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Château de Buffières à Montbellet
 
 

 Montbellet était l’une des quatre anciennes baronnies du Mâconnais. Le château et la terre étaient tenus en arrière fief des comtes de Mâcon par les nobles de Montbellet qui devinrent vassaux directs du roi après l’acquisition du comté par saint Louis. Alard de Montbellet et ses frères Nardin, Etienne, Bernard et Guillaume, paraissent en 1170 dans une charte de déguerpissement, passée à Sermoyer, en faveur de l’église de Lyon. En 1172, Alard a le château de Montbellet, en 1180 il est présent avec Artaud, vicomte de Mâcon, Hugues de Vinzelles, Guy de Laizé et d’autres chevaliers à un accord passé entre l’abbé de Cluny et Girard, comte de Mâcon, sur leurs droits dans les villages d’Igé, Dommange et Laizé. On trouve ensuite, Rainai de Montbellet (1215), époux d’Aluiz de Brancion. Alard II, leur fils, damoiseau, seigneur de Montbellet, accorde à l’abbé de Tournus exemption de péage dans toute sa terre; puis en 1240, il prend en fief dudit abbé tout ce qu’il avait à Uchizy. Au mois de juillet 1274, Henri de Montbellet, damoiseau, reprend de fief, de l’église de Tournus, tout ce qu’il possédait dans la paroisse de Mornay, et l’abbé, Jean de Montbellet, lui prête en même temps 80 livres. Aymon, écuyer, seigneur de Montbellet, fait hommage à l’évêque de Mâcon en 1282, pour ses biens d’Ozenay, Saint-Jean-le-Priche et Saint-Martin-de Senozan. En 1286, il fait avec l’abbé de Tournus, Jean II, un traité pour dégager sa terre de Mornay qui était hypothéquée à l’abbaye pour 300 livres viennoises. Il paya pour cet effet à l’abbaye 150 livres et pour compenser les autres 150 livres, il prit en fief de l’abbé, outre la terre de Mornay, qui était déjà un fief de l’abbaye, tous ceux qu’il avait lui-même à Azé, et en fit foi et hommage à l’abbaye aussi bien de ce qu’il possédait à Montbellet. On lui connaît deux filles, Jeanne et Jacquette; la première épousa Jacques de Saint-Point et la seconde Renaud de Saint-Point.

Alard de La Tour, baron de Montbellet, dit le haut, cruel et redouté baron tenait ses vassaux par la terreur et se plaisait à détrousser les voyageurs qui traversaient ses bois. Pour le punir de ses crimes, longtemps impunis, le parlement de Paris fit raser son château (les ruines se voient encore dans les bois situés à l’ouest dudit village). Ce seigneur fut inhumé, vers 1305, dans l’abbaye de Tournus à qui il avait fait du bien; sur sa tombe on voyait jadis sa statue, les pieds reposant sur un lévrier, et la robe chargée de trois écussons à ses armes. Richard de Montbellet, écuyer, prête foi et hommage à l’évêque de Mâcon, en 1317 et 1340, pour ses biens d’Ozenay, Saint-Jean, etc. Par traité on voit ensuite ledit Richard s’engager à payer 100 livres tournois pour réparation des pillages commis par ses gens dans la châtellenie de Vérizet, et à assigner une rente de 40 sols tournois en faveur de l’hôpital de Montbellet. Girard de Montbéllet, chevalier, assiste à une montre d’armes, en Bourgogne en 1367 et prête foi et hommage à l’évêque de Mâcon dans le château de Romenay. La baronnie passa ensuite aux Montregnard, par l’alliance de Jeanne de Chanée, baronne de Montbellet, avec Louis de Montregnard, seigneur du lieu, et de La Place (Azolette). En 1464 on les voit vendre, de concert, aux chapelains de Saint-Vincent la pêche de la Saône entre Fleurville et Uchizy. Le château qui fut rasé au XIIIe siècle, fut reconstruit au hameau de Buffières par Louis de Montregnard. Gaspard de Montregnard, fils du précédent, prêta hommage, en 1503, à l'évêque de Mâcon pour la forêt d’Outre-Saône. Marié à Gabrielle de Saint-Marcel, il en eut Pierre, qui suit, Joachin, Eugénie, mariée le 6 novembre 1513 à Antoine de Lugny, seigneur d’Igé, Nicole mariée au seigneur du Terreau, et Isabeau, qui, en 1534, fit donation de tous ses biens meubles et immeubles à Jacques Maré lal, seigneur de Senozan.

Pierre de Montregnard, héritier de la baronnie, mourut assassiné par ses propres serviteurs qui convoitaient ses trésors. Sa nièce, Philippe de Lugny, hérita de ses biens. Guillaume de Maugiron, fils de Guy de Maugiron et d’Ozanne l’Hermitte, seigneur d’Ampuis, La Roche, Igé, Flacé, Charbonnière, eut aussi la baronnie de Montbellet par son mariage avec Philippe de Lugny. De bonne heure, il embrassa la carrière des armes, servit aux guerres de Piémont (1544) et mourut, le 12 juin 1554, d’une blessure reçue au siège de Valfenière. Il avait testé le 21 septembre 1551. Philippe de Lugny, sa veuve, qui donnait, en 1560, aveu de 1.000 livres de rente pour ses seigneuries d’Igé, Montbellet et Flacé, et ne laissait qu’une fille, Anne de Maugiron, dame d’Igé, Flacé, Charbonnière, Montbellet, épousa, en premières noces (1556), Jean d’Amoncourt, seigneur de Montigny, dont elle n’eut pas d’enfants; puis en secondes noces (1560), François de Bassompierre, seigneur d’Harouel, dont elle ne laissa encore point de postérité. Anne fit héritière ses deux oncles, Laurent et Annet de Maugiron. Laurent eut pour sa part Montbellet, Igé, Flacé et Charbonnière. Laurent de Maugiron, chevalier des ordres du roi, comte de Montléan, baron de Montbellet, né en 1528, se destina d’abord à l’état ecclésiastique puis embrassa la carrière militaire, devint lieutenant général aux gouvernements de Dauphiné et de Bourgogne et mourut le 5 février 1589. Il avait épousé à Vienne, en 1550, sa cousine Jeanne, fille de Gabriel de Maugiron, seigneur de la Tivelière, dont il avait eu les huit enfants suivants: Louis, dit le marquis de Saint-Saphorin; 2° Timoléon, dont l’article suit; 3° Scipion, seigneur du Molard; 4° Annet, abbé de Saint-André-le-Bas, à Vienne; 5° Claude; 6° Louis, comte de Saint-Jean de Lyon; 7° Virginie; 8° Françoise, abbesse de Saint-Honorat, de Tarascon. En 1584, Flacé avait été vendu par lui à Antoine Pise, et Igé à Gabrielle de Gadagne, dame de Senozan. Par son testament, daté du 15 juin 1588, son fils,Timoléon, était nommé héritier universel.

Timoléon de Maugiron, chevalier des ordres du roi, baron de Montbellet, Igé et d’Auberive, devint lieutenant général du gouvernement du Dauphiné et maréchal des camps et armées du Roi. Né en 1561, il se destina d’abord à l’état ecclésiastique, mais devenu l’aîné de la famille, par la mort de son frère, il prit le parti des armes, se distingua au siège de Namur (1580) où il fut blessé. Après l’assassinat de Henri III, la lieutenance générale du Dauphiné fut accordée à d’Ornano (1589). Timoléon ne conserva alors que son gouvenement du Viennois, suivit Lesdiguières contre les Protestants et fut blessé à nouveau à l’attaque d’une colline, près du Pouzin, le 4 mars 1622. Timoléon fut marié deux fois, sa première femme fut Françoise, fille aînée de Just de Tournon et d’Éléonore de Chabanne, qui mourut sans enfants en 1592. La seconde fut Jeanne, fille d’Antoine, baron de Saursenage, et de Louise de La Baume-Suze, dont il eut deux fils: François et Georges, mort en 1624. François de Maugiron, comte de Montléans, baron de Montbellet et d’Igé, seigneur d’Ampuis, etc, fut maître de camp d’un régiment d’infanterie. Jeune encore, il servit en Italie sous les ordres du maréchal de Créquy, en qualité de volontaire et de lieutenant dans le régiment commandé par Claude de Maugiron, son cousin (1636). Atteint d’une maladie pestilentielle, il testa le 5 novembre 1638 et mourut peu de jours après, à l’âge de 21 ans. Il avait nommé héritier universel Claude de Maugiron, fils de Scipion, son cousin germain, pour la moitié de ses biens, avec substitution en faveur de Gaston, fils aîné dudit Claude; héritier pour l’autre moitié Louis de Maugiron, frère de Claude. Suivant une transaction du 5 février 1650, le sieur de Maugiron possédait 25 à 30.000 livres de revenu. Vers 1628, Gabrielle de Gadagne lui avait rétrocédé la terre d’Igé, moyennant la somme de 24.000 livres.

Claude de Maugiron, comte de Montléans, baron de Montbellet, seigneur d’Igé, était fils de Scipion de Maugiron et devint chef de famille, après le décès de François de Maugiron, son cousin germain. Il embrassa la carrière des armes, acheta un régiment d’infanterie en 1633, fit campagne en Vénétie, puis en Milanais, fut blessé devant Valence (sur le Pô), en 1635, perdit un oeil d’un coup de mousquet, au passage du Tessin, et eut une large part à la reprise de Chivaz, en Piémont. Passé à l’armée d’Allemagne, il était nommé maréchal de camp en 1643, et lieutenant général le 12 juin 1652. Tombé malade, en cours de route, il vint mourir le 2 septembre de la même année, en son château de Croquetaine (en Brie). En 1640, il avait vendu la coupe du bois des Aveynes, à Montbellet, pour le prix de 3.500 livres. Puis, en 1646, faute par lui d’avoir rendu la foi et hommage au Roi et donné dénombrement, en temps voulu, il avait eu les revenus de sa terre d’Igé, saisis. Ce ne fut que le 8 février 1647 qu’il reprit de fief pour Igé et La Tour-Mailly. Dans son testament du 12 juin 1629, "fait en bonne santé, mais en considération de l’incertitude de la vie humaine, notamment de ceux qui font profession de l’art militaire", il lègue 10.000 livres à Henriette de Mortier, sa femme, 20.000 livres au posthume dont sa dite femme est enceinte, et 10.000 livres, seulement, si c’est une fille. Louis de Maugiron, son frère, est nommé héritier universel, substitué à la suite de ses enfants. Il avait épousé, par contrat du 6 juillet 1624, Henriette Mortier de Choisy, dame de Croquetaine, d’où est issu le Jean-Baptiste-Gastonde Maugiron, comte de Montléans, baron de Montbellet et d’Igé, seigneur d’Ampuis, etc. A peine âgé de dix-huit ans, il avait déjà fait deux campagnes, au décès de son père. Capitaine d’une compagnie de chevaux légers en Italie, maître de camp du régiment de cavalerie de Ferron, puis de celui de la reine, on le trouve à la prise de Vervins et de Rethel (1653), à celle de Bedfort, du Quesnoy (1654), puis à celle de Landrecie, de Condé, de Saint-Gaulin et à la belle retraite de Valencienne.

Le 15 novembre 1658, il était nommé gouverneur de Vienne et de Sainte-Colombe. Le sieur de Maugiron épousa, suivant contrat du 11 février 1653, Françoise Madeleine, fille de César, duc de Choiseul-Praslin, pair et maréchal de France, et de Colombe-le-Charron, dame d’honneur de Madame la duchesse d’Orléans. Il mourut à Paris, où il demeurait, place Royale, à l’âge de trente-cinq ans, sans laisser d’enfants, le 23 janvier 1669. Son dénombrement avait été donné pour Montbellet, le 3 mars 1660. La vie des camps et celle de la Cour avait fait brèche à la fortune considérable venue de son père et comprenant: la terre d’Igé valant 1.500 livres de revenu, celle de Montbellet 4.000 livres, celle de Montléans 3.000, celle d’Ampuis 8.000 et les effets mobiliers évalués 40.000 livres. Sa veuve et légataire universelle, Madeleine de Choiseul, reprit de fief le 17 avril 1673 et vendit là baronnie de Montbellet à Jean-Baptiste Giraud, le 11 mai 1684, au prix de 78.000 livres. Jean-Baptiste Giraud, écuyer, seigneur de Saint-Trys, acquéreur de Montbellet, reprit de fief, pour la baronnie, le 26 mai 1685. Dans son dénombrement, il dit que le château est situé au lieu de Buffière, l’un des huit hameaux dudit Montbellet, duquel château relèvent cinq fiefs, savoir Marfontaine, Le Buisson, Mercey, le pré de Beaufort avec la maison de La Salle à Demoiselle de Grenot et les vignes de Cray. Ledit dénombrement fut reçu, mais comme le précédent sans approuver les arrière-fiefs. Le sieur Giraud testa, à Lyon, le 21 décembre 1703, choisissant sa sépulture en l’église de Saint-Nizier, et nommant héritier universel son neveu, Jean Giraud, écuyer, fils de Georges Giraud, baron de Montbellet, seigneur de Saint-Oyen et Lys, conseiller du Roi au présidial de Lyon, reprit de fief le 7 juillet 1704 et testa le-21 mars 1715. Georges Giraud, écuyer, baron de Montbellet, seigneur de Saint-Oyen, La Chanay, etc, fils du précédent, fut conseiller honoraire en la cour des monnaies de Lyon. Les 7 décembre 1728 et 21 avril 1731, il reprenait de fief de la baronnie de Montbellet et faisait renouveler son terrier. En 1750 on le voit créancier des États du Mâconnais pour un capital de 6.000 livres. Il testa le 20 avril 1760.

Jean Giraud, baron Me Montbellet, seigneur de Chambort, Lys, Saint-Prix, chevalier d’honneur de la Chambre des comptes de Dijon, héritier substitué de son père, reprit de fief le 19 juin 1774 et donna son dénombrement le 13 février 1775. Dans ce dénombrement la baronnie de Montbellet est estimée 120.000 livres, le parc du château mesure sept hectares, et la terre comprend six domaines, dont celui de la baronnie et celui du vieux château. En 1782, le baron, dans une enquête aux Etats du Maconnais, mettait opposition au détournement des eaux du bief de Fébry qui servait de limite entre la justice de Montbellet et celle d’Uchizy. George-Marie Giraud, seigneur de Montbellet, Malfontaine et Lys, fut représenté aux Etats du Mâconnais, par Pierre-Anne Chesnard de Layé. Ancien capitaine de cavalerie, il n’émigra pas à la Révolution. Allié à Marie-Julie-Pauline de Colbert, il eut André, né en l’an IV, maire de Montbellet en 1826, mort à Mâcon en 1876; Adèle, qui épousa Pierre Jules Aymon de Montépin, et Hélène, mariée à François de La Vernette-Saint-Maurice. Au hameau de Buffière se voit le vieux château de Montbellet, réédifié par les héritiers d'Alard de La Tour, le cruel et redouté baron, qui, en punition de ses crimes, avait eu le sien rasé "par souverain jugement". C’était au début du XXe siècle un bâtiment aménagé en ferme, dont l’entrée placée anciennement au midi, mais actuellement au couchant, donne accès dans une grande cour encadrée de constructions diverses. Un large escalier à vis donne accès dans le donjon qui est de forme rectangulaire et élevé de deux étages. Ses grandes ouvertures à croisillons de pierre, avec frontons en anse de paniers, rappellent la période ogivale. Les anciens fossés, incomplètement remblayés, entourent les bâtiments de cette ferme qui compte quatre hectares de vignes et quarante-cinq de terre. (1)

Éléments protégés MH: le donjon, y compris la tourelle d'escalier à vis et la tour Ouest: inscription par arrêté du 17 avril 1992 (2)

château de Buffières 71260 Montbellet, propriété privée, ne se visite pas.

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(1)     Le Mâconnais historique. Seigneurs, châteaux, par François Perraud. Imprimerie Protat frères, Mâcon (1921)
(2)
   
   source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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