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Les premiers seigneurs connus de Cormatin sont les
du Blé de Oblato. En 1259 Henri de Oublé, chevalier, confesse "tenir du duc
de Bourgogne la terre de Chapaize et sa maison de Cormatin (Cormati)". Vers
1360, Eudes du Blé, chevalier, est seigneur de Cormatin. Marié en 1364, à
Marguerite de Bresse, fille de Hugues de Bresse, il testa en 1375, élisant
sa sépulture en l’église d'Ameugny. En 1380, sa veuve reconnaît tenir en
fief du duc de Bourgogne la quatrième partie, par indivis, du bois de
Chapaize et le mont Saint-Romain. De leur union ils laissaient trois enfants
dont Jeanne du Blé, mariée à Antoine de Rabutin; 2° Marguerite du Blé,
mariée à Jean Pioche, seigneur d'Aulnay-en-Nivernais; 3° Huguenin ou Hugues
du Blé, écuyer, seigneur de Cormatin et de Sienne, fut échanson du duc de
Bourgogne, Philippe le Hardi en 1397, servit sous le maréchal Boucicault et
devint capitaine de Châtel-Belin-sur-Salins. Hugues s’allia en premières
noces à Jeanne de Cirey, fille du duc de Bourgogne, et en secondes noces à
Annette, fille de Jean de Saint-Aubin et d’Anne de Saint-Vérain. De sa
première femme il eut Antoine du Blé, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem,
et de la seconde, Claude, qui suit. Claude du Blé, écuyer, seigneur de
Cormatin et Massilly, fut capitaine des châteaux de Lourdon et de Boutavent
(1472). Actionné en Justice par l’abbé de Cluny pour avoir mis Lourdon au
pillage, après s’en être emparé, il fut d’abord condamné à 2.000 livres
d’amende, mais n’eut point à les payer, Louis XI ayant déclaré après
l’annexion de la Bourgogne que tous les faits de guerre étaient couverts par
ses lettres d’absolution. En 1490, Claude du Blé donnait aveu au roi pour un
fief situé à Brancion. Marié, en premières noces à Agnès d’Essertenne, fille
de Guillaume d’Essertenne, seigneur de Brandon, il le fut en secondes noces
à Marguerite de Sienne, d’où un fils Hugues qui suit.
Hugues II du Blé, seigneur de Cormatin et Collonges, mourut sans postérité
léguant ses biens à son neveu qui suit, à la charge de porter son nom et ses
armes. Hugues de Laye, fils de Catherine du Blé et de Claude de Laye, fut
seigneur de Cormatin, Curgy, Sienne et Cussy-la-Colonne; cette dernière
terre par les droits de sa femme, Marguerite de Mandelot. Il eut trois
enfants dont Hugues de Laye, qui suit; 2° Antoinette de Laye, dame de
Rotillat, mariée à Antoine de Mont-Jouvent, seigneur de Pérouse; 3° Hugues
III de Laye du Blé fut seigneur de Cormatin, Mandelot, Mavilly et Sienne.
Vers 1540, moyennant 900 livres, il vend à Claude de Gasse, seigneur de
Rouvray, tout ce qui lui appartient en la terre et seigneurie de Sienne, et
donne en 1560 l’aveu de 78 livres de rente. Hugues avait épousé, en 1513,
Anne de la Magdeleine, fille de Marguerite de Audebert, qui mourut de
maladie contagieuse, en 1529, et eut sa sépulture en l’église d’Ameugny, où
se voit encore sa pierre tombale. Leurs enfants furent Jean du Blé, prieur
de Saint-Oyen à Montbellet, mort à Lyon en 1569; 2° Pétrarque du Blé, qui
suit; 3° Gérard du Blé, chanoine de Saint-Vincent de Chalon; 4° Antoine du
Blé, seigneur de Mandelot et de Cussy-la-Colonne; 5° Isabelle du Blé,
archiprieure de Lancharre; 6° Étiennette du Blé, réfectorière de Lancharre;
7° Marie-Marguerite du Blé, religieuse morte et inhumée au prieuré de
Lancharre où se voit encore sa pierre tombale; 8° Blaise du Blé, mariée à
Pantaléon de Saint-Clément, fils de Claude, seigneur de Taizé. Pétrarque du
Blé, seigneur de Massilly et Cormatin, devint baron d’Uxelles par les droits
de sa femme, Catherine de Sercy. En 1558, ce seigneur figure ax Etats du
Maconnais parmi les nobles. L’année suivante on le voit en procès avec les
chapelains de Saint-Mayeul de Cluny. Vers 1560, les habitants de
Bissy-sous-Uxelles lui passent reconnaissance de ses droits de garde.
Marié en 1537 à Catherine, fille de Claude de Sercy, seigneur du lieu,
Pétrarque en eut onze enfants dont Enarde du Blé, religieuse bénédictine de
Marcigny-sur-Loire; 2° Claudine du Blé, religieuse à Lancharre où se voit
encore sa pierre tombale; 3° Jean du Blé, chevalier de Malte, mort à la
bataille de Lépante en 1571; 4° Hugues du Blé, moine de Cluny, prieur de
Saint-Marcel-lès-Chalon en 1568; 5° Jean du Blé, seigneur de Mandelot,
écuyer d’écurie de la reine; 6° Charles du Blé, mort jeune; 7° Nicole du
Blé, mariée à François de Colombier, seigneur dudit lieu; 8° Marguerite du
Blé, prieure de Puley, enterrée à Lancharre en 1571, où sa dalle tumulaire
existe encore; 9° Pierre du Blé, né en 1555; 10° Jacques du Blé, né en 1557;
11° Antoine du Blé, né en 1560, baron d’Uxelles et de Cormatin, fut aussi
seigneur de Rully et de Saint-Gilles. A l’âge de dix-sept ans on le voit
servir au siège de Bruard, puis il était à celui de Sedan et à la défense de
Chaumont contre les reîtres, à la journée d’Arques, au siège de Paris en
1590, à celui de Rouen en 1591 et à la prise de Marseille sur les Espagnols.
Rangé dans le parti de la Ligue et uni aux troupes du marquis de Treffort il
coopérait, en 1591, à la prise de Romenay, Cuiseaux et Sainte-Croix. En 1594
il luttait encore avec les Ligueurs et ce n’est qu’en 1595 qu’il se
soumettait à Henri IV. En l’année 1580, Antoine du Blé s’était allié à
Catherine de Beauffremont, fille de Nicolas de Bauffremont, baron de
Sennecey, et de Denise Patarin, dame de Cruzilles. Les deux époux morts la
même année (1616) furent inhumés en l’église des Minimes de Chalon, où leur
fut élevé un superbe mausolée. De leur union étaient nés six enfants dont
Jacques du Blé, qui suit; 2° Henri du Blé, marié à Anne-Valentine Alamany.
Il eut le titre de baron d’Uxelles et s’illustra dans la carrière des armes;
3° Eléonore du Blé, mariée à François de Nagu, seigneur de Varennes, baron
de Marzé, gouverneur d’Aigues-Mortes; 4° Constance du Blé, abbesse, puis
prieure de Puley; 5° Angélique du Blé, religieuse archiprieure de Lancharre;
6° Marie-Minerve du Blé, abbesse de Lancharre.
Jacques du Blé, marquis d’Uxelles, seigneur de Cormatin, gouverneur de la
ville et citadelle de Chalon en 1611, était mestre de camp d’un régiment
d’infanterie en 1613. En 1618, à la suite des acquisitions des seigneuries
de Buxy, d’Ameugny, de Chardonnay, et en récompense des services rendus au
roi, ses terres d’Uxelles et de Cormatin étaient érigées en marquisat. En
1625, on voit Jacques du Blé faire partie de l’expédition de Lesdiguières
contre Gênes et assister aux sièges de Gavy et La Rochelle. Nommé mestre de
camp en 1628 et chargé de secourir le duc de Mantoueil n’éprouva, durant
cette campagne, que des revers, et mourut, le 20 mai 1629, d’une blessure
reçue au siège de Privas. Son corps fut inhumé au tombeau de famille en
l’église des Minimes de Chalon. Jacques du Blé laissait quatre enfants dont
Louis-Chalon du Blé, qui suit; 2° Anne du Blé, mariée à Henri de Béringhen,
premier écuyer du roi, seigneur d’Armanvilliers; 3° Marie-Constance du Blé,
abbesse du monastère de Farmoutiers en 1677; 4° Isabelle du Blé,
sous-prieure de Lancharre. Louis-Chalon du Blé, né en 1619, héritier et
successeur de son père, eut les titres de marquis d’Uxelles, seigneur de
Cormatin, comte de Buxy et de Tenarre, gouverneur de la ville de Chalon,
capitaine général des armées du roi et lieutenant du roi en Bourgogne. Entré
à l’armée à dix-huit ans il fut pourvu d’un régiment à dix-neuf ans, prit
part à vingt-deux campagnes et mourut dans sa trente-neuvième année d’une
blessure reçue au siège de Gravelines. Son corps fut inhumé en l’église des
Minimes de Chalon, au tombeau que lui fit élever Marie de Bailleule, sa
seconde femme, à côté d’Antoine du Blé, son aïeul. Louis-Chalon du Blé
épousa en premières noces (1644) Gabrielle de la Grange, fille unique
d’Henri-Antoine de la Grange, seigneur de Mont gny, et en secondes noces
(1645) Marie de Bailleul, veuve de François de Brichanteau, marquis de
Nangis et fille de Nicolas de Bailleul, baron de Château-Gonthier, seigneur
de Valtot, Soisy et Etiolles.
De cette dernière union il laissait deux enfants dont Louis-Chalon II du
Blé, l’aîné, marquis d’Uxelles et de Cormatin, naquit en l’année 1648 où son
baptême fut l’occasion de fêtes et réjouissances pour la ville de Chalon. Il
succédait à son père, comme gouverneur de cette cité à l’âge de dix ans et
mourait alors qu’il en avait à peine vingt, tué au siège de Cadix en 1668.
2° Nicolas du Blé, second fils de Louis-Chalon, naquit en 1652. Destiné à
l’état ecclésiastique il fut pourvu dès sa jeunesse de l’abbaye de
Notre-Dame de la Bussière-sur-Ouche. Rentré dans le monde à la mort de son
frère il lui succéda au gouvernement de la ville de Chalon. Capitaine à
vingt ans (1672), exempt des gardes du roi l’année suivante, il était
brigadier d’infanterie en 1677, maréchal de camp en 1683, lieutenant général
en 1688. Il prit une part assez active à la plupart des guerres de son
temps, fut blessé au siège de Philisbourg, défendit pendant quatre mois la
ville de Mayence (1689) assiégée par une armée de 100.000 hommes et fut créé
maréchal de France en 1703. Membre du conseil de régence à la mort de Louis
XIV il fut alors nommé président des affaires étrangères. Nicolas du Blé
mourut en 1730, à l’âge de soixante-dix-huit ans et fut inhumé en l’église
des Feuillants de Paris. Ne laissant pas de postérité il fit héritier de ses
biens Henri-Camille de Béringhen son neveu. Celui-ci fut marquis de
Béringhen et d’Uxelles, comte de Plessis-Bertrand et baron de Ténarre. Né en
1693, il était fils de Jacques Louis de Béringhen et d’Élisabeth Fare d’Aumont.
Créé premier écuyer du roi en 1724 il devint gouverneur de la ville et
citadelle de Chalon et lieutenant-général au gouvernement de Bourgogne.
Camille de Béringhem avait épousé en 1743 Angélique-Sophie de Hautefort,
veuve de Jean-Luc de Sauzières, marquis de Thémines en Quercy, et fille de
Louis-Charles de Hautefort, marquis de Surville, dont il ne laissa point
d’enfants.
En 1740 il avait vendu les seigneuries et baronnie de Tenarre, d’Ormes et de
Vanoise à François de Truchis moyennant la somme de 125.000 livres, en 1766
c’était le marquisat d’Uxelles qu’il aliénait à Jean-Gabriel Verne et à
Denis Péan de Saint-Gilles. Jean-Gabriel Verne, écuyer, conseiller et
secrétaire du roi au parlement de Besançon, seigneur de Cormatin, d’Uxelles,
de Chapaize, d’Ameugny, de Mas silly, de Colombier, etc, acquit en 1770 de
Denis-Péan de Saint-Gilles sa part des terres d’Uxelles et de Cormatin et en
reprit le fief le 31 juillet 17701. Il avait épousé Catherine-Julie Guy de
la Findoise, morte à Paris en 1782 et inhumée en l’église d’Ameugny. Son
époux décédé l’année suivante dans son hôtel, aussi à Paris, fut inhumé dans
l’église Saint Laurent de cette ville. De leur union étaient issus deux
enfants dont Geneviève-Henriette-SophieVerne, qui suit; et Gabriel-Louis
Verne, seigneur de Besseuil, procureur au Châtelet, puis secrétaire-greffier
dü conseil. Geneviève Henriette Sophie Verne, née à Paris en 1758, porta ses
terres à Antoine Viard, son premier mari, fils de François-Emmanuel Viard,
procureur du roi au bailliage de Mâcon, seigneur de Sercy, Saint-Gengoux,
San tilly et Molleron, secrétaire du Roi, lieutenant général au bailliage,
mort subitement au château de Sercy, dans sa trente-septième année, laissant
trois dont enfants Catherine-Julie-Philiberte Viard, mariée en 1774 à
Claude-Joseph Perruchot de là Bussière; 2° Gabrielle-Suzanne-Henriette Viard,
mariée à Pierre-Abel Bernard de la Vernette; 3° Antoine-Louis-Emmanuel Viard
de Sercy, né en 1783 et mort en bas âge. Devenue veuve, Sophie Verne
épousait, le 4 avril 1784, Pierre-Marie-Félicité Dezoteux, fils de
Claude-Armand Dezoteux, commissaire des guerres, et de Jeanne-Charlotte de
la Felonnière. Entré dans la carrière militaire il fit, en 1780, campagne en
Amérique sous les ordres de Washington.
De retour en Europe il entrait en 1791, dans la garde constitutionnelle de
Louis XVI. Émigré èn Angleterre après le 10 août 1792, il prenait part, sous
le nom de baron de Cormatin et avec le titre de major général de Bretagne, à
une expédition dans l’ouest et signait, le 20 avril 1795, une convention
militaire avec le général Hoche. Mais soupçonné, peu après, de ne point
tenir sa parole, Pierre-Marie-Félicité Dezoteux était emprisonné et ne
recouvrait la liberté qu’en 1802. Rentré en son château de Cormatin il
reprenait un train de luxe ruineux qui obligeait sa famille à le réduire à
une simple pension alimentaire. Il occupa alors un modeste emploi dans la
manufacture des tabacs à Lyon, où il est mort en 1812. Sophie Verne mourut
en 1846. Du sieur Pierre-Marie-Félicité Dezoteux elle avait eu cinq enfants
dont Gustave Dezoteux, mort jeune à l’armée; 2° Anne-Joséphine Dezoteux,
mariée à Guillaume Michon de Pierreclos; 3° Fany Dezoteux; 4°
Clémentine-Julie Dezoteux, morte à onze ans; 5° Gabrielle-SuzanneDezoteux,
morte à quatorze ans. En 1809, Sophie Verne avait vendu ses domaines d’Uxelles
et Cormatin, moyennant 345.000 francs, à Etienne Maynaud de Lavaux, membre
du Conseil des anciens, conseiller général et député de Saône-et-Loire.
Etienne Maynaud de Lavaux revendit, le 1er janvier 1810, le château de
Cormatin moyennant 45.600francs à Joseph Laurent Salavin, négociant de Lyon.
Ce dernier ayant été tué accidentellement durant des travaux de démolition
au château, sans avoir payé son acquisition, Cormatin fut repris par le
vendeur. Après lui le domaine passait à sa fille, Sylvie Maynaud de Lavaux,
mariée à Charles Brosse, ancien officier de cavalerie. Après le décès de
Charles Brosse, en 1832, sans enfants légitimes, ses biens allèrent à sa
fille naturelle, Marguerite Verne, mariée en 1843 à Henri de Lacretelle,
fils aîné de l’historien Charles de Lacretelle. Le château de Cormatin
passait ensuite, par acquisition, à M. Gunsbourg, propriétaire au
commencement du XXe siècle..
Histoire et description du château de Cormatin:
Le château actuel de Cormatin en a remplacé un plus ancien dont il est déjà
fait mention au XIIIe siècle. Le 1er avril 1280, on voit Henri du Blé,
seigneur de Cormatin, et Jeanne d’Uxelles, sa femme, faire hommage au duc de
Bourgogne pour divers biens situés près Lugny, déclarant qu’ils
déchargeaient le duc de tous les dommages causés par ses gens et notamment
de la destruction de son château de Cormatin. Vers 1575 on trouve aussi le
testament d’un prêtre, Philibert Dupan, qui se qualifie chapelain de la
chapelle de Cormatin. Situé dans une île formée par les eaux de la Grosne,
le beau château de Cormatin, monument historique, paraît avoir eu, pour
premier constructeur vers 1616, Antoine de Blé, baron d’Uxelles et Cormatin
et lieutenant pour le roi en Bourgogne. Un marché pour fourniture de tuiles
conservé aux Archives de Saône-et-Loire et passé par ledit baron avec deux
potiers de Cluny, est probablement relatif à la couverture de cet édifice.
Par ce traité les deux entrepreneurs Hugues Jolibois et Claude Merzié
s’engagent à fournir 100.000 tuiles plombées, en tout semblable à celles qui
recouvrent l’hôpital de Chalon "en par ledit seigneur fournissant la terre,
laquelle lesdits entrepreneurs seront tenuz de tirer à leurs fraiz et après
icelle tirée sera chariée en place aux frais dudit seigneur, avec le sable
et bois nécessaire; feront lesdits entrepreneurs le fourneau et molin pour
faire lesdits ouvrages, les matériaux et meubles desquels seront aussy
fourniz par ledit seigneur; et les couleurs pour plomber lesdites thuilles
seront fournies par lesdictz entrepreneurs; le présent marché fait pour et
moyennant le pris.et somme de dix livres pour chascun millier". La
construction fut continuée par Jacques du Blé, fils d’Antoine, car l’on voit
qu’en 1626 des devis sont établis pour les cheminées et plafonds à faire à
Cormatin, puis un inventaire des tableaux envoyés, en avril 1627, de Paris à
Cormatin, mentionne vingt-quatre paysages pour la galerie, trois autres
paysages pour le cabinet, deux tableaux d’enfant pour le cabinet, un tableau
de cuisine et poisson, idem, un tableau d’amazone pour le cabinet, un de
sainte Cécile pour la cheminée du cabinet, un grand Vulcain pour une
cheminée, treize tableaux des treize Louis, un du cardinal de Guise, un de
feu M. d’Elbeuf, celui du roi, celui de Monsieur, son frère, celui du
cardinal de Lorraine, celui de Madame, celui de Henri de Lorraine, celui de
Charles de Lorraine, un autre de François de Lorraine, celui de feu M. le
comte de Palluau. Les initiales de Jacques du Blé se voient encore
aujourd’hui enlacées avec celles de Claudine Phelipeaux, sa femme.
Le château formait autrefois un quadrilatère, composé d’un corps de logis
flanqué de deux ailes et d’une porte monumentale. Cette porte a depuis
longtemps disparu. Quant à l'aile gauche sa destruction remonte à 1815. Un
négociant de Lyon, Laurent Salavin, venait d’acquérir ce bel édifice dans le
but d’établir dans cette aile une manufacture d’indienne, mais son
entrepreneur, le sieur Girardet, ex-prêtre constitutionnel, la mutila si
malheureusement pour y aménager la nouvelle fabrique, que Salavin fut obligé
de la faire démolir. Durant cette démolition la chute d’une poutre tua notre
négociant lyonnais en lui écrasant la tête. Le corps de logis, flanqué d’un
pavillon à chaque extrémité, se compose d’un rez-de-chaussée surélevé, avec
un étage au-dessus, le tout percé de grandes baies rectangulaires à doubles
croisillons de pierres. D’élégantes tourelles à toits coniques se montrent
suspendues aux angles, tandis qu’à la base des toitures se dressent de
belles lucarnes renaissance à frontons surbaissés. C’est dans l’aile droite
conservée que se trouvent les appartements historiques datant de l’époque de
la construction et se composant de cinq pièces du rez-de-chaussée, décorées
de boiseries et de peintures. Ils sont remarquables plutôt par la richesse
de l’ornementation que par la pureté du style. On y voit un portrait
équestre de Louis Chalon-d'Uxelles, frère aîné du maréchal, tué en 1669 au
siège de Candie; un trumeau de cheminée, attribué à Guido Reni: Vénus
demandant des armes à Vulcain pour Achille, des paysages du peintre flamand
Van der Veld. Le cabinet du maréchal d’Uxelles est la pièce la plus finie et
la plus riche. On y a semé à profusion les peintures et les dorures. Sur la
cheminée, une sainte Cécile, portrait, dit-on, d’une dame d’Uxelles; tout
autour, des figures allégoriques: la justice, la réflexion, la force, la
tempérance.
On monte au premier étage par un escalier monumental, en pierre, qui donne
accès aux salles où le propriétaire actuel a installé sa riche galerie de
peinture. Sauf les salles historiques conservées intactes, tout le château a
été restauré de nos jours. Au début de la Révolution, le 30 juillet 1789,
uns bande de 150 paysans révoltés contre le régime féodal qui avaient
saccagé quantité de châteaux, cures et maisons bourgeoises en Mâconnais,
vint devant Cormatin pour incendier cette habitation. Le propriétaire, M.
Dezoteux, chercha à les gagner en leur faisant donner à boire et à manger à
discrétion et en se dépouillant de tout l’argent qui était en sa possession.
Mais il ne serait point parvenu à sauver ce bel édifice, si un détachement
de la milice bourgeoise de Tournus qui était à la poursuite de ces brigands,
ne fût accouru en toute hâte. Ils furent attaqués dans la cour du château.
Plusieurs furent tués ou blessés. D’autres se noyèrent dans les fossés en
voulant prendre la fuite. Le reste fut dispersé. Moins de vingt-cinq ans
après, le vieux manoir était à nouveau envahi, non par des ennemis de
l'intérieur, mais par des troupes étrangères. Le 7 mars 1814, le général
autrichien de Méningen à la tête d’un corps d’environ 6.000 hommes se
présentait devant Cluny avec ordre d’en déloger un rassemblement de 600
volontaires. Ces derniers embusqués derrière la ceinture de murailles et
fort mal disciplinés accueillirent l’ennemi par une vive fusillade et
tuèrent des parlementaires que leur envoyait le général autrichien. Celui-ci
furieux d’un semblable procédé fit savoir que le lendemain la ville
l’expierait par le pillage et l’incendie, après quoi il se repliait sur
Cormatin. Les soldats se rendirent au château et établirent leurs feux de
bivouac dans les cours et dans le parc. L’état-major et les officiers
s’établirent dans les bâtiments d’habitation où des matelas furent étendus
dans les appartements. La comtesse de Pierreclos, fille du baron de
Cormatin, qui y était restée, à peu près seule, avec ses domestiques,
apprenant le malheur dont la ville était menacée, mit tout en œuvre pour
détourner le général de sa cruelle décision. Deux fois repoussée et assez
brusquement par cet inflexible chef elle se décide à affronter pour la
troisième fois le courroux du général, tombe à ses pieds et le conjure de
l’entendre. Enfin il cède à ses instances et Cluny est sauvée. (1)
Éléments protégés MH: le château : classement par liste de 1862 et par
arrêté du 2 février 1903. Les parties suivantes des jardins: le canal, le
terre-plein, le miroir d'eau, les douves et le mur de clôture : inscription
par arrêté du 19 janvier 1995 (2)
château de Cormatin 71460 Cormatin, tél. 03 85 50 16 55, ouvert du
1er avril au 11 novembre 10h à 12h et 14h à 17h 30, ouvert en continue 10h à
18h30 du 14 juillet au 15 août. Groupes du 15 mars au 31 novembre sur
rendez-vous.
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