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Nous savons
par les chroniqueurs de Saint-Riquier que le fief d’Authie existait déjà en
l’année 800 et relevait du monastère de Saint-Riquier. Plus tard nous voyons
Beaudoin de Daours autoriser les moines d’Authie à prélever la dîme partout
où son droit de terrage est perçu, dans l'étendue de son fief (in feodo suo)
expression consacrée depuis longtemps déjà. Nous ne hasardons rien en
avançant que le château primitif d’Authie remontait à l’époque
mérovingienne, et était par conséquent antérieur à la féodalité proprement
dite qui ne date que du milieu du IXe siècle. Nous basons cette assertion
sur les dénombrements faits par les moines Herick et Hariulphe et sur la
forme de ce château qui est tout à fait identique à la grande majorité de
ceux qui furent construits vers cette époque. En effet il était bâti sur une
éminence artificielle, une butte de terre rapportée ou motte, entourée d’un
fossé profond. Que l’enceinte ait été fortifiée de palissades en bois, que
sur la motte se soit élevée une tour en bois ou donjon, on peut le supposer
à bon droit comme de la plupart des châteaux de cette époque. Plus loin, en
nous basant sur Hariulphe, nous dirons que le domaine d’Authie fut donné par
Charlemagne à son ami saint Angilbert, abbé de Saint-Riquier: or l’on sait
que le grand Empereur lui confia la mission de défendre et de fortifier les
côtes Nord-Ouest de son empire, comprises entre la Seine et l’Escaut, Dès
lors il est naturel que le duc Angilbert ait commencé par fortifier ses
propres domaines, non seulement Saint-Riquier, mais encore Authie qui était
bien dans la région désignée et à quatorze lieues de la Manche. Quoiqu'il en
soit, les ruines que nous avons mises à nu en septembre 1883 nous ont révélé
l’existence d’un château féodal remontant au moins au XIe siècle. En effet
il n’y a qu’une étude attentive et minutieuse des lieux où il était assis et
des débris qui en restent, qui puissent nous guider pour en donner une idée
au lecteur; car malheureusement l'histoire ne nous a conservé aucun plan du
château féodal, et ses archives ont été détruites il y a longtemps.
L’antique castel d’Authie était une "bornière" élevée par les seigneurs aux
confins de la Picardie. Sa position géographique, sa situation sur le flanc
d’une colline abrupte d’où il dominait les environs, et était comme une
sentinelle veillant sur l’Artois, tout le prouve. Le constructeur avait
avant tout visé aux avantages de la position: le site élevé dominant la
vallée dans toutes les directions, le fossé circulaire, le bois du Plouis
qui l’enveloppait aux trois quarts, tout contribuait à le rendre
inaccessible pour l’époque. Sous le rapport de la défense, il était on ne
peut mieux placé; sous tous les autres rapports, sa situation était des plus
défavorables. En effet son élévation le rendait inabordable; la proximité du
bois qui l’entourait empêchait les rayons du soleil d’arriver jusqu’à lui
pendant une bonne partie de l’année, tandis que tous les vents du Nord et de
l’Ouest venaient s’abattre sur lui. La motte en est parfaitement conservée:
elle a la forme d’un cône tronqué et va s’élargissant vers sa base, de sorte
qu’à sa naissance son diamètre est presque doublé. La déclivité de la pente
devait être accentuée en raison de la masse des murs assis sur son sommet.
Elle mesure 23 mètres d’élévation du côté du village, et 15 mètres environ
dans toutes les autres directions. Mais il ne faut pas oublier que les
fossés circulaires ont été comblés au moins de trois mètres par les débris
de constructions et par les éboulements continuels du terrain, comme nous
l’avons constaté en faisant creuser le puits pour la recherche du
souterrain. Le diamètre de sa partie supérieure est de 30 mètres. Pour
former cette motte il a suffi d'ouvrir un large fossé, à fond de cuve, en
forme de circonférence, dans le flanc de la colline: c'est la première idée
qui vient à l'esprit de tout observateur. Ce fossé circulaire mesure 170
mètres d’étendue. Le premier résultat de nos fouilles en 1883 a été de
constater l'existence d’une tour énorme dont les murailles n’avaient pas
moins de quatre mètres d'épaisseur et de 90 mètres de circonférence. Cette
tour ou donjon assise sur la motte était construite en pierres du pays
reliées par un mortier de sable à la chaux. Une étude des fondations
existantes nous fait supposer que la construction en est du XIe siècle.
En 1590, les Huguenots, pour se venger contre le seigneur d’Authie de la
part qu’il avait prise à la Ligue, semèrent la ruine sur le village
d’Authie, le château et le couvent. En effet c’est à cette époque, au moment
de la prise de Beauquesne et de sa forteresse par les partisans de Henri IV,
que le château fut détruit. Les Huguenots n’ayant pu s'emparer de Doullens,
qui ne se rendit à Henri IV qu’en 1594, exercèrent leurs ravages dans les
environs. Qu'ils se soient emparés d’Authie, qu'ils l’aient dévasté, comme
nous le révèlent les archives du Prieuré, nous ne saurions en douter. Un
document curieux vient à l'appui de cette assertion: c’est un acte daté de
1591, par lequel Henri IV "confisque les fruits de la seigneurie d’Authie
appartenant au sire de Rambures". Le Roi en conserve un tiers, et donne les
deux autres tiers au sieur de Tencques, chevalier, gentilhomme ordinaire de
sa chambre. A cette époque (13 septembre 1591) le roi était encore
calviniste, puisqu'il n’abjura que le 25 Juillet 1593; par conséquent cette
confiscation n’était que la suite de la prise et de la ruine du château
d’Authie, et un châtiment pour le sire de Rambures, de s’être engagé dans la
Sainte-Union. Henri IV et ses successeurs se sont opposés à la
reconstruction des châteaux-forts: c’est ce qui explique comment le château
féodal d’Authie ne s’est jamais relevé de ses ruines. Le château moderne n’a
rien de remarquable, c’est plutôt une belle habitation bourgeoise qu’un
château. Il se compose d’un corps de logis à double étage, assez long mais
étroit. Il n’a de seigneurial que son fronton triangulaire où, à défaut
d'armes en relief paraissent deux rinceaux sculptés portant chacun une palme
dans la partie supérieure et un fruit à l'extrémité inférieure. Ils n’ont
d’autre mérite que de rappeler l'époque de la construction, le commencement
du règne de Louis XV. Il était habité au XVIIIe siècle par le marquis de
Fontenilles, et successivement par sa veuve, et par sa fille la baronne de
Ligny. À la Révolution les propriétés de la baronne de Ligny furent
déclarées nationales et vendues comme telles. M. Herbet de Raincheval acheta
les bois et les Grands Viviers. Le château resta un certain nombre d'années
sans être vendu. Il fut acheté au début du XIXe siècle par M. Pierre-Jacques
Ansiaux qui l'habita, et après lui, M. Adolphe Ansiaux son fils. Il était
ensuite la propriété de M. Dewailly ancien maire d'Amiens, gendre de M.
Adolphe Ansiaux.
Si les seigneurs d’Authie n’ont pas exercé une influence immédiate sur les
destinées de leur province, ils n’ont pas moins apporté leur pierre à
l’édifice commun. On les a toujours vus se prêter à la défense ou à la
solidification des intérêts sociaux, prendre une part active à la fondation
de toutes les institutions nées du besoin des temps, suivre le mouvement
populaire qui entraînait la nation soit à la défense de ses intérêts, soit à
la défense de ceux de la religion. C'est ainsi qu’ils ont accepté
l'institution des communes, coopéré à la rédaction des coutumes locales de
leur ressort, contribué à la fondation du couvent d’Authie, ou au moins, à
l’accroissement de ses domaines, et, par là même, au fonctionnement régulier
du service divin dans cette paroisse, ainsi qu’à tous les bienfaits que
l’abbaye devait y répandre dans le cours des siècles. Ils se sont levés
chaque fois que la nation a fait appel à leur patriotisme pour sa défense
contre les ennemis du nom Français: l'un d'eux versa son sang dans les
plaines d’Azincourt; un autre sauva la ville d'Amiens en 1494. Ils ont
marché au cri de Dieu le veut! au nom de la religion et de la France
catholique, pour conserver à la première sa prépondérance, et à la seconde,
son unité. Considérés plus spécialement dans leur sphère, dans le rayon de
leur domination propre, dans l’étendue des villages de leur mouvance, les
seigneurs d’Authie ont exercé une puissance plus immédiate. À une époque,
quatorze villages relevaient de leur châtellenie: Authie, Saint-Léger,
Thièvres, Louvencourt, Vauchelles, Varennes, Arquèves, Raincheval,
Toutencourt, Festonval, Rosviller, Maurepas, Lafresnoye et Marieux. A la fin
du siècle dernier, l’on en comptait encore neuf, comprenant onze seigneuries
et une foule de fiefs nobles ou autres. Cette puissance emportait avec elle
des droits respectifs sur les feudataires et tenanciers, droits qui feront
plus tard l’objet d’un chapitre important.
La liste des seigneurs d’Authie est basée sur des documents authentiques,
des faits et des dates que nous donnerons à l'appui. De 1075 à 1100, Hugues
Braconard, seigneur d’Authie et de La Ferté-lès-Saint-Riquier. "C'est dans
sa maison à Abbeville, que Mgr Gervin, évêque d'Amiens, lui fit rendre à
l’église Sainte-Marie de Molesme, en la personne de saint Robert, le prieuré
d’Authie" dont il était l'injuste détenteur. Hugues Braconard (le chasseur)
avait pour épouse Agnès. Celle-ci, est-il dit dans la même charte, n'ayant
pas encore donné son consentement, approuva et confirma cette donation, dans
sa maison d'Authie en présence de nombreux témoins. D'où il résulte
clairement que cet Hugues était tout à la fois seigneur de La Ferté,
seigneur d’Authie et seigneur d’Abbeville, cette dernière localité n’était
alors qu’un village dont s’empara plus tard Hugues Capet pour en faire une
ville forte. De 1100 à 1125, Huaues, fils du précédent, est désigné dans la
charte de fondation, attendu que son consentement fut requis pour la
reddition du Prieuré d’Authie à l’abbaye de Molèmes en la personne de saint
Robert. C’est ce qui nous prouve qu'il eut le domaine d’Authie en partage,
tandis que Robert son frère, eut celui de La Ferté. De 1125 à 1180, Dreux de
Daours (Drogo de Durz). Nous ignorons l’époque précise à laquelle la famille
de Daours devint propriétaire de la châtellenie d’Authie; toujours est-il
qu’elle l'était avant la moitié du XIIe siècle. Dreux de Daours est cité
dans la seconde charte du prieuré comme ayant fait don aux moines d’Authie
de tous les manoirs situés entre la rivière du moulin Becquerel et le
Couvent avec le cens et les revenus qu’ils lui rapportaient. Dreux de Daours
est mort avant 1180, mais sa veuve Béatrix conserva le nom et autorité de
châtelaine d’Authie pendant tout le temps qu’elle lui survécut. C'est à ce
titre qu’elle est nommée dans la charte de donation faite par Garin, meunier
d’Authie.
De 1180 à 1208, Breaupoin pe Daours (Balduinus de Durz ou encore de Dors),
fut du nombre des seigneurs désignés et délégués par Philippe Auguste pour
fixer la délimitation du comté d’Amiens en 1185. C'est lui qui prit part à
la IXe croisade (1200 à 1204) et donna avant de partir, aux moines d’Authie,
un pré et six journaux de bois pour attirer les faveurs du Ciel sur son
pèlerinage et cette expédition lointaine. De retour de la croisade il fonda
en 1206 la maladrerie d’Authie et lui fit don à perpétuité d’un muid de blé.
De 1208 à 1260, Nicotas de Daours, fils du précédent. Il ajouta aux
possessions du Prieuré six journaux de bois et la partie de la dîme qu’il
avait achetée, à charge, pour les moines, d’une messe à perpétuité pour lui
et pour les siens. De 1260 à 1325, la famille de Waillaincourt, originaire
du Cambrésis posséda la seigneurie d’Authie 60 ans environ. Guy de
Waillaincourt, le premier du nom est cité dans les minutes de divers procès
avec les moines. "Le bailli d'Amiens déclare que le prieur d’Authie a son
franc moudre dans le moulin de Becquet à Authie appartenant à messire Guy de
Waillaincourt, seigneur du lieu". Gilles chevalier, sire d’Authie, cité par
M. Darsy, dans les Bénéfices de l’église d'Amiens, appartenait à cette
famille. Les de Waillaincourt portaient de gueules au loin d'argent. De 1325
à 1395, Baudouin de Rubempré devint seigneur d’Authie par son alliance avec
Mademoiselle d’Authie, ainsi appelée, à plusieurs reprises, dans le célèbre
procès entre les moines et la baronne de Ligny. Il était fils de Baudoin,
chevalier, sire de Rubempré, époux de Marie, châtelaine de Molliens-Vidame.
C'était un homme processif. En 1331, il fit arrêter deux bourgeois d'Amiens
avec leurs marchandises. L’échevinage réclama la mise en liberté des deux
citoyens, par le ministère du bailli d'Amiens. Baudoin résista, soutenant
que la ville d'Amiens lui devait une certaine somme échue pour une ferme
qu’elle tenait de lui, et que d’ailleurs il avait "en Rubempré loi,
esquevinage et droit d’user d’arrest en la dite ville". On finit par
s’arranger, mais l’échevinage pour ne pas créer de précédent fâcheux, obtint
que l'arrêt et la saisie soient déclarés nuls. Il ne s’attaquait pas
seulement à la ville d'Amiens, car il intenta des procès aux moines
d’Authie, pour le vivier, pour le moulin ou pour le moindre écart des
bestiaux du Prieuré.
De 1395 à 1405, Courber de Rubempré, fut tué avec d’autres seigneurs de la
Picardie au siège du château de Merk, près de Calais, occupé par les
Anglais. De 1405 à 1415, Lancelot de Rubempré, frère du précédent, versa son
sang pour la patrie à la bataille d’Azincourt (1415), avec l'élite de la
noblesse picarde. Son autre frère, Edmond de Rubempré, eut pour fille
Jehanne, mariée à Jacques, seigneur de Grouches, dont descendent les marquis
de Huppy. On voit sur la belle pierre de Guillaume de Béry, seigneur d’Esserteaux,
enseveli en 1 522, dans l’église de ce village, le nom, les armes, et
l'effigie de son épouse Jehanne de Rubempré. De 1415 à 1540, Antoine de
Rubempré, seigneur d’Authie, fils de Courbet de Rubempré, épousa Jacqueline
de Croix, fille de Jean, grand Maître de France, conseiller et chambellan du
duc de Bourgogne, en 1422; il fut créé chevalier avec d’autres, après un
combat contre les Dauphinois près de Pierrepont. En 1446, il eut ses biens
confisqués pour avoir assassiné le seigneur de Bernâtre. De 1450 à 1477,
Jean 1er de Rubempré eut en partage la seigneurie d’Authie tandis que son
père Antoine avait encore celle de Rubempré. Guerrier distingué, il prit
part à la croisade contre les infidèles du Nord en 1442. Charles le
Téméraire, duc de Bourgogne, l’honora en 1473 de l'Ordre de la Toison d’or.
Il périt en 1477 à la bataille qui fut livrée sous les murs de Nancy et où
le duc de Bourgogne termina sa carrière. Il fut pleuré des habitants qu'il
avait gouvernés avec douceur dans ces temps malheureux. Son fils Adrien
mourut sans enfants, et sa fille Françoise, dame de Berneuilles et Bléquin,
épousa Jean de Créquy, seigneur de Canaples.
De 1477 à 1510, CharLes, seigneur de Rubempré, à la la mort de son père
Antoine, devint seigneur d’Authie par suit du décès de son frère Jean 1er et
de son neveu Adrien. Il était également seigneur du Hamel près Corbie. Cette
dernière seigneurie lui vint de sa seconde femme, Françoise de Mailly, fille
de Adrien de Mailly, baron de Conty et de Jehanne de Berg-op-zoom. Sa
première femme était une Demoiselle d’Ailly, fille de Jean d’Ailly, vidame
d’Amiens, seigneur de Picquigny. De 1510 à 1530, Jehanne de Rubempré posséda
la terre d’Authie qu’elle apporta à Jacques-François de Bourbon. Fille du
premier lit de Charles de Rubempré, elle fut mariée d’abord à François de
Crévecœur, seigneur de Thoix; puis en 1505, elle épousa à Amiens,
Jacques-François, comte de Bourbon et de Soissons, dit Bâtard de Vendôme,
seigneur de Ligny et autres lieux, grand chambellan du roi, gouverneur de
Valois et Vendomois, capitaine d’Arques, bailli de Vermandois. Il mourut en
1524, et fut enseveli avec son épouse dans l’abbaye de Longpont près de
Soissons. Il avait enrichi l’église de cette abbaye d’ornements, de
chasubles d’un grand prix et d’une rare beauté. Il est représenté avec sa
femme et leur quatorze enfants sur le beau vitrail de Notre-Dame de la
Ferté-Milon. De 1530 à 1578, Claude de Bourbon-Vendome, fils de
Jacques-François de Bourbon-Rubempré tint la seigneurie d’Authie. Il était
prince de Souich et gouverneur de Doullens. Il avait épousé Antoinette de
Bours, mais n’eut pas d'enfants mâles. L'une de ses filles porta le titre de
Marie d’Authie d’après le texte suivant: "En 1560, Paul de Fer et Marie
d’Authie son épouse, donnent à Pierre de Fer, leur fils, les seigneuries de
Chipilly et d’Hodant. Il eut une autre fille, Claude ou Claudine qui suit.
De 1578 à 1594, Jehan sire de Rambures devint seigneur d’Authie par son
alliance avec Claude où Claudine de Bourbon, fille du précédent, dame de
Ligny et de Lambercourt. Ce fut en 1578 que Jehan, sire de Rambures, épousa
Claude de Bourbon. Aux registres des Insinuations est conservé le contrat
par lequel "Antoinette de Bours, femme de Claude de Bourbon, a fait don de
la seigneurie d’Authie à Claude de Bourbon, épouse de Jehan de Rambures,
seigneur d’Hornoy. De Jehan de Rambures et de Claude de Bourbon naquirent
trois enfants: Charles, Geoffroy et Charlotte. C’est sous le règne du sire
de Rambures, et pour le punir d’avoir embrassé le parti de la Ligue, que les
Huguenots et les partisans de Henri IV détruisirent son château d’Authie en
1590. C'est aussi à cette époque et pour la même raison, que le roi Henri IV
fit saisir la seigneurie d’Authie, au profit du sieur de Tencques,
chevalier, gentilhomme ordinaire de sa chambre. Nous sommes heureux de
produire à l'appui la pièce suivante: "Savoir faisons que sur les lettres
données au camp devant Noion, le vingt-septième jour de Juillet mil cinq
cent quatre-vingt et unze, contenant, le roi avoir donné au sieur de
Tencques chevalier gentilhomme ordinaire de sa chambre, les deux tiers des
fruits et revenus de la terre et seigneurie de Béhencourt appartenant au
sieur du dit lieu, ensemble les deux tiers des fruits de la terre et
seigneurie d’Authie, appartenant aux sieurs de Rambures, selon et pour les
causes au long contenues ès-lettres. La requeste à nous présentée par le dit
sieur de Tencques afin qu’il soit dit qu’il joira (jouira) pleinement des
dits deux tiers des dites terres et lui accorde main levée des saisies qui
pourraient avoir été faites des dites terres et à information faite sur
icelle avecq le réquisitoire du procureur du roi. Nous disons que le dit
seigneur de Tencques joira des deux tiers des fruits et revenus des dites
terres de Béhencourt et d’Authie, à la charge des frais et charges
ordinaires et de faire valoir l’autre tiers au Roy et icelluy faire verser
ès mains du receveur ordinaire, franchement et quittement de portz voitures
et tous autres frais; à la charge aussy que pendant six semaines, du jour
des présentes, il fera sceller les dites lettres du grand scel, comme il est
requis et porté, par le dict, bailler caution de rendre les dicts deux tiers
au cas que, en dedans le dit temps, les dictes lettres ne soient scellées;
et de satisfaire au surplus des charges portées par le règlement donné par
le Roi sur le bien des rebelles. En témoin de ce, nous avons mis le scel du
dit bailliage à ces présentes données au dict Corbye, et expédié par nous
Jehan Pasquier, prévost de Montdidier, comme lieutenant-général au dit
bailliage, et Michel Dezaleux, commis conseiller. Signé, Decormons, le scel
est absent. Combien de temps dura cette saisie? Dura-t-elle jusqu’à
l'abjuration du roi qui eut lieu deux ans plus tard? Nous avons tout lieu de
le croire.
De 1594 à 1614, Cnarles de Rambures, fils de Jehan, sire de Rambures,
posséda la terre d’Authie. Aux registres des Insinuations se trouve la
minute d’uné donation faite en 1602, "par Claude de Bourbon, veuve de Jehan
de Rambures, à Charles de Rambures, leur fils, seigneur d’Authie". Il fut
gouverneur de Doullens. Le 30 Juillet 1614, la noblesse du Ponthieu réuni
dans l’Abbaye de Saint-Pierre d’Abbeville, le choisit pour le représenter.
Mais cinq mois après il résigna son gouvernement en faveur de Jehan de
Rambures, son fils, le 5 décembre 1614. Quant à Geoffroy, frère de Charles,
il était seigneur de Gorges, et il reçut en 1609, de sa mère Claude de
Bourbon, la terre de Ligny sur Canche. Il avait épousé Marie Thibault de
Mailly. De 1614 à 1637, Jehan, sir de Rambures, fils de Charles, hérita de
la seigneurie d’Authie. Chevalier des ordres du roi, vice-amiral de
Picardie, et gouverneur de Doullens, il se distingua de 1635 à 1637 parmi
les plus illustres défenseurs de la patrie. "Chargé par le roi de donner la
chasse aux ennemis, ce brave gouverneur de Doullens se mit à l’œuvre et ne
leur laissa guère de repos. Malheureusement il fut tué en octobre 1637 au
siège de la Capelle. Son corps fut rapporté à Amiens et son cœur à Doullens.
Pour comble de malheur, Jehan, sire de Rambures, mourut sans alliance.
Charles, son père, avait eu de son second lit François, sire de Rambures,
tué à Honnecourt. De 1637 à 1671, Carles, marquis de Rambures, marié à Marie
de Bautru, mourut à Calais en 1671 et fut inhumé dans la chapelle des
Minimes d’Abbeville. Il était maréchal de camp et colonel du régiment de
Rambures. De 1671 à 1677, Louis-Alexandre marquis de Rambures, fils du
précédent, était colonel d'infanterie du régiment de Rambures. Il fut tué
accidentellement en Alsace (1677) d’un coup de mousquet tiré par un de ses
soldats. En lui s’éteignit la branche aînée masculine des de Rambures et la
succession de cette grande maison revint à Charlotte de Rambures qui avait
épousé François de la Roche de Fontenilles. La branche aînée des de Rambures
portait d’or à trois fasces de gueules.
Les de la Roche de Fontenilles portaient d'azur à trois échiquiers d’or. De
1677 à 1690, François de la Roche, marquis de Fontenilles épousa le 14 Mars
1645 Charlotte de Rambures de Lambercourt. Une clause insérée dans leur
contrat de mariage mérite de fixer notre attention "Au cas qu'il arrivât
(que Dieu ne veuille) que M. de Rambures frère de la dite demoiselle (de
Rambures-Boulainvillers) décédât sans enfants; en ce cas le second fils du
dit futur mariage, sera tenu de prendre le nom de Rambures-Boulainvillers et
les armes des dites deux maisons; et lui appartiendront les deux tiers de
tous les biens qui demeureront par le décès du dit sieur de Rambures,
lesquels seront substitués au fils aîné du dit second fils, aux charges de
porter les dits noms et armes, et ainsi de mâle en mâle successivement, sans
aucune distraction de légitime; et au cas qu’il n’y eût que des filles, le
mari de la fille aînée sera tenu de joindre à son nom les dits noms de
Rambures-Boulainvillers, ensemble les armes des dites deux maisons aux
siennes, jusqu’à ce qu’il y ait deux fils de la dite même maison, dont le
second sera tenu de porter les dits noms et armes seuls, et à lui
appartiendront, aux dites charges, les avantages que dessus...". Ces
précautions sont loin d’être inutiles: dès 1676 elles assurent le titre de
Rambures à la branche aînée féminine et le lui conserveront jusqu’à la
Révolution. François de la Roche de Fontenilles ne devint seigneur d’Authie
qu’à la mort (1677) de son beau-frère Louis-Alexandre. De 1690 à 1727,
François de La Roche, marquis de Fontenills, marquis de Rambures par sa
mère, était seigneur d’Authie et autres lieux avant 1693. Son nom était
populaire à cette époque dans le village d’Authie. Il épousa Marie-Thérèse
de Mesme, fille du premier président du Parlement de Paris: leurs noms
figurent dans l'inscription gravée sur la cloche de l’église. Né en 1650, il
mourut en 1727.
De 1727 à 1755, Louis-Anroine de La Roche, marquis de Fontenills, marquis de
Rambures, fils du précédent, fut colonel du régiment de Navarre, maréchal de
camp, etc. Il fut marié, en premières noces à Benigne-Marguerite Bossuet.
Voici ce que nous lisons dans les registres de l’état civil d’Authie: "Le 20
octobre 1728, est décédée à Paris, Dame Bossuet, âgée de 25 ans, épouse de
Messire de la Roche, marquis de Rambures, seigneur d’Authie". Pour que le
curé Houbart, qui était un homme très intelligent, insérât ce décès dans ses
registres, chose à laquelle il n’est nullement obligé, il fallait qu'il y
fût poussé par un motif particulier: en effet, cette Dame Bossuet était une
parente du grand Bossuet, évêque de Meaux, la dernière héritière de ce nom à
jamais célèbre. L’abbé Houbart voulait faire rejaillir sur sa paroisse
l'honneur d’une telle alliance; on ne peut que l'en féliciter. L'abbé
Antoine-René de la Roche de Fontenilles, prieur de Saint-Pierre d’Abbeville,
fut évêque de Meaux vers cette époque, par conséquent, il n’y a rien
d'étonnant à ce que son frère Louis-Antoine ait contracté alliance en cette
ville. Ce dernier épousa en secondes noces Elisabeth-Marguerite de
Saint-Georges de Vérac, dont il eut trois enfants, un fils, Antoine César,
mort avant sa majorité; deux filles dont Antoinette-Adélaïde, épouse de
Jean-Baptiste-François-Mennelay Colbert, marquis de Sablé, propriétaire du
château de Rambures, morte en 1822 sans enfants; puis Elisabeth-Jeanne,
mariée à Adrien de Ligny. De 1755 à 1764, Louis-Antoine de La Roche, marquis
de Fontenilles, marquis de Rambures, étant mort en 1755, la seigneurie
d’Authie fut tenue pendant quatre ans par sa veuve Elisabeth-Margueritte, en
faveur de son fils mineur, Antoine-César. A la mort de celui-ci, arrivée en
1764, la seigneurie revint à Elisabeth-Jeanne de la Roche-Rambures, épouse
de Charles-Adrien, baron de Ligny. Elle était dame de la châtellenie
d’Authie, baronne de Cessac, Larocque, Leyrel, Darte et autres lieux. De
1764 à 1793, Charles-Adrien, baron de Licny, vicomte de Lamballe, maître de
camp de la cavalerie, avait épousé en premières noces Madeleine de
Honolthein. En 1755, il avait contracté une seconde alliance avec
Elisabeth-Jeanne de la Roche-Rambures. Par elle il devint seigneur d’Authie
de 1764 à 1770, époque de sa mort. Sa veuve tint cette seigneurie jusqu'à la
Révolution pendant laquelle elle émigra. Tous ses biens furent vendus comme
propriété nationale... (1)
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