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Château de Lugny (Saône-et-Loire)
 
 

      Le terrier de la seigneurie ayant été brûlé en novembre 1793, sur la place de la Liberté, et un seul de ses dénombrements, celui donné, en 1539, par Jean de Lugny, nous étant parvenu, nous avons assez peu de détails sur la nature et le produit des droits de cette terre, et l’importance des biens dont elle se composait. Dans ce dénombrement le seigneur de Lugny déclare tenir en foi et hommage du Roi, en son bailliage de Mâcon: La terre et seigneurie de Lugny, en toute justice haute, moyenne et basse, à charge de comparaître à l’arrière-ban, audit lieu de Mâcon et y faire le devoir et service tel qu’il lui plaira commander, ladite seigneurie valant 800 livres tournois de ferme par an, sur quoi il faut distraire la terre et seigneurie de Bissy-la-Mâconnaise de la valeur de 200 livres tournois de rente annuelle. Les dîmes en ladite terre, tant en blé qu’en vin, évaluées annuellement à 100 livres tournois. En 1756, les cens produisent en argent, 1.093 livres, 5 sous, en grains, 10 bichets et 6 coupes de froment, 6 bichets et 8 coupes d’avoine, 6 coupes d’orge, 2 coupes de fève, et une coupe de noix. La halle, propriété du seigneur à raison de ses droits de foire et marché, était affermée, en 1755, 200 livres par an en argent et 6 poules. Au seigneur de Lugny appartenait également, le tiers, avec le seigneur de Senozan et les habitants de Fleurville, du droit de passage, sur la Saône audit Fleurville, et la totalité de celui de Saint-Jean-le-Priche. Le territoire de la paroisse comprenait deux dîmages à la fin du XVe siècle: l’un appartenant au curé; l’autre pour 5/8 au seigneur de Lugny, et pour 3/8 au seigneur de Saint-Point. Les dîmes étaient évaluées, en 1685: celle du seigneur à 40 bichets de blé et 30 poinçons de vin; celles du curé à 8 ânées de blé; celles de l’abbé à une ânée de blé et une botte de vin.

Voici le produit, en 1768, des dîmes tant grosses que menues de la seigneurie. Grain: froment, 51 ânées; blondée, 3 ânées, 8 coupes; orge, 1 ânée, 12 coupes; fèves, 4 ânées; pois, 2 ânées; pesettes, 2 coupes; turquie, 5 ânées. Vin: première cuvée, 34 feuillettes; deuxième cuvée, 31 feuillettes; troisième cuvée, 22 feuillettes. En 1790, le fermier de la baronnie déclare que la dîme se percevait à l’onze. En 1778, M. de Montrevel amodie, moyennant 8.600 livres, par an, plus 600 livres de pot de vin et 240 livres pour les frais, la grosse grange située au bourg de Lugny, la petite grange, la dîme du blé et du vin, le regain des prés de Laveau et de Nièvre, enfin les bestiaux qui composent le chetel dudit domaine. La même année, M. de Montrevel amodia, à raison de 3.600 livres par an, plus 240 livres d’étrennes, le domaine de Bissy-la-Mâconnaise, ensemble les dîmes et droits de dîmes qui en dépendaient, et cinq autres domaines divers, situés au même lieu. Quant au vieux château de Lugny, à peu près disparu, après avoir été saccagé et brûlé durant la période révolutionnaire de 1789, il n’a guère laissé de souvenirs à l’histoire. Pris par une compagnie d’Écorcheurs, vers 1568, on ne le voit plus aucunement figurer dans les annales de la région, soit à l’époque des guerres entre Louis XI et Charles le Téméraire, soit pendant nos discordes religieuses du XVIe siècle. Le procès-verbal d’une pose de scellés qui y fut effectuée, en 1666, à la mort de Charles-François de La Baume, mentionne qu’ils furent apposés à un cabinet voûté, au-dessus de la chapelle, contenant les titres et papiers, aux chambres, la plus grande partie de celles-ci, tapissées, garnies de lits, ameublements, à la sommeillère où sont quantité de pièces et vaisselles d’argent pour le service de table. L’écurie contenait quatorze chevaux tant de carrosse que de chariot, et cinq coureurs, les autres étant à Mercey, terre qui est à Madame.

Lugny semble avoir eu pour premiers seigneurs des gentilshommes du nom. Seguin de Lugny, chevalier, a, en 1317, la dîme de Lugny, qu’il tient en fief de l’évêque de Mâcon. Josserand de Lugny, chevalier, seigneur dudit lieu, et de la maison forte de Bissy, prête hommage à l’évêque, en 1372. Il épousa Jeanne de Pizay, dont il eut Jean de Lugny, chevalier, seigneur dudit lieu, époux de Jeanne, dame de Nanton et de Ruffey, eut un fils, Jacques, qui suit. Henri de Pisay est seigneur de Cruzille et co-seigneur de Lugny, en 1406, en même temps que Jean de Lugny, chevalier de l’ordre du collier de Savoie. Jacques de Lugny, chevalier, seigneur dudit lieu, de Ruffey et de Lessart, par sa femme, Jeanne de Nanton, eut d’un second mariage (1451) avec Catherine de Dyo, un fils Liébaud. Liébaud de Lugny, chevalier, épousa, le 26 février 1467, Agnès de Lévis, puis Philiberte de Saint-Trivier, dame en partie de Branges. De son premier mariage il laissait Jean II de Lugny, chevalier, seigneur dudit lieu, qui épousa, en 1501, Catherine de Roussillon, dont il eut Jean III de Lugny, chevalier, baron de Saint-Trivier, donne, le 4 mars 1539, au Roi, son aveu pour Lugny, 800 livres de rente, y compris 200 livres pour la seigneurie de Bissy et 100 livres pour les dîmes de Lugny, tenus en fief de l’évêque de Mâcon. Il épousa, en premières noces le 8 mai 1530, Catherine, dame de Saint-Trivieret de Branges, puis, en secondes noces, Françoise de Poli gnac, veuve et héritière de la terre de Lugny, dont elle donne en 1560 l’aveu, soit 450 livres de rente. Françoise de Lugny, fille et héritière des précédents, fut dame de Lugny, de Branges et de Lessard. En 1558, elle épousa François Chabot, marquis de Mire beau, comte de Charny, d’où une fille Catherine. Catherine Chabot, dame de Lugny, épousa (1579) Jean de Saulx, vicomte de Tavannes, baron de Sully et d’Igornay, gouverneur d’Auxonne; morte en 1587, elle avait institué pour son héritier, Charles, leur fils mineur.

Jean de Saulx, marié en secondes noces (1595) avec Gabrielle des Prez de Montpezat, eut, entre autres, deux fils, Henri, marquis de Mirebeau, né en 1597, et Jacques, seigneur de Villefrancon, né en 1600. Le vicomte de Tavannes, lieutenant-général de Bourgogne pour la Ligue, eut son château de Bissy enlevé par les Royaux. Il fit sa soumission à Henri IV en 1595, et le Roi lui conserva la dignité de maréchal que lui avait conféré Mayenne. Charles de Saulx-Tavannes, comte de Brandon, baron de Tavannes, seigneur de Lugny, Lessard, Chériset, etc, est nommé bailli de Mâcon, en 1626, "pour ses services surtout au combat naval, contre ceux de La Rochelle, auquel il commandait la proue du gallion de l’admiral", et plusieurs fois élu de la noblesse aux Etats du Méconnais, en 1618 et 1621. Il avait épousé Philiberte d’Occors de La Tour, dame de Lieufranc, dont il eut un fils, Claude-François, mort en 1646, et une fille, Claire-Françoise, qui porta Lugny dans la maison de Montrevel. Philiberte d’Occors renouvela la fondation ancienne de la chapelle Saint-Nicolas et Sainte-Catherine, à Lugny, fondée jadis pour la sépulture des seigneurs et dame de Lugny, tout proche le château. Pour renouveler et augmenter cette fondation, la dame de Lugny assigna, le 4 janvier 1648, la rente de 2.400 livres, pour l’entretien de deux chapelains, chargés de dire neuf messes par semaine dans ladite chapelle. Claire-Françoise de Saulx épousa, le 2 janvier 1647, Charles-François de La Baume, comte de Montrevel, à qui elle porta les terres de Lugny, Brancion et Lessard. Charles-François mourut en 1666, après avoir servi en Artois, en Flandre et en Catalogne. Claire-Françoise reprit de fief, pour Lugny, le 28 avril 1673 et resta dame de Lugny jusqu’à son décès (1701).

Elle avait eu un fils, Jacques-Marie, comte de Montrevel, né en 1649, marié à Adrianne-Philippine Thérèse de Lanoy et qui fut tué à la bataille de Nerwinde, en 1694. Melchior-Esprit de La Baume, comte de Montrevel, baron de Lugny, deuxième fils de Jacques-Marie de La Baume, maréchal des camps et armées du Roi, né en 1679, épousa, en 1731, Marie-Florence du Châtelet de Lomont, dont il eut Florent-Alexandre Melchior de La Baume, comte de Montrevel, seigneur de Lugny, colonel du régiment de Montrevel, député de la noblesse du Maconnais aux États-Généraux de 1789, reprit de fief en Mâconnais le 12 mars 1774. Acquéreur à Mâcon de la maison Chesnard et de terrains avoisinants, il y fit construire un grand et bel hôtel où il vint résider en 1769. Ce dernier des de Montrevel fut une des victimes de la Révolution, la Jacquerie du Maconnais n’épargna pas son château de Lugny. Dans la soirée du 27 juillet (1789), plusieurs centaines d’insurgés armés de fourches, de pieux, de faucilles et même de fusils envahirent cette paroisse. Les habitants terrorisés et d’ailleurs insuffisants, prirerent le parti de ne pas se défendre et cherchèrent à amadouer les assaillants en défonçant pour eux des tonneaux de vin sous les halles. Mais pendant qu’une partie de ceux-ci buvaient, d’autres forçaient les portes du château, se répandaient dans les appartements, brisaient les glaces, cassaient les meubles, et après en avoir jeté les débris par les fenêtres, mettaient le feu dans la salle des Archives. Pendant que le vieux manoir flambait, ils s’introduisaient dans les maisons du bourg et rançonnaient les habitants. Toute la nuit se passa ainsi en ripailles et en violences dans la sinistre clarté de l’incendie.

Au jour, saturés de vin et les poches pleines, ces misérables bandits se décidèrent à déguerpir. Déjà il ne restait plus du château, que des murs noircis par la fumée, au-dessus desquels se profilaient lugubrement les tuyaux des cheminées. Les habitants des paroisses voisines accoururent; mais ce fut surtout pour sauver à leur profit ce qui avait échappé à la rage des émeu tiers. Toute la journée les routes furent couvertes de gens chargés d’objets divers, "comme un jour de foire, dit un témoin oculaire". Après avoir quitté Paris pour Orléans, de Montrevel allait habiter un appartement garni près de Corbeil, puis en juillet 1794, conjointement avec une dame Barans, il acheta à Thiais (Seine) une modeste maison qu’il fit réparer. Ne cherchant qu’à être oublié, il cultivait lui-même son potager et piochait avec les manœuvres qu’il employait. Le grand seigneur qui avait eu de vastes châteaux et un train princier n’avait gardé que deux ou trois domestiques. Un de ces hommes le dénonça au maire de Bourg, qui signala sa retraite à Pache, alors maire de Paris; avec sa grosse fortune le comte de Montrevel était de bonne prise. Déjà un représentant en mission en Saône-et-Loire, le crapuleux Javogues, s’en était préoccupé: "J’ai fait mettre sous scellés, écrivait-il le 8 décembre au Comité du Salut public, les biens des nommés Montrevel et Lerojan qui peuvent assurer aux sans culottes un gage d’au moins 12 millions". Ainsi visé, Montrevel fut arrêté comme suspect le 22 février; le 7 juillet 1794, sa tête tomba sous le couperet de Sanson. (1)

château de Lugny 71260 Lugny, propriété privée, visite des extérieurs uniquement.

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      Le Mâconnais historique. Seigneurs, châteaux, par François Perraud. Imprimerie Protat frères, Mâcon (1921)

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