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Le
premier seigneur de Brancion dont le nom nous soit parvenu est Warnulphe,
cité en 996 avec son frère Gaultier, prévôt de Mâcon, et Letbald, évêque de
Mâcon, leur oncle maternel. Warnulphe de Brancion eut pour fils Jocerand. Ce
Jocerand nous est seulement connu par une charte, postérieure à 1074, dans
laquelle Bernard de Brancion, religieux à Cluny, cite son grand-père
paternel, Jocerand, et son père Bernard. Bernard Gros 1er, fils de Jocerand,
est témoin, en 1039, d’une donation faite au monastère de Cluny par une dame
nommée Ermengarde. Entre les années 1040 et 1060 il donne aux chanoines de
Saint-Vincent de Mâcon la dîme de sa condemine de Sercy, à Ameugny. Puis en
1070 il remet aux religieux de Cluny des terres sises à Saint-Hippolyte,
Montagny et Vaux qu’il leur avait injustement disputées. Bernard Gros,
seigneur d’Uxelles, de Brancion et de Blanot, fit construire le château d’Uxelles
au temps de saint Hugues, abbé de Cluny; il alla à Rome demander le pardon
d’un anathème qu’il avait encouru pour avoir connu des déprédations sur les
terres des Clunistes et mourut, à son retour, à Sutre avant le 10 juillet
1070. De son mariage avec dame Ermentrude naquirent huit fils et une fille
dont Landric Gros, seigneur de Brancion; 2° Artaud, doyen de Lourdon; 3°
Bernard, grand prieur de Cluny; 4° Landric, moine à Cluny; 5° Jocerand, mort
moine de Cluny, vers 1100; 6° Seguin; 7°Hugues; 8° Bonspar; 9° Nicole de
Brancion, mariée à Dalmace de Gineio. Jocerand et Bernard, moines à Cluny,
sont au nombre des bienfaiteurs de ce monastère. Le premier, lorsqu’il prit
l’habit religieux, fit don à l’abbaye d’une condemine à Ameugny, et d’un pré
à Cortevaix. Son frère Bernard fit aussi diverses donations à Cluny, dont il
devint grand prieur. Seguin de Brancion est cité, en l’an 1100, lorsqu’il
est témoin d’une donation de biens, sis à Blanot, Prey et Chessy, faite au
monastère par Etienne de Neublans. Landric Gros, seigneur de Brancion, en
1070, cède à son tour des domaines et des serfs à Cluny et remet la villa de
Chissey au chapitre de Saint-Vincent de Mâcon.
Ces multiples donations faites aux moines de Cluny n’empêchaient point les
puissants seigneurs de Brancion de guetter et voler soit les religieux, soit
les étrangers passant sur leurs terres. Les moines pour se garantir de ces
vexations et pour garantir aussi les pèlerins ou marchands, se rendant au
monastère, consentirent à verser 300 sols, comme droit de péage. Landric
Gros, marié à Nicole, sœur de Bernard de Millet ou Melet, en eut plusieurs
enfants, dont cinq sont connus: Bernard Gros, qui suit: 2° Jocerand, évêque
de Langres, assiste, le 18 mai 1113, à la dédicace de l’église de l’abbaye
de La Ferté-sur-Grosne; 3° Landric; 4° Hugues, seigneur en partie de Boyer,
mort en Palestine, probablement lors de la croisade de 1147; 5° Guy. Bernard
Gros II confirme, en 1110, toutes les donations faites à Cluny par ses
ancêtres. Parti ensuite en Palestine, comme pèlerin, il en est de retour en
1116; c’est peut-être à ce moment qu’il entra dans l’ordre des Templiers. En
l’année 1117 (2 avril et 8 septembre) et en 1124 Bernard fait de nouvelles
donations aux Clunistes. Vers 1128 c’est à l’abbaye de La Ferté que Bernard
Gros et son fils, Jocerand, font des libéralités. En 1147, on voit Bernard
Gros partir un des premiers pour la croisade qu’a prêchée saint Bernard.
Avant son départ, voulant satisfaire, sous tous points, les moines de Cluny,
il reconnaît, devant de nombreux témoins, n’avoir aucun droit sur les terres
de leur abbaye, ne pouvoir conduire des hommes armés sur leurs terres, ne
pouvoir y construire des forteresses, n’avoir non plus le droit de lever des
tailles sur leurs sujets, aucun droit de justice sur les homicides, voleurs,
adultères, ni autres droits de coutume. Bernard Gros mourut vers 1149, il
avait épousé la sœur de Thierry 1er, duc de Lorraine, il eut huit enfants
dont Jocerand, qui suit; 2° Guillaume; 3° Seguin; 4° Jeoffroy; 5° Humbert,
chanoine de Saint-Vincent de Mâcon; 6° Landric, chanoine; 7° Hugues; et 8°
Henri.
Nous avons vu Bernard Gros, partant pour la croisade, faire abandon de
toutes les mauvaises coutumes qu’il pouvait exercer contre les religieux de
Cluny; mais Jocerand II, son fils et successeur, n’en tint aucun compte et
trouva prétexte à leur susciter de nouvelles querelles. Excommunié par le
pape Eugène III, il se soumettait et faisait amende honorable, mais
recommençait presque aussitôt des vexations contre d’autres gens d’église,
les chanoines de Chalon, auxquels il disputait des biens à Boyer. Condamné,
pour ses prétentions, par l’évêque de cette ville, choisi comme arbitre,
Joceranp ne cessait de les inquiéter et le prélat dut encore avoir recours
au Roi pour l’arrêter dans ses entreprises. A cette époque de trouble et de
violence on voit les comtes de Chalon et de Mâcon, les sires de Beaujeu et
de Forez, faire de continuelles incursions sur les biens des églises et des
chapitres. En 1180, le roi Philippe-Auguste fait alors entrer ses troupes
dans le comté de Chalon et oblige les seigneurs à restituer les biens dont
ils s’étaient emparés. Il fut même décidé que Guillaume, comte de Chalon, et
Jocerand de Brandon accompagneraient le Roi à la croisade, mais ce dernier
mourut un peu avant le départ des croisés (1189). Pierre de Saint-Julien de
Balleurre écrit que "le tant renommé Jocerand de randon estoit si puissant
qu’il avoit son conseil qui rendoit toutes choses en dernier ressort, sans
despendre d’aucun Parlement". Après la mort de Jocerand, sa veuve, Alix de
Chalon, épousa Ulrich de Bagé. De son premier mariage elle avait eu trois
fils dont Henri Gros, qui fut seigneur de Brandon; 2° Bernard, religieux; 3°
Guillaume, chanoine de Chalon. Henri Gros 1er en désaccord avec les
religieux de La Ferté, au sujet de certains de leurs biens, situés entre la
Grosne et le Grisou, fait en 1194 abandon de toutes ses prétentions. De même
il reconnaît n’avoir aucun droit de justice sur leur terre de l’Ardenche; en
même temps il leur accorde un libre passage, pour leurs denrées, sur ses
terres.
Henri de Brancion mourut, encore jeune, avant 1205 et fut inhumé à Cluny; il
avait épousé Béatrix de Vignory, dont il eut Jocerand, qui suit; 2°
Barthélemy, évêque des Cinq-Églises en Hongrie: il demande à être inhumé à
Cluny, où il fonde un anniversaire pour ses parents défunts; 3° Hugues:
Juénin nous dit qu’il prit à fief, de l’église de Tournus, la moitié des
dîmes de Grévilly; 4° Henri, seigneur d’Uxelles, en 1214; 5° Etienne, abbé
de Cluny; 6° Nicole de Brancion, citée en 1214. Jocerand Gros III fait, en
1208, donation aux moines de Cluny de certains biens sis autour de Lourdon,
puis en 1214 il leur remet tout ce qu’il possède à Saint-Hippolyte en
hommes, femmes, terres, vignes, prés et bois, leur concédant en même temps
le droit de fortifier ce village, selon leur volonté. De leur côté les
Clunistes, pour bonne paix, lui donnèrent 1.000 livres de Dijon. Au mois de
mai 1229 Jocerand fait hommage-lige à Hugues, duc de Bourgogne, et prend en
fief la forteresse de Nanton. Au mois d’avril 1233, c’est de Guy, comte de
Nevers, qu’il prend en fief, à Perrecy, ce qu’il avait autrefois en alleu.
En mars 1257, moyennant 1.500 marcs d’argent, 40 livres dijonnaises et
certains biens en Chalonnais, il cède à Dom Hugues, abbé de Cluny, son
château de Boutavent, les villages de Bray et Cortambert avec leurs
dépendances et certains biens près de Varanges. L’année suivante (1238), le
seigneur de Brancion et Marguerite de Vienne son épouse, affranchissent
leurs hommes et femmes de Marcenay-la-Côte, moyennant une redevance annuelle
de 30 sols de Dijon. Au mois de juillet 1239, prêt à partir pour la
croisade, Jocerand cède aux religieux de La Ferté sur Grosne le droit de
pâturage par sa terre et le moulin Renard sur la Grosne. Cette expédition
presque uniquement composée de barons français ne donna pas de résultats.
Dix ans après, au mois d'août 1249, Jocerand partait de nouveau pour la
croisade emmenant avec lui son fils, Henri.
Les croisés bourguignons, débarqués en Egypte, furent tellement harcelés et
malmenés par les Musulmans que bientôt tous les chevaliers de Jocerand
étaient à pied, seul il avait conservé son cheval, ainsi que son fils, à
cause de son jeune âge. A la journée de Mansourah la mêlée fut si terrible
que douze de ses chevaliers, sur vingt, furent tués, et lui-même, si
grièvement atteint, qu’il ne devait point survivre à ses blessures. Modèle
de courage et d'intrépidité, le sieur de Brancion s’était trouvé durant sa
vie à 36 batailles ou combats. Du mariage contracté, en 1220, avec
Marguerite de Vienne, alors veuve de Guillaume de Sabran et fille de
Gaucher, sire de Salins, et de Mathilde de Bourbon, il avait eu trois
enfants dont Henri, sieur de Brancion; 2° Guillaume, chanoine de
Saint-Vincent de Chalon: testa en 1250, demandant à être inhumé en l’abbaye
de La Ferté, à laquelle il laissait 60 sols de Dijon pour la pitance des
moines; 3° Aluis, mariée à Ansier de Sercy. Henri Gros II, seigneur de
Brancion, qui avait accompagné son père à la croisade et avait été fait
prisonnier avec saint Louis, ne rentrait sur ses terres qu’en 1252. En
l’année 1255 il vendait au baron Hugues, duc de Bourgogne, son seigneur,
moyennant la somme de 6.000 livres, son château de Sanvignes et tout ce
qu’il avait dans cette châtellenie en justice, fief, seigneurie, hommes,
censives, tailles, prés, terres, bois et usages. L’année suivante (1256) il
donne le village de Saint-Ambreuil aux religieux de La Ferté et demande à
être inhumé dans leur monastère. Au mois de décembre 1257, ses libéralités
allaient à l’abbaye de Saint-Philibert de Tournus. Voulant dédommager les
moines des grands préjudices que lui et ses prédécesseurs leur avaient
causés, il leur faisait donation de tout ce qu’il possédait au village de
Bonnay en maisons, hommes, tailles, droits de garde, de justice et autres.
En l’année 1258 on voit encore Henri de Brancion, en considération des
services que lui a rendus une dame, Huguette de Marigny, lui céder tout ce
qu’il avait sur le péage de Chalon, plus le fief et hommage que tenait de
lui, Guillaume Bérier, un citoyen du lieu, à cause de ce péage. A la même
époque il cédait aussi au monastère de Cluny les fiefs que le chevalier,
Herlerius, tenait de lui sur les territoires de Vérizet et Vitry. Après ces
libéralités successives on voit les possesseurs de Brancion recourir à des
emprunts. Au mois de mars 1254, Marguerite de Vienne emprunte 15.000 livres
du duc de Bourgogne et lui en donne en gage toute la terre qu’elle tient de
lui en fief et celle qui est de son propre chef, à l’exception du château de
Sanvignes; puis ils aliènent successivement toutes leurs terres. En octobre
1255 le seigneur de Brancion vend au duc de Bourgogne cette terre de
Sanvigne précédemment réservée. En 1259 pour 9.000 livres dijonnaises les
terres et seigneuries de Brancion, Uxelles, Beaumont et l’Epervière, soit la
totalité de leurs biens. Il est à croire, nous dit M. Bazin dans son travail
si intéressant et si complet sur Brancion, que les grandes dépenses
occasionnées par les croisades furent la principale cause de la ruine de
cette maison. Henri de Brancion serait mort peu après 1260 ne laissant de
Fauquette L’Eperviere, sa seconde femme, qu’une fille, Marguerite de
Brandon, mariée à Renaud de Traves, écuyer, fils de Robert de Choiseul,
seigneur de Traves, et d’Isabelle de Rougemont. Au mois de février 1273,
Renaud de Traves et son épouse reconnaissent qu’Henri de Brancion, père de
cette dernière, avait reçu du duc de Bourgogne le prix de la vente de tous
ses biens, et faisaient abandon de toutes les prétentions qu’ils pourraient
avoir dessus. La terre de Brandon successivement châtellenie ducale et
royale devint terre d’engagement au XVIe siècle.
Au mois de septembre 1548, le chastel, maison forte et châtellenie de
Brancion, furent engagés à Jean de Lugny, chevalier, seigneur baron de
Branges, Lessard-en-Bresse et Saint-Trivier, et à dame Françoise de
Polignac, sa femme, moyennant 6.165 livres 16 sols tournois, à la charge
aussi de payer les gages des officiers et les charges ordinaires et
d’entretenir le château de Brancion en bon état de réparation, réservé audit
sieur roi la souveraineté et le droit de rachat. Jean de Lugny testa le 25
avril 1552; il était seigneur engagiste de Brancion et de Sagy, et prenait
le titre de comte de Brancion. Sa veuve demeura dame engagiste et testa en
1590. Catherine Chabot, petite-fille de Françoise de Polignac et fille de
François Chabot et de Françoise de Lugny et femme de Jean de Saulx, vicomte
de Tavannes, lui porta la seigneurie. Claire-Françoise de Saulx, leur fille,
mariée en 1647 à Charles-François de La Baume-Montrevel, marquis de
Saint-Martin, lieutenant pour le Roi aux pays de Bresse, Bugey, Valromey,
était dame engagiste de Brancion en 1666. Claire-Françoise de Saulx, veuve
de Charles-François de La Baume et héritière universelle de Charles de Saulx,
baron de Tavannes, Lugny, Montpont, reprit de fief, le 28 août 1673, des
terres et seigneuries de Brancion et de Lessard au bailliage de Chalon, et
de celle de Lugny au bailliage de Mâcon. Claire-Françoise de Saulx mourut au
mois de mai 1701, laissant par testament sa terre de Brancion à sa fille,
Marguerite-Melchior de La Baume-Montrevel; celle-ci morte le 29 octobre
1714, Brancion passa à un de ses frères, Edmond-Esprit de La Baume-Montrevel,
prieur de Saint-Germain-du-Bois, mort en 1721.
Après lui il fut fait trois parts de la terre de Brancion, une des parts
alla à Melchior-Esprit de La Baume, comte de Montrevel, qui en donnait le dé
tombrement le 7 octobre 1722 3; la seconde à Jacques-Philippe-Eugènede La
Baume-Montrevel, ancien mestre de camp ge cavalerie, seigneur de Mercef,
comte de Cruzille, Brancion et autres lieux, mort à Cruzille le 15 mai 1731
à l’âge de 73 ans; et la troisième à Marie-Joseph de La Baume-Montrevel,
mort en 1749 à l’âge de 84 ans, laissant tous ses biens à son petit-neveu,
Florent-Alexandre-Melchior de La Baume, comte de Montrevel, baron de Lugny,
Labergement, etc, brigadier des armées du Roi, colonel du régiment de Berry
infanterie, député de noblesse aux Etats généraux de 1789; victimes de la
Révolution, il fut exécuté le 7 juillet 1794. Il avait été seigneur
engagiste de Brancion jusqu’en 1754. René Molineau, avocat en Parlement à
Dijon, est engagiste de la terre, seigneurie et châtellenie de Brancion à
partir du 9 février 1758, à charge de renbourser les finances payées par les
anciens engagistes. La terre et châtellenie de Brancion passait ensuite à
Antoine Prost de Royer, fils de François Prost, avocat en Parlement, échevin
de Lyon, et de Françoise du Rocher de la Rochebaron. Antoine Prost fut
successivement échevin de Lyon, lieutenant-général de la police, puis
révoqué et mort ruiné en 1784. Il prenait les qualités d’écuyer, seigneur de
Brancion, Etrigny, Mancey, Martailly et La Chapelle. Le 11 août 1784, Prost
de Royer remit Brancion pour la somme de 25.000 livres à son neveu, M. de
Narboud, qui fut le dernier seigneur engagiste. Sa maison originaire de
Bourgogne, portait d'argent à trois faces de gueules.
Histoire et description du château de Brancion:
La première mention qui nous soit parvenue sur le château de Brancion
remonte au Xe siècle; c’est au sujet de la donation faite à l’abbaye de
Cluny d’une vigne située au-dessous de ce château, Castrum Brancedunum. Il
n’en est plus question avant les années 1370 et 1371, où un maître forestier
de Brancion, Perrenot Saley, y fait d’importantes réparations, entre autres
il emploie trois milliers de grandes tuiles et douze chars de laves,
extraites des carrières de Royer, pour recouvrir les toits des tours, de la
salle et de tout le donjon. L’année suivante on fait refaire la seconde
porte du donjon, réparer les échauguettes détériorées par le vent et
plusieurs créneaux qui avaient été endommagés par la foudre. Le 16 septembre
1379, le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, fait visiter le château par
son écuyer d’écurie, Jean de Viste, et lui fait exécuter tous les travaux
nécessaires à son état de défense. Enfin moins de vingt ans après
(1396-1397) on travaillait encore à refaire tout à neuf la coiffe de la
grosse tour du château. Au mois de mai 1409, le duc Jean sans Peur y
mettait, comme garnison, trois écuyers avec leurs varlets et chevaux; mais
ce fut seulement après l’assassinat de ce prince à Montereau (10 septembre
1419) que les Armagnacs menacèrent la Bourgogne, le châtelain de Brancion
reçut alors l'ordre de ravitailler, fortifier, réparer et garnir
d’artillerie cette place dont il avait la garde. Au commencement de l’année
1421, les Armagnacs s’emparèrent dd Marcigny, ainsi que des forteresses de
Verzé et Berzé, aux portes de Mâcon. Jean de Toulongeon et le bailli de
Chalon mirent alors au château une garnison composée de trois hommes d’armes
et de huit arbalétriers. Les Armagnacs ayant encore obtenu des succès et
pris Tournus, le bâtard de Chantemerle resta à Brancion, Jean de Vergy fut
placé à Cortevaix et d’autres capitaines dans les places du voisinage, à
Préty, Lugny, Cruzille, Vérizet et Mâcon.
Vers 1424 les ennemis du duc tentèrent à plusieurs reprises de surprendre
Brancion; cachés dans les bois de Bragny et de Chapaize ils surveillaient
ses abords, mais trouvant le bâtard de Chantemerle, toujours en éveil, ils
se retirèrent sans rien entreprendre. Au printemps de 1427, la guerre durant
toujours, Jean de Toulongeon, maréchal de Bourgogne, écrivait aux châtelains
de Brancion et de la Colonne de mander aux nobles de se mettre en
habillements de guerre. Trois ans après (mars 1430), Girard de Bourbon
enjoignait à ces mêmes châtelains de faire crier le retrait dans leurs
châtellenies. Au mois de juillet, nouvelles alarmes, lorsque l’on apprend
que les ennemis du duc rôdent encore dans les bois environnant le château
dans l’intention de le surprendre, mais les défenseurs faisant bonne garde
ils ne firent aucune tentative. Au mois d’août 1431, l’état de guerre
persistant, Pierre, bâtard de Chantemerle, capitaine de Brancion, faisait
réparer le pont-levis et les fortifications du château; puis pour tenir en
bonne sûreté ledit châtel il se faisait allouer 200 livres par le receveur
général de Bourgogne, afin d’avoir ainsi les finances nécessaires pour tenir
avec lui un certain nombre de gens d’armes et de trait pour résister aux
ennemis. Enfin le traité d’Arras vint mettre fin aux hostilités. En 1453, il
est à nouveau question de la petite forteresse où l’on refait à neuf son
escalier de pierre. En 1463, c’est la tour de Beaufort que l’on répare et
que l’on recouvre de laves après avoir muré les croisées au-dessus delà
plate-forme. Durant les hostilités entre Louis XI et Charles le Téméraire,
Brancion placé assez loin du chemin de l’armée royale ne fut point inquiété.
En l’année 1530, Claude de Saint-Julien, seigneur de Balleure et châtelain
de Brancion, emploie 3.000 tuiles à crochet pour réparer la toiture du
châtel, et fait sculpter les armes du Roi à l’extérieur. Lors des guerres de
religion (1562), c’est au château de Brancion que le clergé de Tournus alla
se réfugier après avoir vu ses églises pillées par les Huguenots. Sur la fin
des hostilités entre Ligueurs et Royalistes, le 17 juin 1594, le colonel
Alphonse d’Ornano, un des lieutenants du Roi, arrivait à Mâcon avec 4 00
gendarmes, 800 arquebusiers et 600 suisses. Le surlendemain il se mettait en
marche pour aller assiéger Tournus. En route il changea d’avis et résolut
d’enlever Brancion. Le 21 il s’emparait du bourg par pétards et escalades et
mettait le siège devant le château, mais privé tout à coup du concours des
troupes du comte de Tavannes, il en abandonnait le siège. Le comte de
Tavannes, royaliste, n’avait voulu rien entreprendre contre son frère, le
vicomte, bien qu’il fût ligueur. D’Ornano s’en explique vivement à ce sujet
avec le comte, lui disant que cette "place importait au service du Roi, que
ce n’était pas faire le service de son maître, qu’il l’en avertirait".
Quelque temps après "un obscur capitaine appelé la Folie, se disant du même
parti que la garnison, se présenta devant la place, s’y fit recevoir, tua le
commandant et introduisit sa troupe. Brancion était pris, ce fut son dernier
jour". Là s’arrête l’histoire militaire du château, comme Lourdon, près
Cluny, Brancion n’étant point place frontière fut probablement démantelé,
par ordre de Richelieu.
Le vieux manoir se dresse sur une montagne rocheuse dominant, un peu de
toutes parts, des collines boisées. Deux enceintes de murailles lui
servaient de défense. Un bâtiment flanqué de deux tours rondes, celle de
Beaufort, la plus rapprochée de l’entrée et celle de la Chaud, relie la
première enceinte à la porte de la ville. Dans ce bâtiment se trouvait une
salle où se tenaient les audiences et les assises de la justice
seigneuriale. La tour de Beaufort, qui, avec celle de la Chaud, défendait
l’entrée de la ville et le pont-levis du château, avait deux plates-formes
sur lesquelles pouvaient se tenir les hommes d’armes et les machines de
guerre. Cette première enceinte franchie, on entre sur un boulevard formant
la basse cour et où se trouvent placés le puit et le four. Au delà de la
seconde enceinte on a devant soi le donjon, grosse tour carrée, élevée à
l’extrémité sud du château, du côté le plus escarpé. Comme la plupart des
très anciennes maisons fortes le donjon de Brancion n’a pas de porte au
rez-de-chaussée: sans ouverture, à peu près inhabitable, ce rez-de-chaussée
servait de magasin ou de cachot pour les prisonniers de marque. Un escalier
de vingt-deux marches conduit au premier étage du donjon où se trouve la
chambre du seigneur; des bancs de pierre règnent de chaque côté de
l’embrasure des fenêtres et la cheminée est encore surmontée de sa hotte
pyramidale. Deux étages s’élèvent au-dessus de la chambre seigneuriale.
Vient ensuite la plate-forme du donjon que recouvrait autrefois une toiture
à quatre pans. A la droite du donjon se voit un bâtiment de forme
rectangulaire comprenant une grande salle au rez-de-chaussée, qu’éclaire une
fenêtre ogivale du côté de la cour intérieure et deux hautes fenêtres à
plein cintre du côté de l’extérieur; des bancs de pierre sont aussi placés
dans l’embrasure de ces fenêtres. Au-dessus de cette salle est la chambre
dite de Beaujeu, probablement le retrait de la dame de Brancion,
qu’éclairent deux belles fenêtres ogivales. En passant par une petite
chambre, située à l’est de la grande salle d’en bas, on arrive à une grosse
tour carrée, dite du Préau, à côté et au nord-est de laquelle s'élève une
seconde tour également carrée, mais de moins d’importance, dite tour du
guet; elle est percée d’étroites et hautes meurtrières et dans sa muraille
de l’ouest se voient les assises d’un moucharaby. (1)
Éléments protégés MH: le château de Brancion : les restes y compris ceux de
l'enceinte et la porte de ville attenante : classement par arrêté du 9 juin
1977. (2)
château de Brancion 71700 Martailly-lès-Brancion, ouvert au public
tous les jours du 7 avril au 30 septembre de 10h à 13h et de 14h à 18h30 et
du 1er octobre au 5 novembre de 14h à 18h30, tous les vendredi et samedi au
mois de juillet et août, nocturne jusqu'à 20h30. Grâce à la perception du
droit de visite, il est possible d'effectuer d'indispensables travaux et
d'aider à l'entretien général des bâtiments.
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