|
En 876, Ham était la capitale
d'un petit pays, appelé le pays hamois et dépendait de l'évêché de Noyon,
dont l'érection en siége épiscopal remonte à 531. Sous Charles le Chauve on
y battait monnaie. Lors du second démembrement de l'empire de Charlemagne en
888, Ham faisait partie du comté de Vermandois, un des sept grands états de
la France septentrionale. C'est la première ville que l’on trouve à l'entrée
du Vermandois en sortant de l'Ile de France; aussi son château primitif fut
sans doute une de ces "bornières" élevées aux confins de leurs états par les
grands vassaux. Bernard roi d'Italie, bâtard de Pépin , fils de Charlemagne,
laissa un fils auquel furent donnés les comtés de Vermandois et de Valois.
Herbert 1er, deuxième comte de Vermandois, petit-fils de Bernard, entra dans
la conjuration des grands vassaux contre Charles le Simple, s’empara de ce
malheureux prince qu'il avait attiré dans ses états, et, suivant la
tradition, l'enferma à Ham avant de l'envoyer mourir à Péronne. En 932, il
se révolta contre Raoul, son suzerain; Hébrard, frère de Herluin, comte de
Montreuil, se rendit maître de Harn. Mais Herbert rentra dans sa ville pour
en sortir bientôt, chassé par les partisans de Raoul. Ham remit des otages
et fit serment de fidélité. En 933, Eudes, fils d'Herbert s'empara de Ham. A
la prière de l'Empereur, une trêve intervint entre le vassal et le suzerain
et la ville resta aux comtes de Vermandois jusqu’en 986. La châtellenie de
Ham fut alors occupée par Symon, souche de l’illustre maison de Ham et fils
du comte Eudes. Dès cette époque il est fait mention de son château. De 986
à 1374, seize seigneurs se sont succédé dans cette châtellenie: Symon en
986, Yves de 1026 à 1089, Onox de 1060 à 1089, Onon II pied de loup de 1108
à 1144, Gérard de 1144 à 1148, Lanscezin de 1160 à 1190, Opon III de 1176 à
1215, Opox IV de 1216 à 1234, Odow V de 1234 à 1242, Jean 1er en 1244, Jean
II le jeune de 1244 à 1272, Jean III écuyer de 1275 à 1283, Onox VI de 1287
à 1300, Oudart 1er de 1308 à 1326, Oudant II de 1326 à 1347, Jean IV de 1349
à 1374. D'après un armorial du XVIe siècle ils portaient d'or à trois
croissants montants de gueules 2 et 1.
Les seigneurs de Ham paraissent avoir été gens d'humeur pacifique. En 1060
Odon 1er succède à Yves, son père. En 1108 paraît Odon II qui remet entre
les mains de Baudry, évêque de Noyon l’église Notre-Dame de Ham, à condition
que l'on substituerait aux chanoines séculiers qui la desservaient des
chanoines réguliers. Baudry y consentit et appela des religieux de la règle
de Saint-Augustin. La même année, Pascal II érigea cette communauté en
abbaye et lui accorda des privilèges qui furent confirmés et augmentés par
ses successeurs. Sous Odon III Ham obtient une charte de commune. Ce fait
est important. Pour en faire saisir toute la gravité, il est nécessaire de
jeter un coup d'œil sur l'organisation de la France féodale. La France doit
son existence à deux faits d’une haute nature: le baptême de Clovis qui
rendit les Francs les fils aînés de l’église, fit succéder l'ordre au chaos,
indiqua un but au peuple naissant, qui, en un mot, substitua à la société
romaine la société française; en second lieu l’établissement des communes,
d'où la France moderne est sortie. Les chefs Francs, après la conquête des
Gaules, s'étaient attribué des territoires qui prirent le nom d'Allods et
avaient distribué à leurs officiers des bénéfices, ou fé-ods. Clovis qui
assura la prédominance des Saliens sur les autres tribus franques eut ses
bénéficiaires royaux ou leudes dont les obligations envers la royauté
étaient sensiblement les mêmes que celles de leurs vassaux envers eux. Les
Gaulois qui conservèrent alors leurs propriétés furent appelés tributaires.
Le peuple forma la classe des serfs. L'antiquité païenne glorifiait
l'esclavage, les mœurs des Germains et la religion changèrent l'esclavage en
servage. Le serf n’est pas une chose, c'est un homme attaché à la terre qui
doit le nourrir. Charlemagne eut une idée très nette de la royauté, ses
réglementations, parfois excessives, tendirent à un but, l'unité de
direction. Mais ses faibles successeurs ne surent pas faire respecter leur
autorité par des barons, souvent plus puissants qu'eux-mêmes et du fameux
capitulaire de Kiersy (877) date la révolution féodale. L'hérédité y est
décrétée.
Les barons sûrs de la possession de leurs domaines pour eux et leurs
descendants, inféodèrent à leurs fidèles des terres dont ils restaient les
suzerains. Leurs vassaux se créèrent des arrière-vassaux. Autour du château
que le seigneur construisit pour se mettre à couvert des entreprises des
voisins jaloux, ou des incursions des Normands, se groupèrent des
habitations qui formèrent les bourgs. La fiscalité romaine est remise en
vigueur, le commerce plus florissant qu'on ne se l'imagine généralement est
cependant entravé par des impôts nombreux. Le cens, la taille, l'aide pèsent
sur le peuple. Mais une révolution grandit dans l'ombre; la nation en
sortira, car la royauté, toujours menacée par ses orgueilleux vassaux, va
s'appuyer sur elle. L'église y aide de tout son pouvoir: elle prêche la
paix, elle donne l'exemple d'une admirable unité, elle est la dépositaire de
tonte autorité morale. Et tout d'un coup quand les bourgeois d'une ville se
sentent en force; ils font commune et réclament, soit pacifiquement, soit
les armes à la main, un acte juré qui sauvegarde leurs franchises
municipales. Les croisades favorisent ce mouvement; les seigneurs se
précipitèrent en Palestine par foi, par amour du merveilleux et de grands
coups de lance; cela nécessita des dépenses considérables et plus d'une
ville acheta son indépendance. Par cet acte juré une ville devint une
association d'hommes, vassale d’un suzerain; feudataire, elle fut tenue à
certaines charges envers lui, qui de son côté dut à sa ville les égards et
privilèges des barons envers leurs vassaux. "Le droit nouveau fut constitué
par les coutumes locales, jointes aux anciennes maximes du vieux droit
romain qui flottaient dans l'air". L'établissement des communes eut surtout
en Picardie un grand retentissement. La commune de Ham s'établit sans doute
pacifiquement. Un essai dut en être fait en 1140. En 1188, les habitants de
la ville sollicitèrent la confirmation de leur charte de Philippe d'Alsace,
comte de Vermandois. Cette charte fut souscrite à Ham par Philippe d'Alsace,
par le châtelain Odon III et par Jean, septième abbé de Ham.
Les hamois firent leur possible pour étendre leurs privilèges et les
seigneurs pour les restreindre; de là, conventions et chartes nouvelles en
1227, 1228, 1328, 1351 et 1355. Odon III s'était croisé. Il dût se
distinguer en Palestine car son sceau le représente à cheval avec un écu uni
d’abord, ensuite chargé de croissants. Pourtant en 1205, au siége
d'Andrinople, sa retraite précipitée avec vingt-cinq chevaliers, dont
l'histoire se tait par honneur, fut blâmée. Odon IV fit, en 1214, foi et
hommage au roi pour sa terre de Ham. Il fit reconstruire le château et
creuser les fossés qui l’environnent. En 1269, sous Jean II, Lonis IX vint à
Ham. En 1373, la ville fut défendue pendant deux jours contre un coup de
main anglais par le sire de Bousiers. En 1377, Charles IV, empereur
d'Allemagne, passa par Ham en visitant la France. Le 16 Février 1379, le roi
Charles V établit par lettres patentes une foire annuelle commençant le 16
mai, fête de Saint-Vaneng qui devait durer neuf jours. Jean IV, dernier
seigneur de la maison de Ham, n'eut qu'une fille et sa seigneurie fut
achetée par Enguerrand VII de Coucy. Ce seigneur, le plus grand de son
illustre race, refusa la charge de connétable à la mort de Duguesclin. On
connait sa fière devise: "Je ne suis roi, ne prince, ne comte aussy, Je suis
le sire de Coucy". La dernière croisade lui fut fatale. Il laissa deux
filles, de deux lits différents. Marie, du premier lit, avait épousé Henri V
de Bar; ce fut elle qui hérita de la plus grande partie des biens de son
père. Jeune encore, elle perdit son mari et ne sût pas résister aux
séductions du duc d'Orléans, frère du roi Charles VI; moyennant 400,000
livres elle lui vendit son château et ses immenses domaines le 15 novembre
1400. D'Orléans n'en paya que la moitié et quelque temps après, la princesse
mourut non sans quelque soupçon de poison. Ces ventes furent en 1409,
l'objet d'un procès soutenu par Philippe, duc de Bourgogne, qui avait épousé
Isabelle, sœur de Marie.
Une grande anarchie régnait en France sous Charles VI, Les trois derniers
grands vassaux, les ducs de Guienne, de Bretagne et de Bourgogne, sans souci
de l'autorité royale administraient leurs états suivant leur bon plaisir.
Jean duc de Bourgogne, comte de Flandre, etc, réclama sa part d'influence.
Un soir de novembre 1407, d'Orléans fut assassiné; Jean se retira dans ses
états et se vanta d'avoir payé les meurtriers. Les princes d'Orléans
formèrent une ligue dont le chef fut le comte d'Armagnac, seigneur influent
dans le midi (1408). Les Armaguacs s’avancèrent sur Paris, pillèrent les
environs et s'emparèrent de Ham. On fit une trêve à Bicètre qui fut bientôt
rompue. Le duc de Guienne porta le roi à réclamer le secours du Bourguignon;
celui-ci embrassa avidement l'occasion. Jean de Bourgogne, devenu Jean sans
peur, appela à son aide sa brillante noblesse, ses Flamands bien armés et
ses auxiliaires Anglais, achetés par on ne sait quel honteux traité. Il
s'avança en Picardie et mit le siége devant Ham. Bernard d’Albret qui
commandait la place, répondit à une première sommation par une vigoureuse
sortie qui mit en désordre l'avant-garde de l'armée ducale, composée de
Flamands, puis il rentra dans la place. Les Flamands affûtèrent plusieurs
bombardes et canons qui lançaient des pierres énormes dont les ravages
terrifièrent les habitants. Bernard d'Albret offrit de capituler, et sur le
refus du Bourguignon il fit une sortie désespérée et s'échappa avec ses
soldats, abandonnant à leur malheureux sort les habitants de la ville et
ceux des villages voisins qui s’y étaient réfugiés. Il en fut fait un
affreux massacre, la ville fut mise à sac, pillée et enfin brûlée (septembre
1411). Le débat touchant le pillage de Ham, causa une dissension mortelle
entre les Picards et les Flamands dont les troupes du duc étaient composées.
De sorte que sitôt que le duc d'Orléans approcha avec les siennes, les
Picards l’abandonnèrent, les Flamands se retirèrent et lui, malgré qu'il en
eût, avec eux.
Louis d'Orléans n'ayant payé que la moitié du prix des domaines de Marie de
Coucy, Charles d'Orléans héritier du duc Louis, remit à Robert de Bar, fils
de Marie, pour se libérer, une partie de la succession d'Enguerrand VII. En
1413, Robert de Bar rendit hommage au roi pour la terre de Ham, et tomba à
Azincourt avec cinq mille gentilshommes, fleur de la noblesse française. Il
avait épousé en 1409 Jeanne de Béthune alors âgée de onze ans dont il eût
une fille, Jeanne de Bar. Veuve à dix-sept ans Jeanne se remaria à Jean de
Luxembourg, comte de Ligny, et lui apporta en dot, parmi de riches domaines,
la terre de Ham (1418). D’Arimagnac on devint Bourguignon. En 1493 la ville
eut à souffrir de cette funeste guerre. Xaintrailles s’en empara au nom du
roi Charles VII. Le duc Jean reprit sa ville quelques jours après et se
vengea cruellement. En 1434 ses gens ayant quitté la place, les habitants la
rendirent à Richemont, à Dunois, à la Hire qui s’en étaient approchés avec
un gros de combattants. Le comte de Ligny entra en négociations avec les
capitaines de Charles VII et racheta Ham, moyennant mille saluts d'or. Ce
fut ce Jean de Luxembourg qui vendit pour 10,000 livres Jeanne d'Arc qu'il
avait retenue prisonnière dans ses châteaux de Ham, Beaulieu et Beaurevoir.
"Le duc Jehan ne la voulait à nulle fin bailler aux Anglais" mais elle fut
réclamée par Bedfort en vertu d’une ancienne coutume féodale qui donnait au
roi le droit de racheter tout prince ou général prisonnier moyennant 10,000
livres. Louis de Luxembourg, comte de Saint Pol, neveu et pupille de Jean de
Luxembourg, continua sa maison dans la seigneurie de Ham par son mariage
avec Jeanne de Bar, fille et héritière de tous les biens de Robert, après la
mort de sa mère Jeanne de Béthune en 1450. Ayant perdu sa première femme, il
épousa en 1464 Marie de Savoie sœur de la reine de France. Il fut nommé
connétable de France en 1465 et reçut le titre de chevalier de l'ordre de
Saint Michel.
En 1470, Louis fit fortifier Ham; il bâtit la grosse tour qui conserve son
nom et fit graver sur la porte d'entrée entre deux houppes, emblème qu'il
avait adopté, cette devise ou ce mot de son humeur: Mon Mieux. En effet il
espérait toujours son mieulx en cette place. Sa confiance fut bien trompée
car, voulant ménager tout le monde à la fois, il mécontenta tout le monde:
et Louis XI son beau-frère, et le roi d'Angleterre son neveu, et le duc de
Bourgogne son ami. A sa mort ses possessions devinrent la proie des favoris
de Louis et de Charles. Ham fut bourguignon, mais pendant que le Téméraire
était fort occupé ailleurs, Louis XI s’attribua la ville de Ham et en fit
donation à Pierre de Rohan, de Gié, duc de Nemours, maréchal de France.
Pierre de Luxembourg, fils du malheureux connétable n'avait conservé de son
ancien domaine que le titre de seigneur de Ham. Il n'en légua pas davantage
à ses héritiers; mais, par lettres du roi Charles VIII, Marie et Françoise
ses filles rentrèrent dans les biens de leur famille en avril 1485. A Marie,
épouse du comte de Rhomont, échut le domaine de Ham. Elle épousa en secondes
noces François de Bourbon, comte de Vendôme. Vendôme mourut à Verceil à
peine âgé de vingt-cinq ans. Marie se consacra à l'éducation de ses enfants
et à la pratique de toutes les vertus. Après cinquante-trois ans de veuvage,
elle s'éteignit à Ham le 1er avril 1546 avec le titre glorieux de Mère des
pauvres. Son fils aîné, Charles, né en 1489, succéda sous sa tutelle au
comte François. Ce fut un homme intègre qui eut toutes les vertus des grands
hommes d'Etat et des grands capitaines. Quand François 1er partit pour
l'Italie et pour aller se faire battre à Pavie, il chargea Bourbon-Vendôme
de la défense de Paris, de l'Isle de France et de la Picardie; Bourbon s'en
acquitta à souhait. Charles Bourbon-Vendôme mourut en 1537. Il fut père de
Louis 1er de Condé, de Charles, cardinal de Bourbon, ce roi de la ligue,
connu sous le nom de Charles X, et d'Antoine de Vendôme, seigneur de Ham.
Antoine quitta la Picardie pour le gouvernement de Guyenne et, par son
mariage en 1555 avec la fille de Henry d'Albret, devint roi de Navarre, et
fut père du grand Henry qui devait réunir Ham à la couronne. Victime de la
guerre civile el étrangère, Ham va en éprouver toutes les horreurs en 1557
et 1595. Sous Henry IV la ville de Ham ressortissait à la généralité de
Soissons, à l'élection d'Amiens et au gouvernement général de Picardie. Le
gouvernement de Ham s’étendait autrefois sur plus de trente villages; mais
son bailliage, devenu royal, ne dépassa pas les limites de la commune. En
1607, la Généralité de Picardie fut divisée en deux: Soissons et Amiens. Ham
fit partie de la généralité de Soissons et Saint-Sulpice de celle d'Amiens:
c'est depuis cette époque que Saint-Sulpice prétend ne plus être faubourg de
Ham. Dans ce XVIIe siècle la ville fut cruellement éprouvée, car, en 1637,
la famine, suivie d'une peste aussi meurtrière que l'avaient été celles 1349
et de 1579, qui enlevèrent le cinquième de la population, exerça
d'effrayants ravages. Le 7 mai 1635, le roi Louis XIII passa à Ham,
accompagné de la reine Anne d'Autriche, du cardinal de Richelieu et d'antres
personnages de la cour. En 1641 les fortifications furent augmentées, et, la
même année, la ville et vicomté furent aliénées en même temps que les
domaines de La Fère et de Marle, à cause des dépenses considérables qu'avait
faites le roi pour l'entretien de ses armées. Ces propriétés consistaient en
fiefs, cens, rentes, etc. Pendant les guerres de la minorité de Louis XIV,
Condé alla s'établir près de Ham. En 1654, Mazarin devint seigneur engagiste
de la châtellenie; ses rapports avec le corps de ville furent quelque peu
tendus, ce qui ne peut surprendre, étant donné l'esprit tracassier et
intéressé du cardinal. Le maréchal d'Hocquincourt à qui il avait confié le
gouvernement de Ham dépensa beaucoup d'argent pour mettre les fortifications
en état. De 1678 à 1679, on travailla encore aux défenses extérieures de la
ville, mais Louis XIV, voulant faire table rase des résistances féodales,
fit démantelé la place et sauter les fortifications.
Depuis 1661 le château de Ham était engagé au marquis de la Meilleraye, duc
de Mazarin. Le grand roi passa souvent par Ham, se rendant en Flandres, et
notamment en mai 1692, allant prendre Namur, il mangea dans la grande salle
de l'Abbaye. En 1766, la duchesse de Mazarin fit la délaisse de la
seigneurie de Ham, pour en jouir comme apanage, à Philippe d'Orléans, dans
la famille duquel elle resta jusqu'à la révolution. Le fort servait de
prison d’État et possédait un état-major et une compagnie de soldats
invalides. Vers la fin du mois de juillet 1789, la terreur fut répandue en
ville par un boucher d'Hombleux qui annonçait le pillage des récoltes par
dix mille soldats ennemis; le peuple des campagnes était d’ailleurs excité.
Les officiers municipaux, effrayés de cette agitation qui précède les
grandes crises, firent remettre au duc d'Orléans un mémoire par lequel ils
demandaient 600 fusils et des munitions pour mettre la ville en état de
défense. Quand la révolution s'accentua, Ham fit peau neuve: on brûla les
actes ayant rapport au duc d'Orléans, ainsi que les titres de noblesse et
les diplômes de l’ordre de Saint Louis, comme pour anéantir les souvenirs de
la féodalité; les noms des rues furent changés, l'abbaye fut vendue ainsi
que le mobilier des églises qui furent ensuite démolies. Quand arrivèrent
les papiers publics annonçant la mort de Louis XVI, le charpentier Caron,
dit Forte-Epaule, se chargea de la lecture. Les réjouissances publiques en
l'honneur des victoires de la République, les arrestations et les
réquisitions se succédaient. Pour séparer les bons des mauvais on fut forcé
d'épurer. Voici les questions adressées aux citoyens pour l'épurement: 1°
quels sont tes nom, prénoms, ton lieu de naissance et ton domicile?, 2° quel
était ton état avant 1789?, 3° qu'as-tu fait depuis la Révolution?, 4°
qu'as-tu fait pour la Révolution?, 5° fais ta profession de foi sur la
journée du 10 août, 31 mai, 1er et 2 juin, sur la mort du tyran, sa femme,
sa sœur et leurs complices?, sur l’exécrable assassinat de Marat, Le
Pelletier et autres, 6° depuis quel temps es-tu membre de cette société?, 7°
assistes-tu régulièrement à ses séances? Malgré de nombreux discours sur
toute espèce de sujets, même en faveur du genre humain, malgré une multitude
d'adresses envoyées à la Convention, la société périclitait. Elle fut
dissoute, comme toutes celles du pays, le 6 fructidor an III (24 août 1795).
Il est impossible d'entrer dans de grands développements sur l’histoire des
prisonniers du château de Ham. Le lecteur voudra bien se contenter d'une
simple énumération de noms, accompagnée du résumé aussi succinct que
possible des motifs d’incarcération: Herbert, comte de Vermandois, s’empara
de la personne de Charles le Simple et, suivant la tradition, l’enferma à
Ham en 923. Ebrard, fils d'Hilgand, comte de Ponthieu était prisonnier en
923 dans le donjon d'Herbert. Le duc Jean de Luxembourg détenait dans sa
forteresse en 1423 Pothon de Xaintrailles dont il tira rançon. On prétend
que Jeanne d'Arc, prisonnière du duc séjourna à Ham en août 1430. Après la
prise de Ham par l'armée impériale, Scépois et Pisseleu de Heilly furent
retenus prisonniers en 1557 dans la place qu'ils avaient si bien défendue.
En 1560, Louis de Bourbon, prince de Condé, fauteur de l'entreprise
d'Ambroise. Vitermont d'Humières en 1595; à la suite du siège et de la prise
de la ville par l’armée royale huit cents Espagnols furent faits
prisonniers. A la suite de la révocation de l'édit de Nantes en 1686, de la
Chapelle, lieutenant, s’échappa avec le marquis de Valtot au moyen d’une
échelle faite de lanières découpées dans les draps de leurs lits. En 1688,
M. de Louvigny, avec plusieurs de ses parents. Le 31 juillet 1710, le sieur
de Boucart, prisonnier de guerre et son valet, s'évadent. Le soldat La
Grenade, de complicité avec eux fut pendu, pour le bon exemple, sur
l’esplanade du château. Le chevalier d’Aydie, comte de Rion, enfermé en 1717
pour deux ans, par lettre de cachet, à cause de son duel avec Bouton,
roturier. La duchesse de Berry, fille du régent fit pendre Bouton et mettre
bientôt son mari en liberté. François de la Barre, baron de Saint-Hermel,
meurt au château de Ham en 1738 après avoir fondé, par testament, deux lits
à l'Hôtel-Dieu de cette ville. En 1745 J.-B. Mirbeau de Marcilly, à la
requête de M. de Neuville, son père, pour cause de libertinage et
dissipation de son bien.
Laurrec en 1754. Ce malheureux gentilhomme avait assassiné, aux pieds des
autels, son oncle, par rivalité d'amour. En 1756, Nicolas le Bas Duplessis
fils, conseiller au parlement, pour mauvaise conduite. En 1761, Piquefeu de
Longpré, s'évade en plein jour, au moyen d'une corde que sa mère lui avait
fait parvenir secrètement. M. de Rouffiac, incarcéré en 1766 pour débauches
et violences. Brochart du Breuil, conseiller au parlement, à la suite de
l'édit de Décembre 1770; le chevalier d'Hérouville, s'évade en 1771. Le
comte de Mailly, Louis XV aimait beaucoup ce gentilhomme et il le fit
enfermer à Ham en 1775, pour l'empêcher de se battre en duel avec quelques
courtisans. L'année suivante M. de Mailly fut nommé maréchal de France et
gouverneur du Roussillon. Mirabeau resta quelque temps prisonnier à Ham en
1786 pour son Mémoire au roi sur l'agiotage. Le roi prit sur son compte la
pension de l'écrivain et manda au gouverneur, de bien traiter son
prisonnier. La liste complète des prisonniers pendant la Révolution, le
Consulat et l'Empire est trop longue pour être dressée ici. Les gens qui
décrètent la liberté ne se font pas faute d'en priver ceux qui en usent pour
être d’une opinion autre que la leur. Mais nous ne pouvons pas clore ce
chapitre sans parler du plus célèbre prisonnier du château de Ham. Le matin
du 8 août 1840, une diligence de laquelle descendirent un lieutenant et
quinze ou seize gardes municipaux venant de Paris, s'arrêta aux portes du
château de Ham. L'officier se présenta chez le commandant de place pour ÿ
aviser, de concert avec le garde du génie, du logement à affecter au prince
Louis-Napoléon Bonaparte qui venait d’être arrêté à Boulogne. Pendant la
nuit du 8 au 9 arriva le prince dans une voiture escortée de dragons et
attelée de quatre chevaux de poste. Louis-Napoléon était pâle et semblait
résigné. Son temps était consacré à l'étude, à la conversation, à quelques
exercices corporels et à des affaires de cœur.
L'idée d’une évasion s'était depuis longtemps fixée dans son esprit, mais
pour éviter, en cas d’insuccès, et le ridicule et un surcroît de rigueurs il
fallait une occasion et un prétexte. Il combina un projet d'évasion dont il
fit part à MM. Thélin et Conneau qui l’approuvèrent et préparèrent
soigneusement les moyens propres à le faire réussir. L'occasion se présenta
au mois de mai. Il fut mis à la disposition du commandant du château une
somme pour faire exécuter les réparations dans le pavillon B. La
surveillance, pour active qu'elle était à l'égard des visiteurs, se
relâchait beaucoup dès qu'il s'agissait d'ouvriers venant à leur travail.
Cela suggéra au prince l'idée de quitter sa prison sous un déguisement
d'ouvrier que Thélin se procura. Vers six heures du matin, les ouvriers qui
réparaient les plafonds, peintures, boiseries du pavillon B, furent invités
par Thélin à entrer dans la salle à manger pour boire l'eau-de-vie du matin.
Louis-Napoléon avait coupé sa barbe, il chausse de gros sabots, passe une
chemise grossière, un pantalon de toile bleue, une roulière par dessus sa
redingote, par dessus une blouse encore; sous une perruque noire et une
casquette sale il cache ses cheveux blonds, il rougit son visage pâle. Dans
sa poche il glisse un poignard et deux lettres, deux talismans, une de sa
mère, la reine Hortense, l’autre de son oncle, l'empereur. Charles Thélin
remonte au premier étage, rencontre le maître-peintre qui barrait le passage
en badigeonnant le mur, il l'engage à aller surveiller ses ouvriers. Le
prince déguisé sortit de sa chambre, Thélin s'assura que la direction prise
par le prince était la bonne alla chercher le cabriolet retenu par lui, la
veille, chez le loueur Fontaine. Aussitôt sorti grâce à un plan de Ham qu'il
avait sur lui, le faux maçon suivit le rempart jusqu’à la porte
Saint-Quentin; puis arrivé au chemin de Villers le prince, inquiet ou
fatigué, s’assit sur le revers d'un fossé et attendit. Enfin le cabriolet
arriva et Louis-Napoléon sauta en voiture. A Roupy, il s'était débarrassé de
son déguisement qu'un cantonnier ramassa. À Saint-Quentin, le prince gagna
les devants à pied, sur la route de Cambrai, pendant que Thélin, se rendant
chez Abric faisait atteler, et non sans peine, car il ne restait plus qu’une
voilure dans la remise. Il rejoignit son maître, que l'impatience commençait
à gagner. Le cocher lança ses chevaux au grand trot dans la direction de
Valenciennes. Là, le prince prit le train de Bruxelles et le lendemain à
deux heures il s'embarquait à Ostende et passait en Angleterre.
Description du château au XIXe siècle avant sa destruction en 1917:
De quelque côté que l’on contemple le château de Ham, on reste étonné par la
masse imposante de ses constructions où tout respire la force. Ce n’est pas
l'élégance de Pierrefonds ni la fierté de Coucy; solidement assis dans une
vallée, flanqué de tours aussi larges qu'élevées, ce château ne jette pas à
l'ennemi un défi insodent, il semble l’attendre de pied ferme, sûr de
pouvoir résister à ses assauts. Et ce fut aussi cette idée qui présida à sa
reconstruction, à une époque cependant, où l'artillerie renversait les
donjons comme l'infanterie jetait à terre la cavalerie féodale. L'œuvre du
Connétable attend une monographie dont, certes, elle est digne. Des érudits,
aussi habiles à manier la plume que le crayon, ont restauré pour le plus
grand profit de l’art et de la science, quelques-unes des forteresses du
moyen-âge , nos connaissances ne nous permettent pas de les imiter; nous
nous contenterons d'une simple description dont le lecteur voudra bien
excuser toutes les imperfections. Il a été dit que le château primitif de
Ham fut probablement une bornière, élevée par les comtes de Vermandois aux
confins de leurs Etats. Les premiers seigneurs de la maison de Ham, issus de
Vermandois, donnèrent sans aucun doute une plus grande importance à cette
clef de leur apanage. Au commencement du XIIIe siècle Odon IV fit creuser le
fossé d'enceinte et fortifia si bien la position que Philippe-Auguste en
prit ombrage et fit prêter serment à son féal, au gouverneur et au maïeur de
Ham de rendre à leur seigneur le roi, le château, sitôt qu'ils en seraient
requis. Le duc d'Orléans, grand bâtisseur, ayant acheté le domaine de Ham,
s'occupa immédiatement d’y apporter des modifications. Après lui, Jean de
Luxembourg, continua les travaux interrompus par la mort violente de
l’ancien seigneur et transporta l'entrée du fort de la courtine du Nord à la
courtine de l'Ouest, où elle est actuellement. Son neveu, Louis de
Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, apporta tous ses soins
à faire du château l’une des places les plus fortes de l'Europe. C'est lui
qui fit édifier, en 1461, la Grosse Tour, et qui, satisfait de son œuvre,
fit sculpter au-dessus de la porte d'entrée cette devise où ce mot de son
humeur: Mon Mieux.
Saint-Pol, imbu des traditions féodales, n'avait compris qu'imparfaitement
la révolution dans l’art de la guerre qui rendait à la fin du XVe siècle
l'attaque supérieure à la défense et il avait parfait, avec ce cachet
d'utilité pratique et de fantaisie apparente gravé sur toute œuvre du
moyen-âge, un ensemble de fortifications qui, deux siècles auparavant
eussent résisté à toutes les armées du royaume. Sans coup férir, Louis XI
rendit ces précautions inutiles et il envoya Luxembourg, en place de Grève,
expier ses trahisons. L’enceinte du fort est restée telle à peu près que le
connétable la fit exécuter. De siècle en siècle les nécessités de la
défense, surtout dans les œuvres hautes, en ont modifié l'aspect qui, en
général, est lourd et froid. L'œil pouvait autrefois se reposer agréablement
sur les consoles des mâchicoulis qui entouraient les tours comme d'un
élégant collier et couraient ensuite le long des courtines; mais ce
pittoresque encadrement a presque entièrement disparu. La tour du
Connétable, unique en France par l'épaisseur de ses murs, est le
chef-d'œuvre de Louis de Luxembourg. Noble émule des sires de Coucy,
Luxembourg voulut faire ure œuvre portant un grand cachet de force et de
puissance. En effet, qu'on se représente un donjon massif, écrasé, dont les
murs qui n'ont pas moins de 33 pieds d’épaisseur sont revêtus dans toute
leur étendue d’un parement de grès sur lesquels le temps a jeté une
harmonieuse patine grise. De rares ouvertures percées dans le pourtour
ajoutent encore à son aspect triste et mystérieux. Il semble qu'il n'ait pas
à se défendre et que sa masse soit la seule force qu’il oppose à l'ennemi.
La tradition donne à la Grosse Tour cent pieds d’élévation: elle n'a
cependant que 27 mètres du niveau ordinaire du canal jusqu'au sommet des
parapets; en comptant les fondations qui sont énormes, vu la nature du
terrain et le poids qu’elles supportent, on arrive facilement aux cent pieds
traditionnels. Elle mesure 32 mètres de diamètre hors-d'œuvre sur la
plate-forme. Ses murs de 11 mètres d'épaisseur dans le souterrain conservent
10,50 mètres à l'étage supérieur: ils sont formés d’un blocage de mœllons
noyés dans un ban de mortier, genre de construction excellent contre le
bosson mais résistant mal à l'artillerie. La disproportion qui existe entre
le diamètre et la hauteur de cette tour, l'absence des machicoulis, rendus
indispensables par la rareté des ouvertures, prouvent à l'évidence que cet
ouvrage ne fut pas achevé. Le temps ou l'argent fit défaut au connétable.
(1)
Éléments protégés MH: les ruines du château fort de Ham : inscription
par arrêté du 9 mars 1965. (2)
château fort de Ham 80400 Ham, tel. 03 23 81 16 16, propriété de la
commune, vestiges. Dynamité par les Allemands en 1917, il ne conserve plus
aujourd'hui en élévation que sa tour d'entrée, de plan carré et une partie
de son réseau d'enceintes.
Ce site recense tous les châteaux de France, si vous possédez des documents
concernant ce château (architecture, historique, photos) ou si vous
constatez une erreur, contactez nous. Licence photo©webmaster"B-E", photos
ci-dessous interdites à la publication sur internet, pour un autre usage
nous demander.
A voir sur cette page "châteaux
de la Somme" tous les châteaux répertoriés à ce jour
dans ce département. |
|