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Château de Sourches à Saint Symphorien
 
 

  La maison de Sourches, alias Chaources, semble avoir pris naissance dans celle de Brizay en Touraine. Cette origine est consignée dans deux anciens registres d'armes conservés autrefois, l’un aux Célestins de Soissons, l'autre dans la bibliothèque du duc de Savelly en Italie. Ces deux registres, au chapitre des Manceaux à bannière, après avoir décrit les armes de Brizay, disent que les seigneurs de Sourches, puinés de Brizay, ajoutèrent aux armes de ces derniers un orle de dix merlettes pour brisure. La même tradition est rappelée dans l’Histoire des chanceliers de France, imprimée à Paris en 1515, et dans les quartiers généalogiques d'Octave de Brizay de Denonville, reçu chevalier de Malte en 1658. Louvet, dans ses Anciennes remarques de la noblesse beauvoisine, dit que la maison de Brizay avait pour cri: Chaources. Quoi qu'il en soit de cette origine, on trouve une famille de Sourches établie dans le Maine dès le XIe siècle. Au rapport d’une généalogie manuscrite, dressée d’après de nombreux cartulaires par notre compatriote M. de Lestang, le premier seigneur de Sourches de Brizay, vivant encore en 1045, à qui cette terre serait venue soit par alliance, soit par héritage. Ernauld eut, entre autres enfants, Simon de Brizay, présent en 1050 à la fondation du prieuré de Saint-André de Mirebeau, Bouchard, seigneur de Sources, et Hugues, seigneur de Marigné, tige des de Sourches seigneurs de Saint-Aignan, de Brûlon, de Malicorne et de deux châteaux de Sourches situés, l'un sur Tennie et l'autre sur Saint-Symphorien. M. de Lestang, dans ses notes généalogiques citées plus haut, ne soupçonnant pas un partage de la terre de Sourches entre les deux derniers fils d'Ernauld, s'est préoccupé de la seule descendance de Bouchard. Il a négligé celle de son frère Hugues, sans songer que c’est par elle seulement qu'on peut arriver aux Le Vayer, aux de Vassé et aux de Bouchet, qualifiés, sans conteste aucune, seigneurs de Sourches depuis le XIVe siècle.

Au début de nos recherches, nous avons été égarés par l'autorité de M. de Lestang, et longtemps nous avons cru que la terre de Sourches était restée une jusqu'aux premières années du XIIIe siècle, attribuant sa division à cette époque à un arrangement qu'aurait fait Hamelin, un de ses seigneurs, lors du mariage de sa fille Sibille avec Savary d'Anthenaise. Nous sommes persuadés maintenant, après examen sérieux, que ce partage eut lieu dès le XIe siècle. D'après nous, Bouchard et Hugues reçurent chacun une portion de la terre de Sourches et y édifièrent deux forteresses, la première sur le territoire de Tennie, et la deuxième sur celui de Saint-Symphorien, dans un lieu appelé Marigné. Les origines de Sourches-le-Bouchard, devenu, aux époques de mutation de familles, Sourches d’Anthenaise, Sourches-Chamaillart, et celles de Sourches-le-Marigné, plus tard, Sourches-le-Vayer ou simplement Sourches, ne nous semblent pas autres. Quant à un troisième morcellement, appelé, au dire de certaines notes particulitres, Sourches-Gaigné, il ne nous paraît pas acceptable. L'ancien fief de Gaigné, relevant au moyen âge de Sourches-Chamaillart, appartenait au XIVe et au XVe siècle à une famille de son nom. Guillaume de Gaigné, écuyér, de la paroisse de Tennie, donna, en 1360, deux journaux de terre aux religieuses d'Etival-en-Charnie. Sourches-le-Bouchard n'a laissé aucune trace matérielle en dehors de deux grosses mottes féodales enclavées dans le parc moderne de Sourches et désignées sous les noms de buttes Chamuillart et de l'Hermitage. Ses premiers seigneurs y avaient cependant fait élever de sérieuses constructions entourées d'une double et même, d'après la tradition, d’une triple enceint de fossés. Une chapelle dédiée à saint Guingalois, remplacée aujourd’hui par une belle croix en granit. Cette chapelle daterait de l'époque de Bouchard de Sourches.

Bouchard lassé de ses combats incessants avec son frère, quitta son fief pour partir à la suite de Guillaume le Conquérant à l’assaut de l’Angleterre, participa à la bataille d’Hastings et fit souche en Grande Bretagne. Ses descendants demeurèrent propriétaires jusqu’à Henri IV à travers les familles d’Anthenaise puis Chamaillart. La fille de Guillaume Chamaillart épousa en 1371 Pierre II, comte d’Alençon, fils de Charles II de Navarre et Marie d’Aragon, ancêtres du roi Henri IV. Henri IV pour renflouer ses finances vendit la terre de Bouchard au lointain descendant d’Hughes, Honorat du Bouchet de Sourches, en 1594, année de son sacre à Chartres. Cet Honorat du Bouchet descendait directement d’Hugues 1er de Sourches à la vingt cinquième génération. Comme la transmission du domaine passait souvent par les femmes, le nom des propriétaires changeait ce qui explique qu’au XIVe et XVe siècles, ce soient les famille Le Vayer et de Vassé qui étaient possesseurs de Sourches le Marigné. Vers 1450, la fille du dernier Vassé épousa Guillaume du Bouchet ce qui stabilisa la propriété du domaine entre les mains de cette famille pour près de quatre cents ans. En 1598, année de la promulgation de l’édit de Nantes, Henri IV érigea la seigneurie de Sourches enfin réunie en baronnie. Jean du Bouchet (1599-1677) fils d’Honorat acquit en 1643 la charge de Grand Prévôt de France, Prévôt de l’Hôtel du Roy auprès du maréchal d’Hocquincourt. La famille du Bouchet de Sourches a donné six Grands Prévôts qui se succédèrent de pères en fils depuis le règne de Louis XIII jusqu’à la révolution. Le roi Louis XIV en 1652, transforma la baronnie de Sourches en marquisat. Jean du Bouchet transmis la charge à son fils Louis-François 1er du Bouchet de Sourches (1639-1716). C’est à ce deuxième Grand Prévôt que nous devons l’ordonnancement du parc confié à Jules-Hardouin Mansart en 1702. Parc qui respecte encore aujourd’hui dans ses grandes lignes, les dessins de Mansart.

C’est ce Louis-François 1er l’auteur du fameux journal "Mémoires du marquis de Sourches" qui d’octobre 1681 à la fin de l’année 1712, raconte jour après jour le règne de Louis XIV. Il avait épousé la fille du comte de Montsoreau et par la suite, selon une pratique nobiliaire fréquente sous l’ancien régime, le fils aîné des marquis de Sourches portera le titre de comte de Montsoreau. Le troisième grand prévôt, le comte de Montsoreau, Louis 1er du Bouchet (1666-1746) ne semble pas s’être beaucoup occupé de sa terre de Sourches après qu’il l’eût chèrement rachetée. Le quatrième grand prévôt de France, Louis II du Bouchet (1711-1788) est le bâtisseur du château actuel. Très affecté par la mort de sa première femme Charlotte de Gontaut Biron, en 1740, il s’était retiré à Sourches. Ce séjour lui apporta une véritable consolation et l’incita à moderniser le domaine de ses ancêtres. Il confia au premier architecte du roi Ange jacques Gabriel, la construction du nouveau château (le quatrième sur le site en remplacement du vieux manoir seigneurial du XVe). Le cinquième grand prévôt est Louis-François II (1744-1786) fils du précédent plus connu sous le titre de marquis de Tourzel (titre hérité d’une grande tante maternelle). Il épouse Louise Joséphine de Croy d’Havré, la fameuse marquise de Tourzel, nommée par la reine Marie-Antoinette, en 1789, gouvernante des enfants de France. Il mourut à Fontainebleau en 1786 lors d’un accident de cheval en suivant louis XVI à la chasse. Le sixième et dernier grand prévôt Charles-Louis du Bouchet (1768-1815), marquis de Sourches et de Tourzel, hérite de la charge à la mort accidentelle de son père. Il avait 18 ans. Avec l’autorisation du roi qui avait déclaré "les Sourches ne sont pas mineurs", il a pu assumer immédiatement sa charge. Il aura le délicat privilège d’accompagner Louis XVI et la famille royale le 10 août 1792 entre les Tuileries, l’Assemblée puis la prison du Temple.

La marquise de Tourzel, gouvernante des enfants de France avait suivi la famille royale à la prison du Temple. Au bout d’une huitaine de jours, la convention décida de séparer le roi et la reine de leurs derniers fidèles ; la marquise de Tourzel et la princesse de Lamballe furent conduites à la prison de la Force et passèrent devant le tribunal révolutionnaire. On connaît la triste fin de la princesse de Lamballe condamnée à mort mais massacrée par la populace à la sortie du tribunal. La Marquise de Tourzel fut sauvée par son sang froid et la compassion d’un membre de la convention Monsieur Hardy. Elle fut relaxée et élargie. N’ayant pas émigré, ses biens ne furent pas confisqués et elle passa discrètement la révolution et l’empire jusqu’à la restauration ou Louis XVIII reconnaissant les éminents services rendus à sa famille la titra duchesse avec transmission du titre à son petit fils Olivier-Charles du Bouchet de Sourches de Tourzel. Le château de Sourches en pays de chouannerie n’a pas subi les ravages de la révolution. Olivier Charles, duc de Tourzel, n’eut qu’un fils qui mourut à l’âge de 9 ans en 1844. Lui même meurt en 1845. Avec lui s’éteint le nom de Sourches et de Tourzel mais sa sœur Augustine-Frédérique, épouse du premier duc des Cars, Amédée-François de Pérusse des Cars (1790-1868) hérite du domaine de Sourches. Son fils François-Joseph (1819-1891) fervent légitimiste comme les Sourches, fut un des plus fidèles partisans du comte de Chambord. Il laissa Sourches à son fils Louis-Albert à l’occasion du mariage de celui-ci avec Marie-Thérèse Lafond le 6 juillet 1873. Le jeune ménage entreprit de grands travaux dans le parc et complétèrent la décoration intérieure du château qui n’avait été terminée sous Louis XVI pour cause de révolution. C’est leur fils François-Marie-Edmond (1875-1941), marié à Marie-Thérèse Edwards qui reçut l’ordre de réquisition de l’état français en 1939 afin de mettre à l’abri 400 des grands tableaux du Louvre, la tapisserie de Bayeux, les torchères de la galerie des glaces de Versailles, une partie de la collection David-Weill, etc. François-Marie-Edmond avait deux fils, Louis (1909-1961), fondateur sur ses terres de la ferme de recherche Sanders et Guy (1911-1993), le fameux romancier. Louis transmet le domaine à son fils François-Amédée qui le vendit en 1985 à la société japonaise Nippon Sangyoo Kabushiki Kaisha. S’en suivent quinze années assez sombres pendant lesquelles le couple de gardien, Gisèle et Irénée Guéranger, engagé par la duchesse des Cars fit l’impossible pour éviter le pire. En effet cette société fit scandale en laissant les châteaux achetés tels que Sourches, Louveciennes, Rosny sur-Seine, Millemont, etc à l’abandon et, dans certains cas, en les dépouillant de leur mobilier et de leurs décors historiques

La château de Sourches présente des particularités architecturales assez extraordinaires et presque paradoxales; c’est un château conçu sous louis XV et de style louis XVI, la rigueur du néo-classicisme ayant remplacé à la fin du règne le style rocaille jusque là, à la mode, c’est un château académique et parisien parachuté dans la Sarthe, à tel enseigne que les architectes parisiens ne surveillèrent pas personnellement le chantier. Gabriel délégua le projet à son meilleur assistant Gabriel de Lestrade. Ce dernier conçu des plans pour un château néo-classique d’une conception toute nouvelle qui lui permit d’être reçu en 1767 à l’académie royale d’architecture. Il vint toutefois fort peu à Sourches et désigna un architecte d’exécution manceau en la personne de Pradrel, architecte de l’abbaye de La Couture au Mans. C’est un des rares grands châteaux de la Sarthe et de France à n’avoir pas été remanié au XIX siècle. Le château est élevé sur une éminence, au centre de la grande perspective du parc dessiné par Jules Hardouin-Mansart sous Louis XIV, et précédé d’une vaste cour d’honneur entourée de douves sèches, au centre de laquelle se trouvait le château construit à la fin du XVe siècle et démoli à partir de 1760. La façade sur le jardin est sobre et harmonieuse, le corps central coiffé d’un dôme carré, les deux ailes couvertes de bâtières, selon une composition qu’on retrouve au château du Marais, construit dix ans plus tard par Jean-Benoît-Vincent Barré. Ce château présente la particularité d’un grand corps de portique qui relie les deux ailes et qui permet un plan double au rez-de-chaussée et un plan simple dans les étages. C’est le seul cas connu en France, celui de Menars ayant été rajouté par la Pompadour entre les ailes d’un château du XVIIe siècle. Et pour terminer mentionnons la qualité exceptionnelle de la construction. Toutes les élévations sont en pierre de taille qui vient des carrières de Bernay, à l’époque propriété du marquis de Sourches.

Éléments protégés MH: les façades et les toitures; la cour d'honneur; les douves; la chapelle; le parc et les perspectives: classement par arrêté du 11 avril 1947. (1)

château de Sourches 72240 Saint Symphorien, tél. 02 43 20 76 51, Monsieur Jean de Foucaud, ouvert au public du 15 juillet au 1er septembre. En dehors de cette période, visite possible sur rendez-vous.

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source de la photo par satellite : https://www.google.fr/maps
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Château de Sourches à Saint Symphorien
 
 
 


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    source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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