, par sa position et son importance servait, comme les châteaux d'Etaples, de Belle-Fontaine, de Longvilliers et de Tingry, etc., à défendre le comté du Boulonnais contre les ennemis qui l'attaquaient.
RENAUD DE DAMMARTIN (1191-1226): Après la mort de Mathieu d'Alsace, le comté de Boulogne, un moment administré par sa femme Marie, sortie de l'abbaye de Sainte-Austreberthe de Montreuil, pour diriger ses enfants, et par son beau-frère Philippe comte de Flandre, qui servait de tuteur à ses nièces, passa à l'aînée des filles du comte défunt, Ide, qui en 1191 épousa Renaud de Dammartin. Renaud est le premier comte de Boulogne signalé dans l'histoire comme ayant séjourné à Hardelot où en 1194, de concert avec Ide sa femme, il signa la charte par laquelle tous deux font donation à l'église Saint-Sauveur d'Andres, du bois de Hodenehout, situé près de Renty, et confirment les autres dons qu'ils avaient déjà faits à cette église dans leur comté. Les signataires de cette charte nous font comprendre que le comte de Boulogne séjournait à Hardelot en compagnie de nombreux et grands personnages qui formaient autour de lui une sorte de cour.
Nous retrouvons encore le comte et la comtesse de Boulogne en 1203, entre le 6 avril et le 15 juin, publiant une nouvelle charte qui a une grande importance pour l'histoire du Boulonnais. Dans cette charte, "ils jurèrent d'observer la coutume de Boulogne selon les us et coutumes de la ville de Tournay, ainsi que l'avoient fait leurs prédécesseurs". D'où il faut conclure que les libertés de la ville de Boulogne, confirmées par le comte Renaud, étaient antérieures au XIIIe siècle et que dès cette époque la ville de Boulogne avait avec la ville de Tournay des relations qu'on retrouve au XVe siècle. Les témoins de cette charte qui se trouvaient au château d'Hardelot lors de sa publication furent: Daniel de Béthencourt, sénéchal du Boulonnais; Simon, prieur du Waast; Robert, maréchal; Willaume et Nicolas, clercs, et plusieurs autres. Dans cette charte, le comte Renaud et sa femme, Ide, spécifiaient que dans les cas douteux, l'échevinage de Boulogne devait s'en référer au conseil de Tournay et lui soumettre le litige. Le comte Renaud et son épouse paraissent avoir affectionné leur manoir d'Hardelot. A cette époque les renseignements précis nous font défaut sur les aménagements intérieurs du château d'Hardelot. Nous pouvons toutefois nous en faire une idée par le nombreux personnel attaché à la cour des comtes de Boulogne et par les habitudes de la vie seigneuriale à cette époque. Les gentilshommes de la cour du comte, les dames de la suite de la comtesse, les ménestrels, les bouffons, les nombreux employés de la chasse, des écuries, des cuisines, etc., formaient un important personnel pour lequel toute une installation était nécessaire. La richesse du mobilier et des décorations du château devait être en rapport avec le genre de vie des comtes. Si le comte et la comtesse ne négligeaient rien pour s'assurer, dans leur résidence d'Hardelot, un luxueux confort, ils ne devaient pas montrer un moindre souci pour la défense militaire du château, contre les ennemis dont l'invasion était toujours à craindre à cette époque de luttes continuelles. Il y avait une garnison comprenant une troupe d'hommes d'armes choisis, avec l'assortissement des moyens de défense alors en usage. Après avoir été l'aide et l'ami de Philippe-Auguste, le comte Renaud se révolta contre lui. Vaincu à la bataille de Bouvines, il fut fait prisonnier. Pour le punir de sa trahison Philippe-Auguste détruisit la plupart des châteaux du Boulonnais, parmi lesquels le château Hardelot.
PHILIPPE HUREPEL (1223-1234): Après la révolte et la déposition de Renaud, le comté de Boulonnais passa à Alahaud, sa fille unique, qui épousa Philippe dit Hurepel, issu du mariage illégitime du roi de France, Philippe-Auguste, avec Agnès de Méranie. Le nouveau comte prit possession du comté en 1223. L'histoire de cette époque est une suite de guerres continuelles pour le pays. En 1229, après avoir été mêlé aux intrigues de la cour pendant la régence, Philippe Hurepel se révolta contre l'autorité royale. Ferrand, comte de Flandre, appelé par Blanche de Castille, envahit le Boulonnais, pour châtier le comte Philippe. C'est pendant cette guerre que le château d'Hardelot, comme tant d'autres du pays, fut l'objet de nouvelles attaques. Le temps n'avait pas tardé à modifier les choses. En 1234, Philippe était redevenu possesseur du comté de Boulogne. Il avait le goût et l'intelligence des travaux dont il avait donné des preuves dans la construction des fortifications de Calais et du château de Boulogne. Il avait avant tout le sentiment de sa sûreté personnelle et de la défense de ses états. Aussi il fît construire ou restaurer des châteaux à Desvres, à Wissant, à Hucqueliers et à Ambleteuse. "Quant au château d'Hardelot, dit M. de Rosny, il l'agrandit peut-être, il mit en bon état ses fortifications; mais ce château, ancienne résidence des comtes de Boulogne d'où nous les avons vu dater plusieurs de leurs chartes, existait depuis longtemps. Quoi qu'il en soit, il est certain que tout ce qui reste actuellement d'ancien à Hardelot remonte à Philippe Hurepel. Comme il est reconnu que le château d'Hardelot fut restauré d'après les plans et sur le modèle de celui de Boulogne, on peut admettre que le comte Philippe Hurepel y fit pratiquer de vastes caveaux et souterrains, qu'il l'entoura de larges et profonds fossés et le pourvut de troupes. Indépendamment des hommes d'armes qui occupèrent le château d'Hardelot, on y entretenait sans doute des chiens qui en partagèrent la garde avec eux.
En dehors de la question de sûreté personnels et de défense du boulonnais, dans la restauration du château d'Hardelot, Philippe Hurepel aurait eu pour but de plaire à la comtesse Alahaud, sa femme. Hardelot étant la maison de campagne des comtes de Boulogne en temps de paix, il n'y a rien d'étonnant que la comtesse Alahaud ait demandé au comte Philippe, son mari, de relever de ses ruines cette résidence, où elle séjournait fréquemment, et que le célèbre comte de Boulogne ait acquiescé au désir de sa femme. Devenue veuve par la mort de Philippe Hurepel survenue en 1234, la comtesse Alahaud épousa en secondes noces Alphonse de Portugal avec lequel elle loue, approuve, concède, renouvelle et confirme la charte de Renaud et d'ide sa femme, datée d'Hardelot en 1203, qu'elle jure d'observer elle-même et de faire observer invariablement par ses baillis et ses sujets". Après la mort de la comtesse Alahaud, par son testament daté de 1254, le comté de Boulogne passa à sa cousine germaine, Alathilde, veuve de Robert de France, comte d'Artois, remariée à Guy III de Chatillon, comte de Saint-Pol, qui prit l'administration du comté, malgré les réclamations des autres héritiers dans la ligne maternelle. Les contestations furent soumises au Parlement qui, en 1261, rendit des lettres qui nous montrent qu'à cette époque Hardelot parait avoir joui d'une réelle importance. De plus, dans le traité concernant la ville de Calais, Hardelot est stipulé sur le même rang que Boulogne et Wissant, ce qui nous permet d'affirmer qu'à cette époque, Hardelot ne se composait pas seulement d'un château solidement bâti et somptueusement orné, mais qu'il était entouré d'habitations, maisons de plaisance occupées par des notables qu'attirait le séjour habituel du comte de Boulogne.
ROBERT V (1269-1316): En 1285 se passait un fait qui nous montre l'importance d'Hardelot dont le château servait de prison à ceux que la justice des comtes de Boulogne voulait punir. C'est à l'occasion des derniers privilèges accordés aux Boulonnais par leur comte Robert V. Ces privilèges, qui paraissaient excessifs, n'avaient pas reçu l'approbation du comte d'Artois, alors suzerain des comtes de Boulogne. Le seigneur de Nangis, bailli du comte d'Artois, vint à Boulogne procéder à une enquête, à l'effet de savoir quels étaient les droits des anciens comtes de Boulogne, sur quelles personnes ils exerçaient leur juridiction et quelles punitions étaient infligées aux coupables. Des témoins vinrent déposer dont Enguerrand de Zeluques, âgé de 60 ans, qui affirma que dans l'affaire des sentinelles du guet qui furent pendus, le comte de Boulogne envoya une partie des échevins coupables en prison à Bellefontaine et l'autre à Hardelot et fit abattre les fourches patibulaires dont la ville de Boulogne, depuis lors, fut privée.
ROBERT VII (1317-1324): A la suite d'une grave maladie qui aurait mis sa vie en danger, Robert VII, comte de Boulogne et d'Auvergne, promit dans sa reconnaissance de fonder un couvent dans son comté. C'est pour l'accomplissement de ce voeu que le 15 juillet 1324, étant au château d'Hardelot, il signa la charte de fondation de la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés à Montreuil-sur-Aler. Par cette charte, outre qu'il autorisait la fondation du monastère, Robert VII donnait les sommes nécessaires pour commencer la construction, et, avant sa mort, d'y ajouter une rente perpétuelle qu'il fixa à dix livres parisis, à prendre chaque année sur le domaine du Boulonnais. Quelques années plus tard la maison d'Auvergne finissait, dans sa branche aînée, par un fou. C'est aussi sous Robert VII que, pour des raisons dont nous ne connaissons pas la nature, le châtelain qui gouvernait le château d'Hardelot y fut mis dans les fers.
GUILLAUME XII (1325): En avançant dans la suite des siècles du moyen âge, les anciens documents nous montrent que le château d'Hardelot continuait à être une des résidences privilégiées des comtes de Boulogne. Ainsi, aussitôt que Guillaume XII, époux de Marguerite d'Evreux, fut mis en possession de ses deux comtés de Boulogne et d'Auvergne, il se fit un devoir de continuer l'oeuvre qui lui avait été recommandée par son père défunt. Non seulement il ratifia la fondation faite par Robert VII en faveur des Chartreux, mais il exprima sa volonté de venir en aide dans la construction du monastère. Le 21 juillet 1325, c'est au château d'Hardelot qu'il donne la charte de ratification. Guillaume XII quitta plusieurs fois le Boulonnais pour guerroyer contre les Anglais et les Flamands; mais dans les moments de trêve, nous le retrouvons toujours au château d'Hardelot, par exemple en 1330. Après la mort du comte Guillaume XII, Marguerite d'Evreux, sa veuve, s'occupa de l'administration des deux comtés de Boulogne et d'Auvergne, pendant la minorité de sa fille Jeanne, qui en était l'héritière. Jeanne s'était mariée le 26 décembre 1338 à Philippe, duc de Bourgogne, qui prit le titre de comte de Boulogne, selon que l'atteste le détail suivant: "Chest la revenue de la conté de Bouloigne rechue par Symon Dumont, receveur de le dite conté de par ma Dame la contesse de Bouloigne et d'Auvergne et de par Philippe de Bourgoingne, Monsieur, conte des dites contés depuis le XIIIe jour de Noël l'an XXXIX dusques au XIIIe jour de Noël l'an XL".
Après sa victoire de Crécy (1346), Edouard III, roi d'Angleterre, passa par Hesdin et Montreuil dont il ne put s'emparer, brûla Etaples et l'abbaye de Saint-Josse. Il se dirigea ensuite sur Boulogne, passant entre Tingry et Hardelot, dont le château parait avoir échappé aux ravages causés par l'armée ennemie dans le pays. En 1379, une nouvelle armée anglaise commandée par le comte de Buckingham, fils d'Edouard III, débarqua à Calais et reprit dans le Boulonnais ses incursions accoutumées. Jean de Gavre, châtelain d'Hardelot se concerta avec les gouverneurs des autres châteaux pour inquiéter l'ennemi et intercepter ses convois. Nous voyons que le titre de châtelain au château d'Hardelot équivalait, en cas de besoin, à celui de commandant militaire. Malgré les conférences et les trêves répétées, la guerre continuait toujours entre les deux peuples ennemis. En 1405, Charles VI envoya à Boulogne le marquis de Pont, le comte de Dammartin et Jean de Harpedanne, seigneur de Belleville, chargés de distribuer, entre les châteaux du Boulonnais, un renfort de troupes, dont une partie fut établie au château d'Hardelot. A cette époque, le Boulonnais était sous la domination anglaise. Soumis au duc de Bourgogne, il supportait avec regret le joug étranger. Son personnel administratif changeait fréquemment. Berthelot de la Bouverie occupait le poste de receveur d'Etaples, du Choquel et d'Hardelot: en cette qualité il levait les aides pour sa part au nom d'Henri VI, proclamé roi de France et d'Angleterre. Cette charge de receveur comprenait-elle les fonctions de châtelain? On pourrait peut-être le croire, puisqu'à cette époque le duc de Bourgogne aimait à confier à des étrangers les charges du comté.
Sous Robert de Saveuse, châtelain d'Hardelot et sous son successeur, nous trouvons Hugues Roussel, lieutenant du châtelain d'Hardelot, 1440-1457. Celui ci épousa Marie de Bournonville, fille de Robert dit le Roux, gouverneur des châteaux de Brunembert et de Desvres, tué à Ardres en 1463, et d'Adelis de Flahault, dame de la Vallée et de la Coquarderie. En 1477, Marie de Bournonville, devenue veuve, parait avec ses enfants au rôle des fiefs à Isque. Hues Roussel, qui avait servi sous Robert de Saveuse, de 1413 à 1417, servit sous Jehan, bastard de Renty, châtelain d'Hardelot, en qualité de lieutenant de 1447 à 1457. Jean de Bournonville, fils de Jean, dit Chastel, et de Jeanne de Selle, chevalier, seigneur et châtelain d'Hardelot. Dans les titres de 1474 et 1475, Jean de Bournonville est qualifié écuyer de la chambre de Charles le Téméraire. En 1477 il est l'un des signataires de l'en quête qui avait pour but d'établir le revenu du comté de Boulogne. A la suite de sa signature on trouve celle de Tassart Esmenault, lieutenant du châtelain d'Hardelot. Jean de Bournonville fut ensuite gouverneur de Boulogne et mourut en 1479, après avoir suivi le duc de Bourgogne dans toutes ses guerres.

Hardelot sous les Rois de France et la domination anglaise. Les gouverneurs et les capitaines:

Louis XI, en 1477, fit restituer le comté de Boulogne à Bertrand VII de La Tour, comte d'Auvergne, à qui il appartenait en vertu du traité d'Arras. "Toutes fois il le vouloit avoir en ses mains, pour la sûreté du royaulme, parmi rendant audict seigneur de la Thour suffisante récompense". Louis XI donnait comme motif de la réunion du comté de Boulogne à la couronne, que le comte Bertrand ne pourrait jamais entretenir "grosses et puissantes garnisons pour la garde, tuicion et défense des chastaulx, places et forteresses qui y sont, ce qui ne se pourroit faire qu'à très grans fraiz et despens". Aussi il décida que lui seul pouvait prendre en mains les affaires du comté. C'est alors qu'il entra en arrangement avec Bertrand de La Tour pour la cession du comté de Boulogne, et lui abandonna la Jugerie de Lauraguais en Languedoc et différents autres petits États. La série des comtes de Boulogne était finie. Avec eux s'efface l'antique rôle du château d'Hardelot qui désormais appartient au Roi de France. Délaissé comme résidence, le château d'Hardelot garda toute son importance comme forteresse. Jean de Bournonville, fils aîné du dernier châtelain, surnommé le Vel ou le Veau, chevalier, seigneur d'Hourecq, fut élevé dans la maison des ducs de Bourgogne. En 1476, il commandait cent hommes dans le château de Boulogne. Il fut ensuite châtelain et gouverneur du château d'Hardelot puis de la ville d'Aire. Il mourut en 1526, sans enfants, et fut enterré dans l'église de Notre-Dame de Boulogne. A cette époque, on note un "chemin qui maisne de Boullongne à Hardelo et le Grand chemin qui maisne du Portel à Hardelo".
Jean de Bournonville, dit Des Prez, frère puiné du précédent, chevalier, seigneur de Capres, baron de Houllefort, châtelain d'Hardelot, maître des eaux et forêts, grand veneur du Boulonnais et grand louvetier d'Artois, suivît dans la guerre de Naples, en 149J, le roi Charles VIII, à la tète d'une compagnie de vingt-cinq hommes d'armes et de trois cents archers. Il mourut l'an 1515, après avoir fait son testament olographe en 1513, par lequel il ordonna sa sépulture devant l'autel de Saint-Nicolas en l'église de Carly en Boulonnais. Malgré toutes les recherches, il nous est impossible d'établir la série exacte des gouverneurs d'Hardelot. Le mieux, pour ne pas s'exposer à induire en erreur, est de se borner à citer les faits tels qu'on les retrouve dans les documents authentiques. L'histoire du Boulonnais, pendant le XVIe siècle, semble un chapitre de la grande histoire d'Angleterre, tant la présence des Anglais en France est fréquente à cette époque et tant les démêlés sont nombreux. François 1er vint à Boulogne du 20 au 25 octobre 1532 pour une entrevue avec Henri VIII. L'importance connue du château d'Hardelot y attira la visite des seigneurs qui accompagnaient le Roi de France. Si nous en croyons les documents de l'époque, c'est au château d'Hardelot que furent prises les décisions concernant les préparatifs de la réception. Le château eut même sa part de ces fêtes. "Dans le compte-rendu des dépenses faites pour la réception du Roi d'Angleterre à Boulogne du 21 au 25 octobre 1532 par Maître Jehan Duval notaire royal et secrétaire greffier des États au païs de Normandie, commis à tenir le compte et faire le paiement de tous les fraiz qu'il conviendra faire tant pour le voiaige du Seigneur de Montmorency, Grant Maistre et mareschal de France, faict es ville de Boullongne et autres lieux, que pour l'exécution des choses pour la venue du Roy, et du Roy d'Angleterre".
François de Hodicq, chevalier, seigneur de Courteville fut gouverneur du château d'Hardelot vers 1540. Sa fille, Françoise de Hodicq, épousa Oudart Roussel, un autre gouverneur d'Hardelot. En 1542, Henri VIII, roi d'Angleterre, fit avec Charles Quint, une alliance contre la France, gouvernée par François 1er. En 1543 la guerre fut déclarée. Les Français, sur les ordres formels du roi François 1er, fortifièrent les châteaux d'Hardelot et d'Etaples afin de leur permettre de résister aux attaques des ennemis. Ces précautions furent inutiles. La promptitude avec laquelle Henri VIII avait préparé et réalisé l'attaque n'avait pas permis au maréchal du Biez d'envoyer les secours nécessaires pour la résistance. Le château ne renfermait que cinquante hommes et une centaine de paysans accourus à la hâte chercher un refuge à l'abri de ses hautes murailles. A la première sommation, le château se rendit. Les Anglais en prirent possession, les cinquante soldats et les paysans qui les accompagnaient furent emmenés prisonniers (29 juillet 1541). Sir Peter Carew s'était adjoint pour l'aider dans sa charge de capitaine gouverneur d'Hardelot, le lieutenant Richard Reynolds. Sir Peter Carew resta gouverneur d'Hardelot jusqu'après la prise de Boulogne, lorsque "le Roi retourna en Angleterre, accompagné entr'autres personnages par notre gentilhomme". Selon toute probabilité, sans que nous puissions toutefois l'affirmer, Henri VIII laissa la garde de la forteresse d'Hardelot au lieutenant de Peter Carew, Richard Reynolds, tout le temps que dura l'occupation anglaise. Sir Peter Carew mourut en Irlande, à Ross, le 27 novembre 1545, et fut inhumé à Waterford.
Il y avait à peine deux mois que Charles Quint, Henri VIII et François 1er étaient en guerre que déjà ils en étaient fatigués. Dans une note du Roi à lord Hertford, avec les instructions nécessaires pour traiter de la paix, les commissaires sont désignés à Masone, dans une lettre à Honing, le clerc du Conseil. Ce sont Hertford, Gardyner, Ryche, Paget, le cardinal du Bellay et les autres ambassadeurs français, au château d'Hardelot. Enfin, après de longs pourparlers, il fut convenu que François 1er payerait deux millions d'écus d'or par des acomptes successifs, dont le dernier finirait à la Saint-Michel 1554, et que Boulogne et toutes les parties du Boulonnais au pouvoir de l'Angleterre, notamment la Tour-d'Ordre, Hardelot, Ambleteusc... et les autres forts du littoral ayant suivi le sort de Boulogne seraient restitués à la France, après que l'indemnité à la charge de cette dernière puissance aurait été acquittée. Cette convention reçut lapprobation des ros, et la paix, encore une fois se fit, ou du moins parut se faire, entre les deux peuples rivaux. Le traité de paix était à peine signé que la mort frappait Henri VIII et François 1er. Le premier mourait le 28 janvier 1547 et François 1er le 31 mai suivant. Henri II monta sur le trône de France et Edouard VI sur celui d'Angleterre (1547). Dans la réorganisation de la province boulonnaise, on établit au château d'Hardelot un corps de troupes, sous le commandement du capitaine Pierre de Salcède, chargé des fournitures, entretien et munitions de guerre de la place de Montreuil, aux lieu et place du précédent traitant, Jehan de Montpella, titulaire de l'adjudication, depuis le 1er avril 1547.
Comme gouverneur d'Hardelot, Pierre de Salcède avait trois cents hommes sous son commandement, ce qui nous autorise à croire que les dépendances intérieures du château d'Hardelot à cette époque étaient restées importantes, malgré les ravages et les dégâts occasionnés par la guerre. Pendant qu'il avait la direction du château d'Hardelot, Pierre de Saleède y fit exécuter différentes réparations suite à ces dégats. Non loin du château d'Hardelot, à La Hay, commune de Neufchâtel, les protestants avaient construit un temple. Cet asile ne put cependant les soustraire à une attaque inopinée. Le 13 octobre 1561, au moment où ils étaient rassemblés pour la messe, les portes du temple furent enfoncées et les assistants tués ou blessés par une troupe commandée par le sieur Chinot du Val, lieutenant de la Sénéchaussée. Au mois de juillet 1565, différents ouvrages furent encore exécutés au château d'Hardelot. De temps immémorial, les habitants de Condette, d'Hardelot et du Choquel avaient la jouissance des prairies situées "près le chasteau d'Hardelot". Cette concession leur avait été faite par les comtes de Boulogne, à la condition de faire chaque année un certain nombre de corvées déterminées, entr'autres de charrier les foins destinés aux écuries du roi et "de faire le guet le long des digues et rivage de la mer à costé dudict chasteau de Hardellot surtout en temps de guerre". Les titres de cette concession furent égarés pendant la guerre avec les Anglais en 1544. Mais il furent reconnus et les habitants intéressés furent rétablis dans leur droit par un jugement rendu en leur faveur en 1567.
La famille Roussel, qui a donné plusieurs gouverneurs du château d'Hardelot, était originaire du Boulonnais. Elle portait comme armes: d'argent, au lion de sable, armé, lampassé et éclairé de gueules, couronné d'or. Oudart Roussel, écuyer, seigneur de La Cauchie, de Bazinghem, etc., gouverneur d'Hardelot, épousa le 17 octobre 1551, Françoise de Hodicq, fille de François, chevalier, sieur de Courteville, gouverneur d'Hardelot, et de Jehanne de Bournonville. Il testa le 1er mai 1569 et mourut avant le 22 juin de cette année. Il fut inhumé à Condette, ainsi que sa femme qui testa le 10 juin 1583. On trouve vers 1580 une transaction avec le fermier de Pitendalle, à cause des dommages qu'il a éprouvés durant la guerre et des fournitures qu'il a faites à la garnison du château d'Hardelot. Jehan de Roussel, écuyer, seigneur de la Cauchie, Cormont, Rinequesen, Ilermerangue, capitaine et gouverneur d'Hardelot, était le fils aîné d'Oudart Roussel. Le 22 février 1583 il épousa, à Abbeville, Antoinette de Saint Blimont, fille de François et de Claude de Sempy. Pendant que Jehan dRoussel était gouverneur du château il fit, pour son profit personnel, l'acquisition en 1585 des garennes d'Hardelot, Choquel, Mortbuisson et Bellefontaine. Par son testament du 2 avril 1587, il exprima le désir d'être enterré à Condette, près de sa femme. Il mourut quelques jours après. Sous Jehan de Roussel, en 1585, Jehan de Gaigny fut nommé portier du château d'Hardelot. De toutes les provinces de la France, la Picardie fut peut-être celle qui embrassa le plus universellement les principes de la Ligue. Dans le Boulonnais, la plupart des seigneurs, retranchés clans leurs châteaux-forts, affectaient de ne plus obéir au roi Henri III.
Claude Oudart de Roussel, écuyer, seigneur de Bédouâtre, Wimille, Escame, résidant à Hourecq, et frère de Jean de Roussel de la Cauchie, s'était emparé à sa mort, du titre de gouverneur d'Hardelot, sans autre commission que celle qui lui fut délivrée par le duc d'Aumale, gouverneur de Picardie pour la Ligue. Il était lui même très ardent ligueur. Aussi, dès qu'il fut installé dans la place de gouverneur d'Hardelot, il attira à lui toute la contrée. Le roi, informé des desseins des rebelles, envoya le brave Crillon avec le régiment de ses gardes pour remettre les mutins dans le devoir et lui conserver cette province; mais tous tes exploits de ce vaillant capitaine se bornèrent à la prise de châteaux du pays. Le château d'Hardelot restait un des plus imposants et faisait le plus d'opposition aux troupes royales. De ce fort, que les troupes royales n'osaient aller assiéger, Claude Oudart faisait des courses fréquentes dans tout le pays. C'est alors que Du Bernet, dont l'activité ne se démentait pas, parvint enfin à s'en emparer dans les derniers jours de 1589. Roussel de Bédouatre qui était resté dans le château avec sa garnison, fit sa soumission. Non content de son retour personnel à l'autorité royale, par ses conseils et son influence, il engagea un grand nombre de ses amis à l'imiter. Du Bernet assigna aux châteaux de nouveaux chefs. Ainsi, Roussel de Bédouatre, revenu au parti du Roi, reprit son poste de gouverneur d'Hardelot, dont le château comme les autres forteresses du pays, reçut une garnison de soixante arquebusiers et piquiers, avec une attribution de deux cent soixante-dix-huit écus, un tiers de solde mensuelle. Ces sommes devaient être payées tant sur le revenu du roi, dans le Boulonnais, que sur les biens confisqués des Ligueurs et au moyen de levées faites dans les paroisses.
Claude Oudart de Roussel avait été marié à la citadelle de Calais, le 25 janvier 1591, à demoiselle Madeleine de La Tour, fille de Besian de La Tour, et de Péronne de Gestas. Mais la fortune de la guerre est changeante. En 1593 les Ligueurs ayant repris le château d'Hardelot, en dépossédèrent Claude Oudart de Roussel, qui avait trahi la Ligue et reçu l'investiture du duc d'Epernon. Claude Oudart Roussel de Bédouatre fut remplacé par "noble seigneur Jehan de Monchy, seigneur de Mont-Cavrel, Alette, Toutendal, Fordres, Broutelles, Avesnes, etc., cappitaine de cent hommes d'armes pour le service de messieurs les Princes de l'Union catholicque". Le nouveau gouverneur du château d'Hardelot était fils aîné d'Antoine de Monchy, seigneur de Mont-Cavrel, et d'Anne de Balzac. A partir de 1593, dans tous les actes qui le concernent, il est cité avec le titre de gouverneur du château d'Hardelot.... ayant sa résidence audict chasteau de Hardelot. On le trouve en 1594 avec sa compagnie dans la garnison d'Amiens. Le 8 août de cette année eut lieu à Amiens une émeute qui amena la reddition de la ville à Henri IV. Les insurgés emprisonnèrent les mayeur et échevins, partisans de la Ligue. C'est pendant qu'il était gouverneur du château d'Hardelot que le 29 novembre 1596, Jean de Monchy épousa Marguerite de Bourbon, fille de Messire André de Bourbon, chevalier de l'ordre du roi, seigneur de Rubempré, et d'Anne de Roncherolles. Par une exception qu'expliquaient les grandes qualités de ce capitaine, on soumit à son autorité une partie de la contrée environnante, dans un rayon s'étendant assez loin pour comprendre jusqu'aux principales dépendances des châteaux d'Etaples et d'Hardelot. Après son mariage, Jean de Monchy continua de faire sa résidence ordinaire au château d'Hardelot et en demeura gouverneur jusqu'en 1611.
Les anciennes capitaineries du comté de Boulogne avaient été remplacées par des gouvernements qui furent au nombre de quatre, savoir ceux de Boulogne, d'Etaples, d'Hardelot et Mont-Mulin, dont les titulaires eurent les mêmes pouvoirs. Sous Louis XIII on craignit que l'étendue des pouvoirs accordés aux gouverneurs boulonnais ne fut nuisible à la cause royale en temps de troubles, comme déjà elle l'avait été sous la Ligue en 1587. Georges de Monchy d'Hocquincourt était gouverneur du Mont Mulin; son frère, Jean de Monchy, l'était à la fois des châteaux d'Ardres, d'Etaples et d'Hardelot. Le roi comprit que le manque de fidélité à sa cause de la part de ces deux gouverneurs pouvait entraîner les plus graves conséquences pour ses intérêts et la tranquillité publique. Les deux frères furent appelés à des postes plus importants et furent remplacés dans les gouvernements d'Hardelot, d'Etaples et du Mont-Mulin. Le gouverneur de Boulogne concentra dès lors toute l'autorité entre ses mains et prit le titre de gouverneur général du Boulonnais. A partir de cette époque, les châteaux du Mont-Mulin, d'Hardelot et d'Etaples n'eurent que des commandants qui dépendaient du gouverneur général de Boulogne. Henri-Marc-Alphonse-Vincent Gouffier, seigneur de Bonnivet, Crèvecoeur et Castel, baron d'Engoument, remplaça au gouvernement d'Hardelot Jean de Monchy, dont il avait épousé la fille, Anne de Monchy. Après son mariage Henri Gouffier habitait tantôt le château de Mont-Cavrel, tantôt celui d'Hardelot dont il fut gouverneur jusqu'en 1632.
Le château d'Hardelot, délaissé depuis longtemps déjà comme résidence importante et considéré comme une forteresse inutile, sinon même dangereuse pour la sécurité de Boulogne, se trouvait par là même condamné à disparaître. Du reste, son entretien et les gages de son personnel n'apparaissaient plus depuis longtemps que comme une charge inutile et onéreuse. C'est pourquoi il fut détruit, ainsi que la plupart des châteaux forts du Boulonnais, par les ordres de Campaigno, après sa victoire sur les troupes des princes qui s'étaient ligués pour empêcher le mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche. Cette mesure fut prise afin d'empêcher les révoltés de se réfugier et de se défendre dans ces châteaux, comme les Ligueurs l'avaient fait sous Henri III. L'auteur des Mémoires historiques de l'an 1658 s'exprime ainsi à ce sujet: "Cette forteresse (Hardelot) a esté desmolie en quelques bastions par l'ordre du Seigneur de Campaigno, lors lieutenant du Seigneur d'Espernon, cy-devant gouverneur dudit païs de Boullenois, lorsque l'on a eu crainte d'une nouvelle ligue des princes au tems du feu roy Louis-le-Juste, d'heureuse mémoire". Les restes de bois calciné retrouvés dans la cour du château lors des travaux exécutés par sir John Hare permettent de supposer que cette destruction a eu lieu par le feu. Quand les historiens affirment que le château d'Hardelot fut détruit, il faut comprendre qu'on lui enleva tous ses moyens de défense en temps de guerre et qu'il n'eut plus aucune importance stratégique et administrative. Dès ce moment, le silence commence à se faire sur son nom, si célèbre auparavant dans les annales boulonnaises, sur cet emplacement où les comtes de Boulogne donnèrent tant de joyeuses fêtes, où s'agitèrent tant de projets, où se livrèrent des combats, où le bruit des armes et les pas des soldats retentirent si souvent.
La famille de Poucques était originaire de Flandre. Elle se fixa dans le Boulonnais à la fin du XVe siècle. Ses armes étaient: d'or, au lion léopardé de sable, armé, lampassé et éclairé de gueules. Florent de Poucques, sieur de Vélinghem, fils de Raoul de Poucqucs, seigneur d'Alincthun, capitaine du Mont-Hulin, et de Marie du Hamel, est cité avec le titre de capitaine du château d'Hardelot en 1636. Il fit son testament le 14 avril de la même année. Barthélemy du Blaisel, sieur de Florincthun et de Saint-Aubin, cornette de la compagnie de chevau-légers du marquis d'Aumont, est cité comme gouverneur du château d'Hardelot le 20 février 1639. Il avait épousé Suzanne de Poucques le 2 juillet 1638. Les armes de la famille du Biaisel sont: écartelé au premier et quatre d'hermines à six losanges de gueules mise en fasce, au deux et trois d'or, à trois bandes d'azur (qui est Quehove). Gabriel de Maulde, chevalier, baron de Colembert, lieutenant du roi à Boulogne, est cité avec le titre de gouverneur d'Hardelot en 1680. A l'occasion de son voyage à Boulogne en 1678, Louis XIV n'avait pas voulu partir sans laisser au vieux et fidèle lieutenant du Roi en cette ville, Gabriel de Maulde, un témoignage de sa satisfaction; il érigea en marquisat sa baronnie de Colembert et les lettres lui en furent expédiées de Versailles au commencement de l'année suivante (1679). La famille de Maulde porte comme armes: d'or, à la bande de sable, frettée d'argent. Antoine du Blaisel, chevalier, seigneur de La Neuville et de Quesques, lieutenant du roi au château de Sedan, fils de Barthélemy du Blaiset, cité précédemment, parait comme capitaine du château d'Hardelot en 1681. Il épousa, le 23 août 1679, Nicole Ernestine de Lardenois de Ville. Le titre de capitaine d'Hardelot à Antoine du Blaiscl, lieutenant du roi au château de Sedan, nous autorise à croire que le titre de capitaine d'Hardelot tendait à devenir de plus en plus honorifique et n'obligeait pas à la résidence.
En 1684 le gouverneur d'Hardelot, touchait pour ses gages, en plus du dit traitement en acquit, vingt cordes de bois, estimé dix livres la corde, à prendre dans la forêt d'Hardelot. Au début du XVIIIe siècle, le château d'Hardelot est signalé parmi les châteaux du Boulonnais qui sont détruits. Antoine du Blaisel, chevalier, seigneur de La Neuville, lieutenant colonel au régiment de Picardie, gouverneur (honoraire) du château d'Hardelot, était fils du précédent et habitait la Maison-Forte, à La Neuville, près Stenay. Marié le 5 mars 1713 à Marie Charlotte d'Yve, marquise du Saint-Empire, il fut tué à Guastalla en 1734 et eut pour successeur son fils: Antoine-Albert du Blaisel, marquis du Saint-Empire, chevalicr, scigncur de La Neuville, Luzi et Saint-Pierremont, colonel d'infanterie, gouverneur d'Hardelot en 1740. Il épousa le 28 septembre 1739 Gabrielle-Marguerite de Riencourt, et eut pour fils aîné Antoine-Joseph du Blaisel, seigneur de La Neuville et de Saint-Pierremont, né en 1741, brigadier des armées du Roi en 1788, chevalier de Saint-Louis, créé marquis par Louis XVI, en mars 1780, fut le dernier gouverneur d'Hardelot (cité comme tel en 1762, 1766, etc.). Il vivait encore en 1795, époque de son second mariage contracté en Autriche avec la princesse Cantacuzène; le marquis du Blaisel, actuellement existant, est son descendant.
Malgré les ordonnances éditées, il arrivait fréquemment, à la fin du XVIIIe siècle, que le roi aliénait un bien faisant partie du Domaine public avec liberté de reprendre le bien aliéné. Ce bien prenait alors le nom de "Domaine engagé". Celui qui en devenait possesseur s'appelait engagiste; il jouissait des droits de propriété, mais il était tenu d'accomplir les charges du Domaine. Par actes du 3 février et du 23 octobre 1783 avait eu lieu la concession du château d'Hardelot par le gouvernement de Louis XVI au profit comme engagiste domanial, de Jacques Guyenot, seigneur de Châteaubourg. La partie concédée consistait dans les ruines de l'antique forteresse qui renfermait les bâtiments construits pour les besoins agricoles et dans les quarante mesures de terres et prairies occupées par un fermier payant au Domaine cinq cents livres de fermage annuel. Par suite de la loi du 1er décembre 1790, les domaines engagés furent restitués â l'État. C'est pour ce motif que nous trouvons l'année suivante le château d'Hardelot et les terres qui en dépendaient mis en vente avec les biens nationaux. Le 28 juillet 1791, en l'Assemblée du Directoire de Boulogne, présidée par Falempin, vice-président, Le Gressier Dutertre Delmarq, Guerlain, administrateurs, en l'absence des commissaires de la municipalité de Condette "n'étant pas comparus quoi qu'avertis, il fut procédé à la première enchère, soit en gros, soit en détail, suivant la plus-value de la ferme du château d'Hardelot, consistant en maison, cour, écurie, grange et batimens enfermés dans les murs du château d'Hardelot tombés en partie en ruines, et quarante mesures de terre dont trente quatre à labour et six en prairies, le tout d'un seul gason. Personne ne s'étant présenté pour enchérir il fut ordonné qu'il seroit apposé de nouvelles affiches pour en annoncer l'adjudication définitive au treize août prochain".
Le 18 octobre 1791, Gaspard Le Riche, juge de paix, fondé de pouvoir de Louis-Marie-François Pocholle de Menneville, négociant à Boulogne, cède à Jean-Jacques Guyenot de Châteaubourg, demeurant à Paris, rue de Taranne, accepta et par Jean-Charles Marmin, avoué à Boulogne, l'adjudication à lui faite des ruines de l'ancien château d'Hardelot, de la ferme et des quarante mesures de terre qui en dépendent, adjugés audit Menneville, le 13 août 1791, moyennant 26.400 livres. Avec cette vente, prend fin l'existence historique et nationale du château d'Hardelot. M. de Châteaubourg fit restaurer dans la cour du château les bâtiments nécessaires pour la culture des terres qui en dépendaient. C'est lui qui a fait transformer en pompe le vieux puits "en forme ronde avec une grande pierre". En 1809, il acheta des héritiers Guilbert, le moulin Delbecq comprenant "le moulin à eau faisant farine, bâtiments, cour, jardin, bosquet, verger et terre labourable de la contenence, compris le vivier, d'environ un hectare, un enclos fermé de hayes vives, d'environ un hectare soixante et onze ares, moyennant la somme de 17.500 francs". M. de Châteaubourg n'habitait pas Hardelot. Son fondé de pouvoir en 1809, pour la gestion de ses affaires, était un nommé Heurteux. Son garde nommé au mois de décembre 1812 touchait 300 francs de traitement annuel; il se nommait Pierre Régnier. Il resta en fonctions jusqu'en 1818. A cette date, à l'occasion d'une délimitation de propriété avec M. Joseph Sansot, chevalier de la Légion d'honneur, propriétaire, demeurant à Isque, M. Jean Jacques Guyenot, chevalier de Châteaubourg, est cité comme ancien avocat et membre du collège électoral du département de la Haute-Marne, concessionnaire de la navigation du canal de l'Essonne, demeurant jadis à Paris, 9 rue des Bernardins, et maintenant en son château d'Hardelot.
Le 17 juillet 1820, par contrat passé chez Maître Patoulet, notaire à Samer, "le Sieur Jean Jacques Guyenot de Châteaubourg, propriétaire, demeurant ordinairement à Paris et transitoirement au château d'Hardelot, vend au profit du Sieur Jacques Alexandre Fortuné Le Porcq avocat demeurant à Boulogne-sur-Mer: 1° la ferme du château d'Hardelot, consistant en bâtiments, cour, jardins et dépendances, connus sous le nom de château d'Hardelot et trente six mesures de terres à usage de labour et pré entourant ledit château, connues sous le nom de clos d'Hardelot, le tout situé en la commune de Côndette, 2° les trois quarts qui lui appartiennent dans les garennes d'Ecault et du Choquet et dans les étangs de Cormoran, Claire-Eau, marais et terrains en dépendant: lesdits immeubles situées dans les communes de Condette et Saint Étienne, moyennant la somme de trente mille francs, etc". En 1821, M. Le Porcq acheta les garennes de Condette et de Saint-Etienne. En 1827, à la suite d'un voyage qu'il avait fait dans les Landes, il fit exécuter des semis de sapins dans les garennes dont il était possesseur. Pour la facilité des labours il fit aussi combler en partie, les antiques fossés de défense qui entouraient le château d'Hardelot. En cette même année 1827, M. Le Porcq fit élever dans l'enceinte du château d'Hardelot "une maison de maître avec remises et écuries"; il fit opérer des travaux importants pour la canalisation des eaux. Il habita Hardelot de 1826 à 1846. En 1828, il fit faire des plantations de pins le long du chemin du Choquel à Saint-Etienne, en 1832, entre le moulin d'Elbecq et l'étang de la Claireau. Il avait fait planter des arbres le long de la rue qui conduit du hameau du Choquel: mais, par un arrêté du maire de Condette du 30 mars 1832, il fut invité à faire disparaître ces arbres "attendu que dans toute la longueur de la rue, il n'y a pas la largeur prescrite par l'arrêté préfectoral du 25 novembre 1831".
Le château d'Hardelot et les garennes qui en dépendaient formaient un domaine de 878 hectares. M. Le Porcq le mit en vente vers 1841. C'est en 1846 que le château d'Hardelot devint la propriété de sir John Hare, magistrat anglais. Grand amateur d'antiquités, sir John Hare fit opérer des fouilles qui mirent à découvert des haches en fer, des mors de chevaux ainsi que des bois de cerfs et des défenses de sangliers, des javelots et des flèches garnies de pointes ferrées, etc. Il consacra de grandes sommes à ces fouilles pour enrichir sa collection personnelle. C'est sir John Hare qui a fait construire sur un large et vaste souterrain le bâtiment moderne qui forme la partie principale du château d'Hardelot. C'est sous sir John Hare que Charles Dickens est venu faire plusieurs séjours dans une modeste maison située près du château d'Hardelot qu'il a visité à différentes reprises de 1853 à 1864. Après sir John Hare, le château d'Hardelot et ses dépendances passèrent à Henry Guy, capitaine anglais, né à Croydon, près de Londres en 1811. M. Guy fit ensuite l'acquisition de plusieurs prés qui avoisinent le château. Il est mort en 1893, à l'âge de quatre-vingt deux ans. Sa femme Hélène Barlow, née en Angleterre, était morte en 1888, à l'âge de soixante-deux ans. Après la mort de M. Guy, le château d'Hardelot passa à son fils Henry et à sa fille Ellen, nés de son premier mariage, qui l'occupèrent jusqu'en 1897. A cette date, M. John Robinson Whitley, fondateur des expositions nationales d'Earl's Court de Londres, et fondateur de la station de plaisance du Touquet, acheta, de concert avec plusieurs de ses amis, le château d'Hardelot. Depuis cette époque, le caractère historique de ce vieux manoir paraît de nouveau attirer l'attention publique, et de nombreux visiteurs de France, d'Angleterre, d'Amérique, etc., viennent chaque année admirer ses ruines aussi imposantes que pittoresques.

DESCRIPTION DU CHÂTEAU D'HARDELOT:

Il est des voyageurs qui, pour se donner l'idée exacte d'une ville antique ou moderne, commencent par la considérer de loin et en faire extérieurement le tour. Le procédé nous parait avoir du bon; nous allons y recourir et faire le tour du château d'Hardelot avant d'en donner la description. La forêt que nous traversons pour arriver à l'antique forteresse, les étangs et les dunes qui l'entourent composent en réalité le spectacle que les vieux comtes de Boulogne comprenaient et aimaient le mieux, il faut tout dire, ils y chassaient. Quand il y avait une échappée pour la vue, de la forêt on distinguait autrefois les grosses tours du château bien plantées sur le mur épais de l'enceinte comme de vaillants guetteurs chargés d'en assurer la défense. A peine sorti de la forêt, on pouvait contempler le château dans toute la majesté de son ensemble. Quelle masse! Les tours, rondes à l'extérieur, sont plates à l'intérieur; les courtines, c'est-à-dire la partie du mur comprise entre deux tours depuis le sol jusqu'au crénelage et tout l'ensemble de l'enceinte, sont assez conservés pour nous permettre de deviner ce qu'elles étaient autrefois. La maçonnerie se compose de blocage entre deux parements en belles pierres jaunâtres bien appareillées, très différentes des pierres que l'on extrait à Condette et même dans les environs. M. Camille Le Roy pense que les matériaux qui ont servi à la construction primitive du château d'Hardelot proviennent du village d'Equihen, situé à environ cinq kilomètres de là. D'autres ont vu une ressemblance entre ces matériaux et ceux retrouvés dans les anciennes constructions de Boulogne. En tout cas, vu l'énorme masse de pierres qui est entrée dans sa construction, on peut supposer que le château d'Hardelot a coûté très cher à construire et demandé beaucoup de temps.
Les murs et les tours sont talutés, ce qui donnait à la construction plus d'assiette et de solidité. Les constructions encore debout sont presque toutes du XIIIe siècle et leur analogie frappante avec le château de Boulogne dénote, sans aucun doute, la main et le génie du grand constructeur, Philippe Hurepel. Le plan, tout d'abord, est à peu près le même, quoique l'enceinte, à Hardelot, soit au moins d'un tiers plus grande. Remarque très importante, il ne comporte pas de donjon; or, le château de Boulogne, daté de 1351, est un des exemples les plus anciens que l'on connaisse de châteaux dépourvus de donjon. Sur le fossé était un pont mobile qui établissait le passage entre la terre ferme et l'intérieur du château, et qu'avec un jeu de chaînes on pouvait abaisser ou relever à volonté. Comme le château d'Hardelot était défendu par une double enceinte de fossés remplis d'une eau abondante, il faut admettre qu'il y avait à traverser un double pont pour entrer dans la forteresse. Il ne reste plus de trace du premier pont qui précédait l'entrée du château. L'entrée située au levant existe encore quoique privée de son pont-levis. L'arc en tiers-point à claveaux extradossés repose sur deux pieds droits, sans aucune ornementation; l'énorme porte massive et ferrée est disparue depuis longtemps, mais les gonds en fer sont encore apparents; deux contreforts inclinés à talus flanquent la porte. Après le pont-levis et la porte principale se trouvait une suite de plusieurs portes dont l'assiégeant devait avoir raison, avant de pouvoir entrer dans la cour du château. La porte des châteaux-forts était souvent située entre deux grosses tours, sous un logis fortifié. Toutefois, il ne paraît pas y avoir eu de tours en cet endroit, à Hardelo. Vers le nord près de la porte d'entrée on voit de faibles vestiges de l'enceinte; au sud un réduit, encore appelé corps de garde, accompagne la porte et semble la protéger. Sa voûte en berceau est d'époque indécise; une meurtrière à linteau plat, percée en biais, surveille le fossé. Du côté de la porte on ne voit plus aucune ouverture. D'ailleurs ce réduit a été tellement dénaturé par les restaurations dont il a été l'objet qu'on n'ose lui assigner une date.
Au XVIe siècle il y avait au château d'Hardelot deux portiers "dont les honneurs, droictz, proflictz, gaiges, émoluniens, francises et libertés" étaient cédés moyennant seize écus deux tiers par an. Ajoutons encore que cette construction, appelée corps de garde, par la tradition et placée près de la porte d'entrée, peut aussi n'avoir été qu'une poterne pour la commodité des gens du château, à laquelle on donnait aussi le nom de postis, sorte de petit pont-levis donnant accès à un passage voûté parallèle à la porte d'entrée. Mais il n'est pas téméraire de dire que des flots de sang ont coulé en cet endroit et que de nombreux soldats y ont trouvé la mort dans les différentes attaques dont le château a été l'objet. Vers le sud la courtine et les tours d'angle sont fort bien conservées; le bel appareil des murailles, maçonné avec grand soin et tiré au cordeau, serait intact partout, du moins à la partie inférieure si l'on n'avait jadis arraché le parement extérieur pour se procurer de la pierre à bon compte. Il faut noter que sur tout ce front, l'enceinte du château est double. La première muraille a conservé ses créneaux et son étroit chemin de ronde pris sur l'épaisseur du mur et qui mettait en rapport toutes les parties du vaste système de fortifications; il les reliait entre elles et permettait aux défenseurs de s'abriter derrière les merlons pour cribler l'assiégeant de leurs traits; les merlons, sorte de boucliers de pierre sont à hauteur de l'homme qu'ils devaient abriter. On compte huit créneaux entre deux tours, dans la courtine la mieux conservée. Le chemin de ronde se continuait à l'intérieur des tours par des escaliers habilement disposés. A l'entrée de chaque tour, il fallait que l'ennemi enfonçât une porte dont l'emplacement est resté encore bien visible. Par les détails qui nous en restent, on comprend que ce chemin de ronde a été très souvent le théâtre de luttes sanglantes entre assiégeants qui avaient pénétré dans le château et les assiégés qu'ils poursuivaient.
L'enceinte intérieure ne porte plus de trace de crénelage. Il faut aussi remarquer que dans la partie vers l'ouest, les murailles sont plus hautes qu'ailleurs et sensiblement plus épaisses. Un escalier de pierre rachète la différence du niveau entre les deux portions du chemin de ronde. L'enceinte n'est pas appuyée vers l'intérieur contre des terrassements comme cela s'est pratiqué partout depuis l'invention de l'artillerie. Les tours formaient, avec les courtines, les fortifications principales du château. Au château d'Hardelot, selon l'usage commun, elles sont rondes à l'extérieur et plates à l'intérieur; elles sont plus grandes et plus fortes vers l'ouest que dans la partie Est. Cette différence peut provenir d'une déclivité du terrain qu'on a voulu combattre ou d'une construction à deux époques différentes. La première tour du côté Est, refaite au XVe siecle est polygonale et son enceinte très exiguë; elle est en assez bon état; les autres sont cylindriques avec la base en talus très prononcé comme aux châteaux de Boulogne et d'Angers. Chacune des tours avait deux étages sur rez-de-chaussée, sans voûte. On ne pouvait pénétrer à l'intérieur que par une porte à linteau plat avec corbeaux en quart de rond au premier étage. Cette porte s'ouvrait sur le chemin de ronde derrière la tour, vers le château, de telle sorte que l'ennemi ne pouvait voir les allées et venues des assiégés, comme il l'aurait fait si les entrées avaient été latérales. Le rez-de-chaussée et l'étage supérieur ne paraissent avoir été accessibles que par des échelles et des trappes de plancher, autant de ruses inventées pour créer des difficultés aux ennemis et faciliter la défense des assiégés. Au rez-de-chaussée et au premier étage de ces tours, nous voyons deux meurtrières qui à l'extérieur ne paraissent que comme une simple fente, mais dont l'intérieur est très évasé; détail adroitement ménagé par les architectes, afin que le défenseur eut toute liberté de se mouvoir et de choisir son point de mire. Ces meurtrières à linteaux droits et pratiquées près de l'angle de la courtine, permettaient de surveiller et de défendre avantageusement l'accès des fossés.
L'état actuel des ruines et les remaniements de toutes les époques, ne permettent pas d'affirmer qu'il y avait d'autres archères. Toutefois, la chose est très probable puisque les anciennes tours de cette époque en sont pourvues. La courtine qui suit la première tour avec ses huit créneaux, est la mieux conservée de tout le château. Puis vient une grosse tour ronde dont toute la partie Est a été refaite sous sir John Hare; la partie ouest de cette tour est très ancienne. C'est après cette tour que la muraille d'enceinte devient plus haute et plus épaisse. Sur la plate-forme du mur d'enceinte des châteaux féodaux, se trouve la guérite, destinée au guetteur, bâtie souvent en encorbellement, en saillie, le long d'une courtine, de façon à offrir un petit flanquement destiné à faciliter la surveillance; parfois la gaite avait la forme d'une élégante tourelle, carrée, à pans ou ronde, accolée à une grosse tour et dépassant la crête des combles afin de permettre au guetteur d'étendre la vue au loin. Au château d'Hardelot, contre la tour dont il vient d'être parié, au-dessus du chemin de ronde et de ses créneaux se dresse une élégante tourelle de guet encore très bien conservée; un escalier droit y mène du chemin de ronde. Cette tourelle est ronde et présente une meurtrière étroite qui permet d'inspecter la campagne du côté sud. La courtine qui suit la tourelle du guet, est de moyen appareil; elle est surmontée de ses créneaux en partie cachés par le lierre qui semble s'attacher à ces ruines et les couvrir de verdure pour les défendre contre les ravages du temps et l'incurie des hommes. Ces créneaux paraissent placés entre deux chemins de ronde, l'un à l'intérieur du château, l'autre vers le dehors. Ils pourraient bien dater seulement de la récente restauration. C'est dans cette partie de l'enceinte, qu'on a pratiqué ouverture gothique qui la dénature en lui enlevant son caractère primitif.
Nous arrivons ensuite à une autre grosse tour fort bien conservée, sauf la partie supérieure qui est disparue, comme il en est des autres tours dont il vient d'être parlé. La courtine qui suit est aussi en parfait état; il semble que la nature ait pris soin de la décorer avec magnificence par une draperie de lierre qui, avec son vert lustré et ses tiges très développées, parait soutenir ces antiques murailles et les empêcher de disparaître. A l'angle sud-ouest, il ne reste qu'un pan de courtine haut de six mètres environ, et une tour dont la base en talus est seule conservée. C'est sur ces fondements extérieurs que sir John Hare a élevé son donjon moderne et les bâtiments qui s'y rattachent. A l'angle nord-ouest de cette tour, la muraille fait un angle rentrant, et des arrachements s'y voient jusqu'à dix mètres de hauteur. La courtine au nord est presque entièrement ruinée; il ne reste qu'une base maçonnée en moellons bruts, et une seule tour un peu moins grosse que les précédentes. Sa porte, sur l'ancien chemin de ronde disparu, est la mieux conservée du château; le linteau monolithe est raccordé aux pieds-droits par deux corbeaux en quart de rond; cette moulure se reproduit à l'entrée et à la sortie du couloir pratiqué dans l'épaisseur de la muraille de la courtine. A côté de cette tour, on voit les débris d'une annexe carrée, avec un reste de voûte en berceau plein cintre; on pénétrait dans ce réduit par l'intérieur. Entre cette partie de l'enceinte et la porte d'entrée, il y avait certainement d'autres tours, mais aucune trace n'en est plus visible. Les travaux des derniers siècles ont tout bouleversé de ce côté. Dans l'ancien plan cité plus haut, nous avons vu qu'autrefois l'enceinte du château d'Hardelot comprenait deux grands corps de bâtiments placés à l'intérieur de l'enceinte et contre les murs extérieurs, l'un au nord, l'autre au sud. La partie nord existe encore aujourd'hui; après avoir servi pour les besoins de la ferme, elle est maintenant abandonnée. Les bâtiments du sud ont disparu depuis longtemps.
Vers 1848, sir John Hare, acquéreur du château, a fait élever dans la partie ouest de l'enceinte un donjon et plusieurs corps de logis, dans le genre du château de Windsor. L'auteur de Paris-Plage décrit ainsi cette construction dans son excursion à Hardelot: "Une allée vous mène à une porte antique, vestiges des fortifications de la forteresse. Après l'avoir franchie, vous vous trouvez dans un vaste square qui fut vraisemblablement autrefois la place d'armes. Le château se dresse dans le fond, il se compose d'un corps de bâtiment principal dans lequel le style de la Renaissance domine. Ce style est dû à une transformation opérée à cette époque, puisque Philippe Hurepel, comte de Boulogne, fut le principal restaurateur de l'édifice au début du XIIIe siècle. Tout le faite de la façade est crénelé et se présente sur des plans différents, ce qui en fait le charme. Au centre une tour ronde bien élevée, avec paratonnerre, fournit du caractère à l'ensemble. A l'angle droit, une tourelle de guetteur, surmontée d'un toit conique, donne de la légèreté. Aux angles, les grosses tours à créneaux rappellent le moyen-âge militaire. Les fenêtres et la porte d'entrée, à laquelle on accède par un beau perron, sont surtout remarquables par leur aspect gothique très accentué. Des massifs d'arbustes, galamment disposés, viennent poétiser l'antique manoir et composent un paysage charmant. En pénétrant à l'intérieur, on est étonné d'y trouver tout le confort moderne. Tout porte à croire que c'est en ce même endroit que se trouvaient les principaux bâtiments élevés pour les besoins des comtes de Boulogne et des gouverneurs qui ont habité le château.
Les ruines du château d'Hardelot, délaissées, doivent à la solidité de ses antiques murailles de prolonger leur existence. Pendant plus de trois siècles, elles semblent n'avoir eu d'autre ennemi que le temps dont les ravages sont plus lents que ceux de la fureur et de l'imbécillité des hommes. Elles continuent de montrer aux générations qui se succèdent leurs tours découronnées, leurs murailles mutilées, leurs créneaux brisés, etc. Les ruines de ce château loin de diminuer la sévère beauté de son aspect, ne font au contraire qu'en augmenter l'importance en reflétant l'auréole de la gloire et toute la majesté du malheur. Ajoutons enfin que l'enceinte du château, de forme ronde, mesure 509 mètres de circonférence. Si avant de quitter le château d'Hardelot nous montons à la tourelle du guetteur qui surmonte la construction dont nous avons parlé plus haut, nous y jouissons d'un panorama incomparable de beauté et de variété. De tous côtés les accidents de terrain sont intéressants et le spectacle grandiose, formant une série intarissable de sujets, et tout cela dans un cadre à nul autre pareil. La vue passe sur toute la campagne chargée de mille plantes aquatiques et pleine de poésie, pour gagner la dune aride et atteindre la mer bleue à l'horizon. (1)

château d'Hardelot, rue de la Source, 62360 Condette, tel. 03 21 21 73 65, centre de loisirs et d'hébergement. Les visites thématiques du dimanche sont gratuites. Le château est ouvert toute l'année, du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h. Fermeture exceptionnelle le 25 décembre et le 1er janvier.

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(1)       Le château d'Hardelot par l'abbé Benoît Joseph Thobois. Éditeur: Imprimerie C. Delambre à Montreuil-sur-Mer, 1905.

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château d'Hardelot à Condette

   
 
 
 
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(1)   
Le château d'Hardelot par l'abbé Benoît Joseph Thobois. Éditeur: Imprimerie C. Delambre à Montreuil-sur-Mer, 1905.

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