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La forme presque exclusive du nom de notre
localité est La Chaux-Montgros. Nous avons pourtant rencontré
accidentellement les deux formes la Chalin-Montgros, Lachal Montgros. Il
paraît indubitable que ce fief a été créé en faveur de la famille de la
Guesle, qui l'a possédé longtemps. Mais l'époque de cette largesse des
comtes d'Auvergne n'est pas absolument certaine. Une liève de 1650 mentionne
un échange entre le comte Bertrand et François de la Guesle, écuyer,
habitant au lieu de Lachal-Montgros, le 24 décembre 1484. D'autre part, Jean
de la Guesle, écuyer, gentilhomme de la cour du comte d'Auvergne et de
Lauragais, bailli et gouverneur du comté d'Auvergne, est qualifié seigneur
de la Chaux-Montgros, en 1479. Ce sont les deux dates les plus anciennes
sous lesquelles nous voyons les de la Guesle posséder la Chaux-Montgros. Ce
fut d'abord un fief rural sans siège de justice. Le 29 mars 1574, Catherine
de Médicis signait des lettres par lesquelles elle permettait, en sa qualité
de comtesse d'Auvergne, d'ériger un baillage à la Chaux-Montgros en faveur
de Jean de la Guesle, procureur général au parlement de Paris, seigneur
dudit lieu de la Chaux-Montgros et de Montfleury. Ces lettres, confirmées
par Charles IX, au mois de mai suivant, enregistrées à la Cour des Comptes,
le 14 juin de la même année, furent renouvelées ou confirmées successivement
par Henri III, le 18 novembre 1577, et par Marguerite de Valois, en octobre
1601. Le ressort de ce baillage s'étendit sur les lieux de la Chaux Montgros,
Sallêdes, la Giraudie, les Hoires et le Curtal. Un document émané de
l'Intendance d'Auvergne nous fait connaître les officiers de ce siège de
justice en 1693. Le juge ou châtelain était Antoine Cothon, notaire' à
Vic-le-Comte; il avait été nommé à cet office par lettres du marquis de la
Vieuville, seigneur de la Chaux-Montgros, le 1er mars 1679. Le procureur
fiscal était Toussaint Duvernin, bourgeois de Vic-le-Comte, nommé par
lettres du 30 juillet 1687. Le greffier était Pierre Duclaux, bailli de
Sugères, nommé par lettres du 1er mars 1679. Comme les affaires étaient peu
nombreuses, il n'y avait pas de procureurs postulants nommés officiellement;
les fonctions étaient remplies par Jean Cuel, notaire à Vie-le-Comte. Dans
la suite, nous trouvons Pierre Guyot, l'aîné, notaire à Vic-le-Comte, bailli
de la Chaux-Montgros (1759) et François Martin, notaire à Vic-le-Comte,
bailli de la Guesle et de la Chaux Montgros (1780).
Les premiers seigneurs de la Chaux-Montgros furent les de la Guesle, qui
possédèrent ce fief jusqu'en 1625, époque où il passa dans la famille de
Châteauvieux de Vienne par le mariage de Marie de la Guesle avec René de
Châteauvieux de Vienne. Leur fille, Marie-Françoise de Vienne, le porta dans
la famille de la Vieuville par son mariage avec Charles marquis puis duc de
la Vieuville (25 septembre 1649). Vers 1740, les de Tane achetèrent cette
terre. La famille de Tane était originaire d'Allemagne. On fait remonter son
origine au XIIe siècle. Hugues de Tane, maître d'hôtel de l'empereur
Frédéric Barberousse, accompagna son maître en Italie et se maria dans la
ville de Quiers ou Chiéri près de Turin. Un de ses descendants fut
Charles-Maurice-Amédée de Tane ou Tana, dont nous ne connaissons pas les
ascendants immédiats, s'établit en Auvergne par son mariage avec Jeanne de
Montboissier-Beaufort Canillac, fille unique de François, comte de Beaufort,
seigneur de Monton, les Martres et Chadieu, et de Marie de Rody de Roques.
Le contrat de cette alliance fut passé le 14 juillet 1689. D'où naquirent
Emmanuel-Frédéric qui suit; 2° François, comte de Tane, né à Chadieu en
1700, se retira dans la ville de Quiers en Piémont, où sa famille avait
encore des possessions. Emmanuel-Frédéric de Tane, seigneur de Monton, les
Martres, Chaslus-les-Bussières et Chadieu, était né à Turin en 1690. Il
épousa, le 13 janvier 1711, Gabrielle de Pons, fille de Jean-Annet, seigneur
de Tallende et de Gilberte Panay. Ce mariage lui permit d'ajouter à ses
autres titres nobiliaires celui de seigneur de Talende le Majeur et le
Mineur. Il eut trois enfants dont Antoine, qui représente le degré suivant;
2° Gabriel, comte de Sentenat, paraît être resté célibataire. En 1776, il
habitait Chadieu avec son frère. Il est plusieurs fois parlé de lui comme
ayant vu M. de Chazerat, intendant d'Auvergne, pour obtenir des châtiments
sévères contre les habitants de Vic-le-Comte, qui, étant en procès avec son
frère et lui, avaient exercé des ravages dans la propriété de Chadieu; 3°
Jeanne-Huguette épousa Barthélémy de Vichy, seigneur de Varvasse, Condat et
Courteix.
Antoine comte de Tane, chevalier, baron de Monton, seigneur des Martres,
Chalus-les-Bussières, Chadieu, Talende le Majeur et le Mineur, né le 25
novembre 1711, est le premier de sa famille, que nous trouvons qualifié
seigneur de la Chaux-Montgros et de Sallêdes. Une lettre de M. du Saunier à
M. Redon, datée de Bansat, nous apprend ce qui suit sur l'acquisition de la
Chaux-Montgros par les de Tane: "Quant à la Chaux-Montgros, cette terre
vient de la maison de la Vieuville. Elle était en décret depuis près de
quarante ans, lorsque la maison de Tane l'acquit. Elle se vendit 42.000
livres, compris les droits parisys sur les grefs de Riom. L'argent pour
solder cette terre provint de la vente des biens, que la maison de Tane
d'Auvergne avait en Piémont, faite au comte de Tane vice-roi de Sardaigne.
Lesquels biens étaient substitués à je ne sais combien de générations; et
pour parvenir à cette vente il fallut le concours des deux puissances de
France et de Piémont pour le transport de la substitution, qui fut faite sur
la Chaux-Montgros, dont le vieux Bélestat, l'homme de confiance de la maison
deTane d'Auvergne fut garant". La même lettre nous apprend que les de Tane
ne jouirent pas de la Chaux-Montgros en bons pères de famille. Ils
démantelèrent le château et diminuèrent considérablement la propriété. Voici
ce qu'écrivait M. du Saunier: "D'ailleurs en différent temps, l'on a
cruellement mutilé cette terre. Les droits parisys, quoiqu'ils ne fussent
point attachés à cette glèbe, ne faisaient pas moins partie de
l'acquisition, ont été vendus à Chassaing de Riom, une directe à Chamerlat
de Billom; le domaine de Mercurol au sieur Pellissier de Clermont: une dîme
de vin, à Mirefleurs à je ne sais qui; un bois appelé du Devis, le branlan
et les racines, à des paysans de Sallèdes; jusqu'au château, dont l'on a
enlevé un ou deux couverts des corps de logis, d'une charpente superbe, pour
en faire des portes, fenêtres et parquets dans le corps de logis neuf de
Chadieu. Dans le pays de droit écrit, on se joue de son fief; mais on peut
dire que cette maison s'est jouée cruellement de son fief dans cette terre".
Plus loin l'auteur de la lettre indiquait ce qui restait de cette terre: "
Il reste encore à cette terre trois domaines, celuy du Château Monay et la
Géraudie, une directe, quelques dîmes, et des broussailles éparses de peu de
valeur en taillis. Vous pourriez en avoir un état plus circonstancié par
Fayon". Antoine de Tane épousa le 1er décembre 1738, Louise-Alexandrine de
Montmorin, fille de Gaspard et de Marie-Michelle de Beauverger-Montgon. Il
mourut en 1785 après avoir assez gravement compromis sa fortune. Il laissa
deux enfants dont Emmanuel-Frédéric qui suit; 2° Françoise-Gabrielle épousa
en 1767 son cousin, Armand Marc de Montmorin. Emmanuel-Frédéric, comte de
Tane, seigneur de Chadieu, les Martres, Veyre, Monton, Talende, la Souchère
et la Chaux Montgros, maître de camp des dragons, chevalier de l'ordre royal
et militaire de Saint-Louis, commandant pour le roi une division de
volontaires en l'île de Grenade, épousa par contrat passé à l'Ile Jourdain
le 10 novembre 1764, Marie-Henriette du Theil et mourut en janvier 1783,
dans un naufrage en revenant du Cap Français de l'île Corbeau. Dans un acte
passé devant Jean Menjaud, notaire au Châtelet de Paris, le 29 août 1778, il
est qualifié haut et puissant seigneur Messire Emmanuel-Frédéric comte de
Tane, Souvemberg, Sentenat et du Saint-Empire, maître de camp de dragons,
aide-maréchal général des logis de l'armée. Par cet acte il constituait une
pension viagère. de 600 livres, exempte de la retenue des impositions
royales, à demoiselle Marie Pélissier, née à Ardes en Auvergne, concierge de
son château de la Chaux-Montgros, et à demoiselle Henriette Périselle de
Vemon, fille dudit seigneur de Tane et de ladite demoiselle Pélissier. La
donation était acceptée par celle-ci, habitant ordinairement au château de
la Chaux-Montgros, et de présent à Paris, logée rue du Petit-Reposoir, hôtel
Louis le-Grand, paroisse de Saint-Eustache. Du mariage d'Emmanuel-Frédéric
de Tane avec Marie Henriette du Theil naquit, en janvier 1769,
Amédé-Willelmine Marie-Joseph de Tane. Chabrol le fait survivre à son père
et le qualifie comte de Tane, seigneur de Chadieu en 1786.
Le nom des de Tane d'Auvergne disparut, à peu près un siècle après leur
arrivée. Le 5 mai 1762, la terre de la Chaux-Montgros avait été vendue par
Antoine de Tane et son fils à Guillaume Matussière de Sauxillanges. Trois
documents nous parlent du prix de cette vente; l'un dit 70.000 livres,
l'autre 60.000, le troisième 54.500. Le 21 octobre 1762, Guillaume
Matussière délaissait la jouissance de la terre et seigneurie de la Chaux
Montgros à l'abbé Matussière, demeurant aussi à Sauxillanges. Mais la vente
n'eut pas d'effet. Le sieur de Pons de Bélestat, fils de celui qui avait été
garant de la substitution fit signifier à l'acquéreur une opposition qui
amena la résiliation, et les de Tane continuèrent de posséder ce fief, même
après la mort d'Emmanuel-Frédéric, puisque sa soeur, Madame de Montmorin,
par acte du 17 juin 1788, reçu Trulat, notaire au Châtelet, mettait en vente
les terres de la Souchère, Chadieu et la Chaux-Montgros. Dès 1786, la
Chaux-Montgros était déjà en vente. M. Redon, avocat près la sénéchaussée
d'Auvergne à Riom, avait l'intention de l'acheter; il en écrivit à son
collègue, M. du Saunier, qui lui répondit de Bansat. Après lui avoir parlé
de la résiliation de la vente à M. Matussière, il ajoutait: "Ce qui me fait
croire que la vente qu'on va en passer ne sera guère plus sûre que la
précédente". Il s'appliquait ensuite à combattre le scrupule de M.Redon
relativement à son projet: "Quant à votre délicatesse, mon cher collègue, de
devenir acquéreur d'une maison dont vous avez été le conseil, votre ville
pourrait bien y trouver quelque chose à dire; ils portent la délicatesse à
un point presque imperceptible. Votre crime ne serait pas sur le mal qu'il y
aurait d'acheter cette terre, où il n'y en a point; mais on y trouverait du
mal parce qu'on a de la jalousie contre M. Redon, car comme le grand Arnaud,
son érézie n'était point de droit, mais de fait; si un Jésuite avait avancé
ce qu'il avait dit, l'on l'orait trouvé bien. J'imagine que vous avez trop
d'esprit pour ne pas vous mettre au-dessus de toutes ces petitesses". Ce
projet de M. Redon ne fut pas exécuté; et comme nous l'avons dit, la terre
de la Chaux-Montgros était encore en vente en 1788.
L'acquéreur fut Jean-Baptiste Artaud de Viry, receveur particulier des
finances à Clermont. Il figure au procès-verbal de la noblesse de la
sénéchaussée de Clermont, du 17 mars 1789, sous le nom de Jean de Viry de la
Chaux-Montgros, pour le distinguer de Jean de Viry du Montel. Nous le
trouvons à la Chaux-Montgros en 1791. Il avait été marié deux fois. Sa
seconde femme était Elisabeth Thoinet de Bigny. Trois filles, issues des
deux lits, étaient vivantes en 1799, c'étaient Magdelaine, Anne-Marie et
Marie Anne Artaud de Viry, mentionnées comme héritières bénéficiaires de
leur père. Il était donc mort entre 1791 et 1799, laissant trois terres,
Martilhat, la Chaux-Montgros et Surat. Les citoyens membres du jury chargé
de la répartition de l'emprunt de cent millions pour le contingent du
département du Puy-de-Dôme, en exécution des lois du 10 messidor et 19
thermidor an VII (2S juin et 6 août 1799), faisaient observer que le bien de
la Chaux-Montgros avait été abandonné tant aux héritiers de la citoyenne
Montmorin qu'à l'union des créanciers de la maison de Tane, à qui
appartenait ce bien, par acte du 11 prairial an VII (30 mai 1799), passé
devant Trulat, notaire à Paris; cet abandon fait moyennant le prix principal
de 119.300 francs et les intérêts de ladite somme depuis le premier janvier
1788, jusque et compris 1795; Les dits citoyens membres du jury décidèrent
de fairere vendre la Chaux-Montgros par folle enchère sur les enfants de
Viry, le 21 fructidor (7 septembre 1799). Nous ne connaissons pas le
résultat de cette opération. A l'époque de la Terreur, le château de la
Chaux-Montgros donna un moment d'émoi aux Jacobins de la région. Le bruit se
répandit que les prêtres réfractaires et les aristocrates en avaient fait un
lieu de conspiration et une citadelle de résistance aux lois de la
République, citadelle, que l'imagination populaire se représentait très
forte et remplie d'armes. Le comité de surveillance du district de Billom se
laissa envahir par cette émotion. Dans sa séance du 20 germinal an II (9
avril 1794) "soupçonnant que le ci-devant château de la Chaumongros renferme
des prêtres réfractaires et contient des armes, que d'ailleurs le ci-devant
château est isolé, placé dans les bois et très fort, a arrêté qu'il y serait
fait Une visite. Et pour l'exécution de cette masure a nommé commissaire le
citoyen Vauris, qui s'assistera de la force armée". Au début du XXe siècle,
le château est laissé à l'abandon. (1)
Le château de La Chaux-Mongros, construit au XVIe siècle, est situé à
environ deux kilomètres au nord-ouest du bourg. Grande enceinte
quadrangulaire à flanquements circulaires d'angle. Les niveaux, percés de
croisées sont soulignés par des doubles bandeaux. Les maçonneries ont des
chaînes verticales en briques. La porte à pont-levis, au milieu d'un côté
n'est pas flanquante. ce château présente une architecture d'un type assez
inhabituel en Auvergne et pour cause; au XVIe siècle François de La Guesle
est écuyer du duc d'Albany, il accompagne celui-ci dans les guerres
d'Italie, il en aurait ramené un modèle pour la construction du château de
La Chaux-Montgros. (2)
Éléments protégés MH : le château en totalité, ses terrasses ; le portail ;
les jardins et les dépendances : classement par arrêté du 25 mai 2000. (3)
château de la Chaux-Montgros 63270 Sallèdes, deux tentatives de
sauvetage, dans les années 1970 et 1990 se sont essoufflées, tant la tâche
est immense et contraignante pour les bénévoles, même les plus passionnés,
une 3ème est en marche et devrait aboutir, des travaux de mise hors d'eau de
l'édifice doivent être engagés rapidement afin que l'ensemble ne disparaisse
pas. En 1992, les toitures sont restaurées.
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