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Tours de Cabrenc à Serralongue
 
 

  Le château de Cabrenç dépendait de la vicomté de Castelnou. En 988 apparaît la paroisse Sainte Marie de Serrallonga mais c’est à la fin du XIe siècle que le château est attesté avec certitude. De 1073/1078 à 1118 est mentionné Ramon Bracard ou Brachiati, fils de Bellisinde, de l'entourage du comte de Besalu. Vers 1075/1098, il fait hommage au vicomte Guillaume II de Castelnou pour le castellum de Serralongue et les châteaux de Pena et de Montdon. En 1106, il est dit de Curtis Savini (Corsavy). On connaît la succession des héritiers de Ramon Bracard: en 1119 Bernard-Ramon, en 1128 Ramon de Corsavino, en 1158 et 1164 Bernard, en 1193 Ramon de Cursavino. En 1141, Serralongue est dit castrum qui vocatur Cabrenç (ainsi apparaît pour la première fois le nom du lieu-dit sur le territoire de la paroisse); ses dépendances confrontent avec le territoire de Sainte-Cécile de Mollo (Serralongue et Lamenère ou La Menera ne formaient par conséquent qu’un seul territoire). Bernard-Hug (1217-1254) épouse Ermessinde, veuve de Ramon de Termes, héritière de la seigneurie de Corsavy. Il réunit ainsi l’ancienne seigneurie de Corsavy-Serralongue. Mais dès la génération suivante, elle est de nouveau partagée entre deux fils: Guillem-Hug de Serralongue et Ramon de Corsavy. Vers 1237, Bernard-Hug prête hommage à Guillem, vicomte de Castelnou, pour ses châteaux de Serralongue et de Montdon. En 1241, le vicomte de Castelnou se reconnaît vassal du comte-régent de Roussillon pour les châteaux de Montdon, de Montalba et de Serralongue tenus en fief par Bernard-Hug.
En 1267, il dépend de la seigneurie de Serralongue-Cabrenç: les églises de Montdon, Sainte-Marie et Saint-Michel de La Bastide, Sainte-Marie de Mollet, Sainte-Marie de Serralongue, Sainte-Marie de Coustouges, Saint-Laurent de Cerdans, l’église de Cabrenç (Saint-Michel), Sainte-Christine de La Menera, Sainte-Marie de Coral. En font partie également les lieux de Saint-Christophe dels Orts et les châteaux de Cabrenç, Montferrer, Fontanil (ou Corb), Montdon, Montalba, Palalda, Reynes (Rayners), Codalet et Les Cluses. En cartographiant ces possessions, on remarque que la seigneurie ne constitue pas seulement une bonne part du Vallespir (vicomté de Castelnou) sans en respecter les limites, mais aussi on voit bien le découpage de Corsavy. En 1267, lorsque Guillem-Hug de Serralongue part à la Croisade, le vicomte de Castelnou prend possession de ses châteaux (Mont-Don, Montalba, Palalda, Rayners et Codalet) pendant la minorité de son fils Bernard-Hug. Le vicomte met sa bannière sur le château au cri de Castelnou. Vers 1277, lorsque le jeune seigneur de Serralongue veut entrer en possession de son héritage, il rencontre l’opposition du suzerain. Commence alors une lutte de position sur le terrain, en même temps qu’une bataille juridique auprès du roi. Le vicomte avait bien rendu Serralongue, mais il l'avait bloqué avec une tour, sorte de "château de siège", dont il gardait la possession et par laquelle il contrôlait l’accès à la vieille forteresse. Bernard-Hug la fait raser.
En 1277/1278, le roi condamne Bernard-Hug à "rétablir de nouveau une tour au lieu de Serrallonga et d'y faire rétablir une fortiiudem", et en plus à détruire les nouvelles fortifications, et à remettre en l’état antérieur celles de Palol et de Saint-Paul au territoire de Céret. En 1303, la sentence de 1278 est renouvelée à l'encontre de Guillem-Gatcerand, le fils de Bernard-Hug, sans plus de succès. Mais en 1307, il semble qu’une solution soit adoptée: Bernard- Hug continuera à occuper la position dominante du château du milieu, à l'emplacement de la tour rasée du vicomte de Castelnou; le vicomte quant à lui construira une nouvelle tour au nord, nettement en contrebas. En 1307 aussi, Bernard-Hug est inféodé par le roi des justices haute et basse de la paroisse de Serralongue, du château de Cabrenç, du Vilar Castelar, de Vilaroja, Fontanils, Montalba, Montdon, Palalda et Reynes. En 1313, Guillem-Galcerand de Serralongue meurt sans descendance. L'héritage passe à sa soeur Béatrix, vicomtesse de Rocaberti. En 1321, à l'extinction de la famille de Castelnou, châteaux et seigneuries passent à Sanche, roi de Majorque. La tour septentrionale devient par conséquent une place royale. En 1417, le roi engage une procédure contre Garau de Rocaberti, héritier des châteaux de Cabrenç, Serralongue, Montalba; de 1419 à 1445, le château est sous séquestre royal. En 1533, Pierre de Rocaberti fait aveu à l’empereur Charles-Quint (héritier des rois d'Aragon) pour les châteaux et lieux de Cabrenç, Vilar-Castlar, Montalba, Fontanils, Palalda et du Val de Montdon.
Châteaux-forts ruinés, construits au XIIe siècle et vers 1300, situés sur une crête en dents de scie, à 1342 mètres d'altitude, dominant au nord-est Lamanère, l’un des villages les plus méridionaux de France (à la limite entre les communes de Lamanère et de Serralongue). Les trois châteaux occupent trois pics orientés nord-sud, entre les torrents de La Manera et de Serralonga. Des boulets de canon provenant du château sont conservés au Musée Municipal de Serralongue. L’un en granit mesure 21 cm de diamètre, un autre en fer de 15 cm. Le châteaux du sud est sur une plate-forme d'environ soixante sur quinze mètres, donjon-aula datant du XIe ou du XIIe siècle, de 18 X 11 mètres, aux murs épais de 2,30 mètres, dont la salle basse mesure huit mètres sous voûte (l'étage supérieur a disparu). Dans son prolongement, une enceinte oblongue clôture une cour dans laquelle sont les restes de bâtiments et d’une chapelle (dédiée à saint Michel) de cinq sur quatre mètres avec abside semi-circulaire. Cette enceinte est percée d’une porte en plein-cintre donnant sur des escaliers qui communiquent avec une enceinte plus basse de 15 à 18 mètres dans laquelle il y avait une écurie; les braies maintenant arasées avaient 1,50 mètre d’épaisseur. Les maçonneries en appareil régulier remontent en partie au XIIe siècle.
Le châteaux du milieu est séparé du château méridional d’environ cent mètres, en contrebas vers le nord. Un donjon-beffroi pentagonal (en fait heptagonal, parce que le pentagone est adapté au site) occupe le plus haut du rocher. Sa maçonnerie, épaissie vers le nord, est en appareil de tout-venant mal lité mais chaîné aux angles. La porte ouverte à l’est, à 1,60 mètre au-dessus du rocher, est sous linteau droit; elle donne sur une pièce carrée de 4,20 mètres de côté, éclairée par une petite fenêtre; les étages supérieurs ont disparu. L’enceinte est en tout-venant; elle est défendue par des archères très rapprochées ouvertes en quinconce. Reste d’un logis rectangulaire au midi. L'édifice a été construit après 1277 (vers 1303/1307).
Le châteaux du nord est situé à 200 mètres en contrebas du château du milieu vers le nord, donjon-logis pentagonal (en fait un hexagone parce qu’un pan coupé était nécessaire pour l'adaptation au terrain). L'appareil est en tout-venant régulièrement lité, chaîné aux angles de grosses pierres sur chant alternées (en moyenne une pour deux lits). Sa porte sous arc surbaissé s'ouvre de plain-pied. A l'intérieur se superposent trois niveaux rectangulaires séparés par des voûtes. Les étages communiquent par des escaliers épargnés dans la maçonnerie. Le premier étage, muni d’une cheminée, est éclairé par une fenêtre, mais le rez-de-chaussée est aveugle et le second ne reçoit le jour que par deux étroites fentes. Une chemise est haute encore d’environ 1,50 mètre et surplombe un fossé très profond. Elle ne laisse libre qu’un chemin de circulation. Le château est bâti par les vicomtes de Castelnou après 1307. (1)

Éléments protégés MH : la tour médiane et les vestiges du château appelé tours de Cabrenc : classement par arrêté du 5 décembre 1988. La tour Nord de Cabrenc : classement par arrêté du 17 mars 1994.

tours de Cabrenc 66230 Serralongue, propriété de la commune, vestiges, piste carrossable de trois kilomètres; depuis Parc à voitures, accès à pied (1 heure).


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source de la photo par satellite: https://www.google.fr/maps

   
 
 


(1)   
   Atlas des Châteaux et des Fortifications du Moyen Age en Pyrénées-Orientales: Charles-Laurent Salch avec la collaboration de Danielle Fevre et Jérôme-M. Michel, sept. 2004, en vente sur http://castrum.chez-alice.fr/revue_46.htm

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique
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