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Château de Boves (Sommes)
 
 

 Le nom de Boves a été illustré par une fort ancienne famille: Le grand comte d'Amiens, Enguerrand de Boves, domine toute l'histoire de l'Amiénois au début du XIIe siècle, et le siège que son antique château soutint à la fin du même siècle lui a assuré une place dans l'histoire de France, dès cette époque reculée. Boves, à cette époque, existait déjà depuis bien des siècles. M. Delahaye, dans une notice sur une partie des environs d'Amiens, intitulée Promenade d'Amiens à Boves, en fait même remonter l'origine jusqu'aux Gaulois. Le château a aussi une origine très ancienne, puisque, suivant certains écrivains, Maugis, ce célèbre enchanteur, dont chacun a entendu parler, quoique presque personne ne connaisse ses actions, y aurait pris naissance. Il vivait, dit-on, sous Charlemagne. "Boves, dit le docte Célestin, l'une des principales terres de la Picardie, tenait son rang du temps de saint Louis parmi les plus grandes baronnies du royaume. Elle a, dans sa mouvance, quarante terres à clocher et cent vingt fiefs, suivant quelques titres. Au titre de baronnie qu'elle a conservé avant son union et après sa séparation de la terre de Coucy, elle réunit ceux de châtellenie et de marquisat". Le village de Boves a donné son nom à une des plus grandes familles de France, qui posséda le comté d'Amiens pendant un temps assez considérable et fut souche de la célèbre maison de Coucy. L'origine de cette famille est enveloppé de quelque obscurité que certains auteurs, peut-être pour lui donner une antiquité plus reculée, ont plus obscurcie qu'éclaircie. Voici comment Colliette trace la généalogie des de Boves jusqu'à Dreux, à partir duquel l'incertitude cesse: Dreux comte d'Amiens, aliéna de son comté la terre et seigneurie de Boves en faveur de sa fille Adèle, mariée avant l'an 1059 à Albéric 1er, sire de Coucy lequel eut de son mariage, Albéric II, sire de Coucy et Dreux, sire de Boves, père du grand Enguerrand lequel hérita de son père la seigneurie de Boves et de son oncle Albéric, celle de Coucy.

L'auteur d'une notice sur l'ancienne seigneurie et l'église de Caix en Santerre est à peu près du même avis; seulement il veut en plus qu'Ade ou Adèle de Boves ait apporté aussi en dot à son mari la comté d'Amiens. L'un et l'autre assignent, pour époque de la vie d'Albéric, la fin du règne de Henri 1er, qui mourut en 1060. Nous nous bornerons à faire remarquer que, d'après de La Morlière et les titres qu'il cite à l'appui, Dreux de Boves, qu'on dit petit-fils de cet Albéric, devait vivre dès avant l'année 1034, et sans plus chercher d'avantage le vrai ou le faux de cette filiation et de ces constitutions de dot que du Cange paraît ignorer, nous retracerons ici l'historique de la maison de Boves, tel que nous le trouvons dans le docte de La Morlière, celui de tous nos vieux historiens qui a le mieux connu l'histoire de son pays. "Il est certain et se recognoist de nos cartulaires, dit cet ancien auteur, qu'en l'an 1034 vivoit Dreux de Boves, seigneur de Coucy, ou bien Dreux de Coucy, seigneur de Boves, qui cette année mesme soubsigna la donation faite du village de Croissy au chapitre d'Amiens, par Thibault et Etienne comtes de France, etc. Ce Dreux de Boves, la première tige de la famille de Coucy, si célèbre depuis par nos histoires", souscrivit encore une charte en 1069 et peu après il remit au chapitre d'Amiens toute l'avouerie qu'il possédait au village de Contency, don ratifié après sa mort par ses trois fils Enguerrand, Robert et Anselme. Dreux jouit jusqu'à sa mort de la vicomté de Corbie qui lui avait été donnée par Gaultier comte d'Amiens, après qu'à la faveur du roi Robert il l'eut usurpée à l'abbaye. Dreux eut, de son mariage avec Milesende, trois fils dont Enguerrand, l'aîné, transigea et s'accorda, en 1079, avec l'abbé Foulques 1er à l'occasion de l'avouerie qu'il prétendait avoir, comme héritier de son père, sur la ville de Corbie et les terres de l'abbaye. L'accord eut lieu moyennant la cession d'une partie de ces droits prétendus, faite par l'abbé. Cet Enguerrand de Boves joue un grand rôle dans l'histoire de l'Amiénois au commencement du XIIe siècle. Il possédait le comté d'Amiens, sans qu'on sache à quel titre. En 1085, Enguerrand de Boves avait doté l'abbaye de Saint-Acheul près d'Amiens, de quatre muids de blé; il fit un grand nombre de dons à l'abbaye de Saint-Vincent-De Laon.

Enguerrand, l'un de ses fils, usurpa le siège épiscopal d'Amiens sur saint Geoffroy, il y resta ensuite comme évêque légitime après la mort de ce saint prélat. Thomas de Boves, de Marie ou de Coucy, son autre fils, fit partie de la première croisade; ce fut en prenant son manteau écarlate, doublé de menu vair, pour en faire un étendard à ses troupes débandées dans la Terre Sainte, qu'il changea les armes de sa maison de gueules à la bande d'or, accompagnée de deux cotices de même, pour celles fascées de vair et de gueules de six pièces, qu'elle porta ensuite. Ce Thomas, généralement connu sous le nom de Thomas de Marie, tourmenta beaucoup par ses brigandages et ses vexations les diocèses d'Amiens et de Laon. Il périt misérablement en 1130, tué par Raoul de Vermandois, et fut enterré devant le portail de l'église Saint-Vincent de Laon, ne pouvant être inhumé à l'intérieur à cause de l'excommunication qui avait été lancée contre lui, en 1114, au concile de Beauvais présidé par Conon Légat du Saint Siège. Cependant sa veuve, aidée de ses enfants Enguerrand de Coucy et Robert de Boves, fit peu après rallonger cette église de deux travées afin que le tombeau de son mari se trouvât dans l'enceinte. Thomas de Marie eut trois fils: Enguerrand, seigneur de Coucy; Robert, seigneur de Boves et Anselme qui mourut jeune. Enguerrand eut en partage la terre de Coucy, qui dès lors ne fut plus jamais réunie à celle de Boves, il fut par conséquent la tige de la célèbre maison de Coucy dont on connaît la fière devise: Je ne suis roy, Ne prince aussi, Je suis le sire de Coucy. Robert, seigneur, ou, pour parler plus exactement, sire de Boves, fit don de quatre muids de blé à l'abbaye de Saint-Acheul-lez-Amiens, avant de partir pour la croisade en 1146. Son fils nommé aussi Robert entra en guerre ouverte avec le roi de France, Philippe-Auguste, et subit en 1185 dans son château de Boves un siège qui lui a assuré une place dans l'histoire de France.

Le château, bâti sur la cime d'une haute montagne, dit cet historien, "présentait un quarré oblong flanqué d'une tour à chaque angle, avec un donjon au-dessus d'une d'en tr'elles. Le pied était de bonne gresserie et il y avoit une espèce de demie lune du côté du bois. Sa situation le faisoit passer dès 1086 pour un poste presque imprenable. Les fossés étaient larges et profonds. Quelques débris de tours et de vieilles murailles attestent encore sa force et sa solidité". Philippe-Auguste s'approcha du château de Bpves afin de s'en emparer. On approcha les machines de guerre et on ruina les créneaux, ainsi que les autres défenses. Les assiégés se trouvaient extrêmement pressés, lorsque le comte de Flandre, auquel la résistance du sire de Boves avait donné le temps d'arriver, parut en vue du camp royal et envoya défier Philippe-Auguste à la bataille. Une action décisive allait s'engager, quand Guillaume, archevêque de Reims, qu'on appelait le cardinal de Champagne, l'évêque d'Albe, légat du Saint Siège, et Thibaut, comte de Blois, supplièrent le roi de ne pas accepter un défi d'où le sort de la monarchie devait dépendre. Le roi eut de ia peine à renoncer au plaisir de combattre son orgueilleux adversaire, mais enfin il s'y résigna; un armistice fut décidé et l'on négocia sur le champ pour obtenir enfin la paix, qui fut définitivement conclue le 10 mars 1186. Le campement des deux armées avait dévasté les champs environnants; le chapitre d'Amiens, qui y avait des possessions, fit des réclamations à ce sujet pour obtenir une indemnité; elles devinrent inutiles car peu de temps après le roi fit démolir le château de Boves. Il est à croire que ce manoir fut bientôt reconstruit. Robert de Boves fit partie de la troisième croisade et fut tué au siège de Saint-Jean d'Acre, en 1191; il avait épousé Béatrix de Camdavennes, sœur du comte de Saint-Pol, et eut de son mariage cinq enfants: Enguerrand, Hugues, Robert, Thomas et Flandrine.

Enguerrand, qui avait accompagné son père à la croisade, y retourna en 1202 et se trouva à la prise de Constantinople par les croisés. En 1192, il avait fait don au chapitre d'A miens, du consentement de sa mère et de son frère Robert, pour le repos de l'âme de son père, de deux muids de blé à prendre sur ses moulins de Boves. Robert de Boves, son frère, seigneur de Fouencamps, de Fouilloy et d'Estrées fit aussi des dons à diverses abbayes. Nous regrettons d'être obligé de dire que Hugues et Robert de Boves ne rougirent pas de souiller leur écusson à la bataille de Bouvines, en combattant avec les ennemis de la France. Hugues fut submergé en 1215 lorsqu'il passait en Angleterre, allant secourir le roi Jean sans Terre en guerre avec ses barons. Nous ne pensons pas qu'il ait laissé de postérité, mais il n'en est pas de même de Robert, et sa descendance survécut même de quelques années à celle de la branche aînée de sa maison. Revenons à la branche aînée de la maison de Boves, dont nous nous sommes écartés un instant: Enguerrand de Boves, fondateur de l'abbaye du Paraclet, eut, de son mariage avec Ade, trois enfants: deux filles, Marguerite et Elisabeth de Boves, et un fils, Robert de Boves, qui fit un grand nombre de dons à l'abbaye de Saint-Fuscien, monastère fondé par un sire de Boves et pour lequel cette maison paraît avoir toujours eu une grande sollicitude. Robert de Boves avait épousé Ailis ou Alidis, il eut deux enfants, Robert et Elisabeth ou Isabeau. Robert, le dernier des sires de Boves, mourut sans postérité en 1254. A sa mort la seigneurie de Boves passa à sa sœur dont le mari Nicolas de Ruinigny prit le titre de seigneur de ce lieu et après deux cent vingt ans d'une existence presque royale la maison de Boves disparut pour jamais de nos annales.

Isabeau ou Elisabeth de Boves, femme de Nicolas III, seigneur de Rumigny, devenue veuve, mourut dame de Boves en 1265, laissant un fils nommé Hugues ou Huon de Rumigny, connu dans les titres de 1265 à 1268. Il n'eut que deux filles, Isabeau et Marguerite de Rumigny. Isabeau, l'aînée, dame de Rumigny et de Boves, épousa en 1265, Thibaut de Lorraine, seigneur de Neufchatel, depuis duc de Lorraine par succession de son père Ferri. Quant à Marguerite, elle épousa Jean IVe du nom, comte de Soissons. Isabeau fit hommage à Guillaume de Mâcon, évêque d'Amiens, en 1282; son mari est désigné dans les chartes comme vassal de l'évêché, à cause de la terre et châtellenie de Boves, que les sires de Coucy et après la maison de Lorraine tenaient aussi en grande noblesse, franchise et pairie, de l'abbaye de Corbie et de fief du Caix, par 10 sols de relief, 30 de chambellage; par le manteau au chambellan; par l'anneau d'or lors de l'hommage personnel; par le quint et le requint aux mutations par vente ou donation. Les seigneurs de Boves prenaient le titre d'avoués de Corbie. Le seigneur de Boves tenait de Corbie la châtellenie de Caix et d'Harbonnières, les avoueries de Bonnay, de Cachy, de Gentelles, etc. Son investiture comme avoué de Corbie cessa d'avoir lieu depuis celle de Ferri de Lorraine, comte de Vaudemont, seigneur de Boves, qui, le 10 novembre 1458, reçut l'anneau d'or des mains de Michel, abbé de Corbie. Le château de Boves fut, dit-on, ruiné en partie par le duc de Bedford, en 1443. Réné de Sicile, roi de Jérusalem, duc de Lorraine et de Bar, comte de Vaudemont et de Provence, seigneur de Boves au XVe siècle, dit M. Dusevel, introduisit dans ce château un cérémonial qui ressemblait à celui des cours. Ce prince avait douze pairs, un grand pannetier, un écuyer, un échanson et un sénéchal. Le seigneur de Demuin était revêtu de cette dernière charge. Les barons de Boves devaient lui notifier leur arrivée dans leur domaine, afin qu'il put exercer près d'eux son office.

En 1415, nous apprend encore M. Dusevel, le roi d'Angleterre reçut de nombreux secours du château de Boves; le châtelain fit descendre de ses tours et murailles des corbeilles remplies de pains pour restaurer un peu l'armée anglaise, exténuée par de longues marches et harcelée par l'armée française. Aubert de Sains, chevalier, était gouverneur de Boves en 1362, pour Marie de Blois, duchesse de Lorraine. Jean Picquet, écuyer, sieur du Quesnel, l'était en 1389 et 1410, pour le duc de Lorraine, dont Jacques de May était le bailli en 1507. Guilain Querecques en était gouverneur en 1524; Nicolas de Cay fut remis dans la capitainerie au mois de mai 1580. A l'assemblée générale des trois états du baillage d'Amiens pour la rédaction des coutumes locales, le 22 septembre 1567, comparut messire Claude de Lorraine, duc d'Aumale, pair de France, seigneur et baron de Boves, représenté par maistre Nicole de Nibat, écuyer, bailli de la baronnie, et Jean le Marchant, greffier, assistés des lieutenant et échevins du village. A l'époque de la Ligue, le château dé Boves fut l'arsenal des ligueurs des environs d'Amiens; ils y conservaient une grande quantité de munitions de guerre pour assiéger les châteaux des gentilshommes fidèles à Henri IV. Plus tard, en 1597, pendant le siège d'Amiens, Gabrielle d'Estrées habitait le château de Boves et le roi allait de temps en temps l'y visiter. Au commencement du XVIIe siècle, la terre de Boves fut décrétée sur la succession de Charles de Lorraine, duc d'Au male; elle sortit ainsi d'une famille dont l'illustration ne le cédait pas à celle de l'antique maison de Boves, et qui la possédait depuis plus de trois siècles. Pagès suppose que le château fut démantelé vers cette époque. La seigneurie de Boves fut vendue en 1606 à Bénigne Bernard; ce personnage mourut en 1626. A Bénigne Bernard succéda, en qualité de seigneur de Boves, Nicolas de Mouy, qui paraît comme possesseur de cette terre en 1657. Charles de Mouy, marquis de Riberpré et de Boves, lieutenant-général des armées du roi, gouverneur des ville et château de Ham, l'était en 1660.

Elisabeth de Gruyn-Saveuse resta en possession de la terre, acquise par Jean Leclerc de Grandmaison, prévôt de l'Ile-de-France, et depuis par Denis d'Aubourg, chevalier, seigneur de Montigny, et par M. de Turmenies de Nointel, maître des requêtes et intendant en Bourbonnois, qui fit détruire une partie de l'ancien château, et en fit servir les pierres et autres matériaux pour agrandir et construire presque de nouveau une maison seigneuriale, où il yen avait déjà une, près la rivière de Noye. Pendant le XVIIe siècle, Boves eut plusieurs fois à souffrir des guerres qui désolèrent la province. En 1700, nous voyons indiqué, comme seigneur de Boves, M. de Turmenies; à cette époque, la population du village était de 688 habitants. Lors de la Révolution, la terre de Boves appartenait à la duchesse de Biron, qui fut décapitée à Paris pendant la Terreur. Comme pairs des vidâmes, les barons de Boves faisaient le service en armes et en chevaux, ainsi que le service des plaids à Corbie; ces seigneurs percevaient des droits de travers à Longueau et avaient le droit de pêche dans le marquisat. Depuis la mort déplorable de la duchesse de Biron jusqu'au XIXe siècle, c'est à grand peine si on trouve quelques faits saillants pour l'histoire de la commune de Boves. Lors de la division de la France en cantons, districts et départements, en exécution de la loi du 22 décembre 1789, Boves fut le chef-lieu du troisième canton du district d'Amiens; nous le voyons mentionné en cette qualité dans le tableau, inséré à la suite de la loi du 28 pluviose an VIII, concernant la division du territoire français et l'administration. Il perdit ce litre lors de l'arrêté du 17 bru maire an X (18 novembre 1801), portant réduction des cantons du département de la Somme, qui constitua le canton de Sains, formé par la majeure partie de la réunion des deux cantons de Boves et de Saint-Sauflieu, et dont Boves a toujours fait partie depuis. Les ruines de son ancien et célèbre château ne consistent plus qu'en quelques pans de murailles dont la solidité inébranlable semble braver les siècles. Du haut du mamelon sur le sommet duquel elles sont assises on jouit d'un des plus beaux points de vue des environs d'Amiens. (1)

Éléments protégés MH : les restes du château de Boves : inscription par arrêté du 4 mars 1926. (2)

château de Boves 80440 Boves, site en cours de fouilles, vestiges.

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Château de Boves
 
 
 


(1)        Notice sur le château, la seigneurie et le village de Boves par Charles Salmon, imprimerie de Lenoël-Hérouart, rue des Rabuissons, Amiens (1858)
(2)
   
       source :  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/

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