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Propriété des Arminjon, le château du Chanay
appartint aux Duchaney, apparus en 1488 avec l'anoblissement de Jean de
Chaneto. La dernière descendante, Anne Marie Duchanay, épousa vers 1580 un
riche bourgeois, Jean Claude Basin. Leur fils Claude Maurice Basin fut
anobli en 1636 et la famille prit le nom de Basin du Chanay. Charles de
Basin y fonda une chapelle en mai 1698. Au lieu-dit la Curia (actuellement
la Curiaz), 12 parcelles bâties et non bâties lui appartiennent. La parcelle
2306 correspond à l’actuel château, malheureusement celle-ci représente
l’emprise totale de la construction et de sa cour sans distinction du bâti
du non-bâti, par conséquent nous ne connaissons pas l’emprise du bâtiment et
ne pouvons donc pas établir de comparatif entre l’état de 1732 et celui de
1812. Nous constatons cependant la permanence des jardins situés au sud du
château au fil des cadastres: un grand jardin rectangulaire comprenant
aujourd’hui, comme au XIXe siècle, un bassin central, et un second,
trapézoïdal, attenant à l’ouest et abritant vraisemblablement une orangerie
voûtée. Au nord de cette parcelle, et adossées au chemin ceinturant par
l’ouest la propriété, deux maisons mitoyennes appartenant en 1732 à Jean et
Antoine Carret tombent après coup dans le giron du propriétaire du château.
Le cadastre de 1812 et les matrices cadastrales afférentes pointent que
Montillet Charlotte, veuve Duchaney est propriétaire du domaine.
Ce cadastre nous montre l’emprise parcellaire des bâtiments. Nous constatons
que les bâtiments actuels ont la même emprise à deux exceptions près: le
corps de bâtiment adossé à l’est du corps principal comportait un petit
retour en saillie sur son angle sud-est; ce bâtiment servait alors de
cellier pour le travail de la vigne. On note effectivement aujourd’hui à cet
emplacement un retrait du mur indiquant un remaniement. Le second changement
intervient au niveau du bâtiment perpendiculaire au bâtiment principal où
l’angle sud-est de celui-ci n’existait pas. Ce bâtiment servait alors
d’écurie à chevaux. On remarque sur le terrain que l’actuelle grange,
construite sur cet espace vide, n’utilise pas le même mode de construction
que le reste du bâtiment, et que la liaison entre les deux montre des
désordres. Les deux petits édifices, aux angles est de la cour (chapelle et
pigeonnier), sont en place. Le cadastre de 1892 quant à lui nous donne le
nom du propriétaire: Ernest Arminjon, avocat de Chambéry. Il indique
également la présence de l’escalier circulaire situé au droit de la porte
d’entrée du bâtiment principal, de la fontaine, du bassin circulaire situé
au centre du jardin, mais "ne parle pas" du bassin lavoir et du petit
édicule abritant le cochon et les poules placés contre le mur est du corps
de bâtiment abritant les dépendances, qui sont donc des rajouts postérieurs.
L’étude des cadastres successifs nous donnent donc des indications sur
l’évolution parcellaire des bâtiments. L’étude de ces derniers in situ nous
en délivre d’autres.
Les relevés des caves et du rez-de-chaussée nous indiquent trois possibles
phases principales de construction distinctes. L’épaisseur des murs, la
différence de hauteur des planchers entre les parties nord et sud de la
demeure, les ouvertures et percement des caves, les éléments anciens de la
cuisine, nous permettent d’émettre les hypothèses suivantes. La partie sud
du corps de bâtiment principal, correspondant au niveau de plancher le plus
bas, représente vraisemblablement la partie la plus ancienne du site. A
supposer que la plaque en fonte de la cheminée datée 1700 soit en place, ou
provienne d’une de ces pièces, le premier bâtiment encore en place daterait
de cette époque. La plaque de cheminée comporte des armoiries qui se
retrouvent au-dessus de l’ancien autel de l’ancienne chapelle située dans
l’angle nord-ouest de la cour; il est donc permis de croire que cette plaque
de cheminée est originaire du site. La partie nord du corps de logis
principal, attenante au précédent, a ses niveaux de planchers plus hauts du
fait de la présence d’une cave voûtée sous cet espace. Les boiseries, les
cheminées en place, les décors d’impostes dans une chambre, tout concoure à
dater ces espaces de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Intérieurement un
escalier à deux volées droites rattrape la différence de niveau existante
entre les deux parties accolées. La cave voûtée en plein-cintre est
accessible par un passage perpendiculaire ouvrant dans la grande salle. Elle
possède un soupirail barreaudé de type "extérieur" située à l’est et au
droit du mur est du corps de logis principal; par conséquent tout laisse à
penser qu’il n’y avait pas de bâtiment accolé à l’est lors de
l’établissement de cette cave. Par la suite, une autre cave voûtée en arc
segmentaire prolonge la précédente.
Le site du château de Chanay est tripartite et clos par un mur sur tout son
pourtour. Au nord-ouest se trouve le bâtiment d’habitation avec caves en
arrière d’une cour accessible par une porte charretière adossée à une porte
piétonne. Sur l’angle intérieur nord-ouest de la cour se trouve l’ancienne
chapelle de la demeure tandis que le pigeonnier occupe l’angle sud-ouest de
la cour occupée principalement par deux grands arbres. Contre le mur nord de
la cour et au nord de la demeure, un corps de bâtiment trapézoïdale et
d’orientation est-ouest abrite les communs. Une fontaine est également
adossée au mur nord de la clôture, à mi-chemin entre les communs et la
chapelle. Un muret, tendu entre les façades sud de la demeure et du
pigeonnier, sépare la cour du jardin. De forme trapézoïdale ce dernier
comprend deux parties: la principale, de forme approximativement
rectangulaire, est dans le prolongement de la demeure et comporte un bassin
en son centre; la secondaire, longeant l’enclos à l’ouest et de forme
trapézoïdale, comporte en son centre, et dans sa largeur une cave voûtée
semi-enterrée accessible de part et d’autre d’une rampe maçonnée qui relie
les deux espaces créés par la présence de la cave. Il s’agirait d’une
ancienne orangerie. Enfin un grand pré rectangulaire s’étire à l’est, au
droit de la demeure et du jardin. Dans l’angle nord-ouest du mur ceinturant
le pré, nous trouvons un bassin à même le sol, à cheval sous la clôture.
Le château est principalement constitué de deux corps de bâtiment
rectilignes adossés en profondeur, mais de longueurs différentes. Le
principal, le plus long, ouvre sur la cour. Au sud-ouest du bâtiment, une
construction aveugle est en saillie (une ancienne tour). La façade sur cour
comporte une porte d’entrée axiale, accessible par un escalier droit
circulaire de six degrés, encadrée de part et d’autre de trois travées qui
s’élèvent sur deux niveaux à sa gauche, de trois à sa droite. Les niveaux de
planchers étant différents, les fenêtres de gauche (de dimensions plus
importantes que les autres) sont plus hautes que celle de droite. Ce
décalage s’explique par la présence de caves voûtées semi-enterrées sous la
partie nord du bâtiment. Les baies de l’édifice sont rectangulaires
verticales, en pierre de taille calcaire. Certaines d’entre-elles, sur la
façade sud de la demeure, comportent des numéros de montage sur l’intrados
de leurs piédroits. Le bâtiment est construit en moellon de calcaire enduit
en façade au ciment, à pierre vue à la chaux pour les autres façades. Le
pignon nord de la demeure est à redents couverts de pierres plates, le reste
de la toiture couverte en ardoise est à longs pans, et croupes pour la
toiture couvrant la tour en saillie et l’espace situé dans son prolongement.
Cette dernière portion de toiture est ainsi perpendiculaire au reste du
bâtiment.
Le niveau du rez-de-chaussée comporte un vestibule central au droit de la
porte palière. Il distribue à gauche un salon, adossé au nord à une autre
pièce avec laquelle il communiquait par l’intermédiaire d’une porte
aujourd’hui murée et qui devait être occupée par une chambre. Cet espace,
aujourd’hui indépendant et accessible depuis la façade nord du corps de
bâtiment, a servi de cuisine aux fermiers. Le vestibule distribue à droite,
et en contrebas d’un escalier droit à repos intermédiaire de dix degrés, une
vaste salle carrelée qui devait servir de salle à manger. Depuis le repos de
cet escalier en bois on accède de part et d’autre à deux petits réduits.
Depuis la salle à manger, on accède au sud à deux espaces adossés: un salon
qui a investi l’espace en saillie sur cour, et plus à l’est une ancienne
cuisine. Toujours depuis la salle à manger, mais côté nord, une double porte
dévoile l’accès aux caves accessibles par une large échelle en bois
descendante tandis qu’à l’opposé, un escalier en bois montant dessert un
espace oblongue servant aujourd’hui de salle de bain et aménagé dans le
second corps de bâtiment oriental. Dans l’angle droit du vestibule, un
escalier en pierre de taille, tournant avec repos intermédiaire, dessert à
mi-hauteur et coté droit les chambres situées à l’étage, et à son sommet
celles situées à l’étage de la partie nord de la demeure.
Le vestibule distribue également, percée dans son mur du fond, une porte
aménagée entre les deux corps de bâtiments de la demeure, placée sous
l’escalier, qui ouvre sur une étroite cave voûtée en berceau, parallèle à la
salle de bain précédente. Cette cave à vin possède un étroit soupirail dans
son mur est. L’étage de comble, accessible par l’escalier droit en bois
situé dans l’espace avec salle de bain, dessert au sud deux chambres situées
dans la partie en saillie sur cour, au centre le grand espace correspondant
à la superficie cumulée de la salle à manger, des réduits et du vestibule du
rez-de-chaussée, et au nord, un massif surélevé correspondant aux deux
dernières pièces situées au nord du bâtiment (le salon et la cuisine). Le
salon comporte une cheminée en marbre veiné noir, au linteau chantourné et
adossée à un trumeau orné en partie haute d’un décor en stuc : un cadre
mouluré, autour duquel s’enroulent des fleurs, fermé en partie inférieure
par un nœud et coiffé d’un motif de cuir découpé. Aux extrémités opposées
aux deux fenêtres éclairant la pièce, deux placards latéraux sont fermés par
des portes à décor de cartouches rectangulaires et chantourné. Une imposte
en bois, situé au-dessus des portes reprend le thème décoratif du trumeau
mais avec seulement la présence de fleurs et tiges feuillues. La cave
oblongue située dans le prolongement du vestibule est voûtée en arc
segmentaire. Un étroit soupirail ouvre sur le mur sud extérieur.
Les communs sont positionnés au nord de la demeure et ont une forme
trapézoïdale. Le bâtiment est partitionné en quatre avec, d’ouest en est un
espace de stockage fermé à l’est par une porte, une étable accessible depuis
une porte double en arc plein-cintre, une autre étable puis une grange -
cuvier qui abrite un pressoir. Adossés au mur pignon est se trouvent une
soue à cochon combinée avec un poulailler, et un bassin - lavoir en ciment
au toit en appentis couvert de tôle contre le mur de clôture. Sur l’angle
sud-est de la grange, un piédroit en pierre de taille avec gonds pointe
l’existence d’un ancien portail d’une ancienne clôture de la parcelle. La
grange étant plus haute que le reste des communs, les toitures à longs pans
et couvertes d’ardoises ne sont pas au même niveau. Deux lucarnes sont
aménagées dans les deux toitures. L’ancien pigeonnier est un bâtiment
rectangulaire de 297 cm en largeur et de 332 cm en profondeur situé dans
l’angle sud-ouest de la cour fermée. Construit en moellon de calcaire enduit
à pierre vue, il possède une toiture à longs pans dissymétrique couverte en
ardoise ; le pan orienté à l’est est plus court que le second. Accessible
par une simple porte aménagée dans le mur gouttereau est, le rez-de-chaussée
comporte un espace de stockage. Au-dessus du linteau, une planche d’envol et
une tablette en pierre aménagée de trous permettaient aux pigeons d’aller et
venir dans la partie supérieure de l’édifice. (1)
château du Chanay, route du Chanay, 73250 Saint-Jean-de-la-Porte,
propriété privée, ne se visite pas.
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