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Avant la
Révolution, la paroisse de Saint-Laurent-en-Brionnais abritait deux fiefs
seigneuriaux: celui de Corson (dont une tour, partiellement ruinée est
conservée au milieu d’un pré) et celui du Vigneau, ou Vignaux, auquel
étaient adjoints les terres de Joux, qui, bien que propriété des seigneurs,
étaient des fonds "en roture", c’est-à-dire sans statut seigneurial (d’après
le recueil de Peincedé mentionnant un dénombrement de la seigneurie des 13
août 1697 et 4 mars 1698). L’existence de la seigneurie "prétendue de Joux
et du Vigneau" est attestée depuis la fin du XIVe siècle. Comme l’indique le
curé de la paroisse en 1757, le château des seigneurs faisait "partie du
village, à cent pas de Saint-Laurent (autrement dit de l’église)". L’aspect
originel de la demeure n’est pas connu. Les bâtiments actuels du domaine
forment un ensemble complexe de constructions de différentes périodes. Un
procès-verbal de 1763, constatant la présence des armoiries des anciens
seigneurs de Joux dans l’église de Saint-Laurent, mentionne la présence de
ces mêmes armoiries "sur la cheminée de la seconde chambre, au-dessus de la
cave voûtée dudit château" et sur "deux ou trois pierres lesquelles étaient
posées sur différentes cheminées du château de Joux et qui ont depuis été
démolies". Ce texte permet de comprendre qu’une partie des anciens bâtiments
a été conservée, tandis que d’autres ont été supprimées et vraisemblablement
remplacées par de nouvelles constructions. Ainsi, la demeure est aujourd’hui
un ensemble datant principalement des XVIIIe et XIXe siècles. Une canonnière
(XVIe siècle) et un contrefort, visibles sur la façade principale, à
l’ouest, témoignent encore de la bâtisse primitive.
La principale dépendance du domaine fait également partie des éléments
anciens ayant pu être conservés. Ses murs-pignons dépassant légèrement de la
toiture indiquent que le bâtiment était probablement couvert de chaume à
l’origine. Une des fermes de sa charpente porte l’inscription "1767", date à
laquelle elle a probablement été refaite pour recevoir une couverture en
tuiles plates. En 1809, le domaine, alors propriété des Perrin de Daron
(famille de notables implantée à Oyé), est cédé à Claude Mommessin,
marchand, en échange de plusieurs prés d’embouche à Oyé,
Saint-Christophe-en-Brionnais et Vareilles. Au moment de l'acquisition,
Claude Mommessin occupe déjà les lieux, étant devenu quelques années
auparavant fermier du domaine via un bail verbal. Né à Oyé, au village d’Orval,
benjamin de sa fratrie, il s'installe à Saint-Laurent-en-Brionnais après son
mariage avec Philiberte Circaud en 1792. Il possède alors une certaine
aisance, due à l'embouche, comme en attestent ses 10000 livres d'apport à la
communauté de biens constitué avec son épouse, qui proviennent "tant de ses
droits légitimaires successifs (autrement dit de la succession de ses père
et mère) que du produit de son commerce". Il poursuit son activité
d'embouche à Saint-Laurent-en-Brionnais. En 1809, le domaine de Joux se
compose ainsi d’une cour et d’un jardin, d’une chenevière, de plusieurs
parcelles en "verchères, prés, terres, pâquiers et brosses" et d’un pré
d’embouche "appelé des Planches". Toutefois, Claude reste sans doute l’un
des premiers emboucheurs de Saint-Laurent-en-Brionnais, où les cultures
dominent encore le paysage au moment de l'établissement du cadastre en 1826.
Après la mort de Claude Mommessin, son fils unique, Jean-Claude, lui
succède. Marié en 1826 à Marie-Claudine Augay, originaire de
Varennes-sous-Dun, il possède trois exploitations sur la commune de
Saint-Laurent: le domaine de Joux, qu’il gère lui-même, ainsi qu’un domaine
aux Mathys et un autre Verdier, qu’il loue à des fermiers. Il augmente ses
possessions de manière importante, avec l’acquisition de plusieurs prés
d’embouche. En 1863, il possède ainsi plus de 160 hectares, dont 65 % à
Saint-Laurent-en-Brionnais et le reste dans les communes environnantes.
Régulièrement qualifié de marchand-emboucheur dans les registres de l’état
civil, Jean-Claude Mommessin fait également de la politique : il est maire
de Saint-Laurent-en-Brionnais à partir de 1827 et conseiller général en
1852. Ces mandats prendront fin avec sa mort soudaine le 22 juin 1863.
Marie-Claudine Augay lui a donné 10 enfants, mais seuls 3 fils lui
survivent: Claude-Marie-Auguste, notaire à La Clayette, qui reprend
l’activité du domaine de Joux à la mort de son père, Antoine, dit "Antonin",
qui s’établit au hameau du Perret, où il fait construire une imposante villa
après son mariage en 1870, et Jean-Marie, dit "Joanny", qui s’installe avec
sa mère dans une autre maison au bourg de Saint-Laurent. Auguste fait
réaliser des transformations au début des années 1870 sur les bâtiments de
Joux. Il fait agrandir la maison par l'ajout d'une galerie sur deux niveaux,
côté jardin, et d'une tour circulaire couronnée d’un décor de
faux-mâchicoulis et d'un toit en poivrière, d'une bibliothèque, au nord, et
d'un portique reliant l'édifice à un pavillon, à l’ouest de celui-ci.
Il fait également détruire une ancienne dépendance, accolée à la demeure au
sud et visible sur le plan cadastral de 1826, pour faire bâtir une nouvelle
aile joignant la vieille grange et abritant une écurie de chevaux et deux
remises pour les voitures. En 1879, alors que Joanny fait un beau mariage
avec une aristocrate, Marie-Marguerite-Clémentine Dupont de Dinechin
(1851-1917), Marie-Claudine Augay procède au partage des biens de son mari
entre ses trois fils. Le domaine de Joux revient logiquement à Auguste, qui
l’occupe depuis plusieurs années. Il décède, célibataire, en juin 1887. Sa
déclaration de succession mentionne qu’entre la date de sa mort et la
rédaction de la déclaration, début décembre, les ventes de bovins ont
rapportés 9845 francs. Dans son testament, rédigé dès 1865, il avait fait de
son plus jeune frère, son légataire universel, Antonin n'héritant que d’une
petite locaterie (5 hectares) à Chéry et du pré des Planches, soit 1/8e de
l’héritage. A sa mort en 1921, Joanny possède près de 230 hectares, sans
compter les biens de son épouse à Fleury-la-Montagne. Sa fille unique,
Marie-Françoise-Eulalie-Elisabeth Mommessin (1888-1973), épouse
Théodore-Marie-Joseph Perroy, chimiste, directeur du laboratoire municipal
de Cannes, dans les Alpes-Maritimes. Leurs descendants sont toujours
propriétaires des lieux.
Les bâtiments agricoles, au nord et à l’est, et le logis, au sud, forment
une cour rectangulaire et ouverte à l’ouest sur des jardins potagers.
Construit en moellons, le bâtiment nord abrite une remise flanquée de deux
étables, surmontées de fenils. Bordée de murs-pignons couronnés de redents,
la haute toiture, couverte en tuiles plates, possède une charpente en bois,
dont l'extrémité d'une solive porte la date gravée "1761". Construit en
moellons enduits et couvert d’un toit à longs pans en tuiles plates, le
bâtiment est abrite lui des remises, une granges et une ancienne écurie. Ses
quatre portes cochères sont couvertes d’arcs en anse de panier. Assez
remanié, le logis principal est flanqué de hautes constructions couvertes en
appentis. Il est pourvu de deux étages carrés, couronnés d’une corniche à
modillons, soutenant un toit en tuiles plates. Ce logis est relié via une
terrasse couverte à un petit bâtiment édifié au sud-ouest, couvert d’un toit
à croupes en tuiles plates. Une extension, couverte en appentis et
généreusement ajourée, a été construite contre la façade est du logis
principal. Ce dernier est cantonné au nord-est d’une tourelle coiffée d’un
toit conique. (1)
château de Joux 71800 Saint-Laurent-en-Brionnais, propriété privée située à
100 m au nord de l’église.
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